Le blog de Fornax signale un blog sur Jacques Haumont. Faites comme moi suivez le conseil de Christian Laucou et visitez le vite. Sur ce blog la typographie est reine, la bibliophilie ni hautaine, ni élitiste, la littérature servie par le travail bien fait, le bon goût y voisine l'érudition sans prétention. Jacques Haumont à publié ou imprimé plus de 300 ouvrages, on peut en télécharger la liste complète à partir du blog. Le tout est superbement réalisé par Philippe Haumont, fils de Jacques.mercredi 29 octobre 2008
Jacques Haumont, Fornax, L'Alamblog
Le blog de Fornax signale un blog sur Jacques Haumont. Faites comme moi suivez le conseil de Christian Laucou et visitez le vite. Sur ce blog la typographie est reine, la bibliophilie ni hautaine, ni élitiste, la littérature servie par le travail bien fait, le bon goût y voisine l'érudition sans prétention. Jacques Haumont à publié ou imprimé plus de 300 ouvrages, on peut en télécharger la liste complète à partir du blog. Le tout est superbement réalisé par Philippe Haumont, fils de Jacques.Albert GLATIGNY à la Brasserie par Catulle Mendès
Albert Glatigny fut une figure importante et pittoresque du Parnasse. Plus que son oeuvre, sa vie de misère et de bohême, sa figure de poète et de comédien ambulant ont fait de lui un personnage de roman, Catulle Mendès, dans La Première Maîtresse (Charpentier et Cie, 1887), le peint sous les traits de Straparole.« Il était allé, deux ou trois fois déjà, avant sa maladie, dés son arrivée à Paris, dans ces cafés, dans ces brasseries célèbres, dont elle parlait avec mépris ; il avait vu, d'un peu loin, osant à peine prendre sur lui de s'asseoir à leurs tables, tout ces gens qu'elle dédaignait : Straparole, le comédien-rimeur, fantasque et superbe, héroïque et bouffon, improvisant des ballades et faisant ensuite, de sa bouche de satyre,grande ouverte, pareille à une sébile, des quêtes de baisers aux lèvres des belles filles [...]»
« Tétons-de-Bois, belle fille, entra dans la Brasserie.
- Jeune fille ! Cria Straparole, tu vas venir t'asseoir à ma table, tout de suite, en moins de temps qu'il n'en fallait à Procné, princesse emplumée, pour franchir l'Eurotas où se mirent les lauriers-roses ; et, uniquement occupée de contempler ma face pareille à celle d'un faune d'Erymanthe, charmée jusqu'à l'oubli de toute autre musique par le bruit d'invisible lyre qui chante dans ma voix, tu dédaigneras ces mortels sans génie qui nous entourent. Ils ne méritent pas que tu t'aperçoives de leur présence, étant de vils prosateurs. Mais, moi, je suis doublement digne d'être adoré par toi, déesse ! Puisque je suis poète, et cabotin. J'ai deux gloires comme un cygne a deux ailes. Je te dirais des odes qui charment et enivrent non moins qu'un vin parfumé de roses :Assez de plaintes sérieuses
Quand le bourgogne a ruisselé,
Sang vermeil du raisin foulé
Par des bacchantes furieuses...Ou bien, si tu préfères (tu préféreras peut-être, ange plein d'ineptie !) je te réciterai la grande tirade de M. Germont, notaire, au quatrième acte de La Famille pauvre : « C'est une chose véritablement triste pour un vieillard que toute une vie de travail et de probité recommandait à l'estime de ses concitoyens, de voir s'avilir en un moment un demi-siècle d'honorabilité, parce qu'il engendra des enfants qui mettent syr ses cheveux blancs une couronne d'infamie ! » Car, répétons-le, muses héliconiades ! Je suis une espèce de Thespis ; je tiens de Pindare, poète lyrique, et d'Aristodème, acteur de satyres, de Catullus et de Roscius ; je serais pareil à Molière s'il rimait mieux, à Shakespeare, s'il ne s'était obstiné à écrire ses drames en anglais, une langue que personne ne comprend. Je ressemble en même temps à M. de Laprade, de l'Académie française (mais j'ai plus de talent que lui !), et à M. Mélingue, de la Porte-Saint-Martin (seulement je joue les pères nobles !), et si jamais tu me fais l'honneur de me suivre, Ô Tétons-de-Bois, nymphe bien nommée, dans les salons des ambassades, où je hante communément après la fermeture des cafés de Montmartre, tu entendras parmi les murmures d'admiration qui accompagneront notre passage : Voyez ! Voyez ! Voyez ! Celui-ci c'est Straparole, c'est le mortel honoré des dieux mêmes, de qui tous les vers ont été refusés à la Revue des Deux Mondes, et qui a été sifflé à Brives-la-Gaillarde !
En parlant ainsi, debout, long, maigre, et s'allongeant encore comme ces fantoches de tréteaux dont se développent infiniment les bras, Straparole, en un débraillement magnifique de parole, de geste, d'habit, écarquillait ses yeux allumés, ouvrait toute grande sa bouche sensuelle et heureuse, où riaient les claires dents ! Un peu gris ? Point du tout ; continuellement éperdu, il ne buvait guère que de l'eau pure ; toujours l'air d'être soûl, il était sobre ; Pierre Labaris disait : « Straparole est ivre tous les matins du nectar qu'il a bu en songe » et, là, ce soir, pareil à lui-même, lyriquement fantasque, héroïque et comique, il y avaot sur toute sa face osseuse et luisante de sueur, ce double épanouissement, qui fut son génie, la joie et la bonté ! [...] »

Lire sur Livrenblog : Un chapitre de La Première Maîtresse, La Brasserie : Léon Bloy par Catulle Mendès
lundi 27 octobre 2008
BELZ de VILLAS : CONTES NATURALISTES [1882]
En 1882 paraissent des Contes Naturalistes, signés de Belz de Villas, ils sont dédiés à Emile Zola (1). Politesse, intérêt pour les tentatives isolées d'un jeune provençal ? Zola envoie une anodine lettre de remerciement, le maître de Médan y souligne la jeunesse et la plume inexpérimentée de son correspondant, ne faisant par cela que reprendre les termes même de la dédicace de Belz. La lettre ne sera pourtant pas perdue, la couverture du volume suivant du marseillais Belz de Villas ne porte même pas le nom de son auteur, peu utile à la vente, illustrée d'un dessin en couleur, une jeune fille dénudée sous les yeux d'un chérubin, elle portera pour seule indication : Amour avorté, Précédé d'une lettre d'Emile Zola. Recycler la lettre reçue d'un écrivain célébre en lettre-préface, n'est pas un procédé nouveau et aura de nombreux adeptes. En 1884, pour Sous le ciel bleu, Belz de Villas rééditera l'opération, le volume sera précédé d'un autographe d'Emile Zola. En pleine vogue Naturaliste, Les Soirées de Médan ont été publiées en 1880, Belz de Villas, utilisera cette étiquette nouvelle et vendeuse, pour se "lancer" dans les lettres. Même avec le patronage de Zola, Belz de Villas n'obtiendra jamais la renommée, fut-elle modeste, des plus obscurs de l'école Naturaliste.

(1) A Monsieur Emile Zola / A vous, très cher maître, l'hommage de ces Contes d'une jeune plume inexpérimentée, qui réclame toute votre indulgence. / Belz de Villas.
jeudi 23 octobre 2008
La Bibliothèque : J. Lorrain, Montesquiou et les autres
Les chroniques de Jean Lorrain publiées dans l'Echo de Paris en 1893 étaient restées inédites, Eric Walbecq comble cette lacune, avec Petits Plaisirs. La Bibliothèque, éditions dirigées par Jacques Damade, dans sa collection les Billets de La Bibiothèque ont accueillies ces articles sur les divertissements populaires dans le Paris de la fin du XIXe siècle. On connaît l'attirance de Lorrain pour le "populaire", sa tendresse même, pour le petit peuple grouillant des faubourg ou des ports, pour les classes laborieuses ou les classes dangereuses, pègre ou prostitution (cf La Maison Philibert), une sympathie qui ne gomme pas complètement son regard caustique sur la société, la cruauté de ses portraits. Les amateurs de Jean Lorrain et de Venise trouverons aussi à La Bibliothèque, son magnifique texte sur la Cité des Doges.
Le catalogue de La Bibliothèque propose bien d'autres titres alléchants comme ces Vies parallèles de Blaise Cendrars & de Charles-Albert Cingria par Bernard Delvaille, ou cette anthologie proposée par Jean-David Jumeau-Lafond, Naissance du fantôme, un choix de textes de Poe, Villiers de l’Isle-Adam, Jean Lorrain, Jules Bois, Georges Rodenbach, Camille Mauclair, Édouard Dujardin, Huysmans, sur les manifestations surnaturelles, en vous promenant dans cette Bibliothèque, vous pourrez vous arrêter devant les Paysages animés de Gaston de Pawlowski, et découvrir ainsi qu'il ne fut pas l'auteur d'un seul titre, le merveilleux Voyage au pays de la quatrième dimensions.
vendredi 17 octobre 2008
NOS MUSICIENS (suite) par WILLY et BRUNELLESCHI
Avant de reprendre la série Nos Musiciens publiée dans l'Assiette au Beurre par Willy et Brunelleschi, un dessin d'Ostoya extrait de la même revue (L'Assiette au Beurre de la gent de plume, N° 461, 29 janvier 1910), où un Willy de dos se refuse, pour une fois, à signer un texte qui n'est pas de lui.

