vendredi 20 juin 2008

GOURMONT. NIGOND. W. C. MORROW. et les autres



Christian BUAT qui depuis de nombreuses années, grâce à son site internet consacré à Remy de GOURMONT accompagne et participe aux études sur l'ermite de la rue des Saint-Pères, vient de publier SCRIPSI, Bulletin des Amateurs de Remy de Gourmont. Le premier bulletin est consacré au Mont Saint-Michel vu par Remy de Gourmont. On retrouve dans cette élégante brochure des lettres à l'ami Émile Barbé, un passage extrait de Merlette, un autre du Songe d'une femme, un article du Mercure de France et un autre de la Dépêche de Toulouse.
Le prix du Bulletin, d'apparition irrégulière, est de 7 euros net, franco de port. Le montant de l'abonnement pour trois numéros est de 15 euros.

Numéros prévus : Remy de Gourmont, Jean de Gourmont et Charles-Théophile Féret ; Jambons, Fourmis et 'pataphysique.

Pour toute commande, envoyer un courriel à : siteremydegourmont@orange.fr.



J'aime chaque année me rendre au Marché de la poésie, on y trouve de nombreux éditeurs indépendants et pas seulement de la poésie. Cette année les stands, communs, des éditions FINITUDE et L'ARBRE VENGEUR ont particulièrement attiré mon attention, une simple liste de quelques noms et titres trouvés dans leurs catalogues doivent nécessairement mettre l'eau à la bouche des fins liseurs nous lisant.


FINITUDE :

André GILL (Comtesse de Rottenville) : L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres
Georges DARIEN : Florentine
André VERS : Martel en tête
Henry David THOREAU : Je suis simplement ce que je suis
Italo SVEVO : Conférence sur James Joyce. Ulysse est né à Trieste
William Chambers MORROW : Dans la pièce du fond
Pierre LOUŸS : La fausse Esther


L'ARBRE VENGEUR :


Arsène HOUSSAYE : Du danger de vivre en artiste quand on n'est que millionnaire
Pierre LOUYS : Une volupté nouvelle et autres contes
Marc STEPHANE : Un drame affreux chez les "tranquilles"
Marc STEPHANE : La cité des fous
Arthur-Joseph de GOBINEAU : Le mouchoir rouge
Octave MIRBEAU : Les mémoires de mon ami
Régis MESSAC : Quinzinzinzili
Léon BLOY : Histoires désobligeantes
Gabriele D'ANNUNZIO : La Léda sans cygne
Jean RICHEPIN : Les morts bizarres
Jules RENARD : Le mauvais livre
Remy de GOURMONT : Une nuit au Luxembourg


Comme il faudrait tout citer, le mieux est de faire un tour sur leurs sites respectifs : FINITUDE - L'ARBRE VENGEUR


Non contente de publier la belle revue LE VISAGE VERT les éditions ZULMA ont aussi à leur catalogue, ces quelques perles vues sur leurs tables :


Joseph Sheridan LE FANU : Carmilla
Sax ROHMER : Le Mystérieux Docteur Fu Manchu
Pierre ALBERT-BIROT : Mon ami Kronos

Le Marché de la Poésie se tient du jeudi 19 juin au dimanche 22 juin place Saint-Sulpice Paris 6e.



jeudi 19 juin 2008

La Brasserie : Léon Bloy par Catulle Mendès



La Brasserie que décrit Catulle Mendès dans sa Première Maîtresse, est un résumé de toute les brasseries, cafés et cabarets littéraires de cette époque, y fréquentent poètes et écrivains n'ayant connu ni « fortune », ni « gloire ». Mendès y voit un repaire d'impuissants et d'envieux, de ratés, dont les vociférations sont tout de même entendu là-haut, dans les sphères de la littérature arrivée, la Brasserie « fait peur », n'étant « pas sans lien avec les journaux distributeurs de renommées ». J'ai choisi un passage où Mendès présente la face sombre de la Brasserie en la personne de Jean Morvieux, personnage dans lequel il n'est pas difficile de reconnaître Léon Bloy. Le portrait est violent, injurieux, c'est un règlement de compte, en effet, Bloy l'année précédente, avait dans son roman Le Désespéré, traçait un portrait très peu flatteur de l'auteur de la Légende du Parnasse Contemporain sous le masque de Properce Beauvivier [I]. Le personnage de Jean Morvieux sera repris par Mendès dans La Maison de la vieille, roman à clefs sur le salon de Nina de Villard, puis dans sa pièce sur Albert Glatigny, lui-même déjà présent dans la Première maîtresse, sous les traits de Straparole, face lumineuse de la Brasserie, poète-comédien, archétype du bohème sympathique, joyeux, bon camarade, fier de sa pauvreté, vivant de l'air du temps et se grisant de vers [II].
Je reviendrais prochainement sur Mendès, dont quelques romans méritent une lecture attentive. Place maintenant à l'entreprise de démolition.



Autour d'eux, dans le local profond, pareil à un corridor un peu large, où s'allongeaient sous un plafond bas, deux rangées de tables de marbre blanc, fumait, buvait, grouillait, braillait un tumulte d'homme et de femmes. Dix heures du soir. La Brasserie était pleine. Cette Brasserie, c'était, alors, comme l'illustre tapis-franc de la littérature ; des étrangers la visitaient, par curiosité ; on en parlait dans les guides de voyageurs. D'autres brasseries avaient des noms : il y avait la brasserie des Fleurs, où hantaient les modèles ; la brasserie des Martyrs, qui s'ouvrait sur deux rues, énorme, divisée en plusieurs salles, chaque salle recevant une clientèle spéciale , gens de lettres et artistes, commerçants du quartier usant la soirée en parties de dominos, plus près de la rue des souteneurs assis contre les vitres et guettant les allées et les venues des filles sur les trottoirs dans la nuit traversée de gaz ; la brasserie Pigalle, petite, intime, non sans aristocratie, un peu académique, réservée aux peintres déjà décorés que des souvenirs de bohème retenaient ou ramenaient dans le quartier des joyeuses misères. Mais, elle, c'était la Brasserie ! Sans autre dénomination. Les bohèmes qui allaient ailleurs venaient ici, quelquefois, parce qu'il fallait y aller ! Et ceux qui avaient pris l'habitude d'y venir, n'allaient jamais ailleurs. Elle était un centre, un lieu de camaraderies, de haines aussi, groupement plus solide ; quelque chose comme une patrie. A quelques-uns de ses hôtes, Parisiens acharnés, la semelle collée au pavé de la ville, quitter Paris eût paru possible, s'il n'eût fallu en même temps renoncer à la Brasserie. Le matin, c'était au café, comme les autres, propre, froid, clair, paisible, où l'on déjeunait. Mais, le soir, elle prenait, avec sa cohue hargneuse, avec son brouhaha de cris et de paroles, un air malpropre et brutal, hostile, furieux, mystérieux aussi, presque effrayant ; quelqu'un qui, par hasard, ayant soif, aurait poussé la porte, se serait arrêté, se serait enfui peut-être ; on osait être là que si on y était chez soi.
La Brasserie était redoutée, et redoutable ; elle était, sous les succès, sous les gloires, sous tous les dessus splendides de la vie littéraire, la colère des vaincus, le mauvais rire des envieux. On ne s'y montrait plus, dès qu'on avait conquis la fortune ou la renommée, non point parce qu'on ne s'y voulait plus faire voir, mais parce qu'on y eût été mal vu. On en sortait comme des galères ; ceux qui restent au bagne, regarderaient d'un mauvais oeil les anciens forçats qui s'aviseraient d'y revenir en visiteurs. Mais toutes les victimes de la paresse ou du guignon, tous les impuissants et tous les forts réduits à l'impuissance se groupaient là. Et il s'y réjouissaient cruellement. La Brasserie prenait contre les insultants triomphes toute la revanche qu'on en peut prendre par le dénigrement et la parodie. Elle bafouait, calomniait, démolissait. Et ce qu'il y avait d'épouvantable c'est que, la plupart des réputations étant, en réalité, illégitimes, elle avait souvent raison, l'envieuse ! Puis, qui savait, qui pouvait dire si ces rapins sans ateliers, ces journalistes sans journaux, ces poètes sans éditeurs, ces dramaturges sans théâtre, tous ces sans-le-sous que la misère ou la chance mauvaise maintenait en l'impossibilité de se produire, ne valaient pas les heureux du succès et de la réputation ? Plusieurs sortis de la Brasserie, sont illustres ; peut-être n'étaient-ils pas seuls, parmi les leurs, à mériter cette évasion glorieuse ? Le ricanement de la Brasserie avait peut-être pour excuse l'injustice du sort.
Mauvais, ces hommes ? Non, malheureux. Mais, excusable ou non, cette gaieté était terrible. La Brasserie n'approuvait rien, n'admirait rien; ou elle inventait des gloires, qui restaient ignorées, pour diminuer les gloires reconnues. Elle exaltait pour humilier, affirmait pour nier. Et sa besogne lointaine, comme souterraine, ne demeurait pas sans effets parce que la Brasserie avait la haine tenace et le dénigrement entêté, parce qu'elle mettait à mordre l'acharnement d'un chien qui ronge un os, parce que, en bas, elle parlait haut. En outre, dédaignée et méprisée en apparence, elle n'était pas sans lien avec les journaux distributeurs de renommée. Une critique proférée là, cent fois répétée, sortait de la Brasserie, montait, se répandait, pouvait devenir l'opinion publique ; une injure, bavée entre deux bocks, allait frapper en plein front la plus haute gloire, comme le crachat en l'air d'un voyou souille la face d'un homme au balcon. Les plus admirés, attentifs à cette espèce de basse sainte-wéhme de la littérature, avaient peur de la Brasserie. A la Brasserie, il y avait Jean Morvieux.
Cet homme faisait penser à un égout, qui aurait de la haine. Toutes les médisances, toutes les calomnies, toutes les laides histoires, vraies ou fausses, dont la rage des humbles affronte les célèbres et les puissants, il les recevait, les absorbait comme un trou s'emplit, et les dégorgeait, plus immondes, avec l'éloquence d'un débordement de fanges ; et il montrait, quand il parlait, son cou se gonflant comme d'une remontée d'aliments et devin, la face extasiée d'un ivrogne qui aimerait son vomissement.
Ce qu'il faisait dans la vie, à quarante ans déjà, ce qu'il avait rêvé, ce qu'il espérait, - s'il espérait encore, - peu de gens le savaient ; il donnait parfois à entendre qu'il entassait, dans des tiroirs, des drames, des romans; mais il se souciait peu de les offrir à la curiosité de l'universelle bêtise. Ses enthousiastes, - il en avait, - affirmaient que Jean Morvieux, le voulant, aurait étonné le monde par des chefs-d'oeuvre absolument nouveaux, et que près de lui les plus grands homme auraient ressemblé, s'il avait daigné se dresser , à des nains qui grouillent entre les jambes d'un géant. Quelquefois, en effet, s'échappaient, du tumulte de son insolente et virulente parole, parmi les haineuses ordures, des emportements vers on ne sait quel sombre et farouche idéal. Ce démolisseur, après avoir fait des ruines, les escaladait et planait au-dessus. Vil et magnifique, immonde et rayonnant, ignoble et glorieux, la bouche pleine de fiel, les yeux pleins de flamme, sifflant et tonitruant, il offrait cette absurde et grandiose antithèse d'un serpent qui rugirait ! Qui aurait pu dire de quels rêves il était descendu dans les réalités de la colère et de l'envie ? Il était peut-être de ceux qui se crurent nés pour devenir les despotes des esprits de tout un siècle, et à qui n'est resté, de leur emphatique ambition déçue, que l'orgueil de mépriser ceux qu'ils n'ont pu asservir. Soldats qui ont crié : « Je serai empereur! » et, déçus jusqu'au goujat, narguent les généraux. Il connaissait peut-être ce poète non prouvé, les inconcevables affres du cerveau vide à l'heure du travail, les insultants reproches, sous la plume qui n'écrit pas, du papier qui reste blanc. Impuissance, paresse, ou déperdition de l'esprit dans la vaine éloquence, cette réalisation trop facile et trop prompte de la pensée, n'importe ! Il était possible qu'il eût cent fois, fou de rage, ensanglanté de ses ongles les tempes de sa stérile tête, comme une femme maudirait et déchirerait son vil ventre infécond qui rêva des races ! Et il parlait encore, toujours, parce qu'il ne pouvait pas écrire ; et il raillait épouvantablement, comme Satan satisfait dans le rire sa rancune de ne pouvoir créer. Or cette raillerie avait de la bave et des crocs, souillait et lacérait. Un être pareil à un chien enragé secouant sa chaine dans sa niche, tel était Jean Morvieux, dans le coin le plus profond de la Brasserie. Sa bouche ouverte ressemblait à une gueule armée, qui de l'ombre d'un trou, menace éternellement. De toutes les hauteurs, on entendait ses hurlements ! On ne pouvait s'empêcher de savoir qu'il y avait, très bas, très bas, plus bas encore, une hydre dont la seule tête suffisait à l'empestement de tout l'air.
Quant à sa vie, honteuse, il l'étalait avec le cynisme d'un ladre qui montre sa lèpre. Comme s'il y eût aimé le mépris, même quand, le méprisé, c'était lui. On aurait dit qu'il voulait rendre vraisemblable, par son ignominie, l'ignominie des autres. Son exemple prouvait ses calomnies. Qui aurait osé douter, dans la Brasserie obéissante, des infamies, dont il éclaboussait avec un retentissement de foudre, en levant son bock, les plus purs et les plus illustres, lorsque lui-même, Jean Morvieux, était infâme ? Il l'était véritablement. Il avait cette fille, Caroline, vieille, obèse, suante, emplissant de sa chair molle les loques flasques d'un corsage toujours mal agrafé. Avec son air de somnambule de foire, qui longtemps, aurait été, derrière quelque caserne, la matrone d'un mauvais lieu, elle rôdait, vraiment, les soirs, - tandis qu'il pérorait et prédiquait , lui, à la Brasserie, - sur les boulevards extérieurs, dans les ruelles de Montmartre, s'offrant à qui passe, hideuse mais prometteuse, usant de sa laideur pour faire espérer des complaisances, et connaissant des bornes de portes cochères, où l'on épargne, sans diminution du salaire, la mise de fonds d'une chambre dans quelque hôtel meublé. Et quand elle rejoignait Morvieux, rouge, grasse, énorme, lourde, sans chapeau ni bonnet, sentant le vin des ivrognes qui rôdent, elle faisait sonner, pour le réjouir, dans la poche de sa jupe toujours prête à tomber, des remuements de gros sous ; car on ne la payait pas en monnaie blanche. Alors, il riait, en l'orgueil de sa honte, et sûr des bocks. Sa verve devenait furieuse et triomphale. Il se levait, secouait ses cheveux, frappait la table du poing, abondait en improvisations haineuses, qui vavait l'air de prendre à la gorge les renommées, les puissances, et de les secouer. Il criait : « La gloire est une catin, comme Caroline ! Seule différence ; elle coûte plus cher. » Ou bien : « L'autre jour j'ai vu un homme glisser dans un égout ; c'était un ministre qui rentrait chez lui. » Ou bien ; « Je prend le Sénat dans ma main droite, l'Académie dans ma main gauche, je les frotte l'un contre l'autre : ça ne prend pas feu, parce que c'est de la bouillie, mais ils font, à eux deux, les deux fesses d'une même diarrhée ! » D'ailleurs, toujours littéraire, soignait ses phrases, comme en l'appréhension de quelque sténographe. Ce souteneur parodiait Juvénal. Et il riait d'un rire béant, trop lippu, qui montrait des dents sales. Il était horrible, il était joyeux. Il s'enorgueillissait de sa maîtresse, qui était une rouleuse ; comme de ce nom, Jean Morvieux, qui n'était pas son nom, qu'il avait choisi ; comme de sa face large et jaune, aux bajoues pendantes, aux lèvres bouffies, presque sans nez sous le renflement d'un front colossal, de sa face de mascaron que hérissaient de crins rouges, pareils à une brutale auréole, des cheveux courts et drus autour d'un crâne chauve. Son nom le révélait, sa face l'avouait ! Il était ignoble et formidable. Ce buveur de bière eût été moins à craindre s'il eût été buveur de sang. Si lointain qu'il fût, il effrayait. Et après les triomphales faciles, dans les succès d'un jour, que célèbre l'enthousiasme des toasts, à ces banquets politiques ou littéraires où l'Illustre de la journée a un instant le droit de se croire l'égal des véritables héros ou des vrais génies, c'était toujours l'inquiétude secrète des convives, fiers de la gloire qu'ils donnent, de voir sourdre on ne sait d'où, comme Banquo dans le fauteuil, Jean Morvieux levant, pour trinquer avec les coupes de champagne, le ricanement mousseux de sa chope.

Mendès (Catulle) : La Première maîtresse. G. Charpentier et Cie, 1887.


[1] Exemples des amabalités dont Bloy pouvait qualifier ses ennemis « Properce Beauvivier est juif de naissance et se nomme Abraham, Abraham-Properce-Beauvivier. Juif cosmopolite, d'origine portugaise [....] Beauvivier est l'auteur d'un nombre infini de livres de diverses sortes, mosaïques perverse et compliquée, où transparaît sans relâche l'intime obsession de déshonorer et de salir [...]» - « Leverdier résolut de voir, le jour même, Properce Beauvivier, le poète-romancier sadique, devenu depuis peu, directeur et rédacteur en chef du Pilate. Il le connaissait à peine, mais il voulait, autant que possible, pénétrer son jeu et préparer, avec un extrême soin, la négociation, - Marchenoir ayant plusieurs fois exprimé très haut son mépris pour ce marécagier superbe, lequel devait avoir un fier besoin de pimenter son limon pour s'être déterminé à faire des avances à ce cormoran. Il était à craindre, aussi, qu'on ne tendît l'échelle au désespéré que pour l'induire à se rompre définitivement la barre du cou sur quelque échelon pourri. Sans doute, il eût été fort imprudent de chercher à pressentir cet infâme juif sur la vitale question d'argent. Ses pratiques, à cet égard, devaient ressembler à celles de son prédécesseur [...] » - « la trahison est son unique arrière-pensée, sa préoccupation constante. Judas s'est contenté de livrer son Maître, Properce aurait entrepris de le souiller préalablement. Son âme est une condensation de fumée terne et fétide, aussi capable de cacher l'abîme de ténèbres d'où elle est sortie que d'offusquer les gouffres de lumière vers lesquels elle ne permet pas qu'on s'élance. [...] »


Léon Bloy par J.-H. Rosny, sur Livrenblog : Léon Bloy « catholique à la grosse tête » par J.-H. Rosny, "Catholique à la grosse tête" suite.

Catulle Mendès par Camara



mardi 17 juin 2008

Arnold Boecklin par Mécislas Golberg


Arnold Bœcklin par Mecislas Golberg La Plume, 1901.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la pensée humaine a atténué les exagérations et les violences de la première époque romantique.
Les philosophes et les artistes ont créé une légende nouvelle de l'énergie.
Ils ont spiritualisé la force, ils ont rendu la science plus aimable et ont donné à la vigueur une attitude pleine de sagesse.
Parmi les ouvriers de cette nouvelle forme de la pensée, A. Bœcklin occupe une des premières places. Dans une étude spéciales je parle de la technique du peintre, de son âme picturale. Aujourd'hui je me limiterai à l'analyse de ce qu'on appelle idée générale de son oeuvre.
Bœcklin a vu les derniers vestiges du romantisme. Il a assisté aux sanglants drames sociaux de 1848 qui on fait crouler tant de rêves. L'exaltation de la force ne pouvait plus lui suffire. Le geste violent et la couleur trop éclatante exaspéraient son esprit que la vie a froissé. Les ombres romantiques gênaient déjà cette âme prête à la sagesse.
La sagesse ! Les uns la voient dans l'oubli et le calme. D'autres la trouvent dans la solitude. D'autres encore croient la tenir en exaltant leurs troubles et leur épouvante. Bœcklin a procédé autrement.
L'art et la pensée de son temps qui ont glorifié trop l'énergie brute l'angoissaient. Les bonnes âmes se sont détournées du spectacle de la rue et sont allées dans le passé chercher des indications. On a voulu comme autrefois avoir la bonne gaieté, le rire franc, et l'amitié des dieux.
Les philologues – ces ascètes modernes – sont partis pour explorer Rome et l'Hellade. Ils voulaient aimer de nouveau les bosquets sacrés et les nymphes des bois.
La brutalité de la force naturelle ne suffisait pas. On avait faim des nourritures spirituelles et on craignait le banal idéalisme, vieillot et usé.
Or la Grèce avec ses mythes, avec ses dieux peu terrifiants, si humains, reposait des violences de l'énergie barbare qu'exagérait la volonté chrétienne.
Bœcklin aussi se tourna vers la terre attique. Les satyres, les nymphes, les boucs divins – ces exagérations de la vigueur humaine – l'on tenté.
En Italie il a connu le ciel et le sourire. Il a rêvé Bacchus et ses ébats, les rires des Silènes, les troublantes grâces des Sirènes.
Avec les couleurs éclatantes, blessantes parfois – avec la gaucherie d'amoureux il a peint les paysages et leurs dieux. Cependant le sang du vigoureux Suisse était parfois blessé par les aimables ébats.
Et alors il éclatait en imprécations. Sa couleur s'exaltait. Le blanc et le bleu et le rouge enveloppaient ses visions. Le ciel redevenait hérissé de menaces. La désolation soufflait à travers les arbres, la désolation et l'épouvante de l'énergie qui se sent vigoureuse et qui ne peut encore trouver le geste sobre qui convient à toute force réelle.
Il fait dans ces instants l'Incendie du Bourg, le Prométhée ; il peint la souffrance si profonde de la légende chrétienne. Il use sa palette pour faire sortir la douleur de l'esprit, la sombre douleur de l'âme que l'immortalité blesse ou bien il jette sur la toile le Chevalier de la mort, l'aventurier qui chevauche parmi les squelettes et la terreur des solitudes.
Mais parfois il s'attendrit ! La sagesse antique, la pensive légende l'attire.
Il revient plus calme. Il peint le Printemps, la gaieté du soleil, l'humaine mélancolie de l'automne, cette merveilleuse Villa au bord de la mer où la nature est si sévère et où les cyprès parmi lesquels une femme en deuil pense sont secoué par le vent marin.
Et alors la couleur s'adoucit : les tons gris paraissent, le ciel brun, la mer est glauque...
C'est le rêve du coeur humain que ne charme même plus quelque nymphe ou le Pan !
Son génie puissant cherche encore sa forme. Il s'épuise dans les lamentations. Il n'a pas peur de la solitude. Il connait déjà la sublime terreur !
Parmi les hommes il essaie de retrouver l'âme de son art.
Il fait des portraits. Il étudie l'homme. Cependant bientôt il l'abandonne. La chair humaine, la figure n'appartiennent pas à son pinceau. En effet, son art a des principes moraux encore. Il a des troubles qui empêchent de créer un portrait, de faire surgir la beauté par le seul procédé de l'art. Les figures ont des contours merveilleux, des expressions intéressantes mais manquent de précision.
Il n'a pas construit son type humain. L'homme de Bœcklin paraît seulement comme partie du paysage ou bien comme une ombre lointaine, comme une attitude.
Il n'a pas pu non plus créer son type de femme. Même sa Viola ne peut être considéré comme document humain qu'au point de vue de la psychologie du peintre.
Comme tous les créateurs du XIXe siècle il était préoccupé par l'expression, par l'âme morale. Il peignait avec sa colère, avec sa mélancolie. Or ces sentiments empêchent de faire surgir la statue humaine. Car, au fond, cet art si simple du portrait demande une grande possession des procédés qu'on emploie, une sérénité d'esprit que rien ne trouble : elle demande aussi le règne de la Raison.
Bœcklin peignait le caractère, il cherchait l'émotion et l'expression. Fatalement l'homme nu lui échappait. Malgré lui, il s'arrêtait devant un geste, devant un trait, au détriment de l'harmonie d'ensemble.
Il ne pouvait pas encore avoir la sagesse attique. Son âme était à peine thessalienne. Mais une fois cette restriction faite, si cela en est une, quelle belle légende de l'énergie humaine nous a légué Bœcklin !
Devant le sphinx humain, l'artiste restait troublé. Mais aussitôt que son regard s'attachait aux coteaux verdoyants, aux ruines de Pompéï, à la Campagne romaine, au pays sévère d'Ombrie, il retrouvait des accents justes et des couleurs merveilleuses pour rendre la rêverie de l'homme au milieu des paysages sacrés, la douceur mélancolique devant la durée et l'immortelle vie.
Il fallut cependant beaucoup souffrir, brûler dans la poix, être égaré et fléchi par son art pour arriver à cette douceur qui est déjà presque au seuil de la sagesse.
Cette époque non plus seulement d'épouvante morale mais d'épouvante picturale se manifeste dans ses tableaux que ses admirateurs appellent tableaux que ses admirateurs appellent tableaux de la période bleue.
Les sujets de luttes morales : Bœcklin et la Mort, Pièta, les paysages de tempête sont noyés dans la couleur bleue, d'un bleu aux éclats gris, violacés. Dans ces oeuvres l'esprit semble subir, dans un effort suprême, l'assaut de la passion contre l'art.
En effet cette période bleue, c'est la période où le génie du peintre est emporté par le génie de l'homme. Il est fasciné par les violences de son sang et en larges traits il étale le bleu de terreur, le bleu des visions fatales, des grandes désolations... Mais l'artiste finit par se dominer... Après cet éclat terrible, il revient calmé vers la prairie, les fleurs, les souvenirs et surtout vers la mer, l'immense mer.
Il peint les âges humains, un parvis de fleurs où jouent les enfants, où les adolescents s'aiment et les vieux rêvent. La prairie n'a déjà rien d'apocalyptique. Elle s'offre à ceux qui l'aimeront en apportant son manteau fleuri et sa musique des sources ; il fait aussi des fêtes des vins, pleines de gaieté robuste, de gros rire... Mais ce qui le hante après les terreurs, ce sont les vagues de la mer, les brises, les douces visions des rochers : les naïades, les dauphins, les gros dieux de l'Océan qui rient, jouent et prennent leurs ébats dans l'onde vide.
Son tableau Dans le jeu des vagues est vigoureux. La couleur est limpide, les gestes sont gracieux et tout chante la beauté de la vie infinie, de la vie impersonnelle.
Ses marines qui sont encore analytiques, où la couleur est dominée par la composition, apportent un élément nouveau à son art : les nuances des couleurs, les nuances des reflets. Il apprend à peindre ce qui est diaphane, semi-matériel, liquide et si gracieux. Il se retrempe dans ses visions antiques, en compagnie des dieux qu'il a aimés hier et qu'il a abandonnés pour la peinture dramatique.
Il revient donc vers la légende ! Mais ce n'est plus seulement les pans et les nymphes qu'il peint. Il a plus de ressources. Il a vécu plus profondément. Il a appris à décomposer sa couleur, à la simplifier. Avec un peu, il reconstruit sa vision. En plus, il a besoin du sentiment de vigueur et de durée dans un milieu sain, ultra-humain, parmi les rochers, les tempêtes, les épouvantes où malgré tout demeure la vie de l'onde.
Dans les peintures première manière, il analysait ses sentiments et cherchait sa peinture. Dans son époque dramatique, il a subi ses sentiments et les a exprimés par la couleur simplifiée, maniérée, mais qui parlait à sa raison troublée.
Dans les marines, il domine déjà la légende. Il sait l'employer à son gré et transporte ses dieux dans les espaces pleins de mouvement où il faut avec peu créer beaucoup.
Tout en faisant ses naïades, tout en animant la mer glauque, de plus en plus il affine sa couleur et prête son oreille attentive au silence.
Cela se passe déjà à Fiésole, près de Florence où Bœcklin habite. Les turbulences même de la mer lui semblent trop faciles. Le peintre a appris déjà la sagesse. Il dit un jour à la dame qui lui demande de peindre un incident quelconque : Ceci ne peut être peint. Et dans l'album de la dame il inscrit quelques vers.
Les grands espaces lui ont appris la loi de la lumière. Les retraites silencieuses du paysage toscan lui apprendrons la loi des nuances grises.
Il n'a plus besoin de décomposer sa vision picturale. Il ne fait plus la superposition du violet, du rouge, du blanc de son Odusseus et Calypso. Mais il peint le Silence dans la forêt, le Bosquet sacré, l'Ile de la mort.
La pensive mélancolie préside maintenant à son art. Les ombres et les lumières se sont fonfues ; tout est diaphane – la lumière n'a pas l'éclat insolent et l'ombre ne souffle pas l'épouvante. Les troncs d'arbres n'ont plus l'écorce d'un brun violent. La verdure est devenue plus pudique. Le tableau a un ensemble – un ton qui ne permet d'analyser rien de particulier et qui oblige à l'admiration où se mêlent la tendresse, la mélancolie, le sentiment de quelque bonté ineffable, de la vie douce, malgré tout, douce à cause du sage qui a su l'aimer et l'exprimer.
Aucun tableau ne m'a donné ce sentiment de sainteté, de silencieuse douceur, de respect, enfin de je ne sais quoi, que j'ai éprouvé devant son Bosquet sacré.
Les quelques fleurs éparses, les arbres, la blancheur éclatante des airs et puis ce cortège des prétresses de la flamme qui vont s'agenouiller devant l'autel où brûle le feu bienfaisant, celui que domine la pensive et bienfaisante Vesta. Que nous sommes loin de la terreur de Prométhée !
Le voici, le feu ! Il se lève de l'autel que cache le feuillage... mais il ne détruira rien... Aucun dieu, aucun héros n'auront plus besoin de souffrir pour sa gloire... La vision dramatique a disparu. Bœcklin après avoir vécu la fureur eschylienne, s'approche vers la sagesse de Sophocle ; déjà la raison mène son art.
On ne peut plus établir les sentiments faciles que sa peinture pourrait inspirer. Elle ne suggère plus des idées, elle n'invite plus à l'imitation. Elle est devenue l'expression pure d'une haute énergie qui se domine et qui l'offre sans brutalité à ceux qui voudraient s'aimer.
Voici la grande différence entre les quatre phases de Bœcklin ! La première – celle de la légende – c'est la réaction contre la brutale énergie, contre les procédés trop primitifs des romantiques. La seconde, c'est l'analyse troublante d'un esprit cultivé qui s'égare, puisqu'il a voulu bien comprendre et bien créer.
L'époque des marines, c'est déjà le règne de l'esprit, mais de l'esprit adolescent qui a besoin des nuances, des couleurs vives et des gestes pour rendre une impression.
Dans la quatrième phase, c'est déjà la vision d'ensemble, la symphonie de la couleur, la belle architecture du tableau qui s'est débarrassé de l'âme gothique et barbare.
Glanons dans les comparaisons, parfois elles expliquent !
Le temple gothique avait besoin pour se soutenir de ces immenses piliers qui l'enveloppaient comme des bras, qui le soutenaient...
Mais l'église de Pise se lève légère ! C'est en elle-même qu'elle puise sa force, sa grâce, sa résistance. Je pourrais parler encore des statues du Vie siècle grec en face de celle du Ve, des draperies dures, compliquées, des mouvements dramatisés, devant la simplicité pensive de Demeter et Coré, d'un combat, des funérailles de quelques frises du Parthénon.
Le progrès de l'art c'est cette concentration du mouvement, la simplification apparente et la domination ni de la forme. La composition trouble l'âme primitive. Le geste expressif attire l'artiste qui tâtonne. Le mouvement dramatique a un charme mystérieux pour une âme qui naît. Mais quand l'esprit domine déjà la matière, quand il pénêtre avec science les événements de la vie, il ne cherche plus la composition complexe, il n'a plus besoin de dramatiser pour exprimer son émotion et créer une oeuvre d'art. La carrière artistique de Bœcklin est d'un grand enseignement pour établir cette loi de création.
Il devient plus humain à la fois, plus peintre et... plus philosophe, au moment où il peint son Bosquet ou son Ile des morts.
Dans l'Ile des morts comme dans le Bosquet sacré, le sujet est simple. Dans le second c'était la mélancolie et la tendre adoration du feu ; dans le premier... c'est la mélancolie et la pensée d'adoration de ce qui s'en va en dépouille.
La mer bleu vert dort. Une barque glisse silencieuse. Elle porte un cercueil qui s'approche vers le rocher où il va reposer. Seuls les cyprès semblent se plaindre !
Le ciel où traînent les nues menace... Mais même cette menace ne peut troubler la solennité du repos. Et alentour rien ne gêne l'oeil. Tout est diaphane, clair. Les ombres sont aimables. La vague caresse la pierre. Les fleurs couronnent le cercueil. La mort n'a rien de tragique. Piéta qui pleurait Jésus a eu des inquiétudes inutiles !
Cependant Bœcklin, dans cette nouvelle forme de son art, n'a pas atteint encore sa perfection.
Certes l'esprit est déjà presque à sa limite. Il domine ce qui passe. Il simplifie l'expression. Il se confond avec la vie, en apportant sa substance ordonnatrice. Mais il y a encore des choses inutiles pour la sagesse... pour la beauté pure.
Dans l'Ile des morts et le Bosquet sacré, ce qui domine encore c'est l'expression ! L'âme est devenue plus sage. La peinture est devenue sobre. Mais pourquoi ces évocations ?... L'esprit qui se domine et qui se fait amical dans l'univers, crée la grande joie sans même apporter sa rêverie mélancolique.
Plus l'artiste possède sa forme, plus il dépersonnalise ses sentiments.
Qu'importe le sujet pour celui qui possède les mystères de son esprit ! Que lui importe une figure, un paysage, une suggestion.
Le grand art – celui qui atteint les cimes après lesquelles il ne reste que la peur, la faiblesse ou la désolation – se contente de peu.
Le geste d'un enfant, un site, un arbre, une fleur lui suffisent pour se reconstruire et s'exprimer. Il saura dans tout trouver la substance impérissable de la vie – l'ordre qui domine ce qui passe, la raison pure enfin – celle qu'évoque Platon.
Or Bœckiln est parvenu, même à cet art de silence, de grâce, et de profondeur simple. Et chose étonnante, parmi les trois Allemands : Wagner, Nietzsche et Bœchlin, il était le seul qui a su y arriver.
En effet, Wagner tragique et languissant, guerrier spirituel, le musicien du rêve, a voulu à son tour s'attendrir et être simple. Il a fait Tristan et Iseult. Mais ce sont des enfants d'hier. Ils ont encore la langueur pâle et les effrois.
Nietzsche qui cherchait dans sa coléreuse passion de comprendre l'éclair sublime qui donne la grâce et la vision complète, fut obligé de renier Wagner et d'exalter Bizet.
Il l'a fait moins pour son amour pour Bizet que pour le sentiment net que l'art de Wagner n'était pas l'art de la raison, lart des âmes.
Et lui-même s'évertue de rire et de danser, d'être l'enfant gai – l'enfant gai et tragique.
Mais il n'est pas parvenu à la sagesse, son héros souffre et saigne. Il maudit et il n'a pas le geste sobre des dieux. Il est resté, jusqu'au bout, l'évocateur des chants dionysiaques contre la parole grave d'Apollon.
Seul Bœcklin qui a commencé comme eux est arrivé à la raison. En effet, dans son tableau Peinture et poésie, tout drame, même de mélancolie, a disparu. Il ne reste qu'un peintre qui avec les moyens de son art fait surgir des gestes et de merveilleuses légendes. Il n'y a plus ni tristesse, ni sanglot, ni résignation dans ce tableau. Il n'y a que l'expression de la beauté manifestée par un mouvement très simple, mais où on voit se refléter tous les cieux de la raison. Deux femmes drapées sobrement appuyées contre une fontaine, expriment le sujet ! Un ciel bienveillant fait le fond du tableau.
C'est tout ! Mais celui qui a pris l'habitude de manier diverses méthodes, quelqu'un qui a beaucoup vécu et beaucoup compris – un vieillard dont l'oeil terne regarde le ciel bleu et songe sauront aimer cette magnifique évocation.
Le sage aussi s'arrêtera pour murmurer quelque pensée naïve, pour se reposer et se reconnaître.
Car dans ce tableau tout se tient, rien ne parle par suggestion ou par idée morale ; la technique picturale et le dessin suffisent pour évoquer toutes les considérations et toutes les extases.
Après cette forme d'art, Bœcklin ne pouvait plus que se répéter et se rapetisser. Aussi plusieurs années avant sa mort, il cessa de peindre. Il se contenta de contempler au milieu de ses petits-enfants les beaux couchants du soleil de Fiésole !
Ainsi Bœcklin a non seulement exprimé dans son oeuvre la philosophie et les tendances de son époque ; son oeuvre n'est pas seulement une indication morale de son temps, mais aussi l'expression d'un art complet, l'indication pour demain.
Les imitateurs l'ont beaucoup méconnu. Ils ont pris, dans ce géant, son coté facile, suggestif : marines et légendes.
En croyant le continuer, ils ont créer l'art mièvre et doux ou l'art d'épouvante.
Mais aucun d'eux n'a jamais osé continuer les deux dernières époques fleurissantes de l'art de Bœcklin, les époques de sagesse, de maîtrise complète qu'on peut subir, mais qu'on ne peut imiter. Car l'imitation ne s'attaque qu'aux oeuvres analytiques et insuffisantes.
Aux cimes l'égalité règne, on ne peut rien reprendre dans une oeuvre complète.
Cependant aujourd'hui nous pouvons dire qu'en dehors de ce que les disciples de Bœcklin ont admiré, il reste une part pour l'enseignement de demain au point de vue de la philosophie de l'art et de sa technique.
C'est pourquoi en Allemagne Bœcklin représente l'âme la plus complète de la pensée créatrice de la seconde moitié du XIXe siècle.
Mécislas Golberg.

Pensées d'Arnold Bœcklin

Le peintre voit et vit avec les yeux. Il y a en lui quelque chose qui se combine à la forme et à la couleur, anime sa vision et devient par cela quelque chose de précis.
Richesses ! Il n'y a qu'un art, cependant il y a autant d'individualités que de réels artistes. Mais les gens qui s'asseyent devant un agréable morceau de nature pour le contrefaire et tout au plus fixer la coupe ou la forme du tout, précisément ne sont pas artistes.
Qu'est-ce qui, au jour d'aujourd'hui, doit provoquer la création artistique ? Dans l'antiquité, la vie l'a entreprise ; mais la vie s'épuise de nos jours, au plus vite elle repousse toute production. Nous « vivons » si peu ! Comment habitons-nous par exemple ! D'une manière qui suffit à peine pour « l'existence ». Nous restons tous entassés, dans une maison étrangère, sans air ni lumière. Et de quelle manière nous habillent nos préjugés, notre ignorance de l'art, notre pruderie ! Aussi n'y a t'il rien là pour les yeux et les sens. Les formes humaines, les formes féminines même, nous ne les vouyons tout au plus que par accident. (A condition toutefois que, malgré ces cachotteries conformes au devoir elles ne soient conservées et fleurissent passionnément). La famille – nous ne l'avons pas, elle nous a. La femme – au fond, aucune n'a vraiment en elle un intérêt sérieusement attachant et bien réel. Les enfants – au début peut être procurent beaucoup de joie, mais plus tard ils ne donnent que luttes et soucis. Le patriotisme ! - Je serais le tambour-major si tous les vrais sans-patrie avaient été expulsés ! D'où doit donc maintenant naître l'oeuvre d'art ! Par quoi peut-on voir une fois plus clairement, s'exprimer plus amicalement, plus légèrement ? Il ne reste que le vin. Lui seul est une véritable jouissance, il élève l'homme en nous. Seul le vin nous aide contre la vie, crée malgré elle, seul il donne parfois vraiment une heure où l'on oublie toutes les affaires, et où l'on croit merveilleux, n'importe quoi.
On devient pour la première fois particulièrement joyeux de sa vie. Quand on a plus à perdre aucun renom en société.
Je ne comprends pas du tout pourquoi je dois peindre de jolies femmes. Je ne peins pas des galanteries et n'ai pas à plaire aux gars lubriques.
Si je peins de l'eau, alors viennent à moi toutes sortes de choses folâtres, desquelles je ne savais rien, quand je les ai vues, mais qui me sont restées.
C'est énorme, beaucoup de métier dans l'art, et aussi beaucoup de pratique, beaucoup d'essais nécessaires, beaucoup de travail mécanique.
Nous sommes tous des aventuriers sans repos, pilotes ni compas, chacun dans sa coque de noix. Aucun n'a de repos, au grand matin. Il ne sait rien, ne voit rien, ne contemple qu'après, et s'essaye.


Arnold Bœcklin.


L'article est suivi de notes de Mécislas Golberg sur l'oeuvre de Bœcklin, recension de ces travaux et études publiées.

Nous avons conservé la graphie de Golberg pour le nom de l'artiste, celle de Böcklin est plus couramment utilisée.

Le peintre symboliste Arnold Böcklin est né à Bâle en 1827. Il peint son premier tableau à l'âge de seize ans. Il séjourne à Dusseldorf, à Anvers et à Bruxelles, en 1848 il est à Paris, il enseigne à l'Académie des beaux-arts de Weimar de 1860 à 1862 puis jusqu'en 1866 travaille à Rome. De 1867 à 1871 il regagne la Suisse où il peint fresques et tableaux, il repart alors pour Rome, puis en 1875 habite Florence, où il peint ses marines et ses tableaux d'apogée, de 1885 à 1892 on le retrouve à Zurich. C'est en 1893 qu'il s'installe à Fiésole où il mourra en 1901.


Sur Mécislas Golberg :

L'Alamblog, une bibliographie Des Tablettes

Livrenblog, un extrait du chapitre Déformation de La Morale des lignes. Mécislas Golberg contre Remy de Gourmont : Orthodoxie symboliste.

L'indispensable recueil : Mécislas Golberg Passant de la pensée. Une anthropologie politique et poétique au début du siècle. Maisonneuve et Larose, Quatre Fleuves. 1994, in-8, 506 pp. Bibliographie. Couverture illustrée, illustrations hors texte. Etudes critiques, bibliographie et documents réunis par Catherine Coquio. Collaboration de M. Décaudin, Ph. Oriol, P. Dufief, G. Ducrey, S. Lucet, J.-P. Corsetti, etc. Choix de textes de Golberg.

Lettres à Alexis. Préface de Jean-Paul Corsetti. Éditions Champ Vallon, 1992.

On trouvera une bibliographie et des repères biographiques sur le trimardeur anarchiste grâce à la mise en ligne du livre précédent sur Google books.

samedi 14 juin 2008

Les Académisables : WILLY


L'Assiette au Beurre, N° 101, 7 mars 1903.


WILLY par CAMARA


Willy souffe que je grave
Digne et grave
Sur le bois d'un calembour
Ces vers pour
Abominer ta tenue
Biscornue
Et tes chapeaux à bords plats,
Raplaplas !
Morbleu ! Quand on est en somme
Un bel homme
Dont rêvent tant de minois
Pantinois,
On doit avoir la fringance,
L'élégance
Au moins de Lugné-Poê,
La poë -
Sie et l'air aristocrate,
La cravate
De feu Brummel, cet archi-
Lebargy...
(ici l'auteur s'arrête terrassé par la méningite)

Texte de Dominique BONNAUD


Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. La Peur dans l'île. Catulle Mendès. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. En Bombe avec Willy. Maîtresse d'Esthètes par Papyrus. Quand les Violons sont partis d'Edouard Dubus par Willy. Le Jardin Fleuri. R. de Seyssau par Henry Gauthier-Villars. Willy fait de la publicité.

Et éparpillé un peu partout...


Les Académisables : Jean LORRAIN


L'Assiette au Beurre, N° 101, 7 mars 1903.

JEAN LORRAIN par CAMARA

O Lorrain ! Qualis artifex !
De quel art tu fais vivre au cours de tes chroniques
Ces Bougrelon, ces Woronsoff ! - Neurasthéniques
Souffrant d'un mal étrange ignoré du codex !
Misogyne admirable et qui t'es dans la vie
Tant occupé d'Eraste et si peu de Sylvie,
Tu nous apparais, tel un hagios lointain,
Dans la riche lourdeur d'un cadre byzantin,
Parmi les ors ouvrés de façon magnifique
Dilatant tes yeux noirs tout pleins d'ombre mystique.
Le front nimbé d'argent et levant haut l'index,

O Lorrain ! Qualis artifex !

Texte de Dominique BONNAUD

Jean Lorrain sur Livrenblog :

- Jean Lorrain en 1931 L'Esprit Français enquête.

- La Maison Philibert au Théâtre. De Lorrain à Fréhel.

- Jean Lorrain n'assassinera personne.

- Maigre moisson : Lorrain, Barbusse, Rollinat.

- Jean Lorrain : Consul [le singe des Folies-Bergère].

- Samain : Mendès. Lorrain. Jeanne Jacquemin.

- Les Académisables : Jean Lorrain.

- Donnay se souvient : Verlaine, Schwob, Lorrain, Allais.

- Jean Lorrain - Georges Normandy dans La Revue Contemporaine.

- Jean Lorrain dans le Gil Blas illustré.

- Jean Lorrain plagiaire de Rimbaud et Laforgue

- François de Nion : Sonyeuse.

- Jean Lorrain par Henry Bataille.

Et citations diverses ici ou là... Le moteur de recherche de Blogger (en haut à droite) vous guidera.


mardi 10 juin 2008

MIRBEAU et Les Nuits de quinze ans


Dans l'une de ses notes pour les Oeuvres romanesques d'Octave Mirbeau, Pierre Michel, à propos de Francis de Croisset écrit : « Francis de Croisset (1877-1937) de son vrai nom Francis Wiener, jeune écrivain belge ambitieux, qui avait réussi à arracher à Mirbeau une préface à ses Nuits de quinze ans en 1899, grâce à une lettre de recommandation rédigée par Clemenceau pour se débarrasser de lui... ». Cette préface, arrachée sur recommandation, la voici, elle est un prétexte pour Mirbeau, en dehors de rendre service à un ami, de revenir sur sa haine (« il faut haïr le rêve ») des "poètes du rêve" (lire les Symbolistes). On notera tout de même la facilité avec laquelle le grand romancier et critique, dispense les éloges à un jeune homme de vingt et un ans, qu'il n'épargnera pas par la suite.




A M. FRANCIS DE CROISSET


Monsieur,

Vous êtes très jeune (ce n'est pas un reproche) ; vous avez le don de poésie, un talent ardent, une âme élégante et passionnée, de nobles ambitions (à votre âge toutes les ambitions sont nobles), et cette originalité presque unique de n'avoir pas, à quinze ans, solennellement et définitivement proclamé l'impuissance de l'amour et la gloire du Néant.
Ce dont je vous loue, sans réserve.
Faut-il vous louer aussi – ce que certains critiques ne manqueront pas de faire – d'être revenu aux vicilles formes classiques du vers, à cet alexandrin si sonore et si souple, si délaissé, pourtant, et dont un certain Hugo tira de notables harmonies ? Je vous assure que les questions de métrique me sont indifférentes, et le vers, je le conçois aussi bien traditionnel que libre, et libre qu'amorphe. Je ne lui demande que de m'émouvoir et de m'enchanter. L'outil m'importe peu ; c'est l'ouvrier seul qui m'intéresse. Etes-vous un bon ouvrier ?
Je vous flatterais – et vous ne me croiriez pas – si je vous disais que, plastiquement et spirituellement, vous avez réalisé, avec les Nuits de quinze ans, un chef-d'oeuvre. Votre avenir m'est trop cher – puisque vous m'avez offert cette bonne fortune de le tenir sur les fonts baptismaux de la publicité – pour que je vous adresse, comme au premier rimailleur venu, cet éloge vulgaire et discréditeur. Si vos Nuits ne sont pas encore un chef-d'oeuvre, elles en donnent l'espérance, et c'est déjà beaucoup, et c'est aussi très rare. Elles ont ceci de précieux pour moi qu'elles sont bien réellement le cri et, malgré l'artifice ici et là, le jaillissement spontané de votre jeunesse, l'expression naïve quelquefois, à force d'être insolemment jeune, de vos rêves – et de nos rêves – d'adolescent. Elles ont le trouble fiévreux, la violence de possession, le charme impur – et c'est ce qu'il faut – des pubertés qui s'éveillent et qui dans une seule et multiple étreinte voudraient conquérir tout l'amour... En elles – et c'est par là que je les aime, - je me revois parmi les images de ma jeunesse – paysages, figures et rêves, de très vieilles choses, déjà, un peu effacées aujourd'hui... impuretés, désespoirs, négations et blasphèmes, tout cela si candide !...
Vous n'avez pas encore souffert – et comment cela eût-il été possible que naissant à la vie, riche, heureux, choyé, aimé, vous ayez souffert en vous-même et dans les autres – ou si peu !... Car je ne prends pas pour de la vraie souffrance – Dieu merci ! - vos larmes vite séchées, ni vos découragements vite redressés en espoirs, ni vos ivresses de mourir, ni ce pessimisme tout extérieur, du reste, que, parmi tant d'enthousiasmes, je rencontre, parfois, dans vos poèmes, et par où s'accuse davantage et se complète, jusque dans la fanfaronnade romanesque et les luxures de collège, votre charme exquis d'être jeune, et de nous le dire, sans savoir que vous nous le dites... Mais, patience ! La souffrance viendra, à son heure ; elle vient toujours aux nobles coeurs prédestinés. Et je compte sur votre sensibilité si vibrante, sur la délicatesse, la force, la multiplicité de vos sensations devant la nature et devant la beauté, pour qu'elle soit complète et pour que vous en arrachiez des accents déchirants, des cris de révolte, de passion et de douleur, et, sans doute, le chef-d'oeuvre que vous portez en vous... Chez les poètes, c'est ainsi que tout finit !...
Je ne veux pas écrire une préface... Cela me semble bien solennel et si inutile ! Et vos vers sont là, qui diront, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, le poète que vous êtes. Je voudrais seulement vous mettre en garde contre un danger.
La génération poétique qui précéda la vôtre, à part deux ou trois exceptions glorieuses, n'a donné l'exemple que de pitoyables effondrements. Elle venait hautaine, méprisante, avec des casques d'or et des lys, décidée à tout détruire et à tout régénérer. Elle n'a rien détruit, et c'est elle qui est morte. Et elle est morte parce que, à la nature et à la vie, qui sont la source unique et jamais tarie de l'inspiration et de l'Amour, elle a voulu substituer le Rêve. Quand on est impuissant à penser, on rêve ; c'est plus facile ! Ah ! Vous connaissez cette histoire lamentable, dérisoire et triste des vierges pâles, des princesses malades, des héros insexués qui du haut des terrasses, sur les forêts sans arbres, les mers sans eau, les plaines de fumées, clamaient d'étranges symboles et de mystérieuses esthétiques... Et tout cela, déjà, a disparu.
Il faut répudier le rêve et aimer la vie... il faut entrer résolument dans la vie. La vie est belle, même dans ses hideurs, quand on sait la regarder. L'homme qui pense, l'artiste qui voit, le poète qui exprime, ne peuvent pas s'abstraire de la vie, sous peine de ne penser, de ne voir, de n'exprimer rien, de n'être rien !
Il faut haïr le rêve qui n'est que la forme difforme du néant, et redouter, tout en la chérissant, la vie, parce que si la vie est maternelle, pleine de trésors et de beautés pour ceux qui l'aiment, elle se venge de ceux qui la méconnaissent, cruellement et terriblement...

Octave Mirbeau.

Cité d'après :

Francis de Croisset : Les Nuits de Quinze ans. Préface d'Octave Mirbeau. Ollendorff, 1907, in-8, broché, V-170 pages, couverture illustrée par Ch. Léandre.

vendredi 6 juin 2008

L'édition en 1885, ou les comptes de Paul Bonnetain



Alphonse Lemerre l'éditeur des Parnassiens, dont la maison du passage Choiseul, à l'enseigne de l'homme à la bèche, est connue pour ses publications à compte d'auteur, reçoit la légion d'honneur pour "récompenser l'ensemble des écrivains français", il n'en faut pas plus pour que Paul Bonnetain décide de dire la vérité sur les éditeurs. Suit une bibliographie de Bonnetain, écrivain naturaliste et marin, né en 1858 et mort en 1899, dont on peut lire Charlot s'amuse, roman sur l'onanisme qui fit scandale malgré sa quasi austérité d'étude clinique, et L'Opium, même si sur le même sujet on préférera les Propos d'un intoxiqué de Jules Boissière. Pour le moment place aux démélés des pauvres écrivains avec leurs éditeurs.

Les éditeurs


Un de ces derniers matins, le ministère incomparable auquel nous devons les terrines de M. Fallières de Nérac, s'aperçut qu'il n'avait pas encore marqué la moindre sollicitude pour la littérature, et, tout aussitôt, décida de pallier sa faute en laissant pleuvoir sur la gent écrivassière un ruban de la Légion d'honneur. Même, à ce propos, il y eut unanimité, - preuve irrécusable, encore que nouvelle, de la supériorité des lettres sur la politique en général, et sur la question du Tonkin en particulier...
Seulement, qui décorerait-on ?
Homme de lettres s'il en fut, M. Cochery prit la parole et proposa Emile Zola, mais M. Tirard l'interrompit, rappelant comment cet écrivain traitait les Lorilleux dans l'Assommoir. Divers noms mis en avant soulevèrent des objections également graves. Nos ministres se voyaient donc aussi embarrassés que le serait Bébé, le canard de l'Elysée, trouvant dans son bassin une queue de billard, quand M. le Président Grévy intervint, parla de la crise des loyers, de l'apeurement de l'épargne et signala la nécessité de rassurer le capital sur le terrain artistique comme sur les autres. Là-dessus, la « société » tomba d'accord pour récompenser l'ensemble des écrivains français... dans la personne d'un de leurs éditeurs, M. X***.
Rendons à César ce qui appartient à César. Pour une fois, ces messieurs avaient eu la main et l'idée heureuses. Tous les Français des deux sexes, qui consacrent leur temps à salir du papier, (j'entends salir avec de l'encre), éprouvèrent à la lecture de l'Officiel un légitime mouvement de fierté. Du perron de Tortoni au Gymnase, en passant par la Librairie Nouvelle, on ne rencontra, tout un jour, que des visages souriants. L'homme qui, sans contredit, exulta le plus fut Emile Bergerat. Le poète d'Enguerrande saisit Armand Silvestre, au passage, et, par le premier train, tout deux dissimulant mal leur triomphe, portèrent des gerbes de fleurs sur la tombe de Glatigny.
Or, à l'encontre des joies ordinaires, celle-ci fut assez durable pour que le genus irritabile vatum résolut, afin d'en consacrer le souvenir, d'offrir au nouveau légionnaire une croix en diamants et un dîner à tant par tête. Des souscriptions se recueillirent. Des Parnassiens sans argent en firent autant, et l'on vit des actes d'héroïsme obscur qu'on ne rapportera point pour ne pas blesser la délicate modestie de leurs auteurs, et pour ne pas mouiller les yeux - « les beaux yeux » - de nos lectrices. Plutôt que de laisser douter de leur reconnaissance, d'aucuns, parmi nos bardes, en demandèrent une au Mont-de-Piété, et, veufs de leur « oignon », attendris tout de même, versèrent leur obole. J'en sais un qui courut vendre un autographe de Victor Hugo, une lettre dans laquelle le Maître le serrait entre ses vieux bras. Un brocanteur en donna sept francs. Elle était encadrée, cette lettre. En vérité, un tel sacrifice n'est il pas touchant ? Magnifique fut le dîner, (huit francs par poète, les vins compris). L'éditeur pleurait de joie. Quand les garçons, qui servaient en vers, apportèrent le fromage, le nouveau décoré se leva, sa coupe de champagne à la main, et voulut toaster à « ses chers collaborateurs ». L'émotion entrecoupait ses paroles :
- Mes amis, mes bons amis, que ne vous dois-je pas ?...
- Ne parlons pas d'affaire ! Cria quelqu'un.
Et tout de suite, chacun cracha son speech. Se souvenant qu'elle appartient un peu aux lettres, Mlle Rosélia Rousseil déclama la tirade d'Elza dans laquelle elle se compare à une jeune panthère (sic). M. Léon Cladel, qui pour la circonstance s'était peigné, récita un sonnet en patois du Quercy. En un mot, ce fut une de ces fêtes comme on en n'avais pas vue depuis le baptème du petit ébénisse...
La majorité du public n'a rien trouvé d'extraordinaire en cet événement. Aussi bien, ses illusions sur les choses de la librairie sont des plus divertissantes.
Lorsque notre nom s'étale aux devantures, il est rare que nous ne rencontrions point un brave homme, souvent de profession intellectuelle, qui nous tape sur l'épaule, voire sur le ventre, et nous crie :
- Allez-vous en gagner de l'argent, heureux coquin !
Ce disant, ma parole, il nous coule le même regard qu'à l'ami rencontré, une jolie femme au bras ! Mais si l'on répond, que la vente marche mal, que c'est un « four », l'homme, tout de suite moins familier, soupire :
- Tant pis, cher monsieur... et tant pis pour votre éditeur !
Eh bien non ! Bon public, nous ne gagnons pas d'argent et nos éditeurs n'en perdent point, - n'en perdent jamais. Il est temps d'écrire ces choses.

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« Quand Dieu le père eut créé le monde, il trouva son oeuvre imparfaite (Lamartine). Jolie mais triste : c'était une de ces compositions appelés succès d'estime au théâtre, pièces charmantes qui ne font pas un sou. Un archange très poli, (ce devait être M. Lapommeraye), rédigeait le feuilleton du lundi dans le Journal Officiel paradisiaque ; il souffla au Seigneur une inspiration, - la scène-à-faire.
Et le bon Dieu créa tous les arts...
Seulement, il arriva bientôt que les artistes, s'émancipant, tombèrent dans le pêché d'orgueil : les peintres révolutionnaient l'avenue de Villiers avec leurs palais babyloniens, les musicantis commetaient des opéras qui duraient sept jours, (autant que la création du monde) et les sculpteurs élevaient des tours de Babel sur les arcs-de-triomphe, mais les gens de lettres demeuraient les plus insupportables de tous, faisant à la fois des journaux et des livres, de la prose et des vers, offensant la morale et « blaