vendredi 31 juillet 2009

COLETTE GAUTHIER-VILLARS





Avant de signer "Colette Willy", puis plus simplement "Colette", Sidonie Gabrielle Colette signa quelques chroniques "Colette Gauthier-Villars", ou "Colette G.-V.", associant ainsi son nom de famille au véritable nom de son mari, qui à l'époque signait presque indifféremment "Henri Gauthier-Villars" ou "Willy". Ceci avant que ce pseudo de "Willy", devenu marque de fabrique et gage de ventes assurée pour les éditeurs, ne s'impose de lui-même à l'un et à l'autre. Il faudra encore quelques années avant que le nom de Colette se suffise à lui-même. Henri Gauthier-Villars, lui gardera son véritable patronyme pour signer des ouvrages historiques, (Le Mariage de Louis XV, Fervaal), des livres pour enfant (L'Odyssée d'un petit Cévenole, Le Petit roi de la forêt), un ouvrage sur Bizet ou des ouvrages en collaboration comme La Bayadère avec de Lucenay, ou L'Automobile enchantée avec Georges Trémisot.

Dans La Critique, N° 43, du 5 décembre 1896, Colette G.-V. signe une chronique sur la pièce de M. de Saussine (1), Omphale, jouée au Théâtre des Escholiers. Une visite de la page « bibliographie » du site du Centre d'études Colette, permettra de voir que durant l'année 1895, Collette Gauthier-Villars avait signé six chroniques musicales et dramatiques dans le journal La Cocarde, l'article de La Critique n'est pas référencé dans cette bibliographie.


(1) Comte Henri de Saussine (1859-1940). Musicien, il fait exécuter des oeuvres oubliées à l'hôtel de Créqui à Paris où fréquentent les compositeurs de l'époque, il organise des soirées littéraires où se retrouvent entre autres le ménage Gauthier-Villars, Marcel Proust ou Montesquiou. Il est l'auteur d'un opéra-bouffe, une féerie musicale, une Fantaisie sur les Chauves-Souris de Robert de Montesquiou, un « opéra de poche » provençal, de romans, de dialogues philosophiques. Voir « Les curiosités esthétiques de Robert de Montesquiou » par Antoine Bertrand.


OMPHALE (1)


Si j'en crois M. de Saussine, le désir de toute femme, unie à un être supérieur, serait d'omphaliser son Hercule. C'est le désir aussi de Josette d'Ormenont, riche autant qu'américaine. Jolie autant que riche, enviable proie que guignent les fils les plus blasonnés de France. (Faut-il croire donc que ces âmes héraldiques n'ont pas d'autre objectif que l'or adhésif américain « pour redorer eux-mêmes » leurs armoiries ?) Josette rêve pour celui qu'elle élira la gloire s'il se peut, la célébrité tout au moins. Elle veut apprivoiser un aigle – ses moyens le lui permettent – et a cru le dénicher dans l'atelier du sculpteur Westigny, riche de talent et d'avenir. Elle épouse l'Illustre de demain.Et, tout de suite, la lutte commence. Jalouse de l'Art qu'elle accuse d'accaparer tout l'amour de son mari. Josette veut mesurer sa puissance ; elle exige que Westigny lui céde son atelier pour y donner un bal. Navré, il consent. Le sanctuaire violé, la victoire obtenue semble minime à la jeune femme, son besoin de domination grandit, sa nervosité s'exacerbe, dans un accès de fureur jalouse elle s'attaque à la sculpture même, sa rivale, et, brandie contre l'oeuvre ultime de Westigny, - une Renommée – d'un maillet rageur elle la brise.Au milieu de la crise conjugale survient un soupirant évincé, Fitzgerald, qui jugeant l'instant décisif, brûle ses vaisseaux et fait lire à Josette un article où l'on éreinte bassement son époux. L'effet est inattendu : l'orgueil, l'amour, ressuscitent au coeur de la jeune femme, qui court se jeter dans les bras de Westigny et le conjure de recommencer sa statue, avec ce cri délicieusement féminin : « Je poserai pour celle-là, car il faut qu'elle soit plus belle que l'autre ! »Sans être jouée aussi bien qu'elle le méritait, la comédie de M. de Saussine, - d'un art discret et sûr, d'une écriture élégante sans mièvrerie, avec des touches mondaines dont la précision n'étonnera personne – n'a pas laissé que de trouver de bons interprètes. Westigny, c'est M. Burguet, intelligent, mais un peu rabougri tout de même, dont les déclamations ardentes ont secoué le public. Mme Marthold a composé avec une adroite bonhomie son personnage de marquise bien disante. J'aurais voulu que l'artiste chargée du rôle de Josette fût plus jolie.



Colette G.-V.



(1) Théâtre des Escholiers.


Lire : Billets de théâtre (Ballets russes, Guitry, Mistinguett…), de Colette. Édition établie par Alain et Odette Virmaux, avec Élisabeth Gilet, Le Félin éditeur, collection « Les marches du temps », 255 pages.

mercredi 29 juillet 2009

Ernest LA JEUNESSE pastiché



Dans le N° 34 du 20 juillet 1896, Victor Charbonnel, déguisé en La Verdure, se lance dans un pastiche d'Ernest La Jeunesse dont le livre Les Nuits, les Ennuis, et les Âmes de nos plus notoires contemporains, provoque l'émoi dans la gendelettrie et propulse son auteur parmi les gloires éphémères du journal et du boulevard.


Une nuit, un ennui et la jeune âme du brusquement notoire Ernest La Jeunesse.


Il y avait de l'ennui dans la nuit. Ernest n'avait pas ses vingt ans. Mais ils approchaient, ses vingt ans. On n'est plus jeune à vingt ans, par les années qui courent. Voir les années courir, être le jeune La Jeunesse, et n'être rien. Ernest en avait de l'ennui dans la nuit.
Mais être ou ne pas être n'importe pas. C'est de paraître qu'il importe, de paraître en volume d'abord et de paraître ensuite avoir du talent, le talent nouveau d'un écrivain nouveau. Cet imbécile, ce vieux misérable de Coppée, s'il voulait une fois encore couper dans la jeunesse, bêtement, et crier que « c'est du nanan », et le lancer parmi l'encombrement des omnibus de la place Pigalle, lui, le jeune, La Jeunesse ! Bah ! Ce François, qui est Celui-que-les-gens-n'aiment-pas, ne trouve le goût du nanan qu'à de tendres poètes qui chantent, comme lui les chanta, les bouquets de deux sous et le mystère des promenades de Chatou, ou bien à des poètes épiques qui se piquent de faire encore des vers héroïques pour les Groënlandais qu'exalta Pour la Couronne, ou enfin à de jeunes et vieux marcheurs des fêtes louysiaques qui célèbrent Aphrodite, la grande Immortelle nocturne, en un lyrisme attique, cynique et pas même aphrodisiaque. On ne saurait compter sur François Coppée.
Pourtant, bien des contemporains notoires avaient tiré la gloire de leur écritoire ? Etait-ce bien là, vraiment, qu'ils avaient trouvé, à force de chercher, la gloire ou du moins une honnête notoriété ?
Lui, Anatole France, par quelles prières perfides, si pauvre homme, il avait obtenu de la Vierge des saintetés faciles le privilège de chérir et d'enseigner la somptueuse vanité de la chair, de sentir douce l'existence, belles les femmes, heureux les épicuriens, de rapprocher de la terre et des humains un Dieu plaisantin, et de retirer d'entre les feuillets des bons vieux livres les sèches fleurs d'un mysticisme paradoxal !
Lui, Pierre Loti, outre l'horreur de ses costumes de Bédouin promenés parmi l'horreur des bals masqués, il avait eu son vague à l'âme, le vague de cette âme de son âme que sont ses travestis, et il avait eu des mers, des femmes, et il avait vêtu de voiles achetés dans les bazars de Stamboul ses rêves.
Lui, Paul Bourget, avait su emprunter à des photographies anglaises un air d'accablement biblique et de veulerie non-conformiste.
Lui, le petit Daudet, avait évacué sa verve de hargneux écolier, sa verve de pamphlets d'étude, pamphlets contre le professeur, contre le pion, contre les camarades.
Lui, le seul et l'unique, il avait inventé les hommes, tout simplement : car nul avant Lui n'avait soupçonné l'existence des hommes, leur mystère et leur force ; et il avait inventé l'ivrognerie, la bourgeoisie, les halles, la peinture, la bourse, les églises et la science ; et il avait entassé la masse des volumes, la masse des locomotives, des cabarets, des canons, des pelles et des charrues qui y sommeillent.
Lui, le poète, lui Mendès, il avait eu [mots illisibles], et ce que Courteline lui rappelait une nuit, une nuit où ils flirtèrent avaec l'agonie de la nuit et des vagissements de l'aurore : le poète s'agrippant à la manche de son ami, mira dans le miroir du firmament sa gloire, son bonheur, sa beauté, et le poète de Lidoire lui dit : « Ben ! Mon cochon ! »
Lui, Henri de Régnier, sur la route, triste et grave au long du fleuve triste, du fleuve à l'eau de passé, de penser, avait eu José-Maria qui maria son enfant à l'enfant grave qui séria, sur la route, des vers d'hysope et d'or, de fièvre et d'anémone, des vers monotones, sur la route.
Lui, Joris-Karl, avait eu sa grosse âme tourmentée et débile, l'âme massive d'un matérialiste hésitant, l'âme nuancée d'un bedeau byzantin ou d'un ermite capripède : et c'était laid, la masse de son âme, c'était glaireux, ça avait des glandes et des goitres, on aurait cru des abcès d'intestins et des tumeurs, et des varices, toutes horreurs auxquelles Joris-Karl reconnaît bien son âme.
Lui, Maeterlinck, avait peuplé la forêt de fantômes qui bégayaient les bégaiements qu'il leur inspira, et qui le remerciaient et l'admiraient d'être un petit garçon taciturne et doux, de rêve monotone et humble, d'âme lourde et d'yeux lents.
Lui, Marcel Prévost, avait habilement enveloppé, pour les vendres, des injecteurs dans des feuillets de livres d'heures.
Et Jean Lorrain, avec ses cauchemars, « chand d'cauchemars » ; et J.-H. Rosny, avec son mastodonte et ses dissertations ; et même Montesquiou, avec sa feuille de Japon impérial, son culte pour Marceline, et ses semis, et ses amis, o mes amis ! Et ses chopines de Chopin, et ses chagrins, et ses calepins : enfin tous avaient eu des qualités, des dons, des noms, ou du moins le néant.
Mais lui, lui-même La Jeunesse, quel don pouvait-il reconnaître en sa jeune âme ? N'aurait-il donc que le don de la Couesdon ? Et ce n'est pas un don, dondaine, dondon ! Qui donne dans les lettres un beau nom, mon gros blond, le don que la Couesdon d'assonnancer et d'assommer, d'allitérer et d'oblitérer et de s'alliter. Et l'ennui dans la nuit d'Ernest augmentait, tè, tè, tè ! De sentir qu'il serait Celui qui, pas Montesquieu, mais Montesquiou, allitère, allitère sans critère et altère la littérature, et que ce serait monotonement la même esthétique et la même éthique – étiques.
Pourtant, si tous les jeunes sont désormais de la littérature, pourquoi de sa nature n'en serait-il pas, étant La Jeunesse ? Il songea dans la nuit, dans l'ennui, à quel sage et pédant conseiller, en pédalant, loin du Sâr Péladan, il pourrait aller demander conseil. Oh ! À celui-là Ernest dédierait sans se dédire deux chefs-d'oeuvre plutôt qu'un.
Et Ernest La Jeunesse s'approcha de sa fenêtre pour voir si une auréole d'aurore ne flamboyait pas à l'horizon et ,'annonçait pas la fin de la nuit et des ennuis pour son âme. Or, un fantôme passa sur les toîts. Ce fantôme ressemblait à l' « homme aux poupées » de Jean Veber. Il avait un air d'enfant de choeur lugubre, funéraire, et paraissait n'avoir jamais conduit que des funérailles. Un jeu de massacre le suivait, cortège farouche dans lequel on reconnaissait précisément tout la jeunesse écrivassière d'aujourd'hui. Ils étaient bien cent quarante-et-un, sans compter les J.-H. Rosny et leur mastodonte, à le maudire et le poursuivre, ce fantôme. Et le fantôme était content. Enfin, se disait-il, j'aurai été aussi hué que M. Brunetière, mon maître, le Maître. Quel beau sabbat, dont s'occupera, par force et pour ma gloire, la ville endormie. Ah ! La gloire par la haine !
Ernest de sa fenêtre appela le fantôme qui se détourna vers le regard d'un jeune, d'un jeune qui ne le maudissait pas et l'admirait peut-être, de sa fenêtre.
- Fantôme, fantôme, c'est donc toute la littérature qui vous poursuit ainsi farouche, louche, au cent quarante-et-une bouches farouches ? Car je vois Rémy de Gourmont, un Rémy, my, my, qui n'est pas votre ami.
Le fantôme regarda dans le vague, s'allongea comme un chat maigre et pègre du toit voisin jusqu'au rebord de la fenêtre, plia du geste de René Doumic le haut de son être en deux, enfonça les épaules entre ses bras tendus en longues pattes qui griffent, et dit :
Comment vous appelez-vous, mon garçon ?
Je m'appelle Ernest La Jeunesse.
Encore la jeunesse !... Je ne suis pas pour l'interview : je laisse ça à Zola, mais on ne refuse pas de répondre à La Jeunesse, pour la questionner ensuite, et s'apercevoir de tout ce qu'elle n'a pas appris à l'Ecole normale, et le lui dire. Eh ! Bien, non, ce n'est pas la littérature qui me poursuit, mon garçon. De littérature, il n'y en a pas. Nous sommes en bas, dans les fourrés de rédaction, quelques-uns dont M. Gaston Deschamps est le moindre, apostés avec des dictionnaores, des grammaires, des pavés de revues et des lacets ou collets de journaux, pour empêcher qu'elle passe et faire qu'elle trépasse. Je sais bien un chemin creux qui mêne tout droit à l'Académie, et par où passe un peu de littérature habile et médiocre. Mais ce chemin est encombré, et bien gardé par les médiocres. Non, mon garçon, il n'y a plus de littérature. Tout ceux-là qui crient là, derrière moi, j'ignore s'ils sont Belges ou Français, Wallons ou Provençaux, s'ils s'occupent d'industrie ou de commerce, d'agronomie ou de sériciculture ; en tout cas, jamais les personnes lettrées ne les citent dans les salons, pas même dans nos salons académiques, pour gens de la littérature. Ils sont la fatuité dans l'impuissance ;
: je leur ai crié, et ils ont hurlé, et ils m'ont abominé. C'est tout ce que je voulais. Ah ! Mon garçon, la littérature ! Au nom de votre mère, au nom de vos futurs enfants, n'allez pas vous en mettre : ce serait trop maltourner. On y gagne une si vilaine âme !
Vous croyez, chat-fantôme ?
Je le sais.
Mais mon âme, je ne l'ai point déjà si belle, reprit Ernest. Si je faisait de la critique ? Car enfin je ne puis être La Jeunesse et ne pas être, comme toute la jeunesse entre vingt et soixante ans, malade de littérature ainsi qu'on l'est de pituite et d'arthrite.
Ah ! Bon, miaula le chat-fantôme qui minauda et grippeminauda : bon, si vous devez faire de la critique, et en faire sérieusement ! Vous m'en dirait tant ! Je craignais que vous n'alliez encore vous abandonner aux vains enthousiasmes de la jeunesse, aux projets romantiques et romanesques, aux hardiesses pas classiques, aux tentatives pas moyennes et pas normaliennes. Voyez-vous, il n'y a plus qu'une littérature possible, c'est de nier la littérature, de nier tout en tous, et le style, et l'inspiration, et la composition, et l'imagination, et la grammaire, dans Zola, dans Rosny, dans les jeunes, dans les vieux, dans Maeterlinck, dans tous. Soyons négatifs, faisons de la littérature négative. Nions, nions, et il ne restera que nous d'écrivains. Nous laisserons une petite place à Brunetière, à Rodenbach du Figaro, et à quelques autres qui peuvent arriver.
Ça me va, dit Ernest.
Il ne faut pas nous dissimuler, dit le chat, - et je vous parle comme à un fin compère, - que notre critique sera pire encore que la critique subjective ou objective, impressionniste ou dogmatique, blaguologique ou autoritaire : je laisse de côté la critique qui n'est rien du tout, d'un Faguet et de tels autres sous-Linthilhac. Elle sera pire que la critique apocalyptique.
Oui, dit Ernest, je comprends : ce sera la critique rosse.
Oui, dit le chat, mais la rosserie est le commencement de la gloire.
Oui, dit Ernest, j'aurai une âme rosse, je ferai de la critique rosse, et je susciterai pour d'autres dont la gloire me gêne, dans leurs nuits, des ennuis en leurs âmes.

La Verdure

N. B. Mon ami La Verdure m'a demandé de faire accepter par nos camarades de La Critique cette plaisante charge d'une manière fort piquante que j'ai, en toute sincérité, beaucoup admirée dans le livre récent de M. La Jeunesse, Les Nuits, les Ennuis et les Ames de nos plus notoires contemporains, se trouve être d'une si incontestable valeur (pénétration profonde, ironie avisée et légère, sentiment très juste des ridicules vanités ; il y a tout cela et plus), et l'auteur s'y montre d'une si vraie intelligence, qu'il m'a semblé que mon ami La Verdure pouvait, - hélas ! Avec combien moins de talents ! - en agir à l'égard de M. La Jeunesse, comme M. La Jeunesse lui-même en a agi à l'égard de son maître Anatole France.


Victor Charbonnel.


La Jeunesse sur Livrenblog : Faut-il lire Ernest La Jeunesse ? Ernest La Jeunesse préface au Forçat honoraire, roman immoral. Ernest La Jeunesse : Le Roi Bombance de Marinetti. Ernest La Jeunesse célèbre Fanny Zaessinger. Ernest La Jeunesse par Léon Blum. Bibliographie. Ernest La Jeunesse - Oscar Wilde à Paris. Les "Tu m'as lu !" Ernest La Jeunesse dessinateur 1ère partie. Les "Tu m'as lu !" (suite) Ernest La Jeunesse dessinateur. Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes 1ère partie. Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes suite. L'Omnibus de Corinthe. Jossot. André Ibels.

Une nouvelle liste d'Autographes de William Théry





Pas de vacances pour les libraires ?


Quelques-uns des documents en vente dans la liste d'autographes d'août 2009 de William Théry :


1 carte postale de Blaise Cendrars à l'éditeur Henri Jonquières à propos de la revue Dialogue

1 portrait au crayon de Gabriele d'Annunzio par Tabor.

1 lettre de Georges Auriol, il y est question d'Albert Tinchant, Henri Rivière, Alphonse Allais

1 lettre de Jean Cassou à Maurice Sachs

1 lettre d'Edmond de Goncourt à propos d'art japonais.

1 lettre d'Henri Guilbeaux, à en-tête de l'Assiette au Beurre dont il est le rédacteur en chef depuis 1912, il propose un livre à un éditeur, avec des gravures par "un jeune artiste", Franz Mazereel.

1 carte postale (1896) de Gustave Kahn à Léo d'Orfer.

1 lettre de Lamennais au jeune Victor Hugo (1824)

1 lettre de Pierre Loti

1 lettre de Montherlant à Edouard Champion sur ses relations avec François Mauriac.

1 lettre de Francis Poictevin, il demande à son correspondant, "rare poète", de lui donner son avis sur Songes, s'inquiète de ce que Mallarmé pense de son livre.

1 lettre, émouvante, de Rachilde (1948). Elle est "prisonnière" du Mercure de France, "j'ai 88 ans et suis devenue si faible physiquement que je ne peux plus descendre mes trois étages"

1 carte de Jules Renard (1894), à Ernest Raynaud à propos de son mariage.

1 minute autographe signée d'une lettre de Laurent Tailhade à Maurice Maeterlinck. "Vingt ans et plus se sont écoulés sans que m’ayez jamais favorisé d’un ouvrage de votre main. Théâtre, philosophie, essais de toute sorte depuis l'article de Mirbeau ne m'ont été donnés par vous. Il n'est pas de petites économies".


LIBRAIRIE WILLIAM THÉRY
1 bis, place du Donjon
28800 - Alluyes
Tél. 02 37 47 35 63 (répondeur)
e.mail : williamthery@wanadoo.fr

lundi 27 juillet 2009

L'OEIL BLEU, réveille les morts



L'Oeil Bleu, revue de littérature XIXe - XXe
Juillet 2009


L'Oeil bleu, continue avec passion son exploration des littératures et littérateurs oubliés, voici le menu de ce mois de juillet :

Gustave Lerouge, les revues et journaux auquels il collabora, les réunions qu'il fréquenta, les amis qu'on lui connait, rien de ce qui concerne Lerouge n'est indifférent aux rédacteurs de la revue L'Oeil Bleu. Henri Bordillon à pour ce numéro, retrouvé un passage manquant dans les différentes éditions de L'Espionne du Grand Lama. Adolphe Gensse, fut un ami de Lerouge, il fréquenta le Procope, écrivit des pièces en collaboration avec... Lerouge, et dirigea la Revue d'un Passant, où il donna des poèmes (on trouve un choix de ces poèmes à la suite de l'article ainsi qu'une nouvelle, L'Expiation), Nicolas Leroux établi les grandes lignes de sa biographie et recense ses diverses collaborations.

Ses recherches sur Gustave Lerouge ne font pas oublier à Henri Bordillon sa passion pour Alfred Jarry. Il redonne, une lettre de 1906 à Rachilde, jusque là inédite, publiée dans le catalogue Jarry, autour d'un testament, des Archives départementale de la Mayenne. Cette lettre permet de connaitre un peu mieux le sentiment de Jarry sur l'affaire Dreyfus, on y découvre un Jarry, dans ses derniers mois, antisémite et antirépublicain. Henri Bordillon termine son article en écrivant que l' "on doit redouter de nouvelles découvertes" sur l'évolution de Jarry dans les mois précédant sa mort. A n'en pas douter, cet article suscitera des réactions.

Des Soirées de La Plume, à celles du Procope, de ses collaborations à La Presse, au Courrier Français, à Plaisance-Montparnasse ou au Rire, c'est une grande partie de l'oeuvre de Jean Dayros que recense Paul Schneebeli, nous y retiendrons pour notre part le poème de L'Huitre (Etre une huitre ! / N'avoir pour régler sa conduite / Que le souci léger du flux et du reflux ! / Ah ! Parmi les varechs où foisonnent les huitres, / Etre une huite de plus), ainsi que quelques titres de poèmes que n'aurait pas reniés Laurent Tailhade, notamment la Ballade équipollente pour exalter l'intime clysothérapie.

Nicolas Leroux nous révèle une conférence faite par Alfred Caubel à Montréal. Caubel dont on connait l'éxistence de bohème par... Gustave Lerouge (décidemment) et Lucien Aressy qui en trace tout deux un portrait l'un dans le Quartier latin, l'autre dans La Dernière Bohème. Ce Caubel "de la Ville Ingant" simple préparateur au Muséum d'Histoire naturelle, se fit passer au Canada pour un éminent physicien et chimiste, ayant travaillé avec Becquerel sur la radio-activité et devant un parterre de professeurs et de personnalités il donna à l'université Laval une conférence sur le radium.... Lemice-Terrieux n'aurait pas fait mieux.

La revue Le Procope (1893-1898) fait l'objet de la bibliographie de ce numéro.

Pour s'abonner : L'Oeil Bleu, 59, rue de la Chine, 75020 Paris. associationoeilbleu@yahoo.fr

Bon de commande

L'Oeil Bleu N° 8.
L'Oeil Bleu N° 7. Tellier Retté Jarry Le Rouge
L'Oeil Bleu N° 6 - L'Abbaye de Créteil - Gustave Le Rouge - Verlaine...
L'Oeil Bleu N° 5



UBU ROI par Martine et Papyrus.