LES SCRUPULES DE WILLY
- Alors vous ne signez pas cette pétition ?...
- Je ne puis signer une chose qui n'est pas écrite par moi.
- C'est la première fois que cela vous arrive !
NOS MUSICIENS suite

MASCAGNI
Il musique à tour de bras les Iris, les Amico Fritz, les Rantzau, sans retrouver le triomphe de Cavalleria Rusticana. Ivre de son propre (?) Piccolo Spumante, ce mégalomane s'intitule « chef du Vérisme » alors qu'il patauge dans la première manière de Verdi, nigaudement. Si non e verisme, e benêt Trovatore.

BRUNEAU
Chérit Zola jusqu'à lui ressembler, en laid. Le moins musical de tous les compositeurs. Il se plait aux mélodies enchiffrenées, aux suites de quintes, aux symboles pituiteux.
BOÏTO
Les poètes vantent sa musique, les compositeurs louent ses vers, mais le Néron, l'Orestiade, et même le Mefistofele de Tobia Garrio – anagramme : que me veux-tu ? - dénotent un Milanais qui pastiche gauchement l'Allemagne et rate ses macaronis à base de choucroute.
LEONCAVALLO
Napolitain besogneux. Musiqua une façon d'autobiographie, L'Avide Bohème, et d'ignobles Paillasse... à soldats, dont l'Opéra a l'aplomb d'annoncer le nauséeux étalage. Ce sous-Puccini travaille présentement, avec l'Empereur Guillaume, à un Roland berlinois. Chacun d'eux méprise son collaborateur. Tous deux ont raison.
VIDAL
Un flegme anglo-saxon cuirasse ce Toulousain, qui aime caresser sa barbe flave et ses belles interprètes. Chef d'orchestre épatant. A composé, avec la collaboration du baron de Reinach, un ballet orographique qu'il recommande assidûment au bons soins de Gailhard. « Qui joue ma Maladetta m'enrichit ».
Extraits de L'Assiette au Beurre N° 78, du 27 septembre 1902.
Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse.
Brunelleschi sur Livrenblog :
Ernest La Jeunesse - La Foire aux Croutes
Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes suite
NOS MUSICIENS par WILLY et BRUNELLESCHI
Avant de décrocher le prix de Rome sauveur, en 1887, l'auteur de la Vie d'un Poète couchait dans une carrière ; il a bien fait la sienne depuis. Robuste et caressante, sa vigueur ne doit rien à Wagner, et sa grâce, Dieu merci ! Se démanssenettise. - Les deux cent mille francs rapportés par Louise ont laissé au compagnon Charpentier cette dégaine de rapin anarcho, qui lui vaut tant de coeurs féminins, à Montmartre ; mais, pas d'erreur, les falzards à carreaux n'y font rien, c'est un artiste, un vrai : son écriture, de netteté impeccable, sait s'alanguir en indolences exquises ; trop fin pour condescendre aux vacarmes faciles, ressource de tant de frénétiques impuissants, qui tirent des pétards dans leur orchestre et s'évertuent en fusées vite éteintes, ses négligences sont ses plus grands feux d'artifice. Entre deux couronnements de muse, il s'occupe de moraliser les midinettes, en leur procurant le théâtre à l'oeil.

Théodore DUBOIS
Déodatus Ligneus (Linné) qualifié par un de ses professeurs : pète-sec et pisse froid. Ressemble à un proviseur de petit ville, qui serait de la vache à Colas. Théodore compose moins, depuis qu'il bourdonne directorialement dans la ruche malsaine du Faubourg Poissonnière. Souhaitons qu'il n'en sorte qu'à sa mort. C'est, d'ailleurs, son boeu le plus cher. « Pour rester là, assure Courteline, il brûle des cierges, se couvre de gris-gris, collectionne des fétiches ».... Théodore cherche des amulettes.
SAINT-SAËNS
En 1838, le petit Camille, enfant prodigue, ébouriffait les mélomanes de la rue du Jardinet, en triturant les Pleyels avec des menottes impubères. A perdu son talent de pianiste et conservé une âme de virtuose. Wagnérien bougon, devenu réactionnaire grincheux, il n'ignore rien de ce qui s'enseigne, et pas un pédant d'outre-Rhin ne sait autant que ce Français clair, qui excelle dans la fugue..... jusqu'aux Canaries. Montre un goût sadique pour les plus effarants librettistes : Détroyat, Vacqueries, Mme Dieulafoy et lui-même !

WIDOR
L'auteur de Maître Ambross a les cheveux idem et la douce manie de se croire le Schumann français, bien que sa Nuit de Valpurgis ressemble à Faust, et ses Soirs d'Eté aux Lieder, comme Ponsard à Corneille. En fait, c'est le Fauré du pauvre. Il ne se vend plus guère ; pourtant, dans deux ou trois salons dont la musicalité se démode, il culmine encore. « Le Widor est toujours debout ! »
REYER
Un Marseillais moustachu, qui déteste les pianos et l'auteur d'Esclarmonde-où-l'on s'ennuie, qu'il surnomme, avec un mépris rageur « Mam'zelle Massenette ». Coutumier d'une orchestration pauvre, mais honnête, ce sous-off bourru est le seul à montrer, parfois, un peu de poésie ingénument vraie. Adore les tierces de flûtes et les gotons : « On m'a fait passer pour un homme à bonnes fortunes, répète-t-il volontiers. Quelle blague ! De la fortune, jamais ! Des bonnes, toujours! »
PLANQUETTE
Elève de Duprato. S'est fait aider par sa mère dans la perpétration des Cloches de Corneville. Seul, il a confectionné une hottée d'opérettes pas plus mauvaises que Rip et se demande pourquoi elles n'ont pas réussi comme lui. Je me le demande aussi. Mélodies pour piqueuses de bottines, orchestration à la bonne planquette.
LENEPVEU
Frère du peintre religieux, et plus rasant encore. Ce Normand constipé produit péniblement des Florentins, des Velleda, déjections musicales si nulles, si nulles, que ses collègues de l'Institut eux-même s'en aperçoivent...

PUCCINI
Ce transalpin roublard, aussi réservé que sa musique est tutoyeuse, a risqué une Manon Lescaut, qui ne recule pas, elle, devant la scène du Désert. (Qu'en pense Massenet ?) On peut lui reconnaître une certaine vivacité scénique, mais quelle vacuité instrumentale, quelles harmonies creuses que celle de la Vide Bohème !

WALDTEUFFEL
Ce nom, assure un lexique facétieux, désigne une catégorie de « Singes allemands ». Los et autres Violettes, servent si utilement les desseins de la Ligue pour la repopulation.
LECOCQAprès avoir fait primer du contrepoint, en 1852, puis partagé un prix de fugue avec Bizet, il se cantonna dans les jovialités lucratives de l'opérette. Encore que, voulant souffler plus haut que sa bouche, il ait écrit quelques motets bassinants, tout comme un autre, et de la musicographie lourdement prétentieuse, il demeure l'Offenbach des familles.
MASSENET
Enfant chéri des dames. Ce Stéphanois talentueux reçut, en 1842; le prénom de Jules, et ne s 'en est pas consolé. Incessamment, il « courtise la muse » mais ne prend, pour lui faire un enfant, nulle peine, même légère. De là, certains ratages. Auteur d'une trentaine de partitions, dont la plus sincère est l'Adorable Sidi Belboul. Cet officiant religioso-critique pour mysticocottes, verse son eau bénite parfumée dans d'étranges porcelaines. En traîne de Wagner, pose, comme feu Gounod, pour adorer Mozart et répète : « Lui, c'est le maître ». Massenet n'est que la sous-maîtresse.
Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse.
Brunelleschi sur Livrenblog :
Ernest La Jeunesse - La Foire aux Croutes
Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes suite
jeudi 16 octobre 2008
BIRIBI de Georges DARIEN par G. Albert AURIER et ROSNY

