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jeudi 16 décembre 2010

L'Art d'écrire. Gourmont / Albalat.


Remy de Gourmont
dans les
souvenirs d'Antoine Albalat
.


Les lecteurs de Gourmont connaissent la polémique qui opposa l'ours à écrire à Antoine Albalat, auteur de nombreux volumes sur "l'art d'écrire" (1). En 1920, Albalat revient rapidement sur cette polémique et ses échanges avec Gourmont.

[...] Je passerai donc sous silence l'histoire de la polémique survenue entre Rémy de Gourmont et moi à propos de la publication de mes livres, L'Art d'écrire enseigné en vingt leçons et Le Travail du style enseigné par les corrections manuscrites des grands écrivains. Rémy de Gourmont, qui était le paradoxe vivant, voulut prouver qu'on enseigne pas à écrire. Obligé de me lire, il ne tarda pas à s'apercevoir que mes vingt leçons n'étaient qu'un titre et que mon ouvrage avait été fait pour démontrer, au contraire, que l'art d'écrire exige des années d'efforts et de travail. Quand mon contradicteur eut tout dit, je publiai un petit livre qui est une réponse aux objections et où je crois avoir à peu près définitivement réfuté tous ces délicieux et encombrants paradoxes.

Je n'ai jamais eu l'occasion de faire la connaissance de Rémy de Gourmont. Bien que la manie de contradiction l'ait parfois poussé jusqu'à nié l'évidence. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'il ait toujours été dupe des théses qu'il soutenait. Il avait vu surtout, dans cette question du style, un thème de développement facile et contradictoire. « Sans les ouvrages de M. Albalat, a-t-il déclaré dans sa préface, je n'aurais peut-être jamais réfléchi sur ces questions ; ils furent mon point de départ. Je leur dois beaucoup. » Voici le mot qu'il m'écrivait en réponse à l'envoi de mon volume :

Pour remercier M. Albalat de son Art d'écrire. Sans doute ce livre m'intéresse ; je regrette même qu'il ait paru avant que j'aie écrit sur le cliché, mais j'espère qu'il me donnera l'occasion d'un second chapitre sur ce sujet, que M. Albalat traite avec une science parfaite et des arguments nouveaux et révolutionnaires.

Remy de Gourmont.

Il m'écrivait encore, à propos de mon Travail du Style, dont certains chapitres paraissaient alors dans les Revues :

Je lirai avec plaisir, mon cher confrère, votre prochain livre, qui s'annonce comme très curieux. Vous y apportez des documents et des idées pour l'étude si intéressante de la psychologie de de l'originalité.

Remy de Gourmont.

Enfin en m'envoyant son volume : Le problème du style dont les deux tiers sont consacrés à me réfuter, il m'adressait les lignes suivantes :

Cher monsieur,

Je vous fais envoyer un exemplaire du Problème du Style en vous assurant que, obligé de vous contredire, je n'en confesse pas moins une grande estime pour le caractère si littéraire de vos études. Nos deux livres, c'est le conflit de deux méthodes, et rien de plus.

Veuillez me croire votre dévoué confrère.

Remy de Gourmont.

A M. Albalat,

Cujus infra pars non minima...

Cordial hommage.

R.G.

J'ai vivement regretté que ces divergences d'opinions m'aient empêché de connaître un homme dont j'ai toujours sincèrement admiré le talent. J'ai cru devoir publier ces courtes lettres, pour montrer par quels éloges et quelles réserves Rémy de Gourmont atténuait la rigueur d'une critique qu'on eût pu croire irréductible. [...]


Dans le chapitre des souvenirs consacré à Heredia, Albalat revient sur l'attribution d'un prix de l'Académie qu'il dut partager avec Gourmont, voici son explication des faits :

Quand l'Académie décerna un prix à mon contradicteur Rémy de Gourmont (pour l'ensemble de ses œuvres) en même temps qu'un prix à moi-même pour mon volume : Le Travail du style enseigné par les corrections manuscrites des grands écrivains. Heredia me raconta comment cette décision avait été prise. « Nous avons été forcés, me dit-il, de donner un prix à Gourmont. Il paraît qu'il n'est pas très heureux et qu'il abesoin qu'on lui vienne en aide. D'autre part Brunetière a fait observer qu'on ne pouvait décerner un prix à Rémy de Gourmont sans vous en offrir un à vous, sous peine de paraître prendre parti dans une querelle littéraire. On a donc décidé de partager le prix entre vous deux (1). »

  1. Ce sont les propres paroles d'Heredia. Les dénégations et les insinuations malveillantes de M. Jean de Gourmont ne changeront rien à ce fait. Tous ceux qui me connaissent savent que je suis incapable d'attribuer à un homme comme Heredia un propos qu'il n'aurait pas tenu.

Antoine Albalat : Souvenirs de la Vie Littéraire. Fayard, s.d. (1920), in-12, 320 pages.

Voir sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont, le pneumatique envoyé par Gourmont à Heredia à propos de ce prix.


(1) L'Art d'écrire. Ouvriers et procédés (G. Havard fils, 1896) - L'Art d'écrire enseigné en vingt leçons (Colin, 1899) - La formation du style par l'assimilation des auteurs (Colin, 1901) - Le Travail du style enseigné par les corrections manuscrites des grands écrivains (Colin, 1903) - Les ennemis de l'Art d'écrire : réponse aux objections de MM. F. Brunetière, Emile Faguet, Adolphe Brisson, Rémy de Gourmont, Ernest Charles, G. Lanson, G. Pélissier, Octave Uzanne, Léon Blum, A. Mazel, C. Vergniol, etc (Librairie Universelle, 1905) - Comment il ne faut pas écrire. Les ravages du style contemporain (Plon).




Remy de Gourmont dans Livrenblog : Réponse à l'enquête de La Critique. Remy de Gourmont occultiste ? . Francis Poictevin par Félix Fénéon et Remy de Gourmont . Mécislas Golberg contre Remy de Gourmont : Orthodoxie Symboliste. La Force des choses de Paul Margueritte par Remy de Gourmont et Jules Renard. Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde. Remy de Gourmont : Sur Rimbaud. Remy de Gourmont : Sur Lautréamont. Etc..