La Critique, N° 37, 5 septembre 1896, un dialogue entre Papyrus et sa servante Martine. Martine est chargée de « compterendre » de la pièce d'Alfred Jarry, Ubu Roi, dont la première aura lieu le 10 décembre 1896 au Théâtre de L'Oeuvre.
Papyrus pourrait bien être Emile Strauss, si l'on en croit un article de Will Darville, Emile Couturier, dessinateur, paru dans La Critique, N° 40, 20 octobre 1896.


UBU ROI


MARTINE

Crottre !

PAPYRUS

O que voilà de joli, ma mie Martine.

MARTINE

Par ma bougie rose, je ne saisis pas !

PAPYRUS

Comment tu ne comprends pas Ubu Roi. Eh l'oie qui cosse !

MARTINE

Présente.

PAPYRUS

Vite compterendre ou passer par la casserole verte !

MARTINE

Hélas, mon bon monsieur, si je passe par la casserole verte qui ravaudera vos chausses littéraires ?

PAPYRUS

Tu ris, pendarde.

MARTINE

Ubu Roi : corne physique, nigedouille, Cotice, Pile, Bougrelas. Un point. Et cour'je en ma cuisine.

PAPYRUS

C'est abuser et je te vais débrutir.

MARTINE

Non assez chicoté, voici la chose en bref.
Vous connaissez Polichinelle. Quand j'étais petite, j'en étais férue à cause sa canaillerie. Eh donc Pére Ubu est un beau Polichinelle parturé tout rutilant de la Sorbonne à M. Alfred Jarry. C'est un sac à vices, une outre à vins, une poche à bile, un empereur romain de la décadence, idoine à toutes cacades, pillard, paillard, braillard, un goulaphre, capon, dorant ses chausses lorsqu'il s'en va-t'en-guerre sur son grand cheval à Phynances. A l'abri, vantard, glorieux comme un Panurge hors la tornade ; alors, tue, décervelle, bastonne, colle pains, figues d'oreille et vogue (sauf vot'respect) en pleine merdre.
Sa femelle Mère Ubu lui équipolle, pingre, chipie, bafreuse, chipeuse, c'est un couple formé à souhait pour le plaisir des mirettes, fripons fripés de fripouilles.
J'adore Polichinelle de quelque nom qu'il se nomme, rien de ce qui touche à Polichinelle ne m'indiffère, car il est toujours en notre tiroir quelque Polichinelle qui dort ; j'adore les triquades écaillant les faces patibulaires, les cornes du gibet où se balance le gendarme. Los au vice triomphant et vive Kasperl, Hanswurst, Punch, Judy, Kara-Keuz, Gnafron, Gringalet, Père et Mère Ubu ! C'est l'intauration du Guignol Littéraire, ce Théâtre des Phynances, point encore exégié aux côtes du divin Anatole (1), mais que d'humains pantins vont cet hyems mettre en oeuvre. Alors la galerie à rires claires se dégargouillera la rate et se lénifiera le mésentère, car en réalité, c'est à larmoyer en ses cotillons. Ah le plaisant spectacle forain que nous voilà !
Jour de Dieu, quelle fricassée en ces batailles où marionnettes saccadées par métaphysiques ficelles du dirigateur aiguisé Maître Alfred Jarry se jugulent et s'étripatouillent. Il n'est donc nul don Quixote de critique pour férir à grands coups de colichemarde ces opprimeurs d'innocence ? Mais le tagique de ce Shakespeare à la mie de pain ne fait pas se lamenter. Ces petites puppes, même agonisantes, ont yeux d'émail figés en leur tête ligneuse : c'est du son et non du sang qui fuse généreux de leurs affutiaux russes, borusses et polaques ; leurs sabres et leurs héroïsmes sont de fer-blanc et leurs canons pètent des pois secs.

PAPYRUS

Le fond Martine, le fond ?

MARTINE

Mais Père Ubu représente l'humanité moyenne. Plus tard amendé, il fera un très potable bourgeois, ira à la messe et sera réactionnaire. Il est honnêtement canaille avec une âme de porc, mais de porc bon vivant et facétieux. Du reste dans toute la pièce les sentiments délicats ne sont qu'esquissés. M. Alfred Jarry semble se plutôt délecter en les peintures du grotesque et de l'horrible. Ses personnages sont une série de gargouilles moyenâgeuses qui glougloutent des injures salées. Rarement s'y rencontre une tête d'angelot. Peut-être le conducteur a-t-il la vue courte en s'attachant plus aux vices qu'aux passions. D'un romantique exubérant dans des scènes antithétiques rigoureusement engrénées, les émotions fluentes d'un sujet tragico-hilare se produisent utilement. De même les bouffes ont le langage approprié ; il fleure, suivant les cas, la tripe ou le trône. Toute cette coction saupoudrée d'une pincée d'épices pipée au sac de l'apotheque Rabelais. Pour clore l'action cuit grand feu et arrive bouillante au dénouement d'un jet exécuté par un vigoureux effort.

PAPYRUS

C'est bien Martine. Touche là ma fille.

MARTINE

Je suis votre benoîte servante.

(1) Martine n'entend probablement pas désigner M. Anatole France (Note d. l. R.)


Alfred Jarry sur Livrenblog : L'Almanach du Père Ubu par Martine Alfred Jarry : Premières publications.

Théâtre des Pantins sur Livrenblog : "Vive la France !" Le Théâtre des Pantins censuré. Alfred Jarry et Le Théâtre des Pantins. Franc-Nohain et Claude Terrasse.



dimanche 26 juillet 2009

Jean de TINAN : La Princesse des Ténèbres par Jean de CHILRA / RACHILDE



Dans sa réponse au docteur Chabaneix sur les rêves (voir Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde.), Rachilde disait avoir parlé dans La Princesse des Ténèbres d'un loup qui hantait ses songes de petite fille de sept ans, un loup à trois pattes, plein de sang... La Princesse des Ténèbres, l'un des deux romans signés du pseudonyme de Jean de Chilra, un roman où Rachilde, qui chroniqua son propre ouvrage dans le Mercure de France, reprochait à l'auteur de laisser le rêve « empiéter sur la réalité», le cerveau « dévorer la chair ».

Christian Soulignac (encore un pseudo) dans les Curiosités rachildiennes de son blog Fornax, nous présente les différentes éditions de La Princesse des Ténèbres et de l'Heure Sexuelle, l'autre roman signé Jean de Chilra, il y donne la courte chronique que Rachilde consacra à l'oeuvre de son double (ou triple, Rachilde étant le pseudonyme de Marguerite Eymery), on lira avec profit cet article érudit, prélude à une complète bibliographie.

Pour compléter le billet « Chabaneix » et le billet de Christian Soulignac, je donne aujourd'hui la chronique que Jean de Tinan consacra à La Princesse des Ténèbres dans L'Ermitage, n° 7 de juillet 1896. On verra que Jean de Chilra ne devait être un mystère pour personne, Tinan n'hésitant pas à révéler dès les premières lignes le nom de Rachilde caché derrière ce pseudonyme à renversement. On regrettera que l'étude sur les écrivains « à imagination morbide », promise par Tinan, ne soit pas parue...

La Princesse des Ténèbres, par Jean de Chilra (Calmann-Lévy)


C'est sous le pseudonyme de Jean de Chilra – pseudonyme à renversement – que Mme Rachilde vient de publier son dernier roman.
Je ne crois pas que, depuis des années, ont ait aussi nettement, aussi passionnément posé cette question du Rêve et de la Réalité à laquelle on ne saurait, vraiment contester une suffisante actualité.
Madeleine, entre ce bon docteur Sellier et le beau cauchemar du Chasseur au chien muet... c'est l'éternelle lutte. La seule – en somme – puisque les autres nous importent si peu !... Et ce n'est pas en quelques lignes de bibliographie que j'entreprendrai de traiter un sujet aussi... compliqué.
Je voudrais, cet été, dans l'Ermitage, examiner un peu de quelle façon les écrivains que j'appellerai – (si je ne trouve pas un mot plus juste d'ici là) - « à imagination morbide » ont essayé, selon des tempéraments qui sont, pour rééditer un mot de Hamerton sur Baudelaire, «the poetical organization with all its worst inconvenience», de créer une image poignante de la vie.
Parmi les écrivains d'aujourd'hui, auprès de M. Marcel Schwob et de M. Jean Lorrain, Mme Rachilde est certainement au tout premier rang de ces écrivains-là, et j'aurais l'occasion de dire de son talent tout le bien et tout le mal que j'en pense. Ce que je puis déjà dire aujourd'hui, c'est combien, dans la Princesse des Ténèbres, j'ai trouvé, en leur belle plénitude, les qualités d'expression, de lyrisme et de style, les qualités mêlées de probe écrivain naturaliste et de souple écrivain symboliste – (il faut réunir les deux décidément !) - qui me font tant aimer l'écriture de l'auteur de l'un des plus beaux poèmes de ces dernières années : Les vendanges de Sodome.


Jean de Tinan

Jean de Tinan sur Livrenblog : Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. Willy, Tinan, Rosny.

Rachilde sur Livrenblog : Rachilde et le vin de coca. Visite aérienne à Rachilde. Camille Lemonnier, Lautréamont, Rachilde. Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde.

vendredi 24 juillet 2009

WILLY, TINAN, ROSNY

WILLY fait son miel de tout



Dans La Critique (1) N° 38, 20 septembre 1896, Willy est prit d'une flemme estivale lors de la rédaction du compte-rendu des Profondeurs de Kyamo de J.-H. Rosny, heureusement son ami Jean de Tinan (dont il ne cite pas le nom), en villégiature à Jumiège, vient de lire le livre et de lui en faire le compte-rendu dans sa correspondance. Willy, fidèle à sa réputation, n'hésite pas à emprunter quelques lignes de Tinan, pour étoffer son article. Les « petites revues » devaient avoir un lectorat très au courant des nouveautés littéraires pour s'y retrouver dans les allusions de Willy : La lettre longue à la Bien-Aimée... n'était connue que des quelques lecteurs de la revue Le Centaure, Tinan lui-même n'est encore que l'auteur de Document sur l'impuissance d'aimer (L'Art Indépendant, 1894) et Erythrée (Mercure de France, 1896), deux ouvrages qui ne connurent pas une grande diffusion et de quelques articles dans l'Idée Libre, Pan ou le Mercure de France. La silhouette de dandy de Jean-aux-impeccables-redingotes-1830 n'était alors connue que d'un cercle d'amis, c'est à ceux-là que s'adresse l'article de Willy, comme la plupart des articles publiés dans La Critique.

(1) Voir : La Critique. Une enquête sur le droit à la critique. 1896.


(1) Les Profondeurs de Kyamo (2)


Hier, comme je relisais, pour la dixième fois, l'humoristique nouvelle végétarienne que l'auteur des Profondeurs de Kyamo daigna – pourquoi ? - dédier à l'Ouvreuse du Cirque d'Eté, quelque amertume s'éleva des voluptés qui m'inondaient, et, dans les fleurs même... (Lucrèce, que me veux-tu ?... Bref, je regrettais âcrement d'avoir à torcher pour La Critique un articulet où dire tout le bien que je pensais de l'oeuvre des Rosny [I] en général, et de leur dernier livre en particulier. C'est si embêtant de faire de la copie, en vacances (3) ; ainsi, tenez, je n'ai point encore parlé des Maîtres chanteurs [II], absolument remarquables, de Brinn'Gaubast ! Ah ! La flemme, l'invincible flemme !...
Par fortune l'humoriste si jeune encore, si talentueux déjà, à qui nous devons la fameuse Lettre longue à la bien-aimée [III] et qui nous doit Penses-tu réussir ? [IV] m'envoie de Jumièges [V], quelques feuillets d'une grâce désinvolte; me renseignant sur la fréquence des orages dans la Seine-Inférieure, sur l'Eros-série de quelques ruminantes du pâturage d'Harcourt [VI] avec lesquelles il daigne correspondre, sur ses dernières lectures ; parmi celles-ci, les Profondeurs de Kyamo. Mince de veine ! Donc, je copie ce passage de sa lettre :
« Ni l'Art d'aimer où la gracieuse insolence de Catulle Mendès conseille tous les précieux mensonges, ni la grave Erotique traditionnelle de Joséphin Péladan, ni les sages réflexions de Démétrios de Sais devant l'Aphrodite fleurie des vraies perles de l'Anadyomène... ne ressemblent au « Livre d'Amour » que l'on pourrait conclure de l'oeuvre de MM. Rosny, et aujourd'hui de ce livre Les Profondeurs de Kyamo, qui résume fort bien les autres.
Dans la préface de Daniel Valgraive, MM. Rosny écrivaient à peu près ceci : « ... une morale non pas nouvelle, mais portée à une nouvelle puissance... », il me semble qu'ils ont assez bien réalisé ce programme. La morale du sacrifice, dégagée des mesquineries catholiques qui en font un ridicule marchandage, s'est élargie en le souci d'une universelle justice – ils ont fait agir une « vertu » qui ne serait ni hypocrite ni ennuyeuse, et si, pour ma part, je conçois plus facilement l'évolution de l'humanité par une élite appuyée sur l'instinct, je suis cependant séduit par la noblesse de cette solidarité de bonté dont MM. Rosny se plaisent, - avec quelle poésie puissante ! - à vouloir trouver déjà le germe dans les crânes de nos aïeux chasseurs... » [VII]
Dommage, n'est-ce-pas, que Jean-aux-impeccables-redingotes-1830 ne m'écrive pas plus souvent !


Willy


(1) Réflexions sans profondeurs sur...
(2) Plon, éditeur.
(3) Quand on n'est pas en vacances, ca n'est pas bien amusant non plus.



[I] J.-H. Rosny sur Livrenblog : J.-H. Rosny Revue Otrante. Vamireh, roman des temps préhistoriques de J. H. Rosny par Jules Renard. Biribi de Georges Darien par G. Albert Aurier et Rosny. Léon Bloy « catholique à la grosse tête » par J.-H. Rosny, "Catholique à la grosse tête" suite. A. France : Rosny/Myron vu par Rosny/Servaise. Des Pommes, des poires ? Alphonse Daudet psychologue. Rosny (J.-H.) : Les Ames perdues : Anarchie Fin de siècle.

[II] Wagner (Richard) : La Tétralogie de l'Anneau de Nibelung. Publiée par Louis-Pilate de Brinn'Gaubast et Edmond Barthélemy. E. Dentu, 1894. Long avant-propos, traduction et annotation philologique par Louis-Pilate de Brinn'Gaubast. Etude critique et commentaire musicographique d'Edmond Barthélemy. Ce livre a fait l'objet d'un article, par Georges Bans, dans le numéro précédent (N° 37 5 septembre 1896) de La Critique.

[III] Jean de Tinan : Lettre longue à la Bien-Aimée pour lui expliquer que cela n'a pas d'importance. Le Centaure, volume 1, mai 1896.

[IV] Penses-tu réussir ! de Jean de Tinan, paraîtra fin avril 1897, le texte en était connu par un cercle d'amis, voir l'article de Rachilde dans le Mercure de France daté de janvier 1897 (
Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse.). Toutefois à la date de l'article de Willy, Penses-tu réussir ! n'est pas encore fini, en effet en novembre 1896, Pierre Louÿs et Jean de Tinan signent un contrat où Tinan s'engage à terminer son roman dans les 60 jours (Cf. Jean-Paul Goujon : Jean de Tinan. Plon, 1990. pages 258/259).

[V] Jean de Tinan séjourne régulièrement à Jumiège, chez sa tante, où il retrouve sa famille et le grand parc de l'ancienne abbaye.

[VI] Le café d'Harcourt, qui avec la Taverne du Panthéon est un des quartiers généraux de Tinan et de ses amis, Lebey, Louÿs et Henri Albert. Il y donne ses rendez-vous littéraires et féminins.

[VII] « Dans une Afrique qui fait encore figure de "continent mystérieux" et dans une forêt inexplorée, Alglave, courageux savant et découvreur solitaire, fait la rencontre d'un peuple d'anthropoïdes connu jusqu'alors uniquement par ouï-dire. » Philippe Clermont : Science darwiniste et fiction spéculative : L'exemple de J.-H. Rosny aîné. (voir : l'analyse des Profondeurs de Kyamo, texte en ligne sur le site de la revue Alliage)

Sur Willy et Tinan : Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste.






jeudi 23 juillet 2009

Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde.



Le docteur Paul Chabaneix (1) pour son étude sur le subconscient a interrogé de nombreux écrivains et artistes (2), voici les réponses de Rachilde et Remy de Gourmont à son enquête sur les « phénomènes de subconscience nocturne qu'ils auraient pu présenter ». On y trouvera une Rachilde fortement imprégnée par ses rêves, n'hésitant pas à les relater et a admettre leur influence sur son oeuvre. Gourmont, se montre plus circonspect sur la part prise par le subconscient dans la création littéraire.

« tous mes livres sont d'abord vus en rêve... »

Rachilde :


« Mes rêves les plus agréables étaient de me baigner dans des eaux tièdes et transparentes, et de voler à la surface d'un lac, d'une rivière extrêmement limpide, bordée de cascades superbes et de rivages fleuris. Dans presque tous mes songes, une étonnante sensation d'orgueil règne comme dans les extensions du moi du haschich. (J'ai pris du haschich de l'opium, de l'éther et de la morphine, mais à titre d'essais simplement, je n'ai jamais eut le goût de ces différents paradis artificiels parce que mes rêves, à l'état normal, m'ont toujours paru supérieurs, comme intensité à toutes les autres surexcitations cérébrales). » (pages 43/44)

« Presque tous mes rêves persistent après mon réveil. Ma vie normale en est encombrée. Je puis même dire que ma vie est double. Etant jeune fille, ils avaient une telle intensité que je me demandais souvent si je n'existais pas sous deux formes : une personnalité vivante et ma personnalité rêvante. Parfois je me trompais. Je m'imaginais que la vie véritable était mes songes. Je rêvais toujours de choses violentes : guerres, combats entre des bêtes merveilleuses et des hommes géants. Je prenais l'habitude de les voir et je finissais par ne plus en avoir peur. Je m'y faisais peu à peu, comme on se fait à un livre de contes fantastiques que l'on relit, et souvent le rêve inachevé, je le terminais moi-même tout éveillée, ce qui m'a donné aussi l'habitude de me raconter des histoires, de composer des romans. Je me mis à écrire à l'âge de douze ans et je pris ainsi, sans presque m'en douter, le chemin de la littérature.
« A l'heure actuelle, je rêve toujours, mais depuis mon mariage, mes songes sont devenus plus confus. Ils tournent tout de suite à la littérature pure et simple et j'ai alors la sensation de feuilleter un livre sur lequel je lis ce qui arrive. Il est vrai que je lis énormément et que beaucoup de mes nuits se passent en lecture. Je finis par tout confondre. Mais si j'ai perdu en intensité une partie de ma double vie, j'y ai gagné des méthodes. Je peux rêver à ce que je veux et continuer le rêve commencé... comme un feuilleton dont on attend la suite. Pour rêver que je suis dans un très beau jardin, avec de l'eau et des fleurs, il me suffit de regarder, avant de m'endormir, le bouchon de cristal bleu taillé à facettes d'un flacon qui est sur ma table de chevet ou de toucher une étoffe de soie verte. Cela me réussit presque toujours. » (page 49)

« A part quelques-uns, tous mes livres sont d'abord vus en rêve..., et très souvent quand j'ajoute des chapitres de ma propre autorité, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux dans l'oeuvre ! » (page 57)

« Je me souviens très distinctement d'un de mes premiers rêves d'enfant qui fut une espèce d'hallucination fiévreuses et qui dut influencer très cruellement sur mon cerveau. J'avais sept ans et une nuit je me réveillai en poussant des cris terribles parce que j'avais vu une horrible femme conduisant un loup à trois pattes. Le songe se poursuivit malgré mon réveil. Je devais voir ce loup blessé perdant une grande quantité de sang sur mes draps, et depuis, durant ma petite enfance, je revis très souvent ce loup dont une patte était coupée et pendait lamentablement toute rouge. Le vieille femme ouvrait et refermait les bras en me regardant et elle excitait le loup à se jeter sur moi. J'ai parlé de ce loup dans « La Princesse des ténèbres » et je n'ai qu'à concentrer un peu mon attention sous mes paupières closes pour le revoir très en détail. » (pages 78/79)


Un Purgatoire jaune orangé.

Remy de Gourmont :

« A dix-sept ans, j'eus un rêve : une vision du Purgatoire où je crois que la lecture de Dante était pour beaucoup ; la teinte générale était jaune orangé. J'avais la sensation d'y être moi-même pour un temps infiniment long ; j'étais consterné. » (page 48)

« Il m'est arrivé une fois ceci : écrivant un conte, qui avait pour sujet un suicide à échéance fixe, un matin, déjà habillé et m'asseyant à ma table de travail, j'eus une seconde d'angoisse et je supputai que je n'avais plus que trois ou quatre semaine à vivre. L'angoisse fut courte, mais réelle. J'avais, sans doute, rêvé à mon conte et le rêve se continuait au réveil. » (page 52)

« Il m'arrive même, dit-il, de ne pouvoir distinguer le rêve de la réalité, de confondre, par exemple, ce qu'un ami m'a dit la veille et ce que j'ai rêvé la nuit. Je suppose que mon esprit est ainsi plein de fausses notions qui, au bout d'un certain temps, sont dans ma mémoire, sur le même plan que les faits exacts. » (page 59)

« Il m'est impossible de dire si je dois au rêve ou à la veille les idées de romans, poèmes, contes, puisque la raison raisonnante n'intervient qu'après coup pour ordonner des conceptions d'abord inconscientes et qui ont surgi sur le plan de la conscience absolument comme un éclair ou un vol d'oiseau. » (page 104)


(1) Le Subconscient chez Les Artistes, les Savants et les Écrivains. Par le Docteur Paul Chabaneix médecin de la marine. Préface de M. le Docteur Régis, chargé du cours des maladies mentales à la Faculté de médecine de Bordeaux. Paris, J.-B. Baillière & Fils, Éditeurs, 1897.
(2) 43 réponse reçues, « nous avons enregistré 11 absolument négatives. Elles émanent de 6 médecins, de 2 peintres, de 1 musicien, de 1 poète et de 1 romancier. Cette observation, par elle-même, n'a évidemment aucune valeur, mais elle en acquiert une notable si l'on sait que nous avons eu en tout 8 réponses de médecins, tandis que 35 autres proviennent soit d'artistes, soit de littérateurs » (Introduction).

mercredi 22 juillet 2009

Coup de Filet par Les Veber's

Après la série d'attentats anarchistes commencée en 1892 avec Ravachol, et plus particulièrement après la bombe lancée par Auguste Vaillant à la chambre des députés qu'est soumis par Casimir-Périer la première des lois, dites « scélérates » (12 décembre 1893), d'autres suivront. Il s'agissait pour le pouvoir, dans l'urgence, de punir l'apologie des attentats, les lois suivantes, 18 décembre 1893, et 28 juillet 1894, permettent d'inculper les membres ou sympathisants des associations de malfaiteurs et d'interdire aux anarchistes toute propagande. Des arrestations en masse ont alors lieu, de nombreux militants sont arrêtés, parmi eux des écrivains, soupçonnés de sympathies avec le mouvement (voir le Procès des Trente, 6 aoùt 1894).
Ces perquisitions chez les écrivains, dans les journaux, ont inspirés aux frères Veber, Le Coup de filet, publié dans leur recueil Les Veber's en 1895. Simple pochade, ou dénonciation de la bêtise, Le Coup de filet, à lieu dans les milieux les moins soupçonnables de sympathies anarchistes : la Revue des Deux Mondes de Ferdinand Brunetière, chez l'Oncle Sarcey, Willy, Jules Simon ou Heredia. Au Moulin-Rouge, les fins limiers croqués par Pierre et Jean Veber vont même jusqu'à arrêter le Pétomane !

Les Veber's
Coup de Filet


Avec une vigilance au-dessous de tout éloge, la police parisienne continue ses perquisitions chez les anarchistes : il n'est bruit que des descentes opérées tout récemment au domicile de quelques compagnons impliqués dans les dernières affaires. Nous avons pu nous procurer les détails de cette expédition.
Donc hier, à dix heures du matin, MM. Poète, Aragon et Rolly de Balnègre, commissaires de police, assistés de M. Girard, l'intrépide Vide-Marmite, et suivis d'une escorte d'agents hambourgeois, se mettaient en marche.

Ils arrivaient bientôt rue de l'Université, sonnaient à la porte de la Revue des Deux Mondes, le brûlot révolutionnaire, et entraient avec effraction dans le domicile du rédacteur en chef, le compagnon Brunetière, dit La Syntaxe.
Quoi qu'il fit grand jour, le compagnon Brunetière était encore au lit et travaillait rideaux tirés, à la lueur de la lampe. Il cacha vivement sous le lit un exemplaire de l'Histoire des variations et s'écria : « Encore bien même qu'une pareille intrusion semble, à juste titre et mises à part les raisons d'Etat attentatoire à l'autonomie de... » M. Aragon, qui était un peu pressé, ne le laissa pas achever sa phrase. Les agents découvrirent une correspondance importante avec une nihiliste de marque, Mme A. de N..., quelques brochures révolutionnaires, des articles contre l'armée et l'Etat signés Léon XIII (on ignore encore qui se cache derrière ce pseudonyme), et un projet de manifestation sur la tombe du compagnon Bossuet.


De là, les agents se rendirent chez notre confrère le compagnon Willy, dit l'Ouvreuse.
Willy vint ouvrir et, apercevant M. Rolly, s'écria : « C'est vous qui êtes Balnègre ? Eh bien, continuez ! On a saisi un commencement d'article : « Les violons sont infâmes... » Willy assura qu'il ne s'agissait pas des prisons, mais du concert Colonne. A ce moment, une violente explosion d'hilarité jetait tout le monde à terre ; quelques agents, ayant ouvert par mégarde un ballot de livres où se trouvait le dernier opuscule de Willy, se tordait sur le sol, en se tenant les côtes. M. Aragon dit : « Je dois vous garder à ma disposition. - A la disposition de Usted ! » réplique Willy.


Rue de Douai, chez le compagnon Sarcey, plus connu dans les bals musettes sous le sobriquet de Mon Oncle. La Terreur du Répertoire était en train de prendre son tub ; l'eau ruisselait sur ses formes robustes.
« Qu'on le fouille ! » s'écria M. Poète. Le compagnon François, dit Francisque, se laissa fouiller ; toute fois, il protesta : « Mes enfants, votre descente de Police est très mal mise en scène ; de mon temps, à l'Ambigu, c'était mieux réglé. Vous devriez entrer par le côté jardin, vous cacher dans ces armoires, où, selon les conventions, je vous aurais découverts successivement. » On saisi des brochures sur les explosifs, intitulées l'Art des préparations. Gare à vos yeux ! Des ouvrages de propagande : Comment je devins anarchiste, des étuis à lorgnette et un buste d'About, que M. Girard a transportés dans sa voiture spéciale, enfin des papiers concernant Gandillot, actuellement en fuite.

Les magistrats se rendaient ensuite chez le compagnon Jules Simon, dit Petit-Suisse. Il essaya de simuler l'irresponsabilité ; il se décida à avouer lorsque l'on eut découvert un livre intitulé Cuisinière bourgeoise, où se trouvent des maximes comme celle-ci : « Cuisez à petit feux et faites sauter les gros légumes... »
D'autres pièces à conviction saisies chez Petit-Suisse... ne laissèrent pas de doute sur l'existence d'un grand complot académicide ourdi par les partisans d'Eugène Manuel. On ne sait pas encore quand il devait être mis à exécution. Simon prétend qu'une cafetière à renversement, destinée à anéantir le parti des ducs, avait été placé sous le fauteuil de M. d'Audiffret-Pasquier ; le Taciturne n'échappa à la mort que grâce à la vigilance de M. Pingard, qui enleva l'engin à temps. A la suite de cet attentat, l'Académie décréta que M. Thureau se séparerait de son nom Dangin, qui est tout un programme.



Alors M. Poète se rendit chez l'Idem de Heredia, dit Pain-d'Epice, que Simon dénonça comme recéleur d'armes prohibées. A la porte du nouvel académicien, une pancarte avec ces mots : Sonnet liminaire. M. Poète comprit que cela signifiait : Sonnez avant d'entrer. On surprit M. de Heredia en train de ciseler le pommeau d'une dague ; furent saisies des armes disparates : glaives romains, épées gauloises, kriss malais, hallebardes, poignards et jusqu'à des casques de pompier.

Continuant leurs investigations, les agents se sont rendus au Moulin-Rouge, où, après un court examen, M. Girard a saisi le Pétomane et l'a fait transporter, avec mille précautions, jusqu'au laboratoire. Là, il sera dévissé, afin que l'on sache ce qu'il contient. Serait-ce encore une fumisterie de mauvais plaisants ?


Je ne cite que pour mémoire une petite pereloyson opérée chez le P. Quisition...
Non, je veux dire une perquisition opérée chez le P. Loyson. En même temps, des agents arrêtaient un jeune anarchiste extrêmement audacieux, que l'on trouva nanti de pois fulminants, amorces et pétards. Un bonheur n'arrive jamais seul. Aussitôt après, ils mettaient la main sur un autre compagnon qui tentait de s'enfuir en voiture. Malgré une vive résistance, il fut appréhendé et conduit au Dépôt.



Enfin, l'agent Emplumé saisissait, après une poursuite acharnée qui dura plusieurs minutes, le compagnon Tronc, cul-de-jatte des plus dangereux, qui faisait courir toute la police depuis plusieurs semaines. La facilité dont il jouissait de prendre ses jambes à son cou rendait son arrestation très difficile ; lorsqu'il court ventre à terre, il distance les meilleurs limiers.
Acculé, il dut se rendre.

Dernière heure. - On vient de perquisitionner chez les Veber's. L'attitude héroïque des intrépides compagnons a vivement surpris les agents chargés de les arrêter.
N. B. - Nous avons enfreint la loi sur la divulgation des opérations policières. N éanmmoins, nous espérons que M. Pourquery, qui n'est pas du bois dont on fait les serins, nous pardonnera pour cette fois-ci.


Les Veber's par Henri Gauthier-Villars [Willy], La Critique, N° 12, 20 août 1895. Repris en volume dans Henry Gauthier-Villars (Willy) : Quelques Livres, année 1895. Bibliothèque de La Critique. 1896.

Presqu'à chaque page de ce livre se silhouettent deux têtes dont un crayon à la fois railleur et tendre a traduit harmonieusement toute l'élégance impertinente, toute la mélancolie corrosive. Le lecteur se penche sur ces icônes et, à mesure que les pages se suivent – (sans se ressembler autrement que par leur incessante variété et leur excellence obstinée) – le bon lecteur qui contemple, éperdu, les yeux candides de Pierre, les doux yeux alanguis de Jean, se demande : « qui sont ces hommes (ou ces Dieux) qui m'apparaissent sous le masque des sourires les plus criminels, sous le leurre des vêtements les plus bizarres depuis la tunique de forçat jusqu'à la casaque de ministre ? Ici, ils saluent avec une grâce qu'eût enviée M. de Coislin, là, ils estourbissent avec la plus saine volupté, ils s'épandent, ils s'épanchent, ils se multiplient, partout présents, partout insaississables, promenant leur majesté double et une parmi eux les deux cents pages de cette épopée, suivis et précédés, détestés et aimés de la horde lourde, de la théorie éplorée de leurs sujets, de leurs victimes ? Qui sont-ils ? que croire ! que croire ! » Et le pauvre lecteur considère encore une fois les deux figures fatidiques, cependant que tout autour d'elles l'Empereur Guillaume savoure perfidement un calumet de paix, que M. Jules Lemaître s'éplore en une redingote navrée et que des agents écoutent, non sans une sollicitude familière, les confidences d'un anarchisme imprévu susurrées par les compagnons Brunetière, Willy, Jules Simon et José Maria de Héredia. Puis les images sont si délicieusement adéquates au texte que le lecteur renonce à ses soupirs, à sa curiosité, et se laisse charmer – tout simplement.
Répondons : Lecteur, ces hommes habiles à essaimer ainsi leur sourire et leurs grimaces sont des poètes et des philosophes qui savent voir la vie en sa nudité la plus pitoyable, l'étudier en ses tares les plus touchantes et la revêtir ensuite des fictions les plus charmeuses. Ce Pierre Veber est toujours le Pierre Veber qui dans le déjà légendaire Chasseur de chevelures, avait assumé le sacerdoce de « Déformateur du réel » au risque d'être poursuivi pour usurpation de fonctions publiques. Ce Jean Veber est toujours le poète des Contes de fées, le poète qui rêva la couverture des Mimes de Schwob, le poète qui prêta des traits définitifs à la fuyance ascétique et méditative du Paphnuce de Thaïs, et c'est aussi le symboliste qui nous offrit cette année, en des teintes horrifiques, l'horrifique cauchemar des culs de jatte dont la poursuite monstrueuse s'acharne sur un or éclaboussé de sang. Du jour où Pierre se pencha sur la vie du haut de sa fantaisie, du jour où Jean se pencha sur la vie de haut de ses rêves doucement étoffés, du jour où ils unirent contre la laideur de la vie leur plume et leur crayon, ils n'eurent pas besoin de s'engager par serment à écrire, à dessiner les pages les plus profondes et les plus jolies, les plus sagaces et les plus légères ; ce n'était pas la peine : le livre était fait. Ils n'eurent qu'à attendre nonchalamment le jour où devait paraître le feuilleton. Puis le jour où assez de feuilletons avaient paru pour que le volume fut un volume...
Mais pourquoi alourdir d'un commentaire ces portraits d'une si cruelle fidélité, ces exégèses si subtiles, ces paradoxes si aigus ? Laissons le lecteur goûter à son aise l'irrévérence du Conte de Noël qui termine le volume, laissons-le revenir à la narquoise et savoureuse préface qui l'ouvre...



Les Veber sur Livrenblog : Les Veber's par Jules Renard. Les Veber Joviale Comédie. X... Roman impromptu (à dix mains).

mardi 21 juillet 2009

Hommage à Remy de GOURMONT



Un hommage à Remy de Gourmont de Charles-Théophile Féret, dans Les Couronnes. Editions des Belles-Lettres, 1922, in-12 carré, 90 pp. Tirage limité à 300 exemplaires numérotés. (page 25)

A Jean de Gourmont

« Par les ombres myrteux, je prendray mon repos. »
Ronsard

La mort nous entend vivre, et crois-tu que Rémy,
« Par les ombres myrteux » captif de Perséphone,
Oublie un clos pommeux où le menait Simone,
Et ne soit plus sensible à la voix d'un ami ?

Crois qu'il nous juge encore, et qu'il range parmi
Les maîtres ouvriers le vieux front sans couronne
Qui sue au pommeaux d'or d'où jaillit la Gorgone,
Car le manteau n'est pas son esclave à demi.

Dans l'émail champlevé, pour que Rémy l'accueille,
Tel du pommier normand j'ai copié la feuille,
Que je mêle, rugueuse, à ses lisses lauriers.

Et ton frère aimera sur ses tempes orphiques
Plus l'obscur ciseleur que les doigts marbriers
Qui signe lourdement les feuillages delphiques.



Sur Charles-Théophile Féret (1859-1928) voir :

Le site des Amateurs de Remy de Gourmont, Gourmont par Charles-Théophile Féret - Charles-Théophile Féret vue par...

SCRIPSI, n° 1, « Aux 3 satyres normands, Charles-Théophile Féret, Remy & Jean de Gourmont », Port-Bail, 9 octobre 2008 (tiré à 26 exemplaires lettrés de A à Z ; 7 exemplaires lettrés (à la main) avec une lettre du mot satyre en grec ; 7 exemplaires pirates ), 42 p.

Gourmont sur Livrenblog : Réponse à l'enquête de La Critique. Scripsi : Gourmont. Nigond. W. C. Morrow. et les autres (Bulletin N°0) SCRIPSI n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont SCRIPSI n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont SCRIPSI N° 3 se présente SCRIPSI N° 4-5. Remy de Gourmont : Dialogues oubliés - Remy de Gourmont occultiste ? . Francis Poictevin par Félix Fénéon et Remy de Gourmont . Mécislas Golberg contre Remy de Gourmont : Orthodoxie Symboliste. . La Force des choses de Paul Margueritte par Remy de Gourmont et Jules Renard. Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde. Etc...



lundi 20 juillet 2009

La Critique. Une enquête sur le droit à la critique. 1896.




Dans le N° 24 de février 1896, commence dans la revue La Critique (1), une enquête sur le droit à la critique, orchestrée par l'un de ses principaux collaborateurs, Alcanter de Brahm (1868-1942), l'auteur de L'Ostensoir des ironies dont la seule gloire posthume reste d'avoir inventé le fameux point d'ironie (2). Voici la question posée, et quelques réponses choisies parmi les trente-quatre reçues :

Notre référendum
Droit de critique


« Rien, écrivait La Rochefoucauld, ne doit diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes, que de voir que nous désapprouvons dans un temps, ce que nous approuvons dans un autre. »
Et plus loin.
« La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde, que ses apparences n'y font de mal. »
Donc, partant de cette donnée, et désireuse de réunir à cet effet l'opinion des jeunes autorités littéraires, artistiques et critiques les plus incontestées, La Critique les a priées de vouloir bien lui donner leur avis sur la question ainsi posée.
Le droit de critique en art et en littérature est-il absolu ou limité ? - Raisons.
Peut-il s'étendre à l'investigation des gens, des moeurs, des habitudes : ajourer le mur de la vie privée, ou se superficialiser à l'oeuvre seule ?
Bien que nous ayons laissé toute latitude, pour le temps de réponse, à nos confrères, nous avons cru devoir publier dès maintenant les avis les plus empressés, ce dont nous les gratulons vivement. Les autres réponses suivront dans le prochain numéro.
Cette mesure s'explique aisément si l'on songe qu'une trop longue attente, motivée par l'espace de deux ou trois parutions bi-mensuelles, susciterait peut-être à des reporters indélicats l'intention d'un dol d'idées tout gratuit, et dont nulle loi ne saurait prévoir la sanction.
Alcanter de Brahm.

Exercer la critique, c'est acquérir le droit de juridiction sur les idées d'autrui. Ce droit suppose donc l'intégrité et la rectitude d'un esprit présentant des garanties aussi absolues que celles exigées des juges de droit commun, alors que ces derniers agissent cependant dans un domaine plus limité.
Sans quoi, la critique devient une source d'erreur et fausse le jugement.
Toutefois je maintiens que dans les rapports qui lient la vie privée d'un homme à son oeuvre, les deux peuvent être examinées sans contrainte, sans scrupule, à condition toutefois que le résultat de cet examen ne puisse nuire qu'au seul auteur, le cas échéant, et jamais à ses proches.
Je n'estime pas beaucoup le critique n'écrivant que pour éreinter, mais l'expérience m'a fait conclure à la nécessité d'outrer parfois dans un article de journal, des critiques qui eussent été moins acerbes dans une revue ou dans un livre où elles eussent retenu plus vivement l'attention du lecteur.
Georges Montorgueil.

Evidemment oui, le droit de critique doit être limité et même très limité. Non seulement j'estime que le critique ne doit pas fourrer son nez, de peur de le salir quelquefois, dans la vie privée de l'artiste, mais aussi qu'il ne doit formuler sur l'oeuvre que des appréciations bienveillantes.
Si une oeuvre le choque, qu'il s'abstienne !
Son opinion est toujours et forcément partiale : il peut donc se tromper et tromper en même temps le gros public, lequel étant incapable de penser par lui-même croit ce qui est imprimé, ce que raconte son journal.
Jossot.

Qu'un auteur soit maigre ou gras, chauve ou chevelu, amoureux de vieilles femmes ou de petits garçons, qu'importe si son oeuvre rayonne en beauté !...
La critique intelligent devrait ne jamais s'occuper des personnalités. Je voudrais même que l'ont fit abstraction du côté soit-disant moral ou immoral d'une oeuvre et qu'on ne la jugeât que pour les joies qu'elle procure.
Si j'étais anglais et milliardaire et que je trouvasse géniale l'oeuvre d'Oscar Wilde, je n'hésiterais pas à élever à l'auteur du Portrait de Dorian Gray, au centre même de Londres, la plus colossale statue que la terre ait portée.
Armand Charpentier.

Peu, dans la presse osent formuler à haute voix, le mépris dont tous chuchotent, et en lequel s'enlisent certains écrivains.
Je n'ai pas peur, ayant affronté de plus nobles orages : prête à en affronter bien d'autres, pour ce que je sais être mon droit, et pour ce que je croit être la justice.
S'il est des hommes qui hésitent et reculent devant les ordinaires procédés de polémiques, la facilité des mensonges, la virulence des épithètes, il n'est pas mauvais pour ce temps de vouloir qu'une femme donne le spectacle d'une vaillance inaccoutumée.
Séverine.

A la suite de quelques lignes que j'ai écrites sur Verlaine, en tâchant de dire honnétement ma surprise de voir la jeunesse littéraire actuelle choisir presque tous ses maîtres parmi les écrivains foudroyés, incompris, même inconnus, on m'a répondu galamment que ma remarque venait de la fureur jalouse où me jetait le parfait dédain de cette jeunesse à mon égard. Mon Dieu, oui, ces jeunes gens n'y vont pas par quatre chemins ; quiconque discute leur Panthéon, ne peut être qu'un bas envieux, grelottant à la porte, dans le désir irréalisable d'y entrer. Si tu attaques nos maîtres, c'est que tu te fâches de n'être pas un dieu. Et voilà un homme convaincu à la foi de laide colère ; d'envie impuissante et de talent radicalement démodé.
Emile Zola.

Le droit critique ne saurait être limité que par des frontières mobiles.
L'écrivain, l'artiste – regardé en lui-même – complète son oeuvre et l'explique. Il y a dans l'homme les origines et l'on peut dire, les racines de ses manifestations de sentir et de penser. Je crois du moins que tout effort véridique et profond est marqué du sceau de la personnalité intime. Donc le vrai critique doit être un biologue, non pas un biographe. Et c'est là que l'on peut discerner l'équilibre nécessaire entre l'étude réfléchie, pénétrante, et d'inutiles indiscrétions. Retrouver le sens, le point de départ, l'intention de l'oeuvre, dans les attitudes, les moeurs, , le visage même de l'écrivain ou de l'artiste, c'est agir en esprit consciencieux, c'est chercher le mystère de la genèse cérébrale jusqu'en les symboles mouvants des âmes et des corps. Mais il est aussi inutile que malséant, de fouiller dans les coffrets de la vie privée, de cambrioler les serrures secrètes ; car le but de ces exploits sans gloire, ne peut être qu'une curiosité malsaine et qu'une froide méchanceté. Le critique impartial ne verra de l'individu que ce qui lui est indispensable pour son alchimie de critique, c'est-à-dire, pour extraire des phénomènes concrets les idées générales qui en résultèrent. Ainsi une humble anecdote peur ébaucher un poème, un geste transitoire, légitimer tout un style.
Frontières mobiles, délicates à l'infini, resserrant tantôt, tantôt élargissant ce lit de Procuste ou se recroquevile et puis s'allonge le sage, qui tente d'accomplir sur les travaux humains, l'oeuvre patiente d'un Darwin en face de la nature. Qu'il est vain de fixer des lois, d'imposer un catéchisme ou un code à celui qui ne doit écouter que les conseils de sa conscience et les arrêts de son intellect ! Le critique doit être un moraliste dans le sens élevé du terme et aussi un observateur impartial, et en quelque sorte obéissant devant ce petit univers qu'il doit raconter, commenter, réviser même. C'est donc en lui-même qu'il trouvera ses droits autant que ses devoirs, et les mesurer pour ne pas les outrepasser.
Jules Bois.

Le droit de critique est absolu, lorsqu'il va de l'oeuvre au causes même intimes qui l'on fait éclore. C'est malheureusement un procédé d'investigation que l'on délaisse pour se complaire à la divulgation d'inutiles insanités. Mais on y reviendra, parce qu'il est bien prouvé qu'il est le fondement de l'histoire littéraire d'une époque.
Joseph Charrier.

La critique n'est peut-être pas un droit, mais elle est universelle, il m'arrive quelque fois de critiquer un livre et je n'en écris pas
Marc Mouclier.

Tout oeuvre, tout acte quels qu'ils soient, relèvent de la critique, l'idée comme le sentiment pouvant après discussion, acquérir un intérêt qu'ils n'avaient pas primitivement.
Pourquoi le droit de critique serait-il limité, puisque le droit d'agir ne l'est pas, et n'est-il, somme toute, pas intéressant de savoir si tel chantre attitrés des étoiles, marche réellement sur une bande d'azur, si tel éreinteur d'estoc et de taille, moraliste calvinisant, a le geste aussi beau derrière les paravents.
On parle de photographier les cervelles, la besogne sera mince je crains, mais osez donc sonder l'opacité des coeurs.
Là, rien peut-être; ici, quel charnier.
E. de Solenière.

Les droits de la critique sont ceux qu 'elle prend, mais il faut souhaiter qu'elle en prenne le moins possible et se borne à juger l'oeuvre, l'oeuvre toute seule, telle qu'elle se promène nue à travers le monde intellectuel.
Cela, s'il est question d'oeuvres d'auteurs vivants.
Une critique scientifique ou totale, étudiant tout l'homme pour mieux comprendre toute l'oeuvre, n'est tolérable que très tard, l'auteur mort et déjà historique.
Remy de Gourmont.

Mon avis est que ce droit est absolu. Son exercice suppose seulement de la part du critique qui s'érige en juge, une sincérité et une compétence sans lesquelles ses jugements ne sauraient avoir de portée.
Edouard Colonne.

A cette question où les avis doivent être très divers, voici le mien, en restant sur le terrain artistique, et posant comme principe qu'un artiste n'étant pas un homme public son oeuvre seule doit être discutée, et du reste, qu'importent à la valeur de l'oeuvre, la vie et les habitudes du créateur de cette oeuvre.
Lorsque la vie de l'artiste est simple, comme tout le monde, (pour employer la formule générale), l'on trouve qu'elle n'est pas intéressante, et elle ne le devient que si l'on y découvre un petit scandale, ce qui, à mon avis, diminue et l'auteur et le critique.
A. Osbert.

Pour la critique, ça dépend.
Si le Monsieur en vue vous entretient de sa vie privée, parle de ses amours, de son enfance, de ses indigestions, en un mot s'il démolit lui-même son mur Guilloutet, rien à ménager, blaguez à fond qui s'offre aux blagues, - quitte à recevoir un coup d'épée, galamment (à condition que votre adversaire soit propre).
Mais si, soucieux de fuir ces familiarités subjectives, l'écrivain reste loin de la foule, ne lui livre que sa pensée, (ce qui est déjà bien joli), s'il se conforme au précepte hautainement sage :
« Ami, cache ta vie, et répands ton esprit ! » c'est à ses théories seules que vous devez vous en prendre, ou vous n'êtes qu'une pratique.
Willy.

Je suppose que c'est par pure ironie que vous me demandez si l'on a le droit d'ajourer le mur de la vie privée d'un écrivain, au nom de la critique littéraire ?
Non, jamais, on ne doit prendre ce droit là, même pour faire l'éloge d'un auteur.
Seule, son oeuvre appartient à la publicité, et un critique n'a pas à s'occuper d'autre chose. Toutes les injures du vocabulaire des journalistes, assez complet, Dieu merci, peuvent être déversées sur le fond et la forme d'un livre, sans que l'auteur ait à se plaindre, mais il devrait être défendu, sous peine de perdre l'estime des honnêtes confrères, d'apprécier l'ongle du petit doigt de la main qui l'a écrit. Malheureusement ce sont presque toujours les écrivains qui commencent, c'est-à-dire que bien peu de nos écrivains désirent laisser leurs... mains dans l'ombre !
Rachilde.

Faire de la critique absolue, je n'y songe point un seul instant et d'autant moins, que je suis d'avis, avec Wagner, que « le critique d'art qui part de son point de vue abstrait pour juger l'artiste, ne voit au fond rien du tout ; car l'unique chose qu'il puisse apercevoir, c'est sa propre image, réfléchie dans le miroir de sa vanité.
H. Stewart-Chamberlain.

Puisque vous m'avez adressé votre circulaire, je vous dois, au moins par politesse, un accusé de réception. Quant aux questions que voulez bien me soumettre, je ne crois pas que les Congrès, ni les plébiscites n'aient jamais rien assuré ni empêché.
Pour critiquer, comme pour élever des statues chacun agit selon son tempérament, ou ses préférences ; alors à quoi bon poser des règles ?
Jean Grave.

Incontestablement légitime en tout temps, quand il s'exerce sur les oeuvres, à la seule condition formelle, pour le censeur, de ne pas les discuter qu'après les avoir lues et consciencieusement exposées sans lacune et sans parti-pris, le droit de critique, à mon avis, ne saurait impliquer celui de rechercher, du vivant des auteurs jugés, quoi que ce soit de ce que leurs écrits ou leurs paroles, et leurs actions, ne nous ont laissé voir touchant leur vie privés. Toutefois c'est à nous, je l'admets, à nous arranger de façon que, depuis le plus proche des proches jusqu'à l'indifférent le plus indifférent, nul ne puisse, nous vivants ou morts, briser les sceaux fixés par notre volonté : car pourquoi nous plaindrions-nous de ces excès de la curiosité d'autrui ? Ces excès, les commettrait-elle, si nous ne l'avions éveillée ? Sans doute, le droit de critiquer n'en demeure pas moins circonscrit par les frontières même que j'ai dites ; mais enfin, si des indiscrets violent ces frontières, notre droit à nous indigner n'en apparaît pas moins, non plus, directement proportionnel à la somme des efforts que nous avons su faire pour leur dérober notre vie.
D'ailleurs, en dépit des maniaques de la critique documentaire, est-il vraiment bien essentiel de connaître la vie privée de l'auteur, collectif ou non, de l'Iliade ou de l'Odyssée ? La critique ne sera jamais superficielle, lorsque l'oeuvre sera profonde ou vaudra pour l'Humanité de tout siècle et de toute patris, et l'on peut même se demander si la critique gagne grand chose à se préoccuper des moindres contingences ; pour peu qu'on aille au fond des choses, il ne s'agit guère, en effet, de savoir en quoi l'homme et l'oeuvre, sont l'expression de toute époque, mais par quoi ils sont l'expression de toute époque : or n'est-il pas très clair que l'oeuvre, à elle toute seule, suffit à nous donner pareil éclaircissement ?
Poser le problème en ces termes équivaut à légitimer, logiquement, psychologiquement et moralement (ces trois adverbes joints font admirablement), un droit de critique dont le but, par son caractère même de généralité, détermine la limitation particulière.
Louis-Pilate de Brinn'Gaubast.


Conclusion


Des quelques trente réponses émanées des personnes autorisées qui voulurent bien participer à cet intéressant référendum et que nous remercions bien vivement ici, s'accusent préalablement dix-sept affirmations d'un droit absolue, ou restant dans le domaine de l'humainement possible, d'un droit subordonné à la conscience de celui qui se livre à l'examen de l'oeuvre, et dont l'effort tend, par comparaison avec l'homme qui la produit, à dégager la totale ou partielle sincérité de ce dernier.
Six autres écrivains, admettant en principe ce droit, n'y apportent que des restrictions personnelles, ou basées sur la virtualité d'une critique immédiate.
Certes, la critique idéale, serait celle d'une oeuvre toute de sincérité écrite par un impartial, donc un ascète, un ermite invulnérable aux passions de toute nature propices à l'avortement des plus beaux rêves d'idéalisation : et c'est peut-être la hantise de ce désillusionnant pessimisme négateur de la droite conscience qui dicta les sept réponses si nettement opposées à tout droit de critique.
Toutefois, de cette tendance très manifeste de plus de vingt artistes sur trente, à supposer sur l'oeuvre un droit d'examen corrélatif à celui des circonstances personnelles qui préludèrent à son éclosion, se dégage un noble souci, celui d'affirmer la sincérité de l'objet par celle du sujet, la franchise du livre par celle de l'homme.
Or, nul d'entre les véritablement sincères, simples et grands de par l 'esprit et le coeur, n'essaya jamais de dérober une parcelle de sa vie au jugement de ceux qui l'entouraient. Les âmes droites sont réfractaires au venin de la de la médisance ou de la calomnie, et leur oeuvre perdure jusqu'après eux. Conclusion proverbiale des infimes : Seul la vérité blesse.
Donc, la Critique, exercée par des esprits clairvoyants, consciencieux, prompts à reconnaître leurs humaines erreurs, à réprimer leurs propres excès, et dont le regard ne fut point celui des autres hommes, cette critique demeure fortifiée chaque jour par l'expérience, la plus belle expression du droit de justice artistique.
Examen du beau et du vrai comme la morale est le fondement du bien, elle sera relative parce que tout ce qui est né de l'homme est relatif, mais son droit d'investigation, étendu à tout ce qui est publiquement et volontairement livré à son examen, lui devient absolu.
Alcanter de Brahm.


(1) Directeur Georges Bans. Principaux collaborateurs : Alcanter de Brahm, Willy/Henry Gauthier-Villard, Eugène de Solenières, Charles Fuinel, Emile Strauss, Jacques Ballieu, André Serph... Illustrateurs : Louis Valtat, Georges d'Espagnat, Jossot, Marc Mouclier, Léon Lebègue... La fiche du catalogue de la BNF donne pour Numérotation : 1re année, n ° 1 (1895, 5 mars)-19e année, n ° 294 (1913, juil.)[?] ; 26e année, n.s., n ° 1 (1920, juin)[?]

(2) Réédition : - L'Ostensoir des ironies. Précédé de Le point sur l'ironie par Pierre Schoentjes. La Rochelle, Rumeur des âges, Himeros, 1996, 119 p., jaquette ill., 21 cm. - Notule touchant le point d'ironie. Éd. du Fourneau, 1987, Non paginé [8] p., 15 cm. Plaquette publiée pour les voeux de 1987. Tiré à 150 ex. sur offset jaune citron. Hors commerce. Voir la notice qui est consacré à Alcanter de Brahm sur L'Alamblog :
"Alcanter de Brahm dans Toutes les lyres (1909)"

Les enquêtes sur Livrenblog : Une Enquête au Beffroi sur les poètes et la poésie. Anatole France autopsié par Cendrars Divoire Morand Delteil... au Tambour. Enquête L'Ermitage 1893 Le Bien Social ?.



mercredi 15 juillet 2009

Livres d'exception




C'est orné en couverture d'une "Application du Cercle Chromatique de Mr Ch. Henry" de Paul Signac pour le Théâtre Libre d'Antoine, un catalogue de libraire peu commun qui est arrivé ce matin. Les catalogues de la Librairie Pierre Saunier sont toujours attendus, les livres y sont rares et souvent un peu plus, les notices érudites et rondement rédigées, on y devine non seulement l'amour des beaux livres, mais aussi de la littérature et de son histoire, le tout mis en valeur dans une sobre mis en page.

Pour la première partie du XIXe siécle on trouvera entre-autres :

l'exemplaire d'André Breton du Château d'Otrante d'Horace Walpole (1767). Les Nuits de Paris de Restif de La Bretonne (1788-1794) complêtes de leur rarissimes 15e et 16e parties. Melmoth de Mathurin (1821), avec l'ex-libris d'André Breton gravé par Dali. Un manuscrit inédit d'Aloysius Bertand, "L'homme de paille" (1828) et son Gaspard de la nuit (1842). Les premières lithographies publiées de Gustave Courbet. Emaux et Camées (1852) de Théophile Gautier sur grand papier. 1 lettre de Baudelaire à sa mère. De Flaubert un exemplaire sur vélin fort de l'originale de Madame Bovary ainsi que les deux volumes de l'édition Lemerre avec envoi au Payen mystique Louis Ménard.

Une photographie de Tristan Corbière, commence la partie 1870-1900, puis c'est Mallarmé avec L'Après-Midi d'un Faune (tiré à 195 ex.) habillés de deux peintures japonaises originales. Deux exemplaires des Soirées de Médan, l'un orné de la signature des six auteurs, l'autre sur papier de Hollande. Les envois de Verlaine sur Les Poètes Maudits sont extrêmements rares, le Pauvre Lélian, n'ayant pas bonne réputation parmi les critiques établis réservait son service de presse au cercle des amis proches, l'exemplaire proposé est orné d'un envoi à Ernest Millot l'ami de Rimbaud. Un exemplaire parfait des mythiques Têtes de Pipes de L.-G. Mostrailles (Léo Trézenick et Georges Rall) avec les belles photographies d'Emile Cohl, ouvrage de fumistes mais qui marque une date importante dans la critique littéraire. Verlaine encore, ou plutôt son portrait, une huile sur toile du tumulteux Henri de Groux. De Huysmans un exemplaire d'A Rebours avec un envoi à l'ami Alexis Orsat et le tiré à part de La Bièvre (tirage à 10 ex.). Un envoi de Mallarmé et Huysmans à Catulle Mendès sur Axël de Villiers de l'Isle-Adam (mort depuis six mois lorsque paraît le volume). C'est sous une double couverture que se présente Le Tutu ce chef d'oeuvre empli de monstres, publié chez Genonceaux en 1891 et découvert par Pascal Pia en 1966. Les catalogues des expositions des Arts Incohérents ne sont pas courant, le dernier, celui de l'année 1893, est tout à fait introuvable, pourtant le numéro 31 de ce catalogue en propose un exemplaire avec 7 oeuvres originales exposées à l'Olympia cette année là. Jean Lorrain était un habitué du Grenier d'Edmond de Goncourt, qui appréciait non seulement les nouvelles et potins que celui-ci lui rapportait, mais aussi son oeuvre et plus particulièrement son recueil Buveurs d'ames, on en trouve ici un exemplaire sur Hollande avec un envoi de Lorrain à Ed. de Goncourt, où figure sur le 1er plat de reliure un portrait à l'huile de Lorrain par Antonio de La Gandara... Du quatrième fils de Camille Pissarro, Ludovic Rodolphe dit Rodo, une oeuvre unique, La Mort d'un chien d'Octave Mirbeau, manuscrit avec des illustrations coloriées aux crayons de couleurs, de Camille Pissarro un portfolio de 6 gravures sur bois tirées à moins de 25 exemplaires, Travaux des Champs. Arthur Huc dirigeait La Dépêche de Toulouse, et voulait faire connaître la peinture moderne en province, il organisa donc une exposition dans sa bonne ville où figurèrent 17 peintres indépendants, on en trouve ici le Catalogue de l'expo. (15 mai 1894) qui reproduit en lithographie des oeuvres de Anquetin, Bonnard, Denis, Grasset, Ibels, Laugé, Maufra, Maurin, Hermann-Paul, Rachou, Ranft, Ranson, Roussel, Sérusier, Toulouse-Lautrec, Vallotton et Vuillard. La collection complète des Almanachs Georges Bans, est d'une extrème rareté, elle est ici complète et sur Japon, avec ses couvertures illustrées par Marc Mouclier, Jossot, Misti, Hans Christiansen.

Reste de nombreux autres livres dans ce magnifique catalogue, dont un exemplaire sur Hollande d'Alcool d'Apollinaire, le premier livre de Reverdy, sans éditeur et tiré à 100 exemplaires, un ensemble de documents sur Marcel Duchamp, et d'autres merveilles dont je vous laisse la découverte.

Librairie Pierre Saunier
22, rue de Savoie
75006 Paris
01 46 33 64 91



mardi 14 juillet 2009

TENTATIVES : SALMON N. BEAUDUIN Renée DUNAN J. PELLERIN

TENTATIVES
Cahiers Trimestriels d'Art et de Littérature



Directeur : Henry Petiot
Grenoble, N° 2, 15 Août 1923, grand in-8, broché, 96 pp., frontispice, bandeaux, culs de lampes gravés sur bois par Louise Morel.


Voyages, onze poèmes par André Salmon. La Nuit sans amour par six auteurs (Une histoire sans amour par Daniel Agay, Paramirum par Renée Dunan, Un Rêve par Franz Hellens, La Drogue par Henry Petiot, La Route de Grenade par André Vigan, Le Rebelle par Emile Zavie. Chaque auteur doit raconter une histoire où, pour une fois, l'amour serait exclus). Poème sur trois plans par Nicolas Beauduin. Le hautbois de campagne par Henry Bosco. Jean Pellerin (avec un portrait in texte) par Daniel Agay. Fantaisies poétiques par Jean Mirande. Julien Benda et l'amour par Henry Petiot.

Chroniques des ouvrages traduits en français et des derniers livres français parus, textes de Renée Dunan, André Coeuroy, Daniel Agay, etc. La musique, la danse, les arts, le cinéma.

Voir sur Livrenblog. Nouvelles du Caire 1920 Renée Dunan Dadaiste. 200e BILLET - Retour à Renée Dunan. La fin du livre. André Salmon. Les Écrits Français. Le diabolique Conrad Moricand (Illustrations pour Moeurs de la Famille Poivre de Salmon).

lundi 13 juillet 2009

LA VEILLEUSE revue d'art et de Littérature



Un casque à terre, un fusil brisé, des barbelés sur lesquels s'agrippent quelques fleurs. La vignette ornant la couverture de la revue La Veilleuse, annonce une de ses revues pacifistes à tendances libertaires, dans la lignée de "la revue littéraire des Primaires", Les Humbles, de Maurice Wullens ou Soi-même de Joseph Rivière.

La Veilleuse, si l'on en croit le catalogue Opale-plus de la BNF, commence en en mai 1917.

Le Sommaire de l'unique numéro que je possède - 3e année, N° 19, mars-avril 1919 - nous informe un peu plus. On y trouve :

M. Jourd'Heuil, gérant de la revue, avec Les Heures du Jour, long poème sur la guerre commencé sept numéros plus tôt.

Louis Castel, avec une nouvelle, Thérèse, l'histoire d'un couple d'amoureux séparés par la guerre, à son retour l'homme retrouve une Thérèse dont il devine qu'elle ne sut pas résisté aux hommes de passages - "les filles longtemps sages ont appris l'amour d'hommes qui passaient" - mais puisqu'ils s'aiment encore, qu'importe, puisque leur amour "n'est point tombé et puisqu'il a mûri aux caresses d'un autre, c'est moi qui cueillerai le fruit que cache mon amie..."

Marcel Millet (1), y donne deux poèmes écris aux Etats-Unis en 1918, Philadelphie et Nous Sommes tous...

Joseph Rivière (2), nous conte dans Obsèques, l'enterrement de son concierge, lui qui n'aime pas les convois funèbres, est obligé par convenances de participer aux diverses cérémonies - messe, enterrement, condoléances - scènes qu'il vit comme une lâcheté, une trahison de lui-même.

Quelques Poèmes Juifs traduits par Emmanuel Lochac (3).

Chronique Théâtrale par Pierre Berch.


(1) Marcel Millet (Cannes 1886 -?), poète, romancier, comédien, syndicaliste, il participera lui aussi aux Humbles. Pour en savoir un peu plus sur cet admirateur de Théo Varlet, voir la préface qu'il écrivit pour Invectives, poèmes de Charles Rochat et reproduite par l'excellent Eric Dussert dans son Alamblog, ainsi que l'intervention de Bernard-P. Guiremand au Colloque des Invalides, Les Ratés de la littérature (deuxième colloque des Invalides, 11 décembre 1998. Du Lérot, « En marge », 1999) et l'article de Louis Simon, Marcel Millet, dans Les Cahiers des Amis de Han Ryner, N° 99. On trouvera dans le N° 74 des mêmes cahiers un article de Marcel Millet intitulé Retour sur Willy et Varlet (Voir l'indispensable table des Cahiers des Amis de Han Ryner due à C. Arnoult sur le blog consacré à Han Ryner, à télécharger ici).

(2) Joseph Rivière participe à la revue Les Humbles, aux Cahiers Idéalistes d'Edouard Dujardin, il est fondateur de la revue Soi-Même (février 1917 à février 1919), il est l'auteur, en 1920, d'une biographie de Gérard Lacaze-Duthiers publié aux Editions de la Librairie d'Art Stravinos et Cie, Le Caire, éditeur qui publia la revue caïrote La Vie Nouvelle, dont Rivière était l'un des collaborateurs et le représentant pour la France (voir La Vie Nouvelle sur Livrenblog). Il est aussi l'auteur de la biographie de Camille Spiess publié chez E. Figuière en 1919.

(3) Emmanuel Lochac, disciple de Han Ryner, qui collabora lui aussi à La Veilleuse, il est l'auteur de Dimanche des malades aux éditions La Veilleuse (Voir Hommage à Emmanuel Lochac par André Devaux dans Cahiers des Amis de Han Ryner N° 45)





dimanche 12 juillet 2009

Charles-Louis PHILIPPE Inscrit aux Célébrations nationales


Voir les manifestations annoncées (colloque des 12 et 13 novembre 2009 à Clermont-Ferrand et cet été expos et journées découvertes à Cerilly) pour le centenaire de la mort de Charles-Louis Philippe.




Charles-Louis Philippe sur Livrenblog : Lucien Jean sur Bubu-de-Montparnasse extrait de Parmi les hommes. Une lettre de Charles-Louis Philippe à Sébastien Voirol, Charles-Louis Philippe par Jean Viollis.


vendredi 10 juillet 2009

BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (4e partie)


BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (4e partie)





6e série, année 1905

Fascicule 51, janvier [février] 1905
Manifeste contre la réforme de l'orthographe. Philéas Lebesgue : L'Orthographe. Francis Vielé-Griffin : La Voix des Peupliers. Franz Ansel : Les Robes qui passent. Léon Deubel : Sommeil. Paul Castiaux : Chevauchée. Jules Mouquet : O Nuit. Théo Varlet : Rêve. Francis Eon : Les Troupeaux rentrent. Emile Cornet : Incantation. Guy Lavaud : La Sagesse et la Destinée.
Les Poèmes par Léon Bocquet.

Fascicule 52, mars 1905
Charles Guérin : Vers. Floris Delattre : La Voix des ancêtres. Emile Bernard : Sur quelques points de peinture. Théo Varlet : Ionium Mare. Amédée Prouvost : Dans le Bois d'oliviers. Léon Bocquet : Un poète nouveau : Roger Allard. Louis Pergaud : La Vigne de l'Auvent. Léon Deubel : Deux sonnets. P.-M. Gahisto : Sous-bois.
Les Romans par Léon Bocquet, L'Exposition des Artistes lillois par Maurice Gossart.

Fascicule 54 (sic), avril 1905
Emile Verhaeren : Printemps. Stuart Merrill : A Emile Verhaeren. René d'Avril : Esthétique. Paul Castiaux : Siegfried. Phileas Lebesgue : L'Orthographe nouvelle.

La Réforme de l'orthographe : opinions de Paul Adam, Marcel Batilliat, Marcel Boulenger, René Boylesve, J. Ernest-Charles, Auguste Dorchain, Edouard Ducoté, Fagus, Gyp, Urbain Gohier, Nicolette Hennique, Jean de la Hire, Eugène Hollande, Emile Langlade, Sébastien-Charles Leconte, Henri Maubel, Francis de Miomandre, Florian Parmentier, Louis Payen, Georges de Peyrebrune, Joseph Rapine, Léon Riotor, Théo Varlet.

Georges Perrin : L'Invisible Amie. Emile Cornet : Des Pétales dans le silence. Edgar Malfère : Violon. J.-H. Lhotte : Deux poèmes.
Lettre sur la littérature Russe par Valère Brussov, Les Poèmes par Léon Bocquet, La Revue des Revues par Roger Allard.

Fascicule 55, mai 1905
Fernand Gregh : Poèmes. Léon Deubel : Tercets. Marie Weyrich : Les Images de la mort. Roger Allard : Sur deux poètes. Jules Mouquet : Idylle. Guy Lavaud : Le Roseau vert. Louis Pergaud : Le coucher du Coq. T. Pelleau : Dames d'automne. A. Van Bore : Le Mal de Rêve (I à IV).
Les Poèmes par Léon Bocquet, La jeune littérature en Belgique par Théo Varlet.


Fascicule 56, juin 1905
Marie Dauguet : Printemps. Henri Duhem : Une Visite chez Rodin. Amédée Prouvost : Au Soleil de midi. A. Van Borre : Le mal de Rêve (fin). Emile Bernard : Deuil. Pierre Fons : Une Epopée Philosophique.
Les Critiques par Léon Bocquet, Le Théâtre publié par Roger Allard.


fascicule 57, juillet 1905
Ctesse de Noailles : Soir en été. Henri Delisle : Odelette. Franz Ansel : Laissons entrer la nuit. Théo Varlet : Deux poètes [Paul Castiaux, Floris Delattre]. Roger Allard : Eglogue. Paule Riversdale [Renée Vivien] : La Vengeance du manteau (conte japonais). Félicien Fagus : Tempo di Rubato. Henri Gadon : Devant la plaine. Armand Dehorne : Qu'importe. Jules Mouquet : Albert Samain et son biographe.
Les Romans par Léon Bocquet

Fascicule 58, août 1905
Gustave Kahn : Devant un vieux Portrait. Ernest Gaubert : Les Roses latines. Renée Vivien : Le Jardin potager (nouvelle). Roger Frêne : Deux poèmes. Paul Drouot : Le Soir tombe. Louis Pergaud : Matin de Chasse. P.-M. Gahisto : La Crue (Nouvelle). Edgar Malfère : Le vieux Faune. Amédée Prouvost : Poèmes. Philéas Lebesgue : Littérature étrangère (traductions). Ch. Clarisse-Schmidt : Un roman Nietzschéen [Le Serpent noir de Paul Adam].
Les Poèmes par Léon Bocquet.


Fascicule 59, septembre-octobre 1905
Cécile Perrin : Je ne veux rien de plus... Pierre de Bouchaud : La Fuite. Théo Varlet : La Belle amour. S.-Ch. Leconte : Pourquoi nous sommes graves. Jules Mouquet : Idylles. Emile Bernard : Contes trouvés dans un puit. Paul Légereau : Automne. Georges Périn : Le Jardin. Guy Lavaud : Symboles. Pierre Fons : Poèmes. Léon Deubel : Le Poème du clocher. M. de Béarn : ??.
L'exposition Albert Besnard par Henri Duhem, Les Romans par Léon Bocquet.


Fascicule 60, novembre 1905.
Floris Delattre : Musique au soir tombant. Paul Castiaux : Canal Flamand. Amédée Prouvost : Poèmes. Théo Varlet : Le dernier Satyre. Louis Pergaud : Le Silence. Paul Simonnet : Poèmes de Juillet. T. Pelleau : Bal de Novembre. Gaston Geraubias : Le Berger présomptueux. Franz Hellens : Coin de Béguinage.
Critiques et Philosophes par Léon Bocquet.


Fascicule 61, décembre 1905
Jean Moréas : « Iphigénie » au Stade d'Athènes. Roger Allard : Epitre à Jules Mouquet. Théo Varlet : Sonnets. Arthur Symons : Le Dernier livre d'Oscar Wilde (traduit par Edouard et Louis Thomas). Francis Eon : Art poétique. Jules Mouquet : Deux épigrammes. Hélène Picard : Pleurs. Alexandre Arnoux : La Chambre et le Verger. Jean Martineau : Folle et mouvante mer. Pierre Lestienne : Victoire d'Âmes. Emile Bernard : Le Pays inconnu. Georges Périn : Air de Là-bas. Louis Dumont : Stoïcisme. Table.



BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (1ère partie)
BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (2e partie)
BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (3e partie)

jeudi 9 juillet 2009

SCRIPSI N° 4-5. Remy de GOURMONT : Dialogues oubliés



SCRIPSI N° 4-5


C'est, bien entendu, dans le Mercure de France que parurent les "Dialogues des Amateurs" de Remy de Gourmont. Les discussions de M. Desmaisons et de M. Delarue, portent sur l'actualité, elles portent un regard ironique sur les "Choses du temps". Christian Buat, Amateur plus qu'averti, s'apercevant que quatre dialogues de 1909 et un de 1905 (le premier paru en revue), ont été omis lors de la publication en volume (1), les reproduit dans son Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont.
Le premier dialogue porte sur la poésie symboliste et la bibliophilie - "Quelle époque curieuse ! On en écrira des volumes, dans cinquante ans, sur ce moment de la littérature française [..]". Le suivant sur la pluie, qui non seulement "entrave la promenade des imbécile", est propice à la lecture, mais par son illogisme est un bienfait pour la pensée - "[...] elle nous enseigne l'illogisme, réparant ainsi, pour qui sait en profiter, les sotes métodes des professeurs qui vieillissent à nous apprendre la logique de la vie." C'est ensuite la Tradition et les traditionalistes qui sont malmenés, la "grande tradition", celle des nationalistes -"Le passé, solidement assis dans l'histoire, les rassure comme un lion empaillé". Le temps qu'il fait étant un sujet toujours d'actualité, après la pluie, c'est de la température, et des voyages qu'elle entraîne en été, dont s'entretiennent nos deux compères. Les "moeurs" et la police chargé de réprimander les mauvaises, donne un dialogue savoureux où Gourmont dénonce cette institution comme purement chrétienne et inquisitoriale -"Police des moeurs ! Ah ! que nous sommes bien dans un pays où il y a des millions d'anti-cléricaux et pas trois douzaines d'anti-chrétiens ! Les moeurs, ils veulent qu'il y en ait de deux sortes, des bonnes et des mauvaises, et ils savent, du premier coup, faire la distinction."
La ferveur gourmontine ne connaissant pas de frontières, grâce à Antonio Henriquez la suite de ce bulletin est toute ibérique. Avec d'abord, Eduardo Gómez de Baquero, alias Andrenio, et son dialogue entre El Sr García et El Sr González, et Andrés González-Blanco tous deux inspirés par Gourmont, puis une traduction en espagnole d'un dialogue paru dans le Mercure.
Le quatrième de couverture reproduit un article de Jules Cases sur les deux dialoguistes, extrait de Tablettes littéraires, recueil parut en 1909 chez Ollendorff.
Des inédits, des textes rares, un choix judicieux d'illustrations, et l'ex-libris de Remy de Gourmont sur feuille volante, un bon crus de plus que ce 4me et 5me Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont.

(1) Dialogues. Mercure de France, 1907. Nouveaux dialogues des Amateurs sur les choses du temps. Mercure de France, 1910.

Pour commander :

siteremydegourmont@orange.fr
http://www.remydegourmont.org/

Sur Livrenblog :

GOURMONT. NIGOND. W. C. MORROW. et les autres (Bulletin N°0)
SCRIPSI n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont
SCRIPSI n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de GOURMONT
SCRIPSI N° 3 se présente



mercredi 8 juillet 2009

Un "figurant" de la scène littéraire : Armand Charpentier



Je donnais il y a peu un portrait littéraire de Félix Fénéon par Armand Charpentier, la lecture du chapitre de Né en 76 de Francis Jourdain (1), consacré aux « utilités », « comparses » et « figurants » gravitant autour des « premiers rôles » du Grenier Goncourt, nous renseigne un peu plus sur le laborieux Charpentier :

« Si la camaraderie explique l'accueil cordial fait, dans un milieu très fermé, au sympathique Gustave Toudouze ou à François de Nion, elle ne joua assurément pas en faveur d'Armand Charpentier dont personne ne se souciait le moins du monde ; et le malheureux était bien trop maladroit et lourd pour que l'on puisse parler d'intrigue. Sa présence au Grenier était une victoire de la force d'inertie, le résultat de la ténacité. Qui eût pu dire pourquoi et comment il se trouvait là ? Son assurance prêtait à sourire ; l'innocence de ses truismes prêtait à rire. Ses gaffes avaient l'avantage (?) de rappeler une existence que, faute d'elles, on eut oubliée. Employé de ministère comme maints écrivains, mais, lui, sans talent, Charpentier s'était, d'après quelques clichés trouvés dans de mauvais livres, tracé de l'homme de lettres une image naïve à laquelle il s'efforçait de ressembler et dont les éléments essentiels se trouvaient réunis dans le « papier » (rédigé par lui-même, sur lui-même, sous le couvert de l'anonymat) inséré dans un périodique complaisant et discret. Armand s'y montrait « portant le monocle plus par fantaisie que par myopie ». Jobard à l'allure sceptique, faisant le fendant, heureux de jouer au boulevardier, à l'habitué des salles d'armes, de rédaction et de théâtre, il était tout entier dans la fallacieuse aisance avec laquelle, d'un geste exagérément désinvolte, il faisait tourner autour de son index, le cordon du fameux monocle, emblème de son parisianisme. On n'eût trouvé dans ce coeur simple aucune trace de méchanceté, mais celle de l'amertume que provoquait une série d'insuccès. Il se consolait cependant, se rangeant au nombre des grands incompris, depuis toujours outragés par les béotiens.
Pour que ce classement fut justifié et cette consolation tout à fait efficace, quelques outrages eussent évidemment été opportuns. Hélas ! Les béotiens se taisaient. Les Athéniens aussi, d'ailleurs. Un beau jour, sous la signature de cette vieille bête de Sarcey, parut cependant un compte rendu désobligeant d'un livre de Charpentier. Enfin ! La Béotie bougeait ! Ravi, Charpentier fit circuler sur les grands boulevards un pauvre clochard à barbe grise et sale, portant sur le dos et l'estomac de petites affiches assez semblables aux pancartes d'appartements à louer. Elles portaient cette injonction motivée : « Lisez Le Roman d'un singe !... Sarcey l'a éreinté !! ». Cette trouvaille publicitaire fut sans effet. Pour rendre l'histoire plus attendrissante, Alphonse Daudet assurait que l'homme-sandwich était le propre père de l'infortuné romancier.
Il tâta de la politique. L'ayant entendu tenir des propos du plus pur individualisme anarchiste, les chers confrères s'étonnaient de voir le cher ami se présenter à la députation avec l'étiquette radicale. « Assez de ratages ! Expliquait-il ingénument ; j'ai dans ma carrière littéraire, essuyé suffisamment d'échecs pour être, en politique bien décidé à ne pas recommencer. Je ferai ce qu'il faudra pour réussir ». Il ne réussit pas, s'entêta, récidiva, ne connut que des vestes. Pourquoi ?... Il en valait bien d'autres. Et il sut aussi bien que le maître-à-penser, que l'académicien Maurice Barrès pousser avec émotion le cri cent fois répété : « Vive Neuilly-Boulogne !» ou « Vive le Premier Arrondissement !» (A vrai dire, je ne jurerais pas que ce n'ait pas été pour Billancourt ou le Troisième arrondissement que Charpentier se soit senti pris d'un subit et sincère enthousiasme.)
La fréquentation des réunions électorales donna au black-boulé l'habitude de la parole en public et une absolue confiance en ses dons oratoires. Durant l'affaire Dreyfus (n'ai-je pas dit qu'il était honnête et bien intentionné ?), il servit la cause de la Justice ; pas un banquet n'eut lieu – que ce fût pour fêter Tailhade ou pour honorer la mémoire de Balzac – sans que l'auteur du Roman d'un singe ne se levât pour prononcer un discours qu'il lardait des noms de Zola, de Picquart, de Trarieux, de Laborie, de Bernard Lazare, de toutes nos vedettes. Après chacun de ces noms, il ajoutait immanquablement : « ... Auquel vous me permettrez bien d'adresser un salut fraternel ». les applaudissements témoignaient de l'empressement avec lequel cette permission était accordée, si fréquemment qu'elle fût sollicitée. Il arrivait à Charpentier d'abuser ; à la six ou septième demande, les bravos étaient moins frénétiques, se nuançaient d'une ironie bonne enfant. Grâce à Charpentier, nous entrions en récréation ; au vestiaire, en remettant chacun son pardessus, on échangeait des sourires : « Sacré Charpentier ! » disait-on, au fond assez content du moment de détente qu'on lui devait. »


(1) Francis Jourdain : Né en 76. Editions du Pavillon, 1951
Le premier volume de souvenir de Francis Jourdain, peintre, écrivain, critique d'art, décorateur, artisan d'art, militant d'abord anarchiste, puis pour la paix, il fut proche de Romain Rolland. Son père, Frantz Jourdain, fut l'architecte de la Samaritaine, défenseur des impressionnistes, ami de Monet, batailleur, disciple de Jules Vallès, ennemi du conformisme et de l'académisme, il fréquentait le grenier des Goncourt et dirigea le Salon d'Automne, on le retrouve avec ses amis dans les souvenirs de Francis, tout comme son « oncle Gaston » peintre méconnu, mort jeune. Maurice Thomas (futur Maurice Tourneur), Maurice Cremnitz furent des camarade de Francis au lycée Condorcet. La maison de Daudet à Champrosay fut pour lui un terrain de jeu, avec pour camarade Lucien Daudet. Tout en se préparant au baccalauréat, Francis devint critique d'art à La Vie Moderne, il fréquente alors toutes les expositions avec Cremnitz, Louis Rouart et le peintre Launay. C'est en découvrant la galerie Le Barc de Bouttevile et la dernière génération des peintres modernes (Bonnard, Vuillard, Lautrec, etc) qu'il rencontre son grand ami, son frère, Léon-Paul Fargue (« Fargue... ce nom-là est le nom même de ma jeunesse »). Un chapitre est consacré aux jeunes peintres (Emile Bernard, le père Tanguy, Van Gogh, chez Le Barc de Boutteville, Ibels, Lautrec, etc), un autre au Grenier Goncourt. Francis Jourdain nous fait aussi découvrir "Ses patrons" : Carrière, Besnard, Jean de Caldain, nous emmène au Théâtre de l'Oeuvre de Lugné Poe, etc. Francis Jourdain avec ses amis Léon-Paul Fargue, Charles-Louis Philippe, Michel Yell, Marguerite Audoux ou Léon Werth, formèrent ce que l'on put appeler le groupe de Carnetin, nom d'un village proche de Paris où ils se réunissaient le dimanche.


mardi 7 juillet 2009

Une Enquête au Beffroi





La revue lilloise Le Beffroi, pour son dernier numéro de l'année 1904, lançait une enquête sur les poètes et la poésie. J'ai choisi parmi les cent deux réponses d'en donner quelques-unes.
L'idée de former une Académie de poètes fera son chemin avec la création en 1937 de l'Académie Mallarmé dont l'aventure nous est contée par SpiRitus sur le blog les Féeries intérieures.

Enquête sur les poètes et la poésie


Question :
Aux poètes et à quelques écrivains qui aiment la poésie, Le Beffroi a posé les questions suivantes :
Si, pour compléter l'Académie Goncourt et sur son modèle, un homme bien renté instituait une Académie indépendante de poètes :
1° Quels seraient, selons vous, les dix nouveaux immortels à élire ? (les femmes sont admises et aussi les poètes français de Belgique.)
2° A quel volume de vers paru cette année décerneriez-vous le prix ?
Nous avons reçu cent deux réponses
.

Christian Beck. - Voici dans l'ordre alphabétique, sept noms que j'affirmerais tout d'abord : Jammes, Kahn, Van Lerberghe, Moréas, Régnier, Verhaeren, Viélé-Griffin. Je ne saurais, pour les trois noms manquants, voter au premier tour. Entre une dizaine, j'attendrais que le sort, plutôt que moi-même, élimine. Parmi les volumes de vers parus cette année, je choisirais La Chanson d'Eve [de Charles Van-Lerberghe].

Léon Bloy. - Ma réponse à votre enquête sur les poètes est simple.
Je ne connais, à l'heure actuelle et depuis longtemps, qu'un seul poète méritant une récompense. C'est Jehan-Rictus l'auteur des Soliloques du Pauvre.
J'ai très amplement motivé ce choix dans un de mes plus récents livres, Les Dernières Colonnes de l'Eglise, qu'il vous est loisible de consulter.

Léon Bocquet. - Henri de Régnier et Jean Moréas, déjà disciplinés, seront, je suppose de l'Académie Richelieu. Le génial et tumultueux Verhaeren n'en sera point, mais il présiderait le dizain des nouveaux immortels. Dans cette improbable assemblée, j'aimerais voir éclectiquement réunis et se regarder sans rire : Charles Guérin, le plus complet peut-être et le plus complexe à coup sûr des artistes contemporains ; son ami Francis Jammes, admirable et subtil trouveur d'émotion ; Pierre Louÿs le poète d'Astarté, d'Aphrodite et de Bilitis ; Paul Fort, virtuose original des sons, des formes et des couleurs ; Léo Larguier, ce provincial aux écoutes de la grande nature ; André Rivoire, classique sentimental : Renée Vivien, âme d'une mysticité païenne et douloureuse ; la Comtesse de Noailles, au panthéisme lyrique et suggestif ; Lucie Delarue-Mardrus, écho multiple et passionné ; Jean Dominique (Marie Closset) dont l'ingénuité confidentielle est si douce.
Pour éviter même le soupçon de favoritisme, j'omets tous mes amis, sans quoi il faudrait porter à vingt au moins le nombre des élus.
Les « Quarante » auront, comme toujours, des principes et, comme quelquefois, du goût et couronneront les Poèmes de Louis Le Cardonnel en regrettant d'avoir ignoré jadis le Coeur solitaire de Guérin. Les « Dix » récompenseraient Pomme d'Anis de Jammes et le Visage émerveillé de Mme de Noailles, pour la joie des poètes et l'étonnement des cuistres qui ne savaient pas la poésie indépendante d'une disposition typographique.

Saint-Georges de Bouhélier. - Il y aurait en effet une Académie à élire ; ce serait celle des grotesques. J'aimerais choisir les poètes les plus plats, les plus faussement originaux, les plus factices, de ce temps, et – par dérision – les élever enfin au titre auquel ils aspirent. Mais, qui prendre, entre tant d'exécrables plagiaires, entre tant de contrefacteurs de l'immortelle Poésie ! En vérité, de Gregh à Rameau, ils sont trop !

Léon Deubel. - Trois classiques : Fernand Séverin, Valère Gille et Charles Guérin. Un romantique : Paul Fort. Deux Jammistes : Francis Jammes (dans ses proses) et Mme de Noailles (dans ses vers). Le passé glorieux : Henri de Régnier et Stuart Merrill. L'avenir : Mme Jean de la Hire (Marie Weyrich). Et présidant ceux-ci, Albert Giraud, le poète de Hors du Siècle et l'un des plus grands artistes de ce temps. Le livre à couronner : La Ruche (à paraître) d'Henri Delisle.

Félicien Fagus. - Je me figure au seuil les marbres de Baudelaire et Stéphane Mallarmé : dans la salle, sous les bustes de Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine, Laforgue, Rimbaud, Emmanuel Signoret, Samain, prennent place Maurice de Faramond, Paul Fort, Francis Jammes, Maurice Maeterlinck, Jean Moréas, Péladan, Henri de Régnier, Paul Roinard, Saint-Pol-Roux, Stuart Merrill, Emile Verhaeren, Francis Viélé-Griffin. L'heureux instant où nous sommes ! Pour dix que vous demandez, d'emblée en voici douze.

Hector Fleischmann. - Emile Verhaeren, Albert Giraud, Albert Lantoine, Styart Merrill, les héroïques ; Mme de Noailles, en qui survit l'âme étonnée et attendrie de Ronsard qui célébra la Cassandre française ; Paul Fort et Léon Deubel, au coeur de qui afflue la vie innombrable et multiple ; Georges d'Esparbès, âme héroïque et tumultueuse, le plus extraordinaire poète des épopées ; Auguste Villeroy, qui écrivit « Héraklea » et « Héliogabale », deux chefs-d'oeuvre ; et François Coppée, afin que dans cette académie il serve de repoussoir à ces neuf admirables poètes.
Livres à couronner ?... Les nôtres... mais ils sont trop.

René Ghil. - Si « à l'imitation de l'Académie Goncourt », un homme de qui la famille attaquerait sûrement le testament, fondait une Académie de poètes, - quels Immortels élire ? Je suppose encore que ceux que, d'immédiate mémoire, je vais nommer, concentent à l'immortalité ainsi consacrée, - et voici : Francis Vielé-Griffin, Henri de Régnier, Emile Verhaeren, Stuart Merrill, Max Elskamp, Jean Moréas... Et ceux-ci en pourraient dire d'autres, - s'il en faut dix.
Et - « à quel volume de vers paru cette année décerner le prix » ? - Aux « Hiers bleus » de John-Antoine Nau, ex-aequo avec les Paysages Introspectifs, de T. de Visan.

Paul Léautaud. - Voici ma réponse : 1° Henri de Régnier (mais il est pour l'autre Académie !) ; Jean Moréas, Francis Jammes (celui d'avant les niaiseries d'Existences), Charles Guérin, Mme de Noailles (pour ne pas me singulariser). Je ne trouve pas les autres. Les vieux poètes parnassiens m'assomment, et les jeunes poètes maraîchers ou humanitaires qui sévissent actuellement ne m'intéressent pas. 2° Je ne donnerais le prix à aucun volume. Il faut bien que je le dise, du reste. Il n'est guère de poème écrit ces vingt dernières années qui vaille pour moi la pièce de Nietzsche intitulée Mon bonheur, dans le Gai Savoir.

F.-T. Marinetti. - Voici ma réponse à votre intéressante « Enquête sur les Poètes et la Poésie » : 1° Léon Dierx, Gustave Kahn, E. Verhaeren, L. Tailhade, H. de Régnier, F. Vielé-Griffin, Francis Jammes, Paul Fort, Pierre Quillard, Camille Mauclair. 2° Destruction (Léon Vanier, éditeur Paris), de F.-T. Marinetti !... Honni soit qui mal y pense !

Théo Varlet. - Je doute que Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Samain ou Laforgue se fût volontiers laissé enrôler dans une académie – voire à la Goncourt. Je ne veux non plus offenser de tel vote les rares contemporains vivants dont je chéris les oeuvres. Les versificateurs de l'espèce universitaire, à mon avis, s'honoreraient d'être académistifiés. - Je regrette de n'en pas connaître dix à vous signaler. Votre seconde question hypothétise que mon vote, pour un prix, se joindrait à ceux de l'honorable compagnie. Ma trop décimale, en ce cas, importance, m'incitera au simple bulletin blanc... D'ailleurs, 1903 date le plus récent volume de poésies, que j'admire. Il faut m'excuser : je connais mal les dernières actualités poétiques.


LE BEFFROI, Fascicule 50, décembre 1904.

Voir la bibliographie, en cours, de cette revue fondée par Léon Bocquet, Edmond Blanguernon, A.-M. Gossez et Théo Varlet qui se dissimulait sous le pseudonyme de Peters Hamer (c'est sous ce nom qu'il figure dans la première liste des collaborateurs de la revue et qu'il signe ses poèmes).


lundi 6 juillet 2009

BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (3e partie)


BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (1ère partie)
BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (2e partie)
BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (4e partie)
5e série, année 1904

Fascicule 41, Janvier-Février 1904
Lucie Delarue-Mardrus
: Pascal. Léon Bocquet : O vieux berger d'hiver. Charles Droulers : J'aimai la solitude. Philéas Lebesgue : Stances. René d'Avril : L'Impalpable. Jules Mouquet : La Rencontre de Lysippos. Amédée Prouvost : Deux sonnets. Léon Deubel : Italie. Paul Castiaux : La Glace. Théo Varlet : Petit drame cérébral. Guy Lavaud : Symbole. Emile Bernard : Les Oranges. Louis Pergaud : Départ.
Chroniques : Les anthologies régionales par Léon Bocquet.


Fascicule 42, Mars 1904
Léon Deubel
: La Fin d'un jour. Antoine Orliac : Matin d'Automne. Achille Segard : La Musique. Théo Varlet : Olympie. Floris Delattre : Brouillard londonien. Jules Mouquet : Notre petite Chambre. Paul Castiaux : Transpositions. Guy Lavaud : Angelus. Léon Bocquet : Un début.
Chroniques : Critiques et pamphlétaires par Léon Bocquet.
Illustrations de A. Kaub.


Fascicule 43 Avril 1904
Paule Riversdale [pseudo de Renée Vivien] : Charme de l'ennui. Edouard Ducoté : La Foule. S.-Ch. Leconte : La Grande Tour. Amédée Prouvost : Nuit de fièvre. Philéas Lebesgue : Traductions de poèmes grecs. Henri Delisle : La Vitesse. Théo Varlet : Messine. Guy Lavaud : Au fil de l'eau. Jules Mouquet : Sonnet. Léon Bocquet : Quelques-uns.
Les Poèmes par Léon Bocquet.
Illustrations d'André des Gachons.


Fascicule 44 Mai 1904
Jules Mouquet
: Le Pêcher. T. Pelleau : La dernière Elégie. Emile Bernard : La Vénus de Lorenzo di Credi. Guy Lavaud : Violons. Georges Raemekers : Les Tigres. Théo Varlet : Le Tonnerre de Zeus. Amédée Prouvost : Sur le portrait d'un Dauphin. Georges Thouret : Floréal. Henri Delisle : Sonnets de Dante Grabriel Rossetti.
Les Romans, par Léon Bocquet.


Fascicule 45 Juin 1904
Paul Verlaine : Agnus Dei (fragment inédit). Paul Fort : Le Printemps dans la plaine. Philéas Lebesgue : Le Vertige. Albert Mockel : Le Diamant (conte). Louis Payen : La Vieille demeure. Auguste Dorchain : Voeux aux fiancés. Roger Allard : Sérénité. Paul Castiaux : Dominical. Henri Albert : L'Amours que je te tends. Léon Deubel : Le Poème du vent. Jules Mouquet : Le Polyphème d'Albert Samain.
Les Poèmes, par Léon Bocquet
Illustrations de Marcel Lenoir.


Fascicule 46 Juillet 1904
Renée Vivien : A l'heure des mains jointes. Paul Verlaine/Gabriel Vicaire/Emmanuel Signoret/André Ibels : Sonnet à quatre (Inédit). T. Pelleau : Elégie. Armand Dehorne : Le Présent de de l'Aurore. Amédée Prouvost : Sonnet. Georges Philippe : Estampes au Soir. Francis Eon : Le Refuge. Théo Varlet : Divo Antonio Caesari. Emile Bernard : Tannhaüser. Edouard Ducoté : In Memoriam. Léon Bocquet : Quelques autres.
Revues et journaux par Léon Bocquet
Illustrations de A. Kaub.


Fascicule 47 Août 1904
Edmond Pilon
: A Francis Jammes. Léon Deubel : Variations. Roger Allard : Le Bienfait du feu. Philéas Lebesgue : L'Endymion de John Keats. Guy Lavaud : Cygnes. Hubert Fillay : En volonté ! Moynier de Villepoix : Poème. Henri Delisle : Ce soir d'été. J. P. Lafitte : Nietzsche et l'Université française.
Les Poèmes par Léon Bocquet.
Illustrations d'André des Gachons.


Fascicule 48 Septembre 1904
Amédée Prouvost : Roubaix. Armand Dehorne : Deux Sonnets. Paul Castiaux : Clair de Canal. Isi Colin : Le cycle de l'ombre. Louis Payen : Sur la route. Charles Droulers : Tryptique flamand. Philéas Lebesgue : La Source fleurie. Emile Bernard : Sur l'art. Francis Eon : Prière. A.-F. Hennequin : Paysage du Nord. René d'Avril : Adagio.
Les Critiques par Léon Bocquet
Illustrations de Marcel Lenoir.


Fascicule 49 Octobre 1904
Marie Weyrich : Soir unique. Sébastien-Charles Leconte : Le Titan. Théo Varlet : Dominical. Emile Bernard : La langue française en Orient. Léon Bocquet : Tristesse de Septembre. Roger Allard : La Bonne route. Paul Legereau : La Madone. Philéas Lebesgue : L' « Endymion » de John Keats. T. Pelleau : Renoncement. Guy Lavaud : Retour.
Illustrations par A. des Gachons et A. Kaub.
Chronique, Romans par Léon Bocquet.


Fascicule 50 Novembre – Décembre 1904
Enquête sur les poètes et la poésie, cent deux réponses.

BIBLIOGRAPHIE DE LA REVUE LE BEFFROI (4e partie)

jeudi 2 juillet 2009

Autographes



Il est des pièces-jointes que l'on ne tarde pas à ouvrir, celle de William Théry contient une nouvelle liste d'autographes et c'est un régal.

Signalons :

- de Marguerite Audoux, une lettre, datée de Saint-Raphaël, 1936, à un ami, "Francis", dont on doit célébrer les soixante ans dans le journal l'Humanité. Georges Sadoul a demandé à Marguerite de participer à l'hommage, ce qu'elle ne peut faire "il m'est impossible d'écrire quoi que ce soit sur les êtres vivants que j'aime". Cet ami pourrait-être Francis Jourdain, né en 1876, grand ami de Marguerite Audoux et de Léon Werth dont Marguerite demande des nouvelles.


- 1 lettre de Barrès à Péladan.


- Dans une lettre d'Elémir Bourges au peintre Louis Anquetin, on apprend que l'auteur du Crépuscule des Dieux à particulièrement apprécié le portrait de Roinard, dans l'exposition visitée.


- Rare lettre de Robert Caze à son "cher Grand", sans doute John Grand-Carteret.


- Le manuscrit (120 pages !) d'une conférence de Robert Guiette sur son ami Blaise Cendrars, Un poète d'aujourd'hui : monsieur Blaise Cendrars.


- "vous êtes le seul peintre connaissant pratiquement, et pouvant enseigner la technique des grands maîtres" peut-on lire dans une lettre de Jean-Louis Forain à Anquetin.


- Ecole Romane : 2 lettres de Raymond de La Tailhède à Ernest Raynaud.


- On sait que Léo Malet fit parti du groupe surréaliste qu'il écrivit des poèmes et réalisa des collages, c'est à propos de l'un de ses collages surréalistes, "... une petite fantaisie dans le goût de des publications populaires...", qu'il écrit à son éditeur Alfred Eibel.


- On sait la facilité de Pierre Louÿs à composer des poèmes satyriques, J.-C. Mardrus, traducteur des Mille et une nuits se souvient de l'un de, "impromptu" égratignant quelques traducteurs, dans une lettre où il demande un rendez-vous à l'auteur d'Aphrodite.


- 1 mot de New York signé de Stuart-Merrill.


- Quelques objections de Jean Paulhan à la publication du Sabbat de Maurice Sach, dans une lettre dactylographiée du premier au second.


- Anonyme mais intéressant document sur un banquet offert à Han Ryner, où le discours de Georges Pioch semble ne pas avoir été aprécié par tous.


- Maurice Sachs, rembourse une partie de ses dettes auprès de Pierre Béarn.


- 1 programme du Théâtre Libre, illustré par Willette, avec un poème autographe de Rodolphe Darzens, dont la pièce, L'Amante du Christ, figure au programme.


- Willy avait l'habitude de faire représenter sur carte postale avec ses compagnes, pour celle-ci il est photographié avec Meg Villars. Il demande à son correspondant un rôle pour sa nouvelle amie.


Il ne vous reste plus qu'à demander à recevoir la liste...


Librairie William Théry
1 bis, Place du Donjon 28800 Alluyes.
Tél : 02 37 47 35 63
e-mail : williamtheryATwanadoo.fr
Liste parvenue par courriel.


LE PIERROT, bibliographie illustrée, du N° 5 de 1889 au dernier n° de 1891

Bibliographie illustrée du Pierrot 4me partie

1re partie : LE PIERROT, bibliographie illustrée, les dix premiers

2me partie : LE PIERROT, bibliographie illustrée, N° 11 à 20

3me partie : LE PIERROT, bibliographie illustrée, du N° 21 à 4, 2e année


2e année, n° 5, 1er février 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Ronde des petits mimes de Louis Gaillard, Les Fantômes de Fernand Mazade, Paraphrase de Maurice Guillemot. Articles, Chroniques, Nouvelles : De la Karikature de A. Willette, Aux Champs-Elysées de Liber, Sur le vif de Henri Papin, 1 note sur le Cirque Fernando.




2e année, n° 6, 8 février 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page. Poèmes : L'Infernale de Louis Gaillard, L'Île de Fernand Mazade, Bergamasque de Adolphe Ribaux. Articles, Chroniques, Nouvelles : Chronique de A. Willette, Histoire ancienne (dictionnaire Bouilhet) [notice humoristique sur Antoine-Boulanger, César-Grévy, Brutus-Ferry, etc], Cris de la Butte, Le Marché de Montmartre de Roedel, L'Amante du Christ (extrait de la préface d'Eugène Ledrain à la scéne évangélique en vers de Rodolphe Darzens), Notes sur : le Cirque Fernando, Au 2e sur la Tour à la Cigale.


2e année, n° 7, 22 février 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Semeur ! À Ed. Desca de Louis Gaillard, Ferrouillade de Corbulon, Rondeau de Al. Bert. Articles, Chroniques, Nouvelles : Le Cogne de A. Willette, Compte-rendu de la 11e Chambre de Police correctionnelle « affaire Willette » contre des libraires pour contrefaçon. 4e page : Publicité illustrée par Willette pour le Chlorol-Marye (un antiseptique).





2e année, n° 8, 1er février (sic, pour mars) 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page. Poèmes : Réplique de Louis Gaillard, Choses de Là-haut d'Henri d'Erville, Dialogue des morts (au Père Lachaise) de Lussien. 4e page : Publicité illustrée par Willette pour le Chlorol-Marye (un antiseptique).




2e année, n° 9, 18 mars 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Huitains de Pimpinelli, Pécheresses de Fernand Mazade, Amours des choses de Henry Ducasse, Intimités de Maurice Guillemot. Articles, Chroniques, Nouvelles : Memento, Homo !... de Louis Gaillard, Sur le vif, III de Henri Papin, 1 note de Willette (il y précise qu'il est le seul fondateur et propriétaire du Pierrot, et que son « camarade » Emile Goudeau n'était pas son associé).




2e année, n° 10, 15 mars 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Soleil du soir de Louis Gaillard, La Glaneuse de Fernand Mazade, Intérieur de Maurice Guillemot, Paysage de C. Lux, Deux amants d'Hippolyte Buffenoir. Articles, Chroniques, Nouvelles : De l'éducation judiciaire de A. Willette, Avis : le Pierrot compte donne une fête, un bal blanc, la semaine prochaine, A l'Ecole des Beaux-Arts de Willette (1 note sur la nomination, souhaité par Willette, de Puvis de Chavannes à la direction de l'école), La Vitrine du Libraire : Le Député Rouquerolle par Hippolyte Buffenoir, L'Homme de joie de Dubut Laforest, La Semaine de Mai de Camille Pelletan, par A. W., 1 note sur le Cirque Fernando signée La Gigue.



2e année, n° 11, 22 mars 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Simple chansons, à J.-L. Forain de Pimpinelli, Les Saisons de l'étoile de Louis Gaillard, L'Eglise de Fernand Lefranc, Rondeau pour une fête de Al. Bert. 1 note sur Fisseux, fabricant de cadre et... de béquilles pour les membres de l'Institut.



2e année, n° 12, 29 mars 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Annonce de Willette : « Le bal des Pierrots et des Pierrettes aura lieu le 6 avril prochain au Palais d'Hiver, 65 rue Rochechouart ». Poèmes : Glose sur quatre vers de Teodor Aubanel de Fernand Mazade, XIVe – XIXe de Eustache Morel dit Deschamps, Ecrit au dos d'une invitation [pour le bal du Pierrot] de Maurice Guillemot. Articles, Chroniques, Nouvelles : Le Bon Romané de Louis Gaillard, une note pour la sortie d'un recueil de vers de Henry de Braisne, Vesprées, et de La Lyre comique d'Emile Bergerat-Ariel-Caliban. 4e page : Publicité illustrée par Willette pour le Chlorol-Marye (un antiseptique).




2e année, n° 13, 5 avril 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
« Demain ! Demain c'est le bal ! ». Poèmes : Confetti de Louis Gaillard, Le Sphinx de Fernand Mazade, Pile et face, à Louis Gaillard de Fernand Lefranc, Le Chevalier Printemps, à Willette de H. Delorme, Feuilles mortes de Henri Lesserteur, Le Fils du garde de Henri Gaillard, L'Epreuve de Henri Papin. Articles, Chroniques, Nouvelles : Le Petit Théâtre [sur le théâtre de marionnettes de Signoret, avec la participation de Jean Richepin] par L.G., une note sur l'ouverture prochaine d'une attraction nouvelle « Le Pays des fées, jardin enchanté de la porte Rapp ». Publicité (entre autres) pour Le Fifre, journal de Jean-Louis Forain.



2e année, n° 14, 12 avril 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
[après le bal] « Pierrot remercie de tout son coeur les Pierrettes et les Pierrots qui ont répondu à son appel ». Poèmes : Au Buis de Louis Gaillard, Les Doubles suicides de Maurice Mac-Nab, Pierrot au bal de Léon Sozie, Le Diadème de Fernand Mazade, De ma fenêtre, Grand Hôtel, St-Raphaël de Maurice Guillemot, Rameaux wilsoniens, Souvenirs de l'an 1888, A l'ami Desca de Fernand Lefranc, Chanson de Pierrot, à Fernand Mazade de Paul Gigou.




2e année, n° 15, 19 avril 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Dans l'train (air de l'Amant d'Amanda) de Maurice Mac-Nab, Moissons de Printemps de Louis Gaillard, Ecrit dans l'ombre de Fernand Mazade, Impressions, à Emile Ratez de Henri Papin, Réalité, à Alfred Poussin de Fernand Lefranc, Le Mariage de Pierrot de Léon Sazie, Lèvres roses, à mon très cher Fernand Mazade de Georges de Lys. Articles, Chroniques, Nouvelles : Vendredi Saint de Jacques Dzing, Avis important signé Willette appelant libraires et marchands d'estampes à se méfier d'une « aventurière » tentant de vendre des dessins faussement attribué à Willette. La Vitrine du Libraire : Corruptrice, nouveau roman d'Emile Goudeau, Causes criminelles et mondaines par Albert Bataille, la Bibliothèque miniature de Marpon et Flammarion, Berlioz intime par Edmond Hippeau, annonces diverses dont l'une pour le Théâtre de marionnettes de la Galerie Vivienne : « Les Oiseaux d'Aristophane [...] Les choeurs et le prologue sont de M. Maurice Bouchor et on été dits par l'auteur etpar Raoul Ponchon, l'adorable poète du bonheur », une autre sur le dîner des « Fourneaux » chez Tomascher le patron de l'auberge Au Clou et la fondation, au même endroit, par un autre groupe de « vide-bouteilles » du dîner des « Tuyaux ».




2e année, n° 16, 26 avril 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Note de Willette : « Il n'y a jamais eu de secrétaire du Pierrot, et M. Gaillard a cessé d'appartenir à la rédaction de ce journal ». Poèmes : Le Voyageur de Maurice Mac-Nab, Si l'éditeur paie... de Pimpinelli, Dilettante, à Willette de V. Barrucand, Passe-Temps de José-Tailha-Vignar, Chanson des âmes de Fernand Mazade, Les Bossus de L. Lacroix, La Mort de Pierrot, à Pierrot-Willette de Albert Dupuy. Articles, Chroniques, Nouvelles : Les Lettres et les Arts de Sorel, sur le Théâtre de la Galerie Vivienne où s'est joué Maîtresse et Fiancée une comédie en un acte et en prose d'Hippolyte Buffenoir. Sur le Vif, IV, Champs-de-geules, de Henri Papin.




2e année, n° 17, 3 mai 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Le Souvenir de Fernand Mazade, La Mort de Pierrot, à Willette de Rémy Broustaille, Mors est Vita, à Sully-Prudhomme de Fernand Lefranc, Pour Phoebe de Georges Grolleau, Ivresse de P. Marius André, Frères Laids de Joseph Hecey. Articles, Chroniques, Nouvelles : L'Oklahoma de Willette [à propos d'un article du Matin, sur « l'envahissement des territoires indiens par les européens », Willette prend position pour la défense des Indiens], Le Concert des fleurs [« Un nouveau et charmant petit temple du plaisir »] par La Gigue.



2e année, n° 18, 9 août 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
1 note de Willette à ses abonnés et lecteurs sur l'interruption de 3 mois du Pierrot. Poèmes : Rose effeuillée de Attiva, L'Omnibus de la préfecture de Maurice Mac-Nab, La Folie de Pierrot, à Willette de Henri Lesserteur, La Ronde de l'exposition, Air : Auprès de ma blonde, à Mac-Nab de Henry d'Erville. Articles, Chroniques, Nouvelles : Les Petits cadeaux de Henri Papin, A propos du Congrès d'hypnotisme par De Bliou.




2e année, n° 19, 16 août 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page [illustration pour un poème d'Attiva]
Poèmes : Ce que les six méchantes fées ont prédit à Pierrot d'Attiva, 30 juillet d'Attiva. Articles, Chroniques, Nouvelles : A 276 mètres de Henri Papin [La Tour Eiffel], A propos de « l'Angelus » par De Bliou.
2e année, n° 21, 30 août 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Hypocrisie d'Attiva, Les Bois de Fernand Mazade. Articles, Chroniques, Nouvelles : Une rencontre de A..., Sur le vif, V, Anatole Dupressoir dit le plus grand ivrogne de son temps d'Henri Papin, 1 note annonce que la revue Le Coup de feu va changer de titre et se transformer en Revue Européenne, socialiste, littéraire et artistique, directeur Eugène Chatelain, La Vitrine du Libraire : Chansons d'hier et d'aujourd'hui de Victor Meusy, illustré par Eugène Rapp, Les Propos du père Larape.



2e année, n° 20, 23 août 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Une note de Willette sur la mort de Villiers de l'Isle-Adam. Poèmes : Pierrot sur la Tour Eiffel d'Attiva, Glose sur un quatrain de Théodore de Banville de Fernand Mazade, Figuier Paien, à Marcellin Desboutin de Pimpinelli, Les Yeux et les lèvres d'Emile Antoine. Articles, Chroniques, Nouvelles : Soleil couchant de Stéphane, Les Propos du Père Laprade [par Willette], Tribunaux, Beaux-Arts d'Hortense Delavigne.



2e année, n° 21, 30 août 1889. Dessins de Willette en 1re et 3me page.
Poèmes : Hypocrisie d'Attiva, Les Bois de Fernand Mazade. Articles, Chroniques, Nouvelles : Une rencontre de A..., Sur le vif, V, Anatole Dupressoir dit le plus grand ivrogne de son temps d'Henri Papin, 1 note annonce que la revue Le Coup de feu va changer de titre et se transformer en Revue Européenne, socialiste, littéraire et artistique, directeur Eugène Chatelain, La Vitrine du Libraire : Chansons d'hier et d'aujourd'hui de Victor Meusy, illustré par Eugène Rapp, Les Propos du père Larape.



2e année, n° 22, 13 septembre 1889. Dessin de Willette en 1re page.
1 note de Willette, malade, s'excusant de son absence dans le numéro précédent. Poèmes : Cris de la rue d'Attiva, Scénario de pantomime de Pimpinelli, A Fontainebleau de Maurice Mac-Nab (reproduction autographe, musique et texte), Chute de rêve de Fernand Lefranc. Articles, Chroniques, Nouvelles : Lacrymabiliter de A. Willette, Le Respect de la vieillesse par De Bliou, Chez les Indépendants par Spartacus, 1 note pour le restaurant de Madame Rosine à l'Isle-Adam, l'annonce pour les élections législatives du 22 septembre 1889 de la candidature pour le 18e arrondissement d' « Adolphe Willette, directeur du Pierrot, Candidat antisémitique ». Théâtre : des nouvelles de Daubray, fils par Lagigue.



2e année, n° 23, 20 septembre 1889. Dessin de Willette en 1re et 3e pages.
Poèmes : Le Poète d'Attiva, Aurore de Fernand Mazade, ? d'Attiva. Articles, Chroniques, Nouvelles : Charles Cros et M. Edison [extrait du Chat Noir] par Alphonse Allais, Aux élections de Montmartre : la campagne antijuive à Paris [extrait du programme] de A.-E. Badaire, L'Absolu, à Edmond Toulet de Henri Papin. Le dessin de 3e page propose un bulletin de vote à découper pour le candidat Adolphe Willette aux législatives du 23 septembre 1889.


3e année, n° 1, 20 mars 1891. Directeur Rupert Carabin. Dessinateur A. Willette. Dessin de Willette en 1re et 3e pages.
Une lettre (reproduction autographe) de Willette à Théodore de Banville (qui vient de mourir), le dessin de 3e page, dont le verso est laissé volontairement vierge, est un hommage à Banville.



3e année, 5 mars 1891. Numéro spécial. Dessinateur A. Willette. Dessin de Willette en 1re et 3e pages, numéro complètement autographié.
1 lettre de Willette à « Monsieur et cher abonné », où le « dessinateur » du Pierrot présente le nouveau directeur du journal qu'il a fondé, mais dont il a perdu le titre, racheté par Ruppert Carabin, sculpteur. Willette rappelle da collaboration au Chat Noir et au Courrier Français, l'exploitation que firent de son talent selon lui, les directeurs des dits journaux, il se plaint de même d'avoir été trompé par Ch. Decaux à propos de la publicité pour le désinfectant Chlorol Marye, pour laquelle le graveur lui aurait fait signé un dédit l'empêchant de dessiner pour d'autres publicités. Ce numéro spécial est le dernier numéro du Pierrot.

Quelques collaborateurs du Pierrot, pour lesquels nous avons quelques informations, d'autres viendront peut-être :

Paul-Marius André : voir L'Oeil Bleu N° 8.
Hippolyte Buffenoir : voir la notice qui lui est consacré sur Les Commérages de Tybalt
Rodolphe Darzens : Poète, lutteur, marchand de bicyclettes, coureur automobile, secrétaire du Théâtre Antoine, directeur de théâtre, traducteur d'Ibsen, amateur de duel, il restera comme l'éditeur d'oeuvres inédites de Rimbaud en 1891 (Le Reliquaire) et comme le premier à avoir mené des recherches sur « l'homme aux semelles de vent », recherches dont la famille Rimbaud empêcha la publication. Illustrés par Willette il publia Nuits à Paris (1889, réed. Viviane Hamy 2000) et Poèmes d'amour (1895).
Emile Goudeau : voir Adieu à Charles Cros par Emile Goudeau
Jules Jouy : voir Jules Jouy Chansons de Bataille
Mac-Nab : voir Le petit Mac-Nab illustré
Pimpinelli : pseudonyme de Léopold Dauphin, musicien et poète il sera le beaux-père du poète amorphe et librettiste, Franc-Nohain et se trouve ainsi être le grand-père du parolier et animateur Jean Nohain et de l'acteur Claude Dauphin.
Paul Pradet : voir Paul Pradet : "Fils Adoptif" de Louis-Pilate de Brinn'gaubast
Alfred Poussin : voir sur l'Alamblog Recensions des Versiculets d'Alfred Poussin.
Gabriel Randon : Avant de devenir Jehan-Rictus et de connaître le succès avec ses récitations au cabaret des Quat'z'Arts en 1895 avec ses Soliloques du Pauvres, Gabriel Randon menait une carrière de poète et fréquenté les milieux de la jeune littérature (Albert Samain, Rodolphe Darzens, P.-N. Roinard, Paul Roux...) il fit parti du groupe de La Butte, et du groupe fondateur du Mercure de France (son impécuniosité l'empêcha de participer à la création de la société). Dans le même temps, la poésie ne nourrissant pas son homme, Randon occupa quelques emplois de bureau, et tâta même du journalisme. Voir : Jehan-Rictus, iconographie. Albert Samain par Jehan-Rictus Iconographie (II).
[Auguste] Roedel : Dessinateur et affichiste montmartrois, ami de Willette, né en 1859 mort en 1900.

De Willette nous dirons simplement qu'il collabora au Chat Noir, au Courrier Français, au Triboulet, ou au Rire, qu'il fonda plusieurs journaux, Le Pierrot (1888-91), La Vache Enragée (1896-97), Le Pied de Nez (1901), Les Humoristes (avec Steinlen en 1901).

mercredi 1 juillet 2009

LES MIROIRS. Paul-Napoléon ROINARD, Chercheur d'Impossible (III)

1e partie : Les Miroirs Paul-Napoléon Roinard, Chercheur d'Impossible
2e Partie : Les Miroirs Paul-Napoléon Roinard, Chercheur d'Impossible (II)

Pour P.-N. Roinard, sa pièce Les Miroirs, est devenue une obsession, il veut la voir jouer, mais devant cette impossibilité et avec l'appui de quelques amis elle sera enfin imprimée, pour expliquer la genèse de son drame et sa conception, il en fait suivre les huit "stades" d'une glose qu'il qualifie lui-même de "longue et compacte". Dans la première partie de ces "notes" (I), il revient sur la genèse de l'oeuvre, ses tentatives pour être joué, les réaction à sa première expérience de la scène avec son adaptation du Cantique des Cantiques. La seconde partie (II), c'est sa conception de l'art dramatique, ses vues sur la forme poétique, qu'il révèle, il y expose ses théories sur "l'orchestration de l'ambiance symbolique" par la recherche d'analogie entre sons, couleurs et odeurs. La troisième et dernière partie (le découpage est de moi, nécessité par le type de publication et mon rythme de travail, tout à fait aléatoire), est tout d'abord consacrée aux caractères des personnages, qui furent construit à partir des principes d'Eugène Ledos et de leurs lectures et applications par l'un des amis de Roinard le poète et critique Julien Leclercq. Dans une lettre à Léon Deffoux il poursuit en eximanant son oeuvre pour répondre par avance aux critiques que pourrons en être faites. Il termine enfin sur sa vision de la "foule", comment la représenter à la scène, ce qu'elle représente pour lui.

Dans ces notes si Roinard se montre théoricien, il ne semble pas accorder à ses théories un rôle essentielle, un exemple : l'utilisation de la physiognomonie, pour établir le caractère de ses personnages. La couleur des yeux, la longueur des cheveux, le regard, les gestes même, des personnages découlent de leurs caractères zodiacaux, pourtant l'auteur admet que les acteurs chargés de donner chair à ses héros ne donnent pas "une exacte copie de la physionomie indiquée". C'est pour lui, et afin de voire vivre ses personnages, qu'il en dessine une image si précise.

Je finirais avec une citation de Francis Jourdain, qui n'était souvent pas tendre avec les symbolistes et encore moins avec ceux qui comme Roinard continuaitait à défendre, par leur idéalisme, les théories d'une école que la jeune génération, celle de 1900 dont Jourdain fait partie, rejettait comme trop enfermé dans ses rêves et sa tour d'ivoire. Pourtant d'autres comme Strentz ou Apollinaire apporterons leur concours à Roinard, peut-être virent-ils comme moi une certaine modernité à ce drame dont la révélation est arrivée trop tard.

« Cher Paul-Napoléon Roinard ! Héroïque victime de la dèche, du guignon, de l'absinthe-grenadine, de la poésie et de l'entérite !... Un peu tapeur, un peu raseur, pas de talent mais quelle candeur ! Je devais, l'année suivante, au cours d'un voyage à Bruxelles, le découvrir derrière un pilier de Sainte-Gudule. Revenu à Dieu ? Non. Il se cachait. Il avait, me confia-t-il, passé la frontière pour fuir la police dont il avait lieu de soupçonner qu'elle projetait de coffrer le dangereux collaborateur de revues littéraires anarchisantes. Avant de quitter Paris, l'inoffensif et ténébreux Roinard avait confié à un ami sûr, un orthopédiste de tout repos, ce qu'il avait de plus cher, le manuscrit des Miroirs, vaste poème sur lequel il transpirait depuis longtemps. Ne pouvant se passer de ce trésor, il correspondait par des voies mystérieuses avec son honnête receleur pour que les précieux feuillets puissent gagner Bruxelles, emmi des bandages herniaires. Bien des années plus tard, une circulaire me conviait à participer au banquet offert à P.-N. Roinard. Le restaurant choisi était celui de l'Hippodrome et la circulaire ajoutait qu'on y fêterait la mort du rêve. Rassurez-vous, La Mort du Rêve, c'était le titre d'un nouveau recueil de Roinard... L'annonce de ce joyeux enterrement à l'Hippodrome n'en fit pas moins passer un petit frisson dans le dos de maints techniciens du Rêve qui voyaient là un inquiétant présage ou une prédiction sinistre. » Francis Jourdain, Né en 76, Editions du Pavillon, 1951.


D'Après les physionomies
Lettre au poète Henri Strentz


La présence de l'homme, sa figure,
sa physionomie sont le meilleur
texte pour ce qu'on peut dire de lui.
Goethe

« Cher ami,
« Tant d'ironiques remarques déjà me sifflotent aux oreilles, sur l'inusitée description de mes Personnages, dans Les Miroirs et tant de gens spirituels probablement s'en gausseront dans la suite, que je prends le parti de m'expliquer à ce sujet.
Vous m'excuserez du subterfuge. Puisqu'il fallait que je résolusse la question par écrit, devant un contradicteur, j'imaginai naïvement de vous supposer tel et de vous dédier cette lettre qu'en réalité j'adresse... à d'autres..., moins compréhensifs et moins désintéressés que vous, mon bien cher ami.
Croyez d'abord – et vous le pensez – qu'il n'existe ni recherche de dilettantisme ni voeu de bizarrerie dans l'énoncé de ces Personnages. Aussi bien que par leurs costumes, j'ai voulu, par leurs caractères physiques, suggérer diverses significations nettes de leurs Ames.
J'entends par l'admirable mot d'âme, la mystérieuse intériorisation pensante ou réfléchissante qui résulte de notre matière charnelle en activité.
La forme extérieure, comme partout, devant révéler la nature des fonds, je n'en saurais, me suis-je dit, trop préciser les grands traits et principaux signes ; or, pour rester plus exact dans cette peinture de mes rêves, j'ai cru devoir déterminer, par des termes spéciaux et usités en Physiognomonie, à chacun de mes protagonistes son caractère exact et bien en face de son rôle.
Comme dans l'orchestration scénique des Ambiances et les Thèmes symboliques du Décor, je prétends formuler non des notations absolues mais le plus possible approximatives, selon ma façon d'envisager chaque chose et chaque être, par rapport au Drame qu'ils vont refléter et qui les reflétera, d'après le concept de mon imagination, sans cesse directrice.
A l'appui de ce système, voici quelques nécessaires explications :
Telles déités spécieuses : Jupiter, Apollon, Vénus, etc., passaient chez les anciens pour imprimer plus ou moins leur influence faste ou néfaste sur sa destinée, dès la formation d'un être humain.
L'Astrologie, l'Empirisme, le Savoir des Mages ou des Mystiques et même la Science purement Positive semblent au long des siècles avoir fait l'accord sur cet aphorisme : « Les visages sont les miroirs de l'âme ».
Aussi ai-je cru que derrière tant d'autorités je pouvais m'abriter, et en usant de termes séculairement convenus, signifier comme en schéma, l'expression physique et cérébrale de mes protagonistes. Et je demeure persuadé que mon tableau ou mieux mon abrégé signalétique apparaîtra aussi utile à consulter par le spectateur pour plus de compréhension que par les acteurs pour meilleure interprétation des Rôles.
A la suite de Lavater, d'Arpentigny et Desbarolles, un savant moderne, Eugène Ledos, établit sur des données scientifiques et sur de patientes observations des lois de classifications indiscutables.
Voici comment mon ami regretté Julien Leclercq, dans son livre La Physionomie (très bien édité par la Librairie Larousse), expose cette lumineuse Méthode d'Eugène Ledos (1) :
« D'abord il s'est créé, à la façon des Grecs, huit types idéaux qui correspondent chacun à un caractère à double face : la face heureuse et la face tourmentée.
« Naturellement, les caractères correspondants sont comme les types idéaux, soit en bien, soit en mal. Chaque type a des attributs connus : par exemple, la peau blanche ou la peau brune, les yeux bleus ou noirs, une grande ou une petite taille, etc. »

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« On ne fera jamais autre chose que d'imiter la nature, disait le grand sculpteur Rodin, mais il n'y a que les artistes qui la voient.
« C'est là une vérité éblouissante. Il n'y a peut-être que le physionomiste doué qui voie l'homme. »

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« Etudions maintenant, sous la direction d'Eugène Ledos, les différents types planétaires, leurs caractères moraux, leurs aspects physiques. Planétaires, n'a pas ici un sens astrologique. Les Grecs, dans leur belle entente de l'humanité, avec leur esprit à la fois d'observation et d'idéalisme, ont personnifié leurs dieux ; et, ils furent bien obligés de les personnifier puisqu'ils les spécialisaient, puisqu'ils les individualisaient.
« L'Olympe n'est autre chose que notre monde idéalisé. Chaque dieu avait son caractère et sa beauté. Les Grecs ne pouvant concevoir un caractère particulier sans aussitôt le recouvrir d'une forme particulière, visible aux sens et significative, nous ferons comme eux.
« Il ne s'agit donc pas de l'influence des astres. »

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Les attributs du type heureux et du type malheureux étant différents, il y a en vérité seize types idéaux correspondant à seize caractères idéaux : Jupiter, Saturne, Apollon ou le Soleil, Mercure, Mars, Vénus, la Lune et la Terre. Vous chercherez en vain ces types dans la vie, où tout est complexe. Dans un individu, plusieurs types (deux, trois ou quatre quelquefois) se confondent.
« Ajoutez à ces données premières qu'il y a cinq formes géométriques de visages (visage carré, rond, ovale, triangulaire et conoïde), chacun desquels indiquant des traits de caractère généraux. Ajoutez encore que chaque trait du visage pris isolément indique un trait particulier de caractère. »

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Lorsque quelqu'un s'offre à son examen, M. Ledos opère ainsi :
« 1° Il observe la personne dans son ensemble et perçoit le type dominant.
« 2° A quelques indices il reconnaît le ou les types qui se combinent avec le type dominant.
« 3° Il détermine la forme du visage.
« 5° Il conclut à telles facultés ou défauts.
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« Les types pour être idéalisés et appartenir à la Fable n'en sont pas moins humains. Les poètes antiques les ont créés, et ils avaient, comme tous les poètes de tous les temps, le sens de la vie. Il faut admettre que M. Eugène Ledos avec l'expérience a su déterminer assez largement et précisément le caractère de chaque type. Alors, partant d'une donnée générale simple, il réussit par une série de modifications successives l'analyse de ce composé qui est l'individu.
« Avec la notion première et fondamentale du caractère idéal de chaque type, avec la connaissance de la signification de chaque forme du visage et de la signification de la forme de chaque trait du visage, cette analyse devient possible.

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« Il faut, pour y parvenir, beaucoup de sensibilité et d'intuition. Il est en tout cas nécessaire d'être doué de telle sorte que les formes aient sur vous un pouvoir émouvant. Je dirais même, pour me faire mieux comprendre encore, que c'est une science d'artiste et que des dons d'artistes y sont indispensables. Elle est complexe et profonde comme l'âme humaine et, comme la nature, elle est claire et lumineuse dans ses signes. »
Après étude approfondie de cette Méthode Ledos dont parle J. Leclercq, je puis donc, par des moyens quasi-mathématiques et par des définitions précises, établir, puis vérifier au besoin, en d'irréfutables preuves, l'exactitude minutieuse de mes caractères.
Si vous le voulez bien, essayons de les reconstituer logiquement. Pour plus de clarté, je vous désigne entre guillemets, les principales références que j'emprunte textuellement à l'exposé de la Méthode. Ce que j'ajoute appartient ou se rapporte aux spéculations de nombreuses oeuvres antérieures – par moi lues – sur le même thème.
Rôle de Tcheïlam – Apollon, Jupiter, Saturne, Mars, la Lune et Vénus. - Surtout Apollonien par reflet dans sa masculinité des ascendances féminines, Tcheïlam se montre Jupiterien par les ascendants mâles.
Les Apolloniens ont « le front arqué, san rides permanentes, le regard doux, dominateur et fascinateur, la prunelle fauve, claire et comme striée d'or, les cheveux longs, doux, fins, d'un blond roux, avec des fils d'or. Barbe peu fournie, frisée. Gestes calmes, marche majestueuse sans pose ».
« Les Solaires ont horreur de toutes les obscurités. Ils ont l 'amour de la Lumière et des largesses. » Ils ont le goût somptueux des parfumes, des pierreries et des sensations exquises, sont désireux d'honneurs et de dignités, mais demeurent d'ambition noble.
Les Apolloniens sont fatalistes. « Il est dans leur destinée », dit M. Ledos, « d'acquérir de la célébrité, de pouvoir s'élever aux plus grands honneurs, voire même à la puissance suprême. Ils sont, aussi, sujets à d'étranges mutations de fortune et leur étonnante ascension est le plus souvent suivie d'une chute extraordinaire et retentissante. Les fils du Soleil, si simples dans leur vie privée, aiment, dans le monde, à se parer et à paraître avec prestige. Toujours sobres, ils ont l'intelligence vaste... »

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« Ils sont fort malheureux en amour, en amis, en femmes et en enfants. »
En Tcheïlam, rivalisent les influences amies et bonnes de Jupiter et de Saturne, sous la domination paisible d'Apollon.
Fils et petit-fils de Jupiteriens, aux types malheureux, soldats brutaux, sensuels, et Martiens amateurs de débauches, méprisants, orgueilleux et grossièrement despotes, Tcheïlam aurait dû naître et grandir mauvais Jupiterien par agnation.
Mais sous une contrariété d'atavisme très fréquente et provoquée par une occulte révolte des filiations féminines, il demeure Jupiterien, type heureux.
Donc, d'esprit sain, de raison réfléchie, autoritaire bienveillamment, « grave, judicieux et plein de mansuétude », en aversion de ses ascendants mâles, il demeure, par effet réflexe des ascendances féminines, un homme affable, affiné, sentimental, « doux avec les faibles respectueux à l'égard des grands et très courtois envers les femmes. »
Apollonien, il est, « grave, sérieux, d'âme fière et grande. Il est équitable, résolu, magnanime, courageux, sans témérité, sincère, incorruptible, maître de soi-même ».
A Jupiter, Tcheïlam doit ses pommettes saillantes, son front, aplani vers les sourcilliers en base de pyramide, terminé en coupole sous l'influence d'Apollon et un peu ovoïde, de par Saturne.
La mauvaise influence qu'il retient de ses ancêtres et qu'imprime Mars sur la totalité de son caractère, se trouve heureusement combattue par la puissance pacifique d'Apollon, qui dirige ses forces de lutteur vers les joies de l'Art.
Saturne lui prête son aspect un peu mélancolique, ses facultés de construction et ses tendances à la ferme persévérance dans l'édification de ce qu'il croit juste et bienfaisant.
« Les oeuvres que fonde Saturne sont durable parce qu'il recherche la solidité avant tout. Méthodique, classificateur systématique, le Saturnien, par l'excès même de la raison trop rigoureuse, est porté aux utopies », si tant est qu'il existe des utopies !
De la Lune lui vinrent ses cheveux d'un blond cendré presque blanc-albinos et sa grandiose imagination de poète-artiste.
A Vénus, il doit sa lèvre inférieur charnue, son nez rond du bout, ses narines dilatées, sa voix grave et musicale et c'est d'elle aussi qu'il reçut le génie des formes, le don de générosité et sa profonde sensibilité.
Rôle de Kéristar. - La Terre, Saturne, Vénus, Mercure. - Surtout Terrien par reflet des ascendants mâles, il apparaît Saturnien sous l'influence du fatalisme résigné des ascendances féminines. Il est Terrien de type à la fois heureux et malheureux, puisqu'il a « le front plus développé en largeur qu'en hauteur, les sourcils horizontaux larges, noirs, durs et épais, le nez assez court à épine large, la voix sourde, rude, le cou large et court » du type heureux; et qu'il est, comme lui, patient au travail, tenace dans ses entreprises, agit plus qu'il ne parle, sans être avare ne sait donner, ne comprend rien à la délicatesse des sentiments pas plus qu'aux tendresses du coeur. Il a pourtant un fond de sensibilité qui ne se manifeste pas au dehors. Ses appétits sensuels sont tout matériels. Ni enthousiasme, ni inspiration, ni intuition ; mais, esprit observateur, il possède la perception des intérêts matériels de la vie. Du Terrien au type malheureux il a « les mâchoires épaisses, la partie inférieure du visage en avant ; comme lui, il est mélancolique, sournois, jaloux, envieux ; ses passions violentes, concentrées, sont terribles dans leurs manifestations. Haineux, vindicatif, bestial et violent dans l'assouvissement de ses désirs, il représente la ruse grossière. »
De Saturne, type heureux, il tient « sa démarche lente. Il va la tête inclinée, les yeux sur la terre, se parlant à lui-même et absorbé dans de profondes et amères pensées ; il est défiant, soupçonneux, parfois fantasque. Il se souvient des offenses ». De Saturne, type malheureux, lui vient « son âme craintive, inquiète, soupçonneuse, défiante, envieuse, haineuse. Contradicteur, sophiste et de mauvaise foi,. Haine perpétuelle. A la fois superstitieux et incrédule. Trembleur. Le mauvais Saturnien, comme le mauvais Terrien est prêt à tout pour de l'or, il est traître. Enfin son influence est malfaisante ».
En Kéristar, Vénus, type heureux, brun, lutte contre les penchants Terriens et Saturniens de type malheureux. Il doit à Vénus sa beauté « sa voix douce, tendre, voluptueuse, ses yeux noirs, vifs, presque à fleur de tête, ornés de longs cils. Les mouvements sont un peu nonchalants et lascifs, les allures efféminées. Les lèvres sont épaisses, lisses et rouges, l'inférieure débordante, est séparée en son milieu ».
De Mercure, on ne relève guère en lui que de vagues caractéristiques du type malheureux :
« Les Mercuriens sont hypocrites, tendeurs d'embûches ; s'ingénient à nuire aux autres, voire même à leurs bienfaiteurs ou amis ».
Et ces caractéristiques du type heureux : « Assimilation et mémoire universelles ; quand il n'est pas inventif il excelle dans l'imitation. »
En résumé, Kéristar n'a pas un caractère d'homme très accusé, il est surtout « Miroir ». Sans les profonds reflets d'éducation dont la fréquentation familière et protectrice de son maître Tcheïlam, longuement l'imprégna, il aurait vécu, bellâtre, obscur, insignifiant ou lâche, peut-être bandit dans les bas-fonds de la pègre.
Kristar le Terrien reste d'une argile assez malléable pour subir, à tour de rôle, l'emprise dominatrice de Tcheïlam l 'Apollonien supérieur ou l'empreinte impérieuse de sa soeur de race, Daïmoura la Vénusienne.
Rôle de Daïmoura – Vénus, Mars, Mercure, Apollon et Saturne. - Surtout Vénusienne par un puissant reflet des ascendances féminines et primesautières de parenté paysanne, elle nous apparaît Martienne par les ascendances mâles de pacants devenu faubouriens. « Les Vénusiennes », dit Eugène Ledos, « ont un visage d'un rond allongé qui s'approche de l'ovale et qui a la régularité du galbe grec. Leur physionomie est empreinte d'une grâce infinie. Leur front est régulièrement encadré par une chevelure abondante, fine, souple, soyeuse et d'un blond roussâtre. Leurs beaux yeux bleus fendus en amande, veloutés, doux et caressants, ont une volupté décente qui charme et fascine. Leur bouche, aux lèvres roses, a un sourire aimable et gracieux, plein d'un charme séducteur. »

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« Leurs narines sont gracieusement ouvertes. Leur menton, rond et un peu fossu, est remarquablement élégant. Leur peau extrêmement fine, douce et satinée, est d'une blancheur de lys éblouissante et leurs joues sont colorées d'une charmante rougeur. Leur cou, leurs épaules et leurs poitrine, admirablement conformés et bien dessinés, sont d'une blancheur immaculée et leurs seins superbes sont développés sans excès. Elles ont la poitrine en avant comme les colombes. »

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« Les reins sont cambrés avec grâce, leurs membres, aux fines attaches, sont d'un dessin très correct et plein d'élégance. Elles ont dans tout leur être un rayon de grâce, de séduction et de bonheur, et dans leur démarche une allure de déesse qui ravit et fascine. »
A cette peinture, nous n'avons pour la ressemblance parfaite, qu'une seule restriction à formuler.
Daïmoura doit à l'influence Martienne les yeux d'un bleu très foncé et d'un front un peu bas. Quant aux cheveux, elle les brunit d'une teinture rouge sombre ; et elle se peint délicatement les sourcils et les cils, ce qui en exagère le pur dessin.
Du type malheureux de Vénus, Daïmoura tient son âme vaniteuse, tortueuse, ambitieuse, sa voix insidieuse et son rire exaspérant. Les mauvaises Vénusiennes sont « perfides, elles affectent, sans paraître y prendre garde, des poses lascives. Leur voix flexible, est tantt languissante et mielleuse, tantôt vive, ardente et passionnée. Elles sont des charmeuses fatales et redoutables, elles ont un pouvoir de consomption. ».
Si des ascendances féminines et paysannes, Daïmoura put garder en elle – bien qu'affiné par l'éducation – la belle et robuste santé de ses origines, si elle est superbe, saine de corps, il n'en va point de même pour l'âme qu'elle a héritée de ses ascendants faubouriens. Dans sa mentalité ne persiste guère de primitive loyauté, et le sens moral est faussé par l'orgueil et le mensonge.
L'influence de Mars exaspère cet orgueil. Les Martiens sont violents, « dominateurs, imposent leurs opinions, s'irritent dans la contradiction. Ils font tout avec passion, le bien et le mal. Enclins aux plaisirs de l'amour, ils sont hardis. Ils meurent le plus souvent violemment. »
Mercure donne à Daïmoura l'adresse dans la feinte et la prudence dans la dissimulation et l'intrigue. Le Mercurien excelle dans l'imitation. Il devine plus les choses qu'il ne les apprend, « il est indépendant, indiscipliné, insoumis, réfractaire à la domination dont il sait s'affranchir habilement et sans lutte. Le Mercurien est supérieur dans la mimique. Il a l'instinct dominateur, le don de pénétrer dans les consciences. Les exercices de souplesse et d'adresse sont de son goût. »
Mais, comme nous l'avons dit, en Daïmoura l'orgueil violent de Mars domine, et la porte parfois hots de prudence malgré sa science de l'hypocrisie.
Apollon lui donne le goût des parures et des ornements, des joyaux et des honneurs.
A Saturne, elle doit son fatalisme négateur et plus indifférent que résigné. Elle est prête à la vie qu'elle veut vivre ardente et en dominatrice, mais aussi elle est prête à la mort, qu'elle ne craint guère et qu'elle préfère à la déchéance.
Par amour d'ostentation Apollonienne et par habilité Mercurienne, tantôt dans un désir d'apprendre ou de paraître savoir, tantôt dans un voeu de s'incliner pour mieux dominer, elle se fera Miroir soumis ou Miroir feint, selon l'occurrence.
Vous voyez, mon cher Strentz, qu'en toute réalité se sont vérifiés les grands traits d'existence de mes fictifs personnages sous la claire analyse que nous enseigne la Méthode Ledos, et d'après les indications parallèles que j'ai données de leurs préconceptions dans ma volonté de synthèse.
Oh ! Je sais bien que le Monsieur Mercurien que nous rencontrons souvent à Paris, celui qui rabaisse tout, objectera et sifflera en douce : « On peut toujours faire dire tout ce qu'on veut à un traité de physionomie ! » A ce malveillant, à ce plaisantin, je répondrai sans désir d'inutile discussion et sans besoin de le convaincre : « Eh bien, cher Monsieur, par cette confrontation -là, je gagnerai au moins -si je meure sans être représenté -
d'avoir très précisément renseigné les acteurs sur le caractère physique et moral de mes trois protagonistes, ce qui semble assez important, je suppose. »
Portant, croyez-le, mon cher Strentz, je n'exige point des interprètes une exacte copie de la physionomie indiquée. Je leur conseillerai plutôt de ne pas accentuer leur grime, de rester nature ou de se faire un visage le plus simple possible, net de ligne et sans rehaut de couleur, car ils risqueraient de se rendre la face cadavérique ou grotesque en l'opposant tons contre ton à la pleine clarté des projections lumineuses diversement colorées sous lesquelles ils devront évoluer, masques réflecteurs de leur émotion particulière et des nuances tristes, heureuses ou tragiques, que comportent les heures et le milieu du Drame.

Examen des « Miroirs »
Lettre à Léon Deffoux


« Mon cher ami,
« Se livrer à l'examen d'une pièce avant sa représentation vous semblera d'une témérité peu ordinaire ; ne paraît-on pas défier la critique par l'audace de lui mâcher ses aliments ?
Or, si heureuse qu'elle devrait se montrer d'une telle ingénuité de la part d'un auteur, elle ne peut que lui en vouloir et la lui faire expier.
Tel ne s'avère pas mon projet et je me préserve en cette puissante excuse : j'ai vu la pièce représentée, au moins en partie, puisqu'elle subit l'épreuve d'assez nombreuses répétitions.
Donc je ne dois pas craindre de vous confier mes volontés, mes incertitudes, mes hésitations, et encore moins redouter de défendre, sur certains points, des apparences d'illogisme, qu'on tendrait facilement à regarder comme des défaillances.
Vous le savez, je voulus créer trois personnages qui fussent des entités, - et non de simple caractères humains, - autrement dit des synthèses d'humanités.
Tcheïlam signifie l'homme supérieur, par sa profonde culture, par son vouloir de belle grandeur et d'altière bonté, mais quand-même aussi imparfait de raison et d'âme que tout ce qui naît matériel et mortel.
Daïmoura évoque la femme, toute la femme charmeuse, assimilatrice et dissimulée, toute la femme qu'elle végète ou trône, soit en hait, soit en bas.
Entre ces deux forces suprêmes d'humanité, Kéristar représente l'être-peuple : cette femme-homme, qu'est simultanément la foule. Brutal, superstitieux, cruel, menteur par origine et parfois tendre, bon, souple et imitateur par intuition, par éducation ou milieu, il sera donc le Miroir d'excellence, Miroir qui reflétera tantôt l'âme de Tcheïlam et tantôt celle de Daïmoura ; miroir qui souvent aussi réfractera, hostile à Tcheïlam ou Daïmoura. Au surplus, il figure entre les deux protagonistes homme et femme le lien, ou mieux, le pivot neutre de leurs joies et de leurs souffrances. Il se dresse comme un obscur écran, qui, dans la nuit, renverrait vagues et déformées les images qu'on lui projette mystérieusement.
Cela posé, passons à l'analyse du drame.
Cette pièce n'a pas été construite par situations, ni péripéties, mais je l'ai combinée en enchaînant des reflets de situations – pour ainsi dire – et en quelque sorte par une suite d'états de vie commentés a posteriori jusqu'au moment culminant du drame où l'action ne surgit que résultante des classiques préparations antérieures.
En la représentant ainsi au public, j'ai pensé mieux dégager mes caractères des contingences et les placer plus haut en atmosphère de Rêve.
J'ai fait du théâtre non à l'envers mais – permettez-moi ce mot – à contrevers, afin de le dégager des truquages grossiers et des gestes trop évidents, qui font du théâtre habituel un art inférieur, faux et simplement de passe-temps.
Aussi mon théâtre semblera-t-il plus vraisemblable en profondeur qu'en surface. C'est d'un Poème dramatique qu'il s'agit ici et non d'un scénario fertile en complications d'intrigues et d'effets qui amuse ou fait pleurer les yeux du public en vue de le divertir, sans fatigue et à grand renfort de banales ou triviales émotions.
Oui, c'est d'un Poème dramatique tissu largement avec l'intention de mettre seules en relief sur un champ vague, mais large, quelques nobles expressions florales d'âmes chimériquement brochées, grandifiées et précisées en gros traits pour mieux porter le spectateur à songer et à jouer lui-même un rôle de réflecteur, face à la pièce.
Le sujet choisi fut, depuis un demi-siècle, à ce point ressassé qu'un écrivain belge crut devoir instituer un prix de dix mille francs pour récompenser la plus belle des pièce qui seraient écrites sans toucher de loin ou de près à cedit sujet : l'Adultère, que justement, à cause de sa banalité même, j'ai préféré.
Plus le cas s'affirmerait commun, plus tout pourrait y refléter tout, et vraiment d'après l'universelle nature. Je le répète, l'originalité d'un auteur ne réside pas dans l'élection des sujets, mais dans la façon dont il les traite. Et puis il n'y a guère au fond que deux thèmes au théâtre, en poésie et en tout : la Mort et la Vie accompagnées des innombrables effusions ou conflits que peuvent occasionner leurs deux inéluctables facteurs complémentaires : la Haine et l'Amour.
Voilà sur quoi M. Edmond Picard n'a pas assez médité avant de fonder son prix contre l'adultère. S'il ne s'en fût pas tenu au jugement superficiel, il eût déduit que l'amour ou même l'amitié étant des sentiments très égoïstes, puisqu'ils trouvent en autrui leurs voluptés, il ne saurait y avoir haines ou luttes d'âmes sans cet amour ou cette amitié : amour charnel, amour mental, amour filial, amour fraternel ou maternel, lucratif ou désintéressé, etc., enfin toute la gamme des mobiles qui propulsent nos vaniteuses existences.
J'ai, comme bous le voyez, choisi mon sujet, l'Adultère, en telle entente de causes que je le situai dans la souffrance la plus tendue et la plus impardonnable qu'il soit peut-être, puisqu'elle se produit en l'état le meilleur, le plus fier, le plus loyal et le plus favorable à la fidélité : l'amour libre.
Ainsi, je crois avoir mieux mis en saillie cette absurde dualité qui nous voue à l'imperfection, cet inconscient combat qui, constamment, dans tout être humain, oppose son idéal au terre-à-terre, ses espoirs aux réalisations ou, plus exactement, sa façon d'agir à sa façon de penser.
Hélas ! Même en amour libre, la question illégitime de possession ou de propriété persiste.
Ni l'un ni l'autre de mes protagonistes – surtout Tcheïlam qui, supérieur, montre plus fortement son coeur imparfait – ne vivent au plein gré de leurs pensées ni entièrement logiques avec leurs désirs. Par cette manière de caractériser mes entités très humaines, je crois avoir été plus vrai que les dramaturges ordinaires, qui font de leurs personnages presque toujours des pantins d'une seule pièce ou des individus à idées fixes et rigoureusement fixées.
Ces personnages, nous allons les voir à l'oeuvre, suivant la trame du poème dans ses principales lignes de direction, et, n'en doutez pas, nous les trouverons sans cesse illogiques mais profondément existants.
Stade I. - Tcheïlam, en perpétuel voeu de se grandir l'âme et de se parer de toutes les beautés, garde du contact et de l'influence de ses ascendants, le souci de l'apparat, son habitude de noble déférence envers les Rois compagnons de son père et les formules pompeuses ou autoritaire du règne, malgré son désir intime de se libérer de toutes ces vaines entraves à son voeu d'abolir toute autorité et de rendre meilleurs les hommes, ses sujets, en les affranchissant peu à peu de tout servage et de toutes les dépendances qui les rendent mauvais.
Aussi des vers comme :

Telle est ma volonté, cette source des lois...
Tracez un cercle armé que nul n'enfreigne....

Certes, ces vers, comme bien d'autres, paraîtront illogiques dans la bouche de celui qui va convoler en en libre amour avec une fille du peuple et converser en apôtre de liberté avec son confident Kéristar, dont il a essayé vainement d'éduquer l'âme à son image ; illogique aussi, ce Kéristar qu'il croit lavé de ses basses origines et qui, sans pitié pour ses anciens camarades de misère, n'hésite pas à inventer un affreux supplice que je lui fais décrire, non par désir de raffiner sur les monstrueuses tortures du passé, - je n'ai guère le coeur à cela – mais pour mieux montrer sa foncière cruauté et dépeindre son caractère resté vil malgré les patientes tentatives bienfaitrices de son auguste ami.
Illogiques soit, mais très humains tous ces sentiments contradictoires.

Illogiques esprits que ceux de la terre...

Stade II. - Toujours déférent envers les Rois, Tcheïlam conserve en leur présence l'allure et le ton pompeux de l'Empereur. Mais aussitôt seul avec Daïmoura, il va s'abandonner à son coeur.
Daïmoura aime Tcheïlam pour les bienfaits d'éducation et pour les satisfactions d'orgueil qu'elle en a reçus, mais au fond elle préfère l'Empire à l'Empereur. Tcheïlam, d'ailleurs, a déjà laissé percer une brève crainte d'entrevoir cet égoïste sentiment.

Si, vénale de sa chair et de son coeur...

Aussi, pour le cacher, Daïmoura s'efforce-t-elle par une feinte humilité et par une amoureuse exaltation, de chanter à l'unisson le beau rêve de simplicité et de libération qu'évoque l'Empereur. Quand même elle se trahit.

Ma jeunesse a gravi son destin tout droit
Et doucement en reine jusqu'au Roi
Des Rois...

Mais Tcheïlam est trop passionnément épris pour y prendre garde ; certains critiques s'étonneront sans doute qu'à la fin Tcheïlam confie à Kéristar le diadème, après avoir dit :

Dépouillons
Le servile apparat de ces pompeux haillons...
Mais si l'on y songe bien, malgré qu'informé, et mieux que personne, sur les défauts de Kéristar dont il fut l'éducateur, il a une confiance illimité en lui, pour cette unique raison – peut-être absurde, mais bien humaine, - que les vrais et loyaux amis repoussent énergiquement toute mauvaise pensée de trahison de la part de ceux qu'ils aiment. On le verra bien dans la suite, Tcheïlam est un homme d'indulgence et de pardon ; il a donc l'amitié et l'amour tenaces et il faudra vraiment l'exaspérer pour qu'il se venge.
D'autre part, une autre objection se pose : Comment Kéristar peut-il penser un instant à la possibilité de régner ? Eh bien, je réponds très net : La parole de Daïmoura vient d'éveiller en lui cette orgueilleuse visée, qu'il écarte du reste tout de suite avec peur. Et puis, dans ce deuxième stade d'exposition, j'ai voulu faire pressentir que cette idée creusera son chemin sous l'influence néfaste de Daïmoura. Au reste, sans cette nécessaire préparation, comprendrait-on bien pourquoi Kéristar obéira aux impudentes suggestions de Daïmoura, quand elle lui intimera plus tard l'ordre de monter au trône / En dépit de son asservissement à Daïmoura, pourrait-il se croire prêt pour remplacer un maître homme tel que Tcheïlam en la suprême fonction, que celui-ci abandonne après l'avoir rendue intenable à tout successeur, par les espérances semées dans le peuple dont il disait naguère :

Mais, Patience,
Il pense
Et son esprit, que j'ensemence,
Commence
A prendre essor et conscience !...

Kéristar est un faible non un sot, un peureux pas un grotesque, un brutal mais sans préméditation, un superstitieux mais d'esprit positif dans les réalisations. Il détient toutes les exaltations et les défaillances de la Foule dont il est, je le répète, le naturel Miroir.
Stade III. - Ce troisième stade, vous le savez, mon cher Deffoux, je ne l'ai terminé qu'en vue d'une publication que vous et mes amis vous m'avez lentement imposée ; Les Miroirs, à mon sens, et je reste de cet avis, ne devraient affronter la librairie qu'après la scène, car ils ne furent conçus qu'en vue de l' éclatante lumière scénique et non pour comparaître sous la lueur trop pâle du livre.
Ce stade, se dressait devant moi très incertain. Fallait-il mettre à la scène le viol consenti de Daïmoura par Kéristar. Alors ce stade devenait toute une pièce et dépassait, en une brutalité qui risquait de compromettre, l'ascension graduée et tranquillement ordonnée du drame vers son dénouement. Après multiples hésitations, je me résolus enfin pour le maintien de ce stade dans son ordre prévoulu et dans sa valeur théâtrale préconçue.
Ce stade à pour but d'expliquer par insinuances la rapide désaffection de Daïmoura pour Tcheïlam.
Prends garde, Tcheïlam, le rêve, où tu situes
Les nuptiaux trésors
Dont tu veux parer ton amour, les places hors
D'atteinte et les mains des plus nobles statues
Se sentiraient le geste indigne de leurs ors...

L'Empereur reste supérieur et inaccessible de coeur et d'esprit pour Daïmoura, pauvre reflet : elle s'en trouve inconsciemment humiliée et dans une confidence où sa mère, indiscrètement maternelle, la presse jusqu'à la forcer de s'envisager dans sa chair et son âme, elle se sent tout à coup prête à désaimer.
Son rêve l'écrase, trop puissant pour ses forces et elle pleure sans bien savoir de quoi elle pleure. Sa coutume de mensonge la pousse à se retrancher derrière un semblant de joie trop intense. Mais, juste au moment où elle veut fermer les yeux sur la fêlure de son coeur, Kéristar s'en aperçoit et triomphe.
Il l'aura quand il voudra.
Le père et la mère de Daïmoura, avertis par leurs sens de primesautiers, en prennent épouvante. Je présume qu'ainsi préparé, le public se trouve moins grossièrement avisé que par la scène du viol consenti – pourtant bien tentante – que j'avais d'abord songé à interjeter, brutale comme un fait et hors de rêve comme tout misérable fait en lui-même.
Stade IV. - Je ne crois pas qu'ici la critique trouve une prise. Tcheïlam, en un monologue – irremplaçable – tâche de se raconter son indicible douleur intérieure. Je ne pense pas qu'en l'occurrence, on l'aurait pu mieux adresser qu'à ce discret et terrible Miroir : la solitude. Il est des angoisses si poignantes qu'on n'ose les confier qu'à soi-même.
Stade V. - Ici, nous nous trouvons en face de l'irrémédiable. Tcheïlam, en essayant par allusion et avec délicatesse de reconquérir l'amour de Daïmoura, l'a d'autant blessée, que, pardonnant, il humilia et qu'en exagérant la courtoisie, il ravala sa femme aux colères outrageantes de se sentir plus inférieure.
Kéristar, lui, se sent à la fois jaloux et épouvanté. Il ne se voit ne de taille à vaincre Tcheïlam, ni de fotce à dominer Daïmoura. Il devient tour à tour Miroir de l'un et de l'autre.
Des enseignements scientifiques qu'il tient de Tcheïlam le penseur, le chercheur métaphysicien ou le douteur, il ne reflète que les faces superficielles ou fallacieuses et sa bouche ne remâche que les mots mal compris de leur terminologie spéciale.
Des légendes apprises, il ne s'émeut que des formes superstitieuses et hallucinantes. Ainsi, de la chiromancie; science exacte, basée sur l'étude des lignes qui s'impriment dans les mains inhabituées à mentir, il ne retient que des figures vagues et symboliques. De Daïmoura, il ne reflète – et avec la foi subjugué – que le charme ensorceleur, ce charme qui le ménera magiquement à la mort. Il est physiquement et moralement ce qu'on appelle – et avec quelle justesse ! - Possédé. En amour, toujours des deux l'un subit. Tcheïlam a possédé Daïmoura, à présent Daïmoura possède Kéristar.

Le compromettre ou le conquérir...

Stade VI. - La Possession devient de plus en plus prenante et je crois inutile d'insister, car le processus des sensations m'en semble très clair.

Stade VII. - Dans ce stade, Tcheïlam tâtonne au milieu des ténèbres denses où son amour, idéalement ardent, l'a conduit...

Voir clair...

Vous savez que Tcheïlam est Apollonien et que tout Solaire hait les obscurités. Il arrive au sommet de la lassitude mentale, il touche à la folie du désespoir.
Son découragement le porte à fuir. Il faut qu'un éclat de rire de Daïmoura l'arrête en lui portant le dernier coup.
Diminué de fierté comme l'énergie, Tcheïlam va devenir Miroir à son tour, Miroir des bassesses environnantes qui l'obsèdent et des ascendances maléfiques de ses ancêtres.
Dans la beauté la mieux complète, une faite de proportion, un zézaiement, un geste gauche, un lourd balancement des hanches, un léger trouble des regards, un son de voix aigre ou saccadé, enfin n'importe quel menu détail, que l'on aimerait presque aux heures passionnées à cause de sa discordance qui semble comme un surcroît de séduction, cet infime détail, à la longue, quand l'amour décline, se déprime ou cesse, devient de plus en plus exaspérant.
Le rire de Daïmoura symbolise cette tare dont n'est exempte ne la supérieure beauté, ni la plus haute manifestation d'existence que puisse produire l'imparfaite nature.
Cet éclat de rire, et plus tard, le coup de tonnerre qui finit en un douloureux hurlement de la foule universelle, vont tour à tour rendre Tcheïlam complètement fou, puis, tout à coup, le sortir d'inconscience pour lui imposer, par réflexion, les imaginations raisonnées et sanguinaires de Kéristar.
Lorsqu'il brise les « Mauvais Miroirs », c'est qu'il est devenu lui-même un Miroir Mauvais.

Stade VIII. - Ce stade, qui comporte et termine la dernière Phase du Drame, si vous le voulez bien, nous l'appellerons dénouement.
Ce dénouement que j'ai voulu, non en mort, mais en activité, se passe pour moi dans la conscience de Tcheïlam. C'est, en quelque sorte, une peinture qu'il se fait à lui-même de sa pensée endolorie. Les personnages disparus réapparaissent que pour donner de l'action et de la vie à la situation. En réalité, Tcheïlam voit en soi et comprend en rêve de noble justice, la part de crime de chacun et l'absolution su sien plus terrifiant que la cruauté des pires supplices. Ce rêve, qui résume la pièce en synthèse tragiquement féerique, doit le mener à cette conclusion logique de ses voeux et de ses espoirs : il lui faut se détrôner définitivement pour se faire libre et prêcher la liberté. Et cette pensée demeure la Morale sans doute assez évidente de la Moralité Lyrique, intitulée : Les Miroirs. »

Votre... »


A MES AMIS

A la fin de ce livre si péniblement, si soigneusement réalisé, je me montrerais vraiment de coeur oublieux si je n'adressais mes meilleurs saluts de gratitude à Paul Adam qui, dans l'accomplissement de cette oeuvre, me soutint de ses encouragements et de sa juste autorité ; à Henri Strentz, qui, généreux, mit son talent, sa personne et son temps au service de son ami et l'accrédita auprès de ses trois rares Imprimeurs : Louchet, Picard et de Cooman, qui dépensèrent sur notre consciencieux travail toute leur profonde science en l'art typographique et qui subirent toutes nos exigences avec tant de patient désintéressement ; à Jean Royère qui fut le stimulateur et l'organisateur de nos énergies dans cette paisible bataille pour le Beau ; à mon précieux et cher collaborateur André Douhin, qui apporta l'aide de sa très sûre critique, de sa main experte et de son excellent goût artistique, dans les pages dessinées qui ornementent ce volume ; à mon vaillant camarade de lettres, Théodore Chèze, à Léon Deffoux, Constantin Lahovary-Soutzo, Francis Boeuf, Louis de Gonzague-Frick, Robert Beauchot, Georges Meunier et Guillaume Apollinaire, qui multiplièrent leurs efforts autour des nôtres et nous appuyèrent ou accompagnèrent de leurs dévouements jusqu'au but.


La Foule à la scène
Lettre au poète Manuel Devaldès


A vous, mon cher ami, qui m'avez soutenu de votre belle science et fortifié de vos critiques, au cours de nos corrections si ardues et minutieuses, à vous qui avez aidé et guidé sûrement nos efforts collectifs vers la perfection relative de cette édition, permettez que je dédie en toute reconnaissance ces quelques et dernières réflexions à propos de la Foule à la Scène.
Je vous les dédie aussi parce que je nous crois très confraternels dans notre amour du Peuple et notre voeu d'affiner ses redoutables forces, en vue de grandir et de mûrir par le savoir sa Foule, que, répétons-le, « je plains et toujours souhaitai meilleure ».
Tcheïlam (Stade III, p. 76) dit :

En somme, si parfois il se tare en buvant,
Ce peuple, c'est qu'odieusement
Maté de corps ou d'esprit et forcé durant
De long siècles à vivre en servile ignorant,
Il ne peut se sentir l'âme encore assez saine
Pour rechercher en soi plus fier enivrement !
Mais, patience,
Il pense
Et son esprit, que j'ensemence,
Commence
A prendre essor et conscience !

Oh ! Sachons tous les deux y songer humblement,
Nous ne sommes,
Ou la plus belle femme ou le meilleur des hommes,
Que son suprême et plus pur aboutissement.

Comme vous le voyez, mon cher ami, malgré que très incompréhensifs l'un à l'autre, la Foule et moi, nous devons nous juger plutôt en amis ; c'est pourquoi je lui ai voulu assigner un juste rôle dans ce Drame intime, mais synthétique.
D'ailleurs, vous remarquerez que cette Foule, invisible bien que toujours présente, ne joue qu'un vague rôle réflexe. Elle grouille en pleine inconséquence et pousse de contradictoires clameurs car elle manque des justes ou injustes mais logiques habitudes et manières de penser qui caractérisent la vie la plus ou moins noble ou basse de chaque individu. Et cela parce que les collectivités restent la plupart du temps suiveuses, alors même qu'elles se croient le plus en puissance de diriger.
Je vous avouerai que longtemps j'hésitai, me demandant si, au lieu de la poser en lointain Miroir de mes Personnages, je n'en devais pas faire un formidable centre rayonnant sur eux et les impressionnant de ses incessants et tumultueux reflets. Car, à mon sens, ne se trouvent acceptables que deux manières de mettre la Foule en scène : ou bien comme souverain protagoniste, ou bien comme un écho ou reflet affaibli de ses dominateurs.
Enfin, par désir de garder la grande discrétion du mystère au lyrisme de son verbe épique, je crus plus judicieux de maintenir au lointain les bruyances torrentielles de la multitude.
Dans une pièce que je termine, La Légende Rouge, je pense réaliser ingénieusement et avec intérêt la mise à la scène de la Foule protagoniste et envisagée sous un certain nombre de Formes. Le soir de cette représentation.... s'il vient jamais !...
Oh ! C'est que nous avons l'exemple d'une très belle oeuvre de Saint-Pol Roux : La Dame à la Faulx !...
Ce drame ne reste-t-il pas depuis 1899 le grand refusé des théâtres, à cause de ses complications de machineries et de figurations... « Hélas ! » clame-t-on, « les plus beaux théâtre du monde n'oseraient de telles aventures si onéreuses, qu'en se réfugiant derrière des pièces assez niaises pour attirer le dénommé gros public »...
Pauvre public ! Ils croient donc que tu ne sortiras jamais de tes ignorances ?... Qu'ils t'essaient, au moins !... L'Opéra fait bien maison pleine avec Le Crépuscule des Dieux.
Enfin, pensais-je, supposons que je sois plus heureux que mon vieux camarade Saint-Pol Roux, plus heureux que Georges Polti et quelques grands autres qui attendent, quand se lèveront les jours exténuants des répétitions, ah ! Cher ami, qu'il me faudra de patiences, d'habiletés et aussi de chances pour réaliser mon vouloir.
D'abord, les scènes, pour la plupart, s'avèrent mal construites et mal agencées pour l'évolution poignante de foules bien disciplinées. Aussi, se montrent insuffisants les décors si peu magiques, et les éclairages si défectueux dont se plaignent tous les décorateurs en voeu d'innover.
Quand on pourra faire jouer mécaniquement et en tous sens les lumières des herse, des rampes, des costières, des frises et du cintre, que leurs radiations jailliront assez intenses, suivant la volonté, pour illuminer également toute la scène, au assez dociles pour l'éclairer partiellement d'une façon qui semble naturelle, quand on dressera, dans les foyers plus spacieux, de jeunes comédiens à commander des groupes de trois, cinq, dix hommes entraînés aux exercices de figuration, moins rigides mais aussi compliqués que les manoeuvres militaires, quand les décors seront imprégnés de substances plus pénétrables aux projections lumineuses, quand les lointains pourront mieux se disposer en illusion...
Quand... Mais voilà bien du songe... et encore du songe !... Soudain et heureusement réveillé par des voix d'amants qui, sous ma fenêtre, dialoguent en ardeur d'échanger leurs espoirs et leurs serments les plus fous, je me rappelle à temps le mot de Byron :
« Je ris quand je vois promettre des sentiments futurs. »
Bien à vous. »

Conclusion

Maintenant que voici acquises aux éventuels acteurs et spectateurs des Miroirs, ces utiles notes parfois longues et compactes, bien que souvent écourtées, vers quel sort va partir ce Drame, de si lente conception et si douloureuse nativité ?
Puisse l'auteur avoir traduit, en robuste synthèse et durable langage d'exception, les quelques entités que son humble orgueil voulut créer pour symboliser toute la Grandeur et toute l'Ignominie humaine dans leurs réciproques inanités, sous l'inéluctable destin !
Puisse l'oeuvre s'attester forte, pure, de verbe assez puissant et d'assez ample pensée pour ne point sembler trop en retrait de la perfection rêvée !
Car, désormais de plus en plus lyrique, le poète doit songer et chanter haut, s'il veut planer, lui aussi, dans ce nouveau siècle d'aviation et de radiance, où l'homme à tire-d'aile poursuit éperdument les restreintes sciences de la vie, où, du plus profond des mers au plus clair des airs, il rame sans trêve à la conquête de joies neuves, tout en fuyant les grotesques et surannées jactances de fous mitrés, de niais bâtés, d'esclaves ignares ou superstitieux qui, longtemps, se prétendirent Maîtres de cette incognoscible Eternité, dont l'infini Mystère demeure scellé sous le Mot à jamais fermé : le « Ciel ».
P.-N. Roinard

1e partie : Les Miroirs Paul-Napoléon Roinard, Chercheur d'Impossible

2e Partie : Les Miroirs Paul-Napoléon Roinard, Chercheur d'Impossible (II)

Voir sur Livrenblog : Albert Cozanet - Jean d'Udine. Les Rythmes et les couleurs - 1892, le Théâtre d’Art, le Cantique des Cantiques de P. N. Roinard, par Julien Leclercq, Mercure de France janvier 1892

La Physionomie de Julien Leclercq