"Ce livre est un livre vrai. Biribi a été vécu.Il n'a point été composé avec des lambeaux de souvenirs,
des haillons de documents, les loques pailletées des récits suspects. Ce n'est point un habit d'arlequin, c'est une casaque de forçat - sans doublure.Mon héros l'a endossé cette casaque, et elle s'est collée à sa peau. Elle est devenue sa peau même.J'aurais mieux fait, on me l'a dit, de la jeter - avec art - sur les épaules en bois d'un mannequin" (préface)
G. Albert Aurier dans le Mercure de France fait parti de ceux qui auraient préféré, que la langue de Darien fut plus châtié, moins "bizarre", avant de constater qu'il n'eût pas été "logique, vêtir d'élégants brocarts le paria affamé de pain et de vengeance".
BIRIBI
Bravo ! Encore un coup d'épée dans le ventre de cette vieille sacro-sainte idole : l'Armée !... - Mais, l'Armée, Monsieur, c'est la patrie ! Et puis, vous ne le nierez pas, l'Armée est nécessaire ! - Le choléra aussi est nécessaire. Est-il pour cela défendu de le blaguer ou vilipender ? Ne vaudrait-il point mieux froidement discuter telles assertions, étudier les documents présentés ? Quant à moi, ô candide bourgeois, que vous anathématisassiez ou que vous n'anathématisassiez point les sacrilèges mangeurs de guerriers, et M. Darien en particulier ! Je constate seulement ceci : que l'armée me semble un peu trop redouter critique et discussion, pour avoir la conscience aussi nette qu'elle le clame. Quoi qu'il en soit, si les épouvantables faits racontés par M. Darien, dans Biribi, sont exacts – et j'ai cru reconnaître dans son livre l'indubitable accent de la vérité, - il est dès maintenant démontré qu'il existe, en plein XIXe siècle, des tortionnaires plus cruels, plus raffinés, plus atrocement lâches que les moines de l'Inquisition, et que ces répugnants torquemadas, à la fois juge s, gardes-chiourmes et bourreaux, sont des officiers, de ces courageux et nobles officiers français dont les culottes vermillon sont si chères à M. Prudhomme ! Oui, M. Prudhomme, lisez ce roman, et si, à cette tragique évocation des martyres compliqués et barbares, des féroces assassinements à coups d'épingles qu'on fait subir, là-bas, dans cette fournaise du Sud Algérien, aux pauvres Camisards, vous ne sentez pas vos moelles bouleversées d'un frisson, et si vous ne crachez point quelques injures indignées vers l'Armée et vers ceux qui vivent de l'Armée, c'est que vous êtes, ainsi que je l'ai toujours pensé, incurable. Biribi est un livre superbe, angoissant, terrifiant. L'écriture, certes, en est bizarre et, pour tout dire, souvent mauvaise. On y trouve à profusion des locutions – je cherche un mot cruel pour M. Darien – des locutions superlativement militaires : « Je me suis piqué le nez quelquefois » ; « pas plus adroit de mes main qu'un cochon de sa queue » ; « la fleur des pois des Chaouchs » ; « j'essaye de piquer un roupillon ». D'autres fois, au milieu de phrases très oratoires, on voit surgir des termes d'argot qui donnent l'idée d'un Bossuet retouché par M. Méténier, et souvent enfin on se heurte à de truculentes métaphores romantiques qui ont du faire tressaillir les squelettes de Théo ou de Petrus Borel : « jeter à pleines poignées, sur les éraflures que fait la pointe froide de la menace, le sel cuisant de l'ironie... ». « Elle a osé fourrer la Révolution dans la sabretache des généraux à plumets et jusque dans le chapeau de Bonaparte, comme elle a fait bouillir le grand mouvement des Communes dans le chaudron où les marmitons de Philippe-Auguste ont écumé une soupe au vin ». « La Société, vieille gueuse imbécile qui creuse elle-même, avec des boniments macabres, la fosse dans laquelle elle tombera, moribonde sandwich qui se balade, inconsciente, portant sur les écriteaux qui pendent à son cou et font sonner ses tibias, un gros point d'interrogation, tout rouge ». Mais ces tares de style, je n'ai point le courage de les blâmer. Je les aime presque. Eût-il été logique de vêtir d'élégants brocarts le paria affamé de pain et de vengeance, l'énergumène, fou de misère et de douleur et de rage qui, le corps et le coeur saignant sous ses loques, va hurlant ses malédictions et vomissant sa haine vers ses bourreaux ? Donc, ne faisons point l'inepte pédagogue, et constatons que Biribi est une barbare et vibrante épopée qui nous révèle des cercles de supplices plus nombreux et aussi effroyables que ceux qu'inventa le Dante.
G. Albert Aurier
Mercure de France, avril 1890.
J.-H. Rosny dans la Revue Indépendante, après avoir souligné les qualités d'observations de Darien, sa vision nette, s'inquiète de savoir si le récit est authentique.
Georges Darien montre dans Biribi, discipline militaire, mêmes facultés d'observations satirique qui distinguaient son roman de l'année terrible, Bas les Coeurs. M. Darien a une vision bien nette du bourgeois et de ses féroces ridicules, une vision non moins lucide de bassesses de l'homme quand les cruautés de la discipline et les inepties de chefs ratés pèsent sur lui. Il est poignant, au total, ce Biribi, plein de passages de terreur, qui laissent après eux une impression d'étouffement et de colère. Tout est-il authentique dans ce livre, rien n'est-il hyperbolisé ou déformé ? Nous souhaitons qu'ayant à traiter un sujet de cette importance, M. Darien ait écarté consciencieusement toute hypothèse comme tout document incertain.
J.-H. Rosny
Revue Indépendante, février 1890.

Lire : Georges Darien et l'Anarchisme littéraire de Valia Gréau. Du Lérot éd., Tusson, 2002, 453 p.
Georges Darien sur Livrenblog : Georges DARIEN : Maximilien Luce – peintre ordinaire du Pauvre
J.-H. Rosny dans Livrenblog : Vamireh, roman des temps préhistoriques de J. H. Rosny par Jules Renard. Léon Bloy « catholique à la grosse tête » par J.-H. Rosny, "Catholique à la grosse tête" suite. J.-H. Rosny Revue Otrante. A. France : Rosny/Myron vu par Rosny/Servaise.
Connaissez-vous les Editions SULLIVER ?
Belluaires et Porchers de Léon Bloy, Chroniques politiques de Guy de Maupassant, Georges Darien par David Bosc, Le Héros de Baltasar Gracian, Champavert, le Lycanthrope de Pétrus Borel, ce ne sont que quelques titres du catalogue, bien fourni, de la maison d'édition Sulliver. Si ce catalogue est tout d'abord bati autour des sciences humaines, il s'ouvre désormais aux textes de fiction. Une visite de leur site s'impose. Sur Georges Darien :
Livrenblog : Georges Darien : Maximilien Luce – peintre ordinaire du Pauvre
Plumes : Le Voleur
Les Excentriques : Georges Darien
mardi 14 octobre 2008
LES HOMMES D'AUJOURD'HUI : André GILL par F. Champsaur

André Gill, cousin par la tournure d'esprit de Denis Diderot et de Frédérick Lemaître, est, d'abord, toujours un peu l'enfant enthousiaste et rêveur d'autrefois.
Ses parents morts, il habitait, tout petit, entre sa tante et son grand-père, comme dans un nid de vieux. En dehors de cet intérieur sénile, rien n'existait. Son grand-père, M. Blanc, ainsi qu'on l'appelait, je crois, car il avait changé de nom, étant devenu pauvre, son grand-père lui acheta un jour le Don Quichotte illustré. Ce livre fut le premier de Gill, le premier qu'il aima, celui qu'il aime toujours. Le second livre de Gill fut celui de Galland : les Mille et une Nuits. L'Orient et Don Quichotte, voilà le rêve de Gill ».
Ainsi commence la notice du N° 8 des Hommes d'Aujourd'hui, que Félicien Champsaur consacre à André Gill son collaborateur et co-fondateur de cette série de monographies illustrées commencée en cette année 1878. La première des quatre pages de la première série de ces fascicules étaient généralement orné du « portrait-charge » (1) par André Gill de la personnalité choisie. Gill a laissé quelques portraits de lui-même, mais pour cette fois, le numéro s'ouvre sur un portait de Gill par son confrère Grévin. Sous le second empire, Gill connaît la gloire avec ses illustrations pour le journal La Lune (1865-1868), puis pour L'Eclipse (1868-1876), ouvertement anti-bonapartiste et républicain il s'en prendra régulièrement au futur « sire de Fiche ton camp », après le siège et la Commune (durant laquelle il fut nommé conservateur du Musée du Luxembourg), il prendra pour cible Adolphe Thiers, dont les services de la censure seront intraitable avec le caricaturiste. André Gill rêvait de posséder son propre journal, ce sera fait avec La Lune Rousse (1876-1879). Sa collaboration avec Champsaur pour les Hommes d'Aujourd'hui durera quelques années, puis André Gill hanté par l'envie de gagner de l'argent, en proie à des crises de folies, sera interné à l'asile d'aliéné de Charenton où il meure en 1885. Mais Gill ne fut pas seulement peintre et caricaturiste, chansonnier et poète il fut membre des Hydropathes et fréquentera le Chat noir, seul ou en collaboration il signera des actes en vers, il est l'auteur de La Muse à Bibi un recueil de poésie argotique, ainsi que de monologues, il écrira ses souvenirs (Vingt années de Paris, 1883, Marpon et Flammarion) (2).Armand CHARPENTIER : L'INITIATEUR
D'Armand Charpentier (1864-1949) je sais peu de chose, les titres de sa bibliographie précédant L'Initiateur (1), semblent indiquer son intérêt pour les choses de l'amour et les rapports entre les sexes, le reste de celle-ci nous indique qu'il fut un libertaire, partisan de l'union libre (2), un fervent dreyfusard (3), l'historien du Parti radical (4), un pacifiste (5) ce qui l'entraînera comme de nombreux anciens dreyfusards (Ajalbert, Mauclair, Zévaès, Victor Margueritte) vers la collaboration durant l'occupation (6).
J'ai lu d'un trait votre manuscrit ; c'est vous dire que l'Initiateur est pour moi une oeuvre prenante, amusante, au sens le plus délicat, et que cette oeuvre aura certainement du succès.
Maintenant que je vous ai complimenté, il faut en plus que je vous félicite de n'être pas marié ; car vous risquier de donner à votre épouse le désir de connaître ce délicieux M. Stéphane, qualifié par vous magicien de voluptés - nous avions déjà l'Enfant de volupté, de d'Annunzio - ce Stéphane qui trompe sa femme, qui trompe ces maîtresses et à qui elles pardonnent toutes, si bien qu'il en arrive à se constituer, sous le nom de Stéphaniennes et en plein Paris bourgeois et parlementaire, un petit harem de trois ou quatre honnestes dames, dont une légitime, la Validè, mais toutes consentantes et unies dans le même amour. La constitution de ce singulier bureau s'appelle, dans notre joyeux Midi, "prendre le turban".
Donc votre initiateur a pris le turban. Mais à quoi bon mêler à son aventure les noms divins et disproportionnés de sainte Thérèse et de Jésus ? Moi, votre personnage me fait surtout songer à Barbassou, un capitaine marin de Marseille dont j'ai esquissé le type dans Tartarin de Tarascon et qui fournit plus tard l'idée de Mon oncle Barbassou à Mario Uchard, lequel oublia toujours de me remercier.
Cordialités, mon cher Confrère."

vendredi 10 octobre 2008
A paraître : Laurie et la Décadence aux Editions Des Barbares
qui regarde passer les grands barbares blancs"
Verlaine
Pour ne pas être en reste, le co-Barbare Eric Dussert, prépare l'édition de La Douleur et le Suicide, Lettre inédites de Théo Varlet à Raymond de Rienzi.
Pour en savoir plus : Fornax - L'Alamblogjeudi 9 octobre 2008
SCRIPSI n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont
Précédentes apparitions N° 0 : Le Mont Saint-Michel et le Pélerin du Silence
Apparitions futures N° 2 : 'Pataphysique, Jambons & Fourmis
mercredi 8 octobre 2008
Firmin Gémier Le démocrate du théâtre

mardi 7 octobre 2008
OPINIONS SUR GAUGUIN - Charles MORICE Fin
L'article recueillant les Opinions sur Gauguin, publiées dans le Mercure de France N° 167 de novembre 1903, se termine sur cette dithyrambe de Charles Morice. A la lecture des numéros précédents, force est de constater que nombre de ses contemporains, n'avaient pas encore pris la mesure exacte du génie de Gauguin, la connaissance encore approximative de son oeuvre en était sans doute responsable en partie, seuls ses amis les plus proches (Duro, Séguin, L. Roy) et les fins connaisseurs avides d'originalités (A. de La Rochefoucauld, Fagus, Mithouard), y prévoyaient la gloire posthume du "barbare somptueux". Les autres sont bien timides, emphatiques parfois, fielleux aussi...Il fut un maître.
Telle est, très nettement – non même sans les quelques dissonances essentielles en un si moderne concert, et précieuses pour ce qu'elles permettent de connaître chaque âme au son qu'elle rend – la conclusion de cette sorte d'enquête.
Il fut une force créatrice, émouvante et impérieuse ; un aboutissement et un recommencement. Des traditions très anciennes et très pures ont trouvé dans sa volonté très sensible, très éclairée et très active, l'instrument nécessaire de leur renaissance par des transformations fécondes. Tournant barre au flot d'une civilisation menteuse, ce hardi marin n'aura pas tenté en vain le grand voyage, - plus loin que Tahiti ! - le « Retour aux Principes » de cette Odyssée, qui eu la tragique allure d'une Iliade sanglante, le monde maintenant va profiter, maintenant que la mort a fait fait le geste de vie : car les hommes auront toujours coutume d'attendre le coup de foudre funèbre, pour se recueillir et comprendre, pour regarder, pour voir,Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change(et ce vers immortel de Stéphane Mallarmé, qui l'aima, est en pleine harmonie avec la destinée de ce grand artiste) Gauguin nous apparaît à jamais, oui, le maître qu'il demeure : avec le sens prodigieux, qui fut le sien, des vastes décorations, avec son invention inépuisable, avec la vaillance qui fit de lui un héros dans sa lutte – de Jacob avec l'Ange (n'est-ce pas le sujet d'une de ses plus belle oeuvre ?) - de l'Esprit contre la Nature.
La patrie le méconnut, il y a de la honte pour beaucoup dans sa gloire assurée. N'importe. Exceptés seulement ceux-là qui, disposant de tout, on tout refusé au génie, alors que de presque rien il eût fait de l'éternité, - et j'entends désigner ici sans détour les hommes dérisoirement installés à la « direction » des beaux-arts, à la conservation des musées, - à tous largesse, même à la mère ingrate, même aux frères ennemis, largesse de la pensée et de l'oeuvre sublime !
Il est impossible de préciser dès cette heure la profondeur de l'empreinte laissée par Paul Gauguin dans l'art par l'accomplissement, dans l'âme des artistes par l'exemple et l'influence. Ce sera l'étude des longs temps. Mais, sans attendre, on tient, ici, à l'honneur d'avoir produit au jour l'affirmation de quelques-uns, qui comptent, et de ne rien laisser à répondre aux négateurs, aux détracteurs d'hier...
Une étoile fixe de plus brille au ciel de l'art français.
Charles MORICE.
Ernest LA JEUNESSE - LA FOIRE AUX CROUTES suite

Ernest LA JEUNESSE - LA FOIRE AUX CROUTES 1ère partie.
Dans le lot de peintres académiques, choisis par Brunelleschi et La Jeunesse, on trouvera ci-dessous deux réfractaires, Eugène Carrière et Auguste Rodin, leur amitié en est-elle la cause ?
MERCIÉ
Quel beau gendarme ! L'héroïsme qu'il exprime ne fait pas broncher un poil de sa moustache, car elle est en pierre, en pierre – et c'est de l'agrément pour les autres. Allons circulez, circulez, laissez passer les lourds chariots sous les lourdes statues et les lourds groupes et les riens du tout plus lourds. Portez armes ! Présentez armes ! Les Quand même s'amènent et l'état-major des gloires nationales et des gloires obscures, du patriotisme patenté, de l'honneur officiel, de l'histoire à orphéons et à discours. O, ne vous demande pas de tâter, Messieurs, Dames et Demoiselles, admirez, admirez, nom de Dieu ! Ou, entendez [...] il vous f... dedans !
CAROLUS DURAN
Ce jeune premier s'affirme, dans son tableau de l'année, le Mathusalem de la magnificence. Il expose – à tout – sa famille. « Cha n'est pas, dit l'Auvergnat, que cha choit chale, mais cha tient de la place. » Le gendre, M. Georges Feydeau a l'air d'écoper déjà, comme à un lendemain de première ; tout le reste de ces messieurs, enfants et dames, souffre d'avance, des appréciations du public. Seul, le Maître est bien en place, bien en lumière, dans cet aveuglement pour pauvres qu'est son éclat ruisselant et sa majesté à reflets. Sa nourrisserie (ou garderie) paraît rauque, violente, molle, gnole et moche ? Il y en a a trop. Mais quand donc, je vois prie, sa tenue a-t-elle été moins truquée et plus sérieuse ? Ses portraits, en oppositions savantes, sa distinction de foire, sa réincarnation théâtrale des génies d'antan en rouge, vert et or, ça vous paraît loin, aujourd'hui ? M. Carolus-Duran nous resta. Attendons.

ROYBET
Je ne le reconnais pas dans le dessin ci-dessus. Roybet en habit, Monsieur Aroun-Al-Raschid ! Vous abusez. Khalifat ! Comment, cet homme qui a infligé un feutre mousquetaire aux plus pacifiques rentiers, une fraise à M. Vigneron, des cuirasses à des photographes et des costumes de réîtres à des curés, vous lui imposez le frac ! Quelle cruauté, quel châtiment ! Et pourquoi le priver, je vous prie, de ses nudités débraillées, de ses gorges, de ses tabliers, de ses tabagies de son atmosphère de saoulerie mercenaire et de gaïté un peu soufflée, de figuration et d'accessoires. Ce chef machiniste, cet habilleur en habit ! Je présente toutes mes excuses, moi, à Roybet, humblement. Et comme je ne suis ni en pourpoint, ni en aiguillette, comme je ne suis ni assez rouge, ni assez gris, j'attends le Salon prochain pour que Roybet m'y mette, en tenue !
HENRY GERVEX
Tout de même, non !
Qui penserait que, avec sa tête grave et si étrangement ressemblante à celle du Dr Roux, ce peintre à masque de photographe concentré se f... autant de nous ? Il a su, en un seul Salon, trahir à la fois l'Empire et la République ! « Il a bien l'air Maison de Savoie, a dit M. Loubet du portrait de Victor-Napoléon ». Eh bien ! Est-ce que le Banquet des Maires n'a pas l'air gâteau de Savoie, nougat, guimauve et pis ? Il paraît qu'on le refuse, ce Banquet. C'est la meilleure façon de rendre. Mais aussi quelle imagination, quel rendu, quel style ! M. Gervex est le Georges Ohnet de la peinture.
ZIEMCa n'a pas l'air d'un vrai nom. Sa peinture n'a pas l'air de vraie peinture. Ses tableaux ne ressemblent pas à Venise : c'est Venise qui tâche de leur ressembler. Si vous croyez que ce triomphe n'est plus effroyable ! Il travaille à son aise rue de Lorient, à Montmartre, envoie ses oeuvres en Italie pour avoir des preuves postales d'authenticité et continue, vend, entasse chefs-d'oeuvre sur chefs-d'oeuvre et ne vieillit pas. Il a connu Venise au temps de la domination autrichienne : son souvenir devient confus. Pas tant que ses toiles. Mouchetures, pointillés, points de lumière, tachisme, vagues en gouache, c'est de la musique. On a, aujourd'hui, exilé ce patriarche de l'à-peu-près. On lui a demandé l'article franco-russe. Il a déguisé les vaisseaux en gondoles, les souverains en doges, les amiraux en [...]. Il est vrai qu'on ne les voit pas.
RODIN
Observez-le, informe, avec sa barbe énorme, son petit corps et la superfétation d'un binocle de pierre sur de petits yeux de fièvre : ce n'est rien et c'est tout. Ca vibre, ça agit, ça crée. Barbe qui sculpte, binocle qui fouille, tout est mouvement, tout est vie, tout est résurrection. Cette taupe sourde est un Dieu terme, un Dieu plus haut. Il nous donne des blocs mal dégrossis où nous retrouvons les finesses les plus abstruses, une puissance unique, des détails mystérieux, prestigieux. Cet homme tranquille, doux, lent, myope, hésitant, n'est qu'un frisson et le coup de pouce du génie. Que d'autres y cherchent du fumisme ou de la sculpture, ce n'est pas mon affaire : moi j'y trouve, dans de l'inachevé et de l'obscur, ce que je veux : de la littérature.
CARRIERE
Il y fait noir comme dans un four. C'est, proprement (si j'ose dire) un tableau couvert de suie et où, avec les doigts, vous auriez mis à nu trois ou quatre taches. C'est une âme qui, en y mettant de la bonne volonté, sourit, salue et reste, figée. Pâle, gris, rose-jaune sur du gris-brun-noir, vous avez le droit de vous pâmer, c'est habile et très bien fait. L'art, préparé, encadré dans le texte, est sûr. Si vous considérez l'homme, en outre, il est rond, blond, blanc, bien portant, gentil, clair. Il réussirait très mal son portrait. Et quand on pense que, de par ses tableaux et ses lithos, il a forcé tant de littérateurs, infortunées victimes, à rester obscurs.
LHERMITTE
Avec un H.
Il ne s'appelle pas Tristan, comme son grand ancêtre, celui qui pendait sous Louis XI. Lui, avec son H (sa hache), il rase. La Hache est devenue une faux, une faucille. Ah ! Que de moissonneurs, sue de verdure, que de labeur et de labour ! Et qu'il est bucolique ! Si ça ne vous plait pas, vous n'aurez jamais le Mérite agricole, vous ne comprendrez jamais la poésie des champs et la gravité, la majesté de la vie simple. Sa couleur est rustique et terne ? Il l'a voulu. Son soleil est amaigri par la maladie ? Il se couche ! C'est (je ne parle pas du soleil, je parle de M. Lhermitte) un brave homme de peintre, sévère, probe, qui remplace le paysage par des figures, qui supplée aux figures et aux paysages par le sentiment, à la couleur par l'intention. Lhermitte est un bon apôtre.
Une problème d'impression empêche la lecture correcte de quelques mots dans les textes imprimés, les manques sont remplacés par des crochets.
Ernest Lajeunesse sur Livrenblog : Ernest La Jeunesse : Le Roi Bombance de Marinetti Ernest La Jeunesse célèbre Fanny Zaessinger Ernest La Jeunesse par Léon BLUM. Bibliographie. Ernest La Jeunesse - Oscar Wilde à Paris. Les "Tu m'as lu !" Ernest La Jeunesse dessinateur 1ère partie. Les "Tu m'as lu !" (suite) Ernest La Jeunesse dessinateur Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes 1ère partie. Ernest La Jeunesse préface au Forçat honoraire, roman immoral. Faut-il lire Ernest La Jeunesse ?
lundi 6 octobre 2008
Ernest LA JEUNESSE - LA FOIRE AUX CROUTES

Après avoir dessiné les caricatures illustrant le n° du 3 octobre 1901 de L'Assiette au Beurre déjà publiés ici, intitulé Les "tu m'as lu !", Ernest La Jeunesse, en 1902, rédige les légendes aux portraits caricaturaux de peintres signés Haroun-al-Rachid qui illustrent un numéro hors série de la même revue. Le numéro intitulé La Foire aux croutes est publié à l'occasion du Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts et de celui de la Société des Artistes Français, "Foires annuelles" des Champs-Elysées et du Champ-de-Mars. Sous le pseudonyme d'Aroun-al-Rachid, se cache l'illustrateur italien Umberto Brunelleschi (1879-1949), arrivé depuis peu à Paris.
BOUGUEREAU
« Bouguereau de Mufle ! » disait le regretté Rodolphe Salis. Pourquoi ce titre de noblesse ? Bouguereau, tout court, mon Dieu ! Bouguereau, tout gros ! Ce brave dogue fait depuis cinquante ans, de la légèreté, de la grâce, du charme. Il nous fait du rêve comme il peut, le brave homm. Nous en a-t'il assez f... de nymphes, de nu, de Naïades, de Cyclades, de pintades et de cacades ! Cette fois-ci, ce sont des Oréades. Merci pour elles. Vous lui reprochez de ne pas traiter comme ça Watteau ? Qui vous parle de Watteau ? Vous êtes sourds ? On vous dit : Bouguereau. Vous regrettez Boucher ? Boucher, c'est presque Bouchereau. De Bouchereau à Bouguereau... D'ailleurs regardez la marchandise : il n'y a qu'un boucher (oui, je sais bien, par un petit b) pour nous offrir tant de chair fraîche et trop fraîche, du veau du jour, et puis offrez-vous la bonne et sympathique et honnête g... du vieux ; vous n'aurez, pas plus que moi, le courage de lui faire de la peine !

GEROME
La principale qualité de M. Gérôme, c'est le savoir-vivre. Il existe des gens plus vieux : il n'en n'est point, de son âge, qui soient mieux tenus et qui aient pris un pire brevet de jeunesse. A ce point qu'il s'est mis, après sa 70e année, à apprendre – de haut – la sculpture. Cinquante ou soixante ans de confiture à plat lui ont permis de mettre du badigeon sur du plâtre, de la terre, de la cire ou ce que vous voudrez. Ce néo-jeune homme s'amuse et cumule. Animalier avec un aigle, qui, lui au moins, peut mourir, bestial avec sa femme nue qui ouvre, sous des fards, la porte du salon à toutes ces dames, admettons qu'il soit léonin dans son tableau du cirque : il y a des lions. Toutes ces oeuvres ne sont pas méchantes. L'homme non plus. Il est glorieux. Ce n'est pas notre faute. Saluons.

JEAN-PAUL LAURENS
L'austère amant des moines, des inquisiteurs et des chevaliers affameurs, s'est, cette fois, lancé dans le canevas de tapisserie. Il a voulu de la majesté rondouillarde, des perruques, des Furies qui crachent dans des trompettes, de la grâce à la Porbus et du Rubens constipé. C'est tout à fait tapisserie et carton. Notre vieux Jean-Paul n'a pas été mal inspiré, mais mal servi. Il s'est servi lui-même. Sa sécheresse, sa pauvreté de moyens s'accommodaient bien de l'anachorétisme, même guerrier, de la souffrance, de la faim, du martyre. Pourquoi avoir laissé sortir ce confesseur du moyen-âge ? On eût dû l'enfermer dans les murailles de Carcassonne. Il n'est pas prudent, à l'age de Jean-Paul, de le laisser vaguer, divaguer, extravaguer dans l'ordonnance large du grand siècle.
HENNER
Vous frottez. Vous mêlez de la sauce, du sable pilé, de l'oeuf sali, de la terre de Sienne souillée, vous ménagez un blanc que vous ombrez et où; vaguement, vous indiquez une croupe, un creux de hanche, des cheveux en masse à peu près rousse ; n'en jetez plus : c'est un Henner (Soixante ans de succès, médailles d'honneur, croix, nstitut et Sociétés savantes). Aujourd'hui, le vieux maître se renouvelle : il est temps. Nous reparlerons de la nouvelle manière et du procédé récent quand ils auront eu la vitalité ry ma monguévité des trucs d'hier. En attendant, admirons le vieux maître. C'est très fort, c'est très bien. Et n'oublions âs que cet enfant de l'Alsace est spirituel. C'est lui qui dit de Duran : Charles Durand (je ne mets pas l'accent), Carolus Duran quad il peint, Carambolus Duran quand il joue au billard et Caracolus Duran quand il monte à cheval. »

BONNAT (Léon)
Son nom commence comme Bonaparte et finit comme Napoléon. Etonnez-vous, ensuite, qu'il soit, après l'Autre, grand-croix de la Légion d'honneur et que tous les chefs de l'Etat lui soient passés par les pattes. Ils sont même passés par sa pâte, vous savez, cette boue épaisse, gluante, lourde et où se plaque une redingote, une grimace officielle, un geste fixe, des yeux pour photographes, des cheveux pour posticheurs.
C'est solide. Je te crois ! On peur revenir dans cent ans. On retrouvera les oeuvres de Bonnat figées dans leur bitume, dans leur croûte, dans leur couleur-cercueil. On les retrouvera au grenier, tournées contre les murs. On ne saura plus qui c'est ou ce que c'est. Mais si le mur est sombre, les tableaux et le mur, ça se ressemblera.

BENJAMIN-CONSTANT
C'est l'Orient qu'à conquis l'Angleterre. Il est arrivé à LL. MM. Edouard et Alexandra, en passant par les Indes et lord Dufferin et Ava. Ce Toulousain a rasé sa moustache et sa barbiche de Toulousain pour inspirer confiance aux lords et pairs du Royaume-Uni. Il ne ressemble pas encore à Chamberlain. A quand l'orchidée ? Il est un peu fatal : à peine nous avait-il montré les maigres jambes guêtrées du duc d'Aumale que ce noble prince succombait. Roide, strict, riche et serré dans sa manière, pincé et rechigné dans sa couleur, il commande l'admiration comme une batterie d'artillerie. Il croit tenir de Delacroix et d'Ingres : il n'est que Benjamin Constant.

CORMON
Antique, historique, préhistorique, hoplite de la peinture (soldat lourdement armé), il nous a rendu Salamine, les Troglodytes, que sais-je, et nous prépare une horde de jeunes gens aussi passionnés que lui vers les vieilleries casquées à rameaux d'oliviers et à torses de hêtres hystériques. Cormon, lui, c'est sérieux (tu parles, c'est au Muséum !) et naturellement, comme anatomie, ça pourrait être disséqué. Mais il ne faut pas blaguer le patron : il est bon zigue. Il rigole avec son atelier, vadrouille avec ses élèves, et chahute avec les modèles, dehors. Vous prétendez que ça ne vaut pas mieux que de la peinture ?

EDOUARD DETAILLE
Quelle taille ?
Cinq pieds cinq pouces, taille de dragon. D'ailleurs a peut-être grandi depuis. Fait fantaisie. Découpe dans images d'Epinal des grenadiers, des chasseurs, des maréchaux et des musiciens ; mes colle tels quels qur grandes machines où il plaque des gravures de modes représentant femmes en costumes. Un peu d'huile sur le feu. Commandeur de la Légion. Plaqué, palmé, capitonné de croix. Toujours jeune. Trop jeune. Extrêmement jeune. Collectionne des casques, des capotes, des vestes. Ne saura jamais ce qu'est la peinture. Militaire-amateur, traîneur de sabretache, bouton-de-guêtre et fripier, ne sait pas grouper, met en place par escouades. Ignore le mouvement et, en fait de ligne, ne connait que l'infanterie (ou la cavalerie) de ligne. Correct, a l'amour de l'alignement jusqu'à ignorer, la supériorité, le talent et l'art.
A suivre...
Ernest Lajeunesse sur Livrenblog : Ernest La Jeunesse : Le Roi Bombance de Marinetti Ernest La Jeunesse célèbre Fanny Zaessinger Ernest La Jeunesse par Léon Blum. Bibliographie. Ernest La Jeunesse - Oscar Wilde à Paris. Les "Tu m'as Lu !" Ernest La Jeunesse dessinateur 1ère partie. Les "Tu m'as Lu !" (suite) Ernest La Jeunesse dessinateur Ernest La Jeunesse - La Foire aux croutes suite. Ernest La Jeunesse préface au Forçat honoraire, roman immoral. Faut-il lire Ernest La Jeunesse ?
samedi 4 octobre 2008
Opinions sur GAUGUIN Louis ROY Armand SEGUIN Paul SIGNAC
Suite des Opinions sur Gauguin, publiées par Charles Morice dans le Mercure de France N° 167 de novembre 1903.
Délivrer la peinture de toute explication littéraire, vouloir ne la faire vivre que par les harmonies de lignes et de couleurs, telle fut sa doctrine. Comme ses contemporains, il étudia la décomposition de la lumière, puis se lança hardiment dans la synthèse de la grande division, comprise à la manière japonaise, ne tenant compte que de l'équivalent des surfaces colorées. Il mit alors en pratique sa théorie de dérivations des couleurs : prétendant avec juste raison plus facile à obtenir l'accord de deux couleurs dérivées que celui de deux couleurs complémentaires. Généralement, Gauguin affectait d'ignorer le métier de l'art où il ouvrait. Rusé comme un sauvage et parfois plus ingénu qu'un enfant, il se composait une technique nouvelle qui paraissait à rebours de celle employée habituellement par les spécialistes patentés.
La recherche de l'expression de la beauté fut sa continuelle préoccupation, entravée quelquefois par l'orgueilleux désir d'étonner, de surprendre par la nouveauté ou l'étrange hardiesse de ses conceptions. Chacun sait l'importance, la valeur artistique et numérique de ses productions : peinture, sculpture et gravure sur bois, lithographie, eau-forte, céramique, tout l'a tenté. Il a tout essayé et a excellé en tout. Il fut un maître dont le talent, déconcertant parfois ses amis, est incontestable pour ses ennemis eux-mêmes.![]()
M. Armand Seguin
L'Angleterre eut en Turner un génie dont l'influence se remarque en France dans les oeuvres de Monticelli, Van Gogh, Monet, Renoir. Un siècle plus tard, Paul Gauguin nous a donné des formules nouvelles ; décorateur parfait, son enseignement est plus sain et plus étendu que celui de Turner. Ces deux génies, sources de Beauté, sont véritablement des peintres. Boecklin en Allemagne et les préraphaëlistes ne sont que des illustrateurs littéraires.
Les artistes français ne comprennent pas encore l'importance de la perte qu'ils viennent de faire en Paul Gauguin ; les étrangers la préssentent. Ceux qui ont plagié son oeuvre considérable ne s'en doute nullement. C'est en l'analysant avec amour et respect que l'on trouvera les lois sages qui ordonnaient ses différentes recherches. La mort dans l'exil de Paul Gauguin lui a évité la terrible souffrance de voir célèbres ses imitateurs et de quelle façon mauvaise ils ont démarqué son art ; aussi, elle nous a servi à juger les critiques qui ont osé railler l'un des plus grands maîtres de ces temps.
Les générations futures sauront reconnaître cette vérité.
M. Paul SignacMais, c'est atroce, ces interviews funéraires ! En de telles circonstances, et pour contraster avec les injures des reporters de l'art, je ne puis qu'adresser un hommage respectueusement ému à la vie et au labeur du fier révolté et du beau peintre que fut Gauguin.
Avec Louis Roy et Armand Séguin, ce sont deux amis, des disciples presque de Gauguin qui s'expriment. Louis Roy (1872-1907) rencontra Gauguin par l'intermédiaire d' Emile Schuffenecker, Gauguin fit son portrait en 1889. La même année avec Schuffenecker, Anquetil, Monfreid, Laval, Filiger, Émile Bernard, groupé autour de Gauguin il expose au Café Volpini, ces refusés de l'Exposition Universelle, appelés « Groupe impressionniste et synthétiste », formeront le groupe de Pont-Aven. L'influence de Gauguin sur Roy se fera sentir à partir de 1891 dans ses toiles exposées au Salon des Indépendants. Louis Roy fit parti des expositions consacrées par Le Barc de Bouteville aux Peintres impressionnistes et symbolistes de 1890 à 1896. Gauguin lui confiera en 1894 la confection des gravures pour le tirage de tête de Noa Noa. Armand Séguin (1869-1903), fut sans doute le disciple préféré de Gauguin, il ne laisse qu'une douzaine de toiles et une centaine de gravures. Gauguin écrivit la préface à la seule exposition qu'il eut de son vivant, à la galerie Le Barc de Bouteville en 1895.
vendredi 3 octobre 2008
Opinions sur GAUGUIN A. MITHOUARD. G. PRUNIER. O. REDON
Adrien Mithouard
Rien de beau comme le geste d'un barbare concluant une civilisation. Sa brusquerie est efficace ; sa colère est utile. Il simplifie.
A mesure, en effet, que l'intelligence s'affine et que les notions se multiplient, l'expression s'émousse et l'unité de conception se périme dans les oeuvres d'art. Le primitif qui paraît alors, divinateur et prompt, s'il est assez fort pour éliminer d'un seul coup toutes les surcharges de son esprit et pour l'affranchir de tous les empêchements, sera un homme de génie. Sa valeur propre c'est d'être un être d'énergie à une heure d'intelligence. Ce fût là Gauguin. Le sang Péruvien qu'il y avait en lui réveilla le sang du celte originel. En lui surgit, intégrement conservé, l'homme pur des commencements, puissant de son instinct juste, et fort de ce que Charles Morice appelle si bien le don d'enfance. Bondissant au-delà de nos visions salies, il comprit d'un seul coup, dans une colère de sauvage, que la peinture n'était belle que dans la pureté des couleurs. Il dit : « Cet arbre est vert ; mettez donc sur votre toile votre vert le plus beau. » Il accentua chaque ligne dans sa propre signification, affirma chaque couleur dans son propre effet, poussa chaque objet dans son propre sens, voulant que chaque chose fût elle-même le plus possible pour que l'homme se proclamât le plus haut possible lui-même. Il fut lyrique. Ainsi il donna à l'oeuvre peinte tout son éclat dans toute son homogénéité. Il aima si profondément la nature qu'il voult aller jusqu'à ses plus frémissantes harmonies. Il traduisit le monde de toutes ses forces. L'oeuvre de Gauguin est un acte ; profondément saine, elle est purificatrice comme le feu. Ce fut un violent rédempteur.Gaston Prunier
Je n'ai pas connu Gauguin personnellement, et je n'ai vu qu'une faible partie de son oeuvre en des expositions qu'une absence de Paris de plusieurs années m'a empêché de voir toutes.
J'attends l'exposition promise pour me faire un jugement définitif.
Dores et déjà, j'ai la plus grande admiration pour la volonté d'art de Gauguin, pour son attitude hautaine et probe, et si je ne puis très bien démêler l'étendue de son influence, qui fut entière sur quelques uns, je crois que son art et sa vie son un bel exemple et un rare enseignement.
Croyez à mes regrets de ne pouvoir m'étendre plus sur un sujet si intéressant ; d'ailleurs le bel article de Charles Morice me semble laisser peu de chose à dire à qui n'a point connu Gauguin personnellement.
Odilon Redon
Je ne sais s'il est possible d'apprécier avec justesse l'oeuvre d'un contemporain quand on est soi-même ouvrier du moment dans le même art ; incomplètement sans doute. Et Paul Gauguin, comblé de dons, s'est crapricieusement exprimé dans des matières diverse ; c'est dans le cours du temps qu'on pourra dire, et mieux qu'aujourd'hui, ce qu'il a fait du bois, de la terre cuite, ou sur la toile.
J'aime surtout en lui le somptueux et princier céramiste ; là il créa des formes nouvelles. Je les compare à des fleurs d'une région première où chaque fleur serait le type d'une espèce, laissant à des artistes prochains le soin de pourvoir par affiliation a des variétés. Le sculpteur sur bois fut un raffiné sauvage, grandiose ou délicat, et surtout libre de toute école. Peintre, il fut le chercheur volontaire très conscient de ses virtualités ; il trouva cette forte originalité dont on peut suivre la répercussion chez d'autres. Tout ce qu'il a touché a sa griffe apparente, ce fut un maître. Il le fut dans l'acceptation la plus énergique du mot, si, du moins, la maîtrise consiste à commander par influence, à transmettre des rudiments nouveaux. L'art est une Portée. La sienne est visible : il est difficile de ne point percevoir en cette peinture âpre, de saveur acide, empreinte d'un esprit marin, lointain et d'outre-Europe, la marque toujours étrangère aussi du nouveau. Sa couleur, quoique dérivée de celle d'un autre, est bien à lui : des yeux jeunes, non habitués à l'art dit impressionniste, y verront, plus aisément que nous, un mode simplificateur et large de coloration prise objectivement dans le vrai autant que dans la pensée, et organisée selon des lois qui lui étaient personnelles : point de gris, trois ou cinq tons génériques, leurs rappels juxtaposés ou atténués selon des rythmes, une analogie avec la fugue.
Ne cherchons pas en Gauguin l'excellence, la séduction, la perfection, le précieux, non : le jet continu et puissant de sa production variée l'empêchait d'y atteindre ; mais le décor, le faste, la fantaisie légère et souveraine, toute l'expansion fière de l'autonomie.
On a dit que la psychologie des êtres qu'il a représentés était perverses. Ah ! Aucun ange séraphique n'y a passé, mais, cependant, telle des femmes de Tahïti dont il a donné l'image m'a quelquefois révélé je ne sais quel émoi premier d'attirance, de douceur pure, de tendresse innocente.
De son attitude, je ne saurais rien dire, parce que, de mon aveu, je trouve vain de prendre une attitude en présence de l'Univers.
Sa vie ? Elle fut, à travers les déboires, la pauvreté et les douleurs, toujours soumises à l'éclosion de ses virtualités : quoi de plus hautain et de plus noble ? Ne jugeons rien, passons outre. Notre mesure ne serait pas la sienne. Tâchons de voir, par delà le mal et le bien, et au coeur du grand mystères, ses belles oeuvres seules, sorties, vierges, du creuset nécessaire et fatal.Henri de Régnier
J'ai rencontré quelquefois Paul Gauguin. Il avait un aspect rude et singulier et donnait l'impression de quelqu'un de puissant et de volontaire ; mais j'ai vu très peu de ses oeuvres, certains tableaux, des bois sculptés... trop peu pour pouvoir porter un jugement quelconque sur la valeur et l'étendue de son talent, car il ne faut parler qu'avec précaution d'un artiste qui, comme lui, a donné toute sa vie à son art. C'est pourquoi j'aime mieux laisser à d'autres plus compétents le soin de dire ce qu'il pensent de lui. Je me souviens que Mallarmé le tenait en haute estime.
C'est bien déjà quelque chose.
jeudi 2 octobre 2008
NINA DE VILLARD par Félicien Champsaur
Nina de Villard tenait un salon entre 1863 et 1882 où toute la jeunesse littéraire et les militants d'avant garde avaient table ouverte. Camille Pelletan, Rochefort, Jules Vallès, Richepin, Banville, Coppée, Dierx, Verlaine, Mendès, Villiers de l'Isle-Adam, Germain Nouveau, et bien d'autres fréquentèrent chez Nina. Charles Cros lui dédicacera Le Coffret de Santal et Edouard Manet en fera La Dame aux éventails. (1) Pour une bibliographie plus complète, ainsi que pour plus de renseignements sur Nina de Villard, nous ne pouvons que conseiller la lecture de la réédition due à Jean-Jacque Lefrère, Michaël Pakenham et Jean-Didier Wagneur de La Maison de la Vieille de Catulle Mendès chez Champ Vallon en 2000. On y trouve une préface très complète, la « clef » des personnages du roman, l'Album de Nina de Villard, une liste des personnalités ayant participé aux soirées de Nina, un index des personnages réels et un index des noms de personnages de fiction.
Et ce sera un bel enterrement.
A propos d'une lecture que devait faire M. Jean Marras d'un drame joué depuis, la Famille d'Armelles, il me souvient d'être allé (c'est la seule fois) chez Mme de Villars, dans son hôtel de la rue des Moines (2). Une soirée avait été organisée ; on sentait qu'il y avait moins de débraillé pour ne pas faire une mauvaise impression. L'auteur en habit noir, cravate blanche ; les convives, des poètes parnassiens, un photographe, des peintres impressionnistes, un musicien fantastique, Cabaner, étaient en toilette ordinaire ; mais ils s'étaient brossés. On ne dînait pas dans le monde quand on dînait chez la Nina dont, pourtant, la noblesse est authentique. Mondaine, qu'est-ce-que cela signifie ?
Elle était musicienne et monologuiste.
Après le dîner, Mme de Villars pria ses invités de descendre au jardin pour entendre le drame. L'été prêtait au poète son joli décor. Quelques lanternes vénitiennes dans les feuillages. M. Marras glissa la main sur son front olympien et commença, d'une voix claire, le premier acte. On était assis sous les verdures. Chacun, très à l'aise dans la pénombre, pouvait écouter, ou se laisser distraire par les étoiles. Une scène curieuse : le mari surprend la femme en flagrant délit et va la frapper d'un coup de hache. A ce moment, le père du mari, le commandant d'Armelles, enfonce la porte et arrête le bras levé de son fils : « J'ai tué ta mère de la même façon ! » Tremblez, lecteurs.
Tel est le clou de ce drame qui est un fruit de Montmartre, pays fantasque dominé par un moulin à vent aux longues ailes immobiles depuis des siècles. Mme de Villars, ce soir, fut charmante ; cette nerveuse avait encore une pensée à peu près raisonnable. Mais, de sa beauté, il ne lui restait plus que son esprit.
Un écrivain de talent robuste, Harry Allis, la dépeignit, bientôt après, dans un roman, d'une plume cruelle ; il la représenta, si j'ai bonne mémoire, « traînant ses seins avachis sur le piano. » A ce que raconte les amis de Mme de Villars cette phrase lui ouvrit les yeux sur elle-même ; elle s'aperçut vieillie, fleur fanée ; son épouvante a été telle, qu'elle en est morte.
De même, un caricaturiste de grand talent, lorsqu'il sentit partir sa jeunesse, devint fou. A Bullier, il se cambrait orgueilleusement et prenait une fille par la taille : « Veux-tu coucher avec André Gill ? » Pauvre et impuissant, ce fut le désastre d'une intelligence.
Le braves gens de province ne se doute pas de ces vies abracadabrantes. Le soir, à sept heures, la salle à manger de Nina de Villars avait l'air d'une table d'hôte. Un de mes amis, Gaston Vuidet, s'y est jadis trompé ; il était là par hasard , un camarade l'y avait emmené, sans lui rien expliquer. Il criait : « Qu'est-ce-que c'est que cette serviette effilochée ? Dites donc, la mère ? Voulez-vous m'en donner une autre ? Et ce veau ? On dirait une semelle de soulier. » A la fin de Mme Gaillard, la mère, une veuve de préfet, expliqua à mon ami qu'il était invité. Il prit son chapeau et sortit, jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus.
Cependant, Henri Rochefort, Villiers de l'Isle-Adam, Paul Verlaine, Leconte de Lisle, Catulle Mendès, Frank Lamy, Emile Zola, Alphonse Daudet, Maurice Rollinat, Emile Goudeau, Marie Katinska (sic, pour Krysinska) qui fait des ballades en prose et des ballades sur les trottoirs, Henry Maret, Léon Gambetta, Barbey d'Aurevilly, Bloy, un raté farouche, le « fondement » de ces réunions, ce sont tous assis à cette table bohème. C'étair bien facile ; quand on avait faim et que le repas n'étais pas assez copieux, on faisait un tour à la cuisine et on se préparait des oeufs au fromage, une omelette au lard, des plats faciles.
Une maison vraiment pittoresque ; on mangeait sur toutes les marches de l'escalier, au milieu d'une myriade de chats, de chiens, de cochons d'Inde ; le prince Galitzin y a dîné, un jour, assis adroitement sur une bûche. A citer encore, Mlle Holmès, qui a donné là les premières auditions de ses opéras et de ses mélodies ; Henriette Hauser, reine détrônée de Hollande ; la princesse Rattazzi, une assidue du temps jadis, qui, de loin en loin, après souper, emmenait la bande joyeuse à l'hôtel d'Aquila ; Léon Dierx ; Coppée ; effarouché ; Richepin, cherchant à oublier Judith à la chevelure tumultueuse ; Ponchon, arrivant, les dents longues, du quartier Latin ; Edouard Detaille ; Jacqueline, la guenon favorite, morte l'an dernier du delirium tremens. On soûlait la pauvre bête régulièrement tous les soirs avec de l'absinthe.
C'est dans ce caravansérail (Nina de Villars avait l'air Orientale) que Charles Cros a inventé le monologue ; Coquelin cadet a pris le hareng saur, sec, sec, sec, qui pendait au mur du grand salon, au bout d'une ficelle longue, longue, longue, et l'a promené dans tout Paris ennuyé, ennuyé, ennuyé.
Le hareng a fait des petits par milliers.
Elle s'était peut-être imaginé, la pauvre fille, que cette vie factice à laquelle un brin de littérature et une façon d'art étrange donnaient une allure particulière, quasi distinguée, que jusqu'aux dernières heures les convives habituels autour de la nappe trouée lui seraient fidèles comme une garde d'honneur.
Et, malgré tout, elle avait voulu rester à la brèche, rendant service à plus d'un famélique affolé qui déclamait encore, de très loin en très loin, un sonnet hystérique, une ballade macabre, un monologue idiot. Ils l'abandonnèrent et, du jour où quelque copie d'eux parut imprimée dans une revue éphémère, ils s'aperçurent que Nina de Villars était usé. Le jeu n'en valait pas la chandelle ; ils dirent comme Cambronne. Sauf quelques intimes, tous disparurent.
Ma solitude, plus que la vieillesse, l'a tuée ou plutôt a fini de la tuer ; car l'agonie, dans ces attaques de nervosisme et de déséquilibrement, commence de bonne heure et se précipite par saccades, par éclats de folie. Il n'y a pas de remède au mal et pas de frein pour l'arrêter. Elle eût, certainement, pu vivre plus calmement heureuse, mais aussi plus bourgeoisement, et, pour Nina de Villars, comme pour la pléïade d'affamés sans chemises qui vécurent à ses côtés, le mot bourgeois est une insulte plus grave qu'au temps des luttes romantiques.
Mme de Villars avait souvent des attaques ; elle dansait, marchait, la nuit, avec les mouvements, les gestes caractéristiques de l'hystérie, appelant son amant qui l'avait quittée, ameutant le quartier, cependant difficile à émouvoir ; en dernier lieu elle habitait dans la maison même d'une brasserie à femmes où les truies ne filent pas. En voulant être originale, personnelle, bizarre, en cherchant non seulement le bruit, mais encore la foule, l'adulation, elle a perdu la juste notion des hommes et la valeur des choses. L'amour porta une première et inguérissable atteinte à cette femme que l'ingratitude a achevée.
Elle était bien tombée ; la mort a dû lui paraître douce.
Je la vois encore, il y a quelques mois (c'est d'ailleurs la dernière fois que je l'ai rencontrée), assise à la terrasse d'un café, elle grosse, déformée, à côté de sa mère, une vieillarde sèche et maigre, que l'affection maternelle a traînée plus de trente ans dans ce milieux malsain, et qui en est sortie probablement sans l'avoir compris. Ni l'une ni l'autre ne parlaient, comme si rien n'eût pu les intéresser encore à la vie, ni le mouvement, ni les êtres, et leurs souvenirs n'étaient point de ceux qu'on se redit de mère à fille. On avait à les voir grande pitié.
Tristes, affalées, navrées, toutes deux buvaient une absinthe verte.