Scripsi : Gourmont. Nigond. W. C. Morrow. et les autres (Bulletin N°0) Scripsi n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont Scripsi n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont SCRIPSI N° 3 se présente Scripsi N° 4-5. Remy de Gourmont : Dialogues oubliés Le numéro 6 de Scripsi. Remy de Gourmont : Une Ville ressuscitée. L'Anglais des imbéciles.

vendredi 3 septembre 2010

Couleurs de Remy de Gourmont par Ernest Gaubert



RÉMY (sic) DE GOURMONT : Couleurs, avec une couverture en couleurs de Willette (Mercure de France).


M. Rémy de Gourmont représente, pour parler comme M. Paul Adam, « un conducteur d'élites».
L'idéal de raison, d'analyse, de bon goût et cet art de la connaissance que les légions romaines transmirent à nos ancêtres et dont les soldats consulaires avaient hérité d'Athènes, nul mieux que M. de Gourmont ne le synthétise. Il n'est pas encore, injustement et par suite d'un désir immodéré de solitude, un écrivain du grand public, il est déjà l'écrivain que ce même grand public écoute à travers ceux qui l'imitent ou le contredisent. M. Rémy de Gourmont est certainement, authentiquement un grand écrivain et d'autre part, par les quelques articles qu'il a publiés au Matin, par ceux que la Dépêche de Toulouse donne de lui régulièrement, on ne voit guère qu'il y ait incompatibilité entre un grand talent et la chronique. C'est le privilège, au contraire, de tels esprits de se faire comprendre mieux qu'un médiocre à prétention.
L'auteur de la Physique de l'Amour, des Épilogues, du Livre des Masques, de l'Esthétique de la langue française, du Latin mystique, a donné deux romans qui seront un jour dans toutes les mains, car je connais peu d'œuvres aussi sincèrement sensuelles et vivantes : Le Songe d'une Femme et Un cœur virginal.
Voici un recueil de contes : Couleurs. L'image de Willette sur la première page en dit assez la liberté. Pierrot passe la main aux dames, si j'ose dire. M. Rémy de Gourmont manquera, comme il sied à un écrivain de race, aux morales genevoises, mais non à la beauté. Ses contes divers, galants, nuancés et vibrants qui vêtent leur naïve et brûlante perversité de nuances changeantes, sont d'un agrément complexe et riche. Il faudra les lire, ne fût-ce que pour juger de la différence qu'il y a entre un grand écrivain comme M. Rémy de Gourmont et les fades conteurs qui encombrent tant de quotidiens avec de médiocres imitations de Lorrain ou de Maizeroy.

Ernest Gaubert

Couleurs sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont.

Le Courrier Français, 7 janvier 1909, 26e année N° 2.



Remy de Gourmont dans Livrenblog : Réponse à l'enquête de La Critique. Remy de Gourmont occultiste ? . Francis Poictevin par Félix Fénéon et Remy de Gourmont . Mécislas Golberg contre Remy de Gourmont : Orthodoxie Symboliste. La Force des choses de Paul Margueritte par Remy de Gourmont et Jules Renard. Leurs Rêves : Remy de Gourmont, Rachilde. Scripsi : Gourmont. Nigond. W. C. Morrow. et les autres (Bulletin N°0) Scripsi n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont Scripsi n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont SCRIPSI N° 3 se présente Scripsi N° 4-5. Remy de Gourmont : Dialogues oubliés Le numéro 6 de Scripsi. Remy de Gourmont : Une Ville ressuscitée Remy de Gourmont : Sur Rimbaud. Remy de Gourmont : Sur Lautréamont. Lilith de Remy de Gourmont par Alcanter de Brahm. etc..

vendredi 27 août 2010

Lilith de Remy de Gourmont par Alcanter de Brahm


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לילית

Bien que paru en 1892, aux Essais d'Art Libre et réédité en 1901 au Mercure de France, Lilith, fut chroniqué, sans doute à l'occasion d'un retirage (?) en 1902, par Alcanter de Brahm, dans La Critique en juillet 1902.

On savait Alcanter de Brahm (Marcel Bernhardt) ennemi de Remy de Gourmont à ses débuts, (voir Celui qui comprend, et les diverses amabilités trouvées dans les chroniques du Nouvel Echo). Avec le temps Alcanter se fait moins anti-symboliste.


Lilith (1)

Voici translaté selon l'esprit moderne, avec une note d'ironie qui fait penser à Jules Laforgue, le mystère du Paradis perdu.

Les Saintes Ecritures, par la plume privilégiée de M. Rémy de Gourmont, prennent un aspect jusqu'alors imprévus, et la conception Kabbalistique de Lilith, nous apporte, sous l'aspect dramatique un élément d'intérêt aussi vif que les plus passionnants d'entre nos cas psychologiques. L'intrusion de cette infernale petite personne dans le ménage Adam et Eve, est une formule générale, à laquelle se rattache intimement la destinée de tous les ménages de ce monde que l'habitude, émousseuse de passions, et l'ennui ce fils aîné de l'uniformité finit par détraquer. Satan perturbateur attitré de toutes les placidités terrestres, apporte sa note inversive en ce concert et nous arrivons avec un réel intérêt de lecture, à l'issue d'inévitable disjonction de ce foyer adultère ; ce qui prouve qu'ici-bas, depuis l'origine des temps, les mêmes causes morales ont toujours produit les mêmes effets. Et cela fait un excellent livre de plus, à l'actif de Rémy de Gourmont.

Alcanter de Brahm

(1) Mercure de France


Lilith de Remy de Gourmont par Alcanter de Brahm. La Critique, N° 178, 5 juillet 1902.


Lilith dans le site des Amateurs de Remy de Gourmont.



jeudi 24 mars 2011

Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (VII).



Articles de et sur Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique, suite :

- 1903.

Juin.

Cité dans l'article, non signé, sur Paul Adam par Marcel Batilliat, dans la rubrique « Les Livres » (pp. 307)

« La première série de ces biographies (I) comprendra Paul Adam, Maurice Barrès, Maurice Donnay, Judith Gautier, Remy de Gourmont, Henri de Régnier, Octave Mirbeau, etc. [...] Des citations critiques de MM. Adolphe Brisson, Ernest Charles, Remy de Gourmont, Jules Lemaître, Paul et Victor Marguerite, Camille Mauclair, Lucien Muhlfeld et Henri de Régnier [...]»

Annonce pour Epilogues dans la rubrique « Les Publications Nouvelles » (pp. 317).

(I) Les Célébrités d'Aujourd'hui. Bibliothèque International d'Edition. Le volume consacré à Gourmont sera signé par Pierre de Querlon. Voir sur Livrenblog : Bibliographies de biographies, et ci-dessous.


Juillet – Octobre. Article, non signé, sur Remy de Gourmont par Pierre de Querlon dans la rubrique « Les Livres » (pp. 362 et 363)

Pierre de Querlon. Remy de Gourmont. Portrait frontispice de F. Mallaud. Biographie illustrée de portraits, dessins, autographes, suivie d'opinions, de documents et une bibliographie. Ornements typographiques d'Orazi (1)
Cette plaquette, qui fait partie de la collection des Célébrités contemporaines (sic pour Célébrités d'Aujourd'hui) est rédigée sur le même modèle que celle sur Paul Adam, dont nous avons déjà rendu compte ; mais son intérêt est peut-être plus vif en ce qu'elle nous fait connaître un littérateur, un philosophe surtout, moins connu de la généralité du public lettré, le commun des mortels l'ignorant absolument, bien entendu.
M. de Gourmont est une personnalité bien curieuse, plus apprécié encore peut-être à l'étranger que chez nous et auquel aucune des branches de la littérature n'est étrangères. Vers et proses, théâtres, romans, contes, essais, ont été successivement abordé par lui et presque avec un égal succès, mais c'est surtout dans le domaine philosophique que s'est affirmée sa maîtrise. La bibliographie de ses oeuvres qui ne remplit pas moins de dix pages de cette brochure est extrêmement intéressante à feuilleter ; elle est d'ailleurs indispensable aux bibliophiles qui collectionnent les éditions contemporaines. Descendant de la vieille famille des peintres, graveurs et typographes des XV et XVIe siècles. M. Remy de Gourmont est lui-même un parfait bibliophile, qui, non content de rechercher les éditions précieuses, a tenu à en créer lui-même, en faisant tirer quelques exemplaires de chacune de ses oeuvres sur des papiers aux formats bizarres ou de matières les plus diverses, sans en excepter le papier à chandelle ou celui d'emballage, préparant ainsi un régal aux amateurs de l'avenir.

(1) Paris, Biliothèque internationale d'Edition, 1903, in-12, 42 p. plus 1 ff. non chiffrée pour la table. Il a été tiré 25 exemplaires sur papier de Hollande numérotés avec le frontispice sur Japon impérial.


Première partie : 1896 et 1897. Deuxième partie : 1898. Troisième partie : 1899. Quatrième partie : 1900. Cinquième partie : 1901. Sixième partie : 1902. Huitième partie : 1904. Neuvième partie : 1905, 1906 et 1907.



jeudi 12 août 2010

Phocas de Remy de Gourmont par Louis Lormel




Phocas de Remy de Gourmont

par

Louis Lormel

L'Idée Moderne, N° 5 et 6, mars 1895

Phocas, avec une couverture et trois vignettes, par Remy de Gourmont (A Paris, collection L'Ymagier.)

En ce petit livre, dont la couverture d'abord déconcerte, M. Remy de Gourmont nous conte, d'une voix simple, l'histoire d'un martyre chrétien. Il y avait une fois, à Sinope, un homme nommé Phocas qui cultivait des salades en priant le Fils de Dieu. Le préteur Aurébus reçut l'ordre de rechercher et de traduire devant la justice tout sectateur de l'idée nouvelle Ce magistrat était un homme « probe et intelligent » ; il condamnait parfois les riches « coupables selon lui de ne pas s'être laissé voler, attendu que le voleur était dans le besoin le plus extrême et qu'il y a un certain degré de misère qui autorise celui qui n'a rien à prendre à celui qui possède tout. » Néanmoins, par une étrange contradiction, il détestait les... chrétiens et fît arrêter Phocas. Celui-ci, ayant confessé publiquement sa foi, fut livré aux bêtes. Mais le décurion Amasius et ses soldats, qui l'avaient arrêté, furent convertis par son martyre : ils s'élancèrent dans l'arène et périrent avec lui.
Ne trouvez-vous pas que cette histoire ressemble à une parabole ? Il est vrai que Phocas comparut aux assises pour un délit de conscience et non pour avoir dynamité. Et M. Octave Mirbeau, à qui le livre est dédié, cultive, lui, des orchidées. Mais l'auteur a voulu surtout une œuvre belle – écrite dans cette langue qui fait de M. Remy de Gourmont l'un des plus remarquables prosateurs de ce temps.

Louis Lormel.

Voir L'Idée Moderne 1894 - 1895, dans Livrenblog.

Voir Phocas sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont.

Sur Gourmont voir :

Gourmont. Nigond. W. C. Morrow. et les autres (Bulletin N°0)
Scripsi n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont
Scripsi n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont
Scripsi N° 3
Scripsi N° 4-5. Remy de Gourmont : Dialogues oubliés
Scripsi n° 7

Remy de Gourmont : Sur Rimbaud.
Remy de Gourmont : Sur Lautréamont.



mercredi 4 août 2010

Remy de Gourmont : Sur Lautréamont



La Littérature "Maldoror"

Sur l'exemplaire destiné à Alfred Vallette de son Le Comte de Lautréamont et Dieu, Léon Pierre- Quint écrivait : « En souvenir de Remy de Gourmont, qui découvrit le Comte de Lautréamont [...] ». Pierre-Quint ne se trompait pas, Gourmont fut bien l'un des inventeurs de Maldoror (1). La réunion des textes de Gourmont sur Lautréamont forme aujourd'hui un mince, mais précieux volume, dût à Christian Buat.
Il y a peu de temps encore, à l'occasion d'une édition d'inédits de Gourmont en volume, on pouvait lire dans le Magazine des Livres un article dans lequel l'auteur présentait Remy de Gourmont comme un « second couteau » capital, un second rôle, « un des plus étonnants personnages littéraires littéraires du XIXe siécle » mais un écrivain somme toute mineur.
Pour Christian Buat, Gourmont est un écrivain majeur, il veut le faire savoir. Dans la présentation de son choix de textes, il bataille avec les critiques littéraires et écrivains qui s'acharnèrent à faire de Gourmont « un grincheux critique, style IIIe république ».
Cette lutte est elle bien utile, faut-il à chaque génération nouvelle, redire l'importance de Gourmont (2) ? Je ne sais pas, mais je sais le courage et la persévérance que cela nécessite, et l'on ne peut qu'en être reconnaissant à Christian Buat.
C'est après la parution des Chants de Maldoror chez Genonceaux en 1891 que Gourmont écrit son premier article sur Lautréamont : La Littérature « Maldoror ». Tout n'y est pas dit, mais le choc est réel, et sans hésiter Gourmont déclare que « dès maintenant il reste acquis à la liste des oeuvres qui, à l'exclusion de tout classicisme, forment la brève bibliothèque et la seule littérature accessible pour ceux dont l'esprit, mal fait, se refuse aux joies, moins rares, du lieu commun et de la morale conventionnelle. » Cet article servira pour le masque de Lautréamont du Livre des Masques en 1896, il était suivi de notations bibliographiques sur Les Chants de Maldoror, indiquant les différences entre la première édition du Chant 1er et celle de l'édition complète Lacroix. Gourmont y révèle l'existence des Poésies et en donne la description. Il publiera par la suite l'acte de naissance d'Isidore Ducasse. Scrupuleusement, Christian Buat donne à la suite de Littérature « Maldoror » et du masque de Ducasse, tous les textes de Gourmont, dont deux épilogues non repris en volume, dans lesquels il est question de Lautréamont.


(1) Voir : Maurice Saillet, Les Inventeurs de Maldoror. Le Temps qu'il fait. 1992.

(2) Traquant le lieux communs, le cliché, l'image usée, le dissociateur d'idées, le romancier novateur de Sixtine, le poète de La Litanie de la Rose, le subtil conteur de Couleurs, l'écrivain philosophe d'Une Nuit au Luxembourg, s'est fait une place souterraine dans l'histoire littéraire, on peut dire de lui, comme il l'écrivait à propos de Barbey d'Aurevilly, qu' « il restera longtemps l'un de ces classiques singuliers et comme souterrains qui sont la véritable vie de la littérature française. Leur autel est au fond d'une crypte, mais où les fidèles descendent volontiers, cependant que le temple des grands saints ouvre au soleil son vide et son ennui. [...] Lentement, avec de persévérantes précautions, les ecclésiastiques et les professeurs les écartent des bibliothèques, les cachent dans les armoires : bien en lumière, en pleine poussière, brillent la morale et la raison. » (Remy de Gourmont : La Vie de Barbey d'Aurevilly. Mercure de France, novembre 1902 - Promenades littéraires, 1904). Malgré l'admiration que lui portèrent de très nombreux écrivains de premiers plans comme Pound, Papini, Dario, Powys ou chez nous Apollinaire et surtout Blaise Cendrars. Malgré les écrits et travaux de Pascal Pia, K.-D. Uitti, Noël Arnaud, Hubert Juin, Henri Bordillon, Charles Dantzig... Malgré l'admiration qu'il suscita parmi ses contemporains, malgré tout, Gourmont reste un « second couteau », un « mangeur de livres », une figure d'érudit bourru, penchée sur de vieux livres. Curieux cette volonté de faire de Gourmont, avant tout, un amateur de vieux livres, lui qui pour ses articles se penchent sur les études les plus récentes, qui consacre la plus part de ses chroniques aux livres récents, qui oeuvre en commun avec Aurier, et Jarry, qui collabore aux revues d'avant-garde et suit leur évolution, qui tient la chronique « Journaux » au Mercure de France et laisse tant de Dialogues sur les choses du temps. Il faut le croire lorsqu'il écrit : « Mon goût irait plutôt vers les choses très anciennes en même temps que vers les choses très nouvelles. Je me sens chez moi avant Boileau et après Baudelaire. » Son destin littéraire et de n'être pas lu ou de l'être mal, pour le bien lire il faudrait pouvoir suivre ce conseil d' Hubert Juin : « La véritable lecture de Remy de Gourmont devrait être strictement chronologique, - ce qui n'est pas simple. » Non la véritable lecture de Gourmont n'est pas simple.

Remy de Gourmont : Sur Lautréamont. Textes choisis et présentés par Christian Buat. Éditions du Sandre.

Voir aussi : Remy de Gourmont : Sur Rimbaud. Ainsi que les deux volumes de correspondance, réunie, préfacée et annotée par Vincent Gogibu, le tout aux Editions du Sandre.

http://www.remydegourmont.org/de_rg/oeuvres/surlautreamont/notice.htm

http://www.remydegourmont.org/de_rg/oeuvres/surrimbaud/notice.htm

http://www.remydegourmont.org/de_rg/oeuvres/correspondance/notice.htm


mardi 22 mars 2011

Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (III)




Articles de et sur Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique, suite :

- 1899.
Mars : Article. Essai de Bibliographie des « Petites Revues » à suivre, non signé, le nom de l'auteur, Remy de Gourmont, est indiqué sur la couverture (pp. 105 à 111).
Avril : Idem. Suite, signé Remy de Gourmont (pp. 176 à 180)
Mai : Idem. Suite, signé Remy de Gourmont (pp. 229 à 235)
Juin : Idem. Fin, non signé, le nom de l'auteur n'est pas indiqué sur la couverture (pp. 289 à 301)

[Article publié en volume : Les Petites Revues. Essai de bibliographie. Préface par Remy de Gourmont. Edition de la revue Biblio-iconographique, Librairie du Mercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris, 1900. 1 vol. in-8 tiré à 200 exemplaires numérotés, 25 ex. sur Hollande, 5 fr ; 175 ex. sur vélin, 2 fr 50]

Juin : Articles, non signés, sur Les Saintes du Paradis (pp. 326 et 327) et Esthétique de la langue française (pp. 327 et 328) dans la rubrique "Les Livres".

Remy de Gourmont. Les Saintes du Paradis, XIX Poèmes et XIX Bois originaux de G. d'Espagnat (1). - Et du dit poème est fait hommage à Filiger « qui peint des fresques pour les cieux. Après une dédicace adressée à toutes femmes, s'égrènent les prières des Saintes et leurs « immages » comme naïvement taillées par d'Espagnat, ainsi que de petits paysages, marines, vues de monastères, semés en regard de ces prières.
Agathe est le premier nom offert à notre vénération, Agathe

« Joyau trouvé parmi les pierres de Sicile »

et, ses vertus énumérées, une invocation termine, qui reviendra à chaque sainte, selon les variantes nécessaires :

« Sainte Agathe mettez du feu dans notre sang ».

C'est ainsi que R. de Gourmont, nouvel hagiographe, s'efforce à caractériser les Saintes de son Paradis, et l'appui qui doit leur être demandé. Rien ne semble plus conforme aux litanies traditionnelles que ce mode de poésie mystico-liturgique, d'une saveur quasi-primitive que l'on appréciera. Il est vrai que R. de Gourmont sait trouver la forme, l'expression, l'idée qui enchantent. Ne nous dépeint-il pas Angèle (de Foligno) comme la contemplatrice héroïque du rêve ? Puis, vient Colette, après sa mort « restée fraîche comme pierre » et Gudule « parfum des roses et chanson des roseaux » ? Fort à propos, et devançant la sentence de Rome, il célèbre notre Jeanne (la Pucelle), que chantait déjà la célèbre ballade de François Villon :

« [Où est...] Jeanne la bonne Lorraine
Que Anglois brulèrent à Rouen ? »

Ne voit-on pas tout ce que les artistes, les écrivains, asséchés d'idées, puiseraient à ces sources de la « Légende dorée » de sujets de composition colorés et sincères ? Et nous, modestes pérégrins, qui cheminons, songeurs, emmi la vie des livres, et nos ennuis, peut-être, promenons par la poussière et le soleil, pénétrons un temps en ce bois de saint, proche le Paradis, et nos pensers y deviendront meilleurs et, comme l'ombre, le calme en nous descendra. - Ainsi soit-il.

(1) Paris, Librairie du Mercure de France, MDCCCXCVIII ; un vol. in-12 cavalier. - 125 exempl. Sur pap. de cuve, 20 ex. sur grand vélin d'Arches. - Impr. C. Renaudie.


Remy de Gourmont. Esthétique de la Langue française. - La Déformation – La Métaphore. - Le Cliché – Le Vers libre – Le Vers populaire (1). - Par « Esthétique de la langue française », R. de Gourmont a voulu entendre l'examen des conditions dans lesquelles notre langue doit évoluer pour maintenir sa beauté ou sa pureté originelle. Las ! Voilà vieux temps que Ramus, les Estienne, E. Dolet, Cl. Fauchet, etc., ne sont plus et ils forment légions ceux qui, depuis, entreprirent de régulariser le cours du langage français. On connaît le sens critique de l'auteur du Livre des Masques et l'on n'a point à s'étonner de l'agrément qu'il communique à cette publication philologique, un peu ardue. Dans les questions techniques d'origine, étymologie et autres, il est permis de différer parfois d'opinion, mais l'accord se fait complet lorsqu'il combat, au nom de l'esthétique, en l'honneur du Temple de la Beauté. Sachons-lui gré, au milieu de ces régions embroussaillées encore, de s'attarder pour effeuiller une note curieuse, une observation juste, dût-il, chemin faisant, molester un tantinet Littré, Brachet, Bréal, quitte plus loin à admirer « l'honnête » Vaugelas et ses leçons de langage, avec cet enthousiasme que d'Alembert manifestait pour le Monde primitif, si oublié, de Court de Gebelin. Mais il en veut à Lancelot, ce déformateur juré du français, et il piétine, de souvenir, dans les parterres du Jardin des Racines grecques. Ce pauvre Francis Wey n'est pas mieux traité, lui l'ancien chartiste. Que ne met-on au pilori ses Remarques et son Histoire des révolutions du langage, que l'étranger persiste à lire ? La langue française, au génie gréco-latin, a traversé tant de crises, subi tant d'infiltrations qu'il est sage sans doute de veiller ; mais, en même temps, qu'on se rassure par la pensée que sur son sol d'alluvions si riche, le vieil arbre des Chansons de geste, des Fabliaux, du XVIe siècle même, élagué sans merci, développera longtemps ses ramifications saines et puissantes. Et, si MM. Claveau, E. Deschanel, R. de Gourmont montent bonne garde autour du temple, il ne manque pas d'artistes de lettres pour orner ses autels.

(1) Paris, Société du Mercure de France, MDCCCXCIX ; in-12 de 323 pages. - Tirage à 12 exempl. Sur pap. de Hollande.

- Juin. Annonce d'Esthétique de la langue française dans la rubrique "Publications Nouvelles" (pp. 335)

- Novembre. Article sur Le Songe d'une Femme dans la rubrique "Les Livres" (pp. 432 et 433)

Remy de Gourmont. Le Songe d'une femme. - Roman familier (1). Livre frais et charmant, où les souvenirs, les espoirs, les rêves voltigent comme sans se poser, où le roman « par lettres » s'ébauche, se fuit, se rapproche. L'auteur qui se plaignait dans un de ses derniers volumes des écarts, des oublis d'esthétique commis à plaisir par les hommes de lettres, nous montre que l'on sait encore écrire, et choisit comme canevas ce mode intime à trame légère, dont on abusa longtemps mais qui rarement fut ouvré avec plus de réserve et plus de grâce. Au bas de chaque lettre, la signature autographiée joue un rôle attrayant de nouveauté. Remarquez encore, qui « savent ce qu'ignorent les hommes et les femmes », cela vous détache même parmi ces lettres une pièce de vers, d'une douce mélancolie : Les grands lys pâles rappellera, si l'on pouvait l'oublier, que Remy de Gourmont possède une égale maîtrise originale comme romancier, critique et poète.

(1) Paris, Société du Mercure de France, 1899 ; in-18 de 250 pages. - Tirage à part : dix exemplaires pap. Hollande numérotés.

- Décembre : Annonce pour Le Songe d'une femme dans la rubrique "Publications Nouvelles" (pp. 497)




mercredi 23 mars 2011

Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (V).



Articles de et sur Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique, suite :

- 1901.

Janvier.

Article, non signé, sur La Culture des Idées dans la rubrique « Les Livres » (pp. 38 et 39)

Remy de Gourmont. La Culture des Idées (1). Ce livre, ainsi que tout ce qui sort de la plume de l'auteur, oblige à penser ; de plus, il complète une précédente étude sur l'Esthétique de la Langue Française. C'est assez dire l'accueil qu'il recevra dans le monde lettré.
La matière ne manque pas ; R. de Gourmont passe en revue : Du Style et de l'Ecriture – La Création subconsciente – La Dissociation des idées – Stéphane Mallarmé et l'idée de décadence – Ironies et Paradoxes, etc.
« Déprécier l'écriture, dit-il, est une précaution que prennent de temps à autre les écrivains nuls... ». Belle chose que l'écriture, mais quel rude métier ! R. de Gourmont la verrait volontiers classée « entre la cordonnerie et la menuiserie ». Saint-Hilaire de Poitiers n'a-t-il-pas dénoncé le mauvais style comme un péché ? Habillons donc nos idées. Bien près de nous, Flaubert est en ce sens un merveilleux modèle. Et Flaubert existera longtemps, grâce à son individualisme tout imprégné d'art. Depuis lui, Mallarmé nous a suggéré l'idée de la décadence entrée de plein pied dans la littérature. Décadence ! « mot à l'usage des pédagogues ignorants », selon Baudelaire. D'ordinaire, cependant, Mallarmé fut clair, et plut à l'universalité des lecteurs, ni plus ni moins que d'autres. C'est sur le tard, quand son cerveau se mit en remous qu'il fit la conquête des esprits réfugiés sur les hauteurs inaccessibles à la foule, et c'est alors qu'un temple lui fut élevé, encombré de nombreuses petites chapelles. Aussi, mais plus sérieusement que R. de Gourmont, on a pu dire du poète aux nobles accents des Fenêtres : « Il y a trop peu d'écrivains obscurs en français ». Oui, mais pour les affamés de nuages changeants et eux seuls !
En résumé, ce traité de la Culture des Idées, touffu de science et écrit, prêche d'exemple, le meilleur moyen de se faire lire et d'intéresser.

(1) Paris, Société du Mercure de France, MCM ; un vol. in-18 de 318 pages. - Dix exempl. Pap. Holl. Numérotés. - Impr. Blais et Roy, à Poitiers

Février.

Cité dans un article sur La Main enchantée de Gérard de Nerval « Remy de Gourmont nous redonna ses incomparables Chimères et Cydalises [...] » (pp. 93)

Mai.

Le Jardinier François par Remy de Gourmont (pp. 235 et 236)

Le Jardinier François

On lit dans le catalogue de la Bibliothèque du Baron Pichon, première partie, n° 257 : « Le Jardinier François, etc. Paris, Pierre Des-Haye, 1651... », - et cette note : « Joli exemplaire, grand de marges, de la première édition. »
Cela est d'ailleurs conforme aux indications de Brunet, mais peut-être pas exact. Nous possédons, en effet, une édition antérieure d'une année, dont voici la description :

LE ║ JARDINIER ║ FRANÇOIS, ║ QUI ENSEIGNE A ║ cultiver les Arbres, & Her ║ bes Potagères, Avec la manie ║ re de conserver les Fruicts, & ║ faire toutes sortes de Confitu ║ res, Conserves, & Massepans ║ DEDIÉ AUX DAMES ║ A AMSTELDAM ║ CHEZ RAPAHAEL SMITH. ║ M. DC. L.
Volume in-12 de 24 – 380 pages ; divisé en une EPISTRE AUX DAMES, UNE PRÉFACE AU LECTEUR et trois TRAICTÉS. L'épître est signée : R. D. C. D. W. B. D. N. Ces initiales ne correspondent ni au nom du libraire ni à celui de Nicolas de Bonnefons, à qui l'on attribue le Jardinier françois. Dans cette épître, l'auteur déclare à propos de son livre :
« Il porte pour titre Le JARDINIER FRANÇOIS, à cause que tous ceux qui en ont traitté n'ont parlé que de leur climat ; par exemple, M. de la Serre a composé son oeuvre en Languedoc, qui est un pays bien différent de celuy de Paris et de ses environs, pour lequel i'ay dessein d'escrire, comme ayant fait experience en ce climat de tout ce que je diray. » Une telle déclaration rend assez singulier le choix d'Amsterdam comme lieu d'édition d'un traité édité pour Paris et l'Ile de France. S'agirait-il d'une contrefaçon antidatée, ou d'une édition parisienne sous un lieu supposé ? Ou bien est-ce la vraie première édition de ce petit livre précieux ? (il semble bien l'oeuvre naïve d'un vrai jardinier qui a employé sans rougir « les termes les plus communs de notre langue » (Préface) ; c'est là qu'on trouve, mieux encore que dans la Maison Rustique, tous les vieux noms des pommes et des poires, des prunes et des pêches. Il n'est donc pas indifférent d'en connaître le véritable auteur et le véritable lieu d'origine. Le point intéresse aussi les amateurs de livres, car, quelle soit-elle, l'édition de 1650 est peut-être aussi rare que le rarissime Paticier.

R. de Gourmont

Juin.

Cité dans A propos du Jardinier François de Georges Vicaire, article écrit en réponse à l'article de Gourmont publié en mai (pp. 298 et 300)

Juillet - Octobre

Le Jardinier François, une note signée R.G., présentant une lettre de Jean de Bonnefons en réponse aux articles de Gourmont et Vicaire (pp. 366 et 367).


Première partie : 1896 et 1897. Deuxième partie : 1898. Troisième partie : 1899. Quatrième partie : 1900. Sixième partie : 1902. Septième partie : 1903. Huitième partie : 1904. Neuvième partie : 1905, 1906 et 1907.

vendredi 25 mars 2011

Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (VIII).



Articles de et sur Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique, suite :

- 1904.

Janvier. Article, non signé, sur Epilogues dans la rubrique « Les Livres ». (pp. 43)

Remy de Gourmont. Les Epilogues. Réflexions sur la vie (1).

Encore une dette de l'année écoulée, mais dont nous nous acquittons avec autant de conscience que de plaisir. Tout le monde ne lit pas au fil des jours, les remarques si finement humoristiques qu'inspirent à M. Remy de Gourmont, les événements qui agitent souvent bien à tort, se dit-on plus tard, notre vie courante...
Le Mercure de France a eu la bonne idée de les réunir en volume. Elles sont inspirées par une philosophie qu'on se voit bien obligé de partager, la plupart du temps. Nous ne disons pas, en effet, que nous soyons toujours de l'avis de l'auteur, car nous ne sommes pas ses égaux ; mais il nous contraint d'autant plus à partager ses idées la plupart du temps, qu'elles aboutissent presque toujours à des conclusions naturelles : philosophe de l'esprit, indépendance individuelle, affranchissement des esprits. En formulant donc quelques légères réserves, nous ne faisons donc que d'établir notre accord avec la méthode du maître, et il ne pourra que nous louer d'essayer de la mettre en application pour notre propre compte.

(1) Paris 1903. Société du Mercure de France, in-18, 5 exemp. num. sur papier de Hollande.

Février.

Cité dans Premières feuilles de l'année, un article non signé, sur la parution de la Revue des Idées, dans la rubrique « Miscellanées » (pp. 100)

Première feuilles de l'année

Nous ne sommes pas encore au printemps et déjà suivant le cliché consacré, commence la floraison des feuilles sous forme de Revues dont deux surtout nous paraissent appelées à un grand succès, quoique dans un domaine bien différent.
La première s'adresse en effet aux penseurs où tout au moins à tous ceux qui sont curieux de la cause dans l'effet. Sous le titre « Revue des Idées », un savant, un lettré bien connu des Bibliophiles, M. Rémi (sic) de Gourmont, secondé par une pléiade d'esprits intelligents, vient de fonder un recueil bi-mensuel d'études critiques, où il s'efforcera suivant son expression de « jeter un pont par dessus les agitateurs des intérêts, entre la littérature et la science. »
Le premier numéro nous donne des articles du Dr Georges Bohn sur le radium, de M. M. Maurice Vernet sur la valeur scientifique de l'oeuvre de Renan, de M. René Quinton sur la loi générale de tendance originelle du milieu vital des cellules, de M. Rémi (sic) de Gourmont sur François Bacon et Joseph de Maistre, des notes, une chronique, etc.
Cette revue, par son caractère de généralisation et de synthèse, nous paraît convenir éminemment à tous ceux qui n'ont point le temps d'approfondir les problèmes du jour, mais veulent surtout en absorber le suc, dégagé de tout élément indigeste.

Avril.

Article, non signé, sur [La Physique de l'amour] Essai sur l'instinct sexuel dans la rubrique « Les Livres » (pp. 201)

Remy de Gourmont. Essai sur l'Instinct sexuel (1).
Le titre de cet ouvrage pourrait faire croire qu'il s'agit ici d'un de ces volumes que fabriquent à la grosse certaines maisons d'édition spéciales. Ceux qui connaissent M. Remy de Gourmont n'ont pas besoin d'être désabusés et savent qu'ils ont devant eux une étude de grande valeur littéraire et de haute portée philosophique, scrutant une de ces questions les plus ardues parmi celles qui préoccupent l'humanité. M. de Gourmont y démontre en effet le mécanisme de cet unique moteur de la vie sur notre globe, l'instinct sexuel. Il l'étudie ches les plus infimes créatures et chez l'homme en passant par les multiples catégories intermédiaires, fait ressortir les analogies et les contrastes, et il en tire pour conclusion finale que l'animal est sain, c'est-à-dire réglé et que l'homme est fou, c'est-à-dire déréglé ; cette folie et ces dérèglements croissant avec le degré d'avancement de la civilisation. D'où ce dilemme que l'homme supérieur ne se reproduisant que d'une manière nulle ou médiocre, cette supériorité ne se transmet guère par la reproduction et qu'elle cesserait par suite de se perpétuer, si des moyens artificiels ne permettaient d'y obvier. D'ailleurs, si l'homme venait un jour à abdiquer, la nature ne tarderait pas à lui susciter un héritier, la création ne chômant jamais et « le hasard humain pouvant se reproduire demain ».

(1) Paris. Société du Mercure de France, 1904, in-12, 296 p. Il a été tiré 7 ex. s. papier de Hollande.

Mai.

Cité dans un article sur la collection les Célébrités d'Aujourd'hui dans la rubrique « Les Livres » (pp. 251 et 252)

« [...] Anatole France, par Roger le Brun. - Alfred Capus, par Edouard Quet. - Maurice Donnay, parRoger le Brun. - Henri de Régnier, par Paul Léautaud. - Judith Gautier, par Remy de Gourmont. - Jules Lemaître, par E. Sansot-Orland. - Emile Faguet, par Alphonse Séché. - Camille Lemonnier, par Léon Bazalgette (1). [...] Nous avons déjà énuméré les premières éditions consacrées à Paul Adam, Remy de Gourmont, et elles seront suivies d'autres [...] »

(1) Paris, Bibliothèque Internationale d'Edition, Sansot et Cie, in-18 jésus. Quelques exemplaires ont été tirés sur papier de luxe, Hollande, Japon et Chine.

Juin.

Annonce pour Epilogues (2e série) dans la rubrique « Les Publications Nouvelles » (pp. 325)

Novembre.

Annonce pour Promenades Littéraires dans la rubrique « Les Publications Nouvelles » (pp. 436)


Première partie : 1896 et 1897. Deuxième partie : 1898. Troisième partie : 1899. Quatrième partie : 1900.Cinquième partie : 1901. Sixième partie : 1902. Septième partie : 1903. Neuvième partie : 1905, 1906 et 1907.


jeudi 24 mars 2011

Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique (VI).



Articles de et sur Remy de Gourmont dans la Revue Biblio-Iconographique, suite :

- 1902.

Avril.

Article, non signé, sur Simone, poème champêtre, 1897 dans la rubrique « Les Livres » (pp. 215)

Remy de Gourmont. - Simone, poème champêtre 1897 (1).

De temps en temps, pour se reposer de ses profonds travaux de philosophie ou de linguistique, M. Remy de Gourmont écrit un roman ; quand ce n'est point un roman, c'est une nouvelle, un poème, et, dans ce cas, il en fait la matière d'une de ces curieuses plaquette, qu'il se plaît à faire typographier dans un format inhabituel et tirer à très petit nombre sur des papiers peu communs. Puis il les habille de couvertures gaies et fleuries, qui serviront plus tard de signalement à toutes ces petites raretés et aideront la recherche des amateurs se piquant de quelque goût et qui n'auront qu'un regret, celui de ne pouvoir en réunir une collection complète, faute d'avoir ignoré, en temps opportun, leur existence.
Leur auteur ne cherche point, en effet, pour elles le grand jour de la publicité. Il paraît éprouver, au contraire, un secret plaisir à tenir ignorées et presques secrètes ces petites productions, ou comme dans Simone, sa dernière venue, il prodigue les beaux vers, sans se croire obligé à les envelopper de ces formes un peu abscondes, que recherchent, peut-être un peu trop quelquefois, les abstracteurs de quintessence poétique.
Toutes ces jolies pièces, dont celle intitulée « Les Feuilles Mortes, » nous a plus singulièrement, se distinguent à la fois par leur délicatesse et leur clarté. Elles sont écrites dans une langue savoureuse, intelligible aux simples et qui leur permet de savourer, sans trop fatiguer leur entendement, de poétiques images toutes imbues de champêtres fraîcheurs qui contrastent quelque peu avec l'obscurité qui constitue le plus bel apanage de l'art de quelques-uns de nos poètes contemporains.

(1) Paris, Au Mercure de France, 1902, pet. in-12 tiré à 12 exemplaires sur papier de Chine et quelques-uns sur des papiers singuliers.

Juin.

Article, non signé, sur Le Chemin de Velours dans la rubrique « Les Livres » (pp. 321)

Remy de Gourmont. Le Chemin de Velours, nouvelles dissociations d'idées (1)

On trouve ici réunis les excellents articles parus, disséminés dans des revues littéraires diverses, sur des questions de philosophie, d'esthétique ou de lettres dus à la plume à la fois si fine et si claire de M. Remy de Gourmont. Déjà avait paru précédemment la Culture des Idées.
Le nouveau volume ne cède en rien en intérêt à son aîné. Comme lui ils nous présente d'une façon claire et lucide, accessible au lecteur le plus ennemi d'abstraction, des idées qui paraissent à ce dernier d'une évidence et d'une simplicité telle qu'il s'étonne parfois qu'elles ne soient déjà siennes, tant la méthode employée par l'auteur lui réussit à dissimuler la complexion quintessenciée de raisonnements qui conduisent à des conclusions toujours originales auxquelles il sait mener par une insensible route qu'il a d'ailleurs excellemment définie dans ce titre si bien trouvé « Le Chemin de Velours ».

(1) Paris. Société du Mercure de France, 1902, in-12, 312 p., 7 exemplaires ont été tirés sur papier de Hollande.

Annonce pour Le Chemin de Velours dans la rubrique « Publications Nouvelles » (pp. 327)


Décembre.

Article, non signé, sur Le Problème du Style dans la rubrique « Les Livres » (pp. 476 et 477)

Remy de Gourmont. Le Problème du Style. Questions d'Art, de Littérature et de Grammaire (1).

L'étude de notre langue passionne quelques honnêtes gens, et elle en intéresse beaucoup plus qu'on ne pense. Nous leur signalons un suggestif volume qui, sous ce titre un peu vague de « Le Problème du Style » aborde d'intéressants problèmes sous prétexte de réfuter un Manuel de littérature d^à M. Albalat, le découpe assez cruellement en tranches qui, distillée soigneusement, substituent à des affirmations très précises de ce derniers, une quantité correspondante de doutes très logiquement déduite. M. de Gourmont, coutumier de ces dépécements linguistiques se défend de vouloir leur substituer d'autres vérités, ou plutôt il les condense en une seule. « On n'apprend pas à écrire, c'est-à-dire à acquérir un style personnel ; sans quoi rien ne serait plus commun, et rien n'est plus rare. »

(1) Paris, Société du Mercure de France, in-12, 282 p.



Première partie : 1896 et 1897. Deuxième partie : 1898. Troisième partie : 1899. Quatrième partie : 1900. Cinquième partie : 1901. Septième partie : 1903. Huitième partie : 1904. Neuvième partie : 1905, 1906 et 1907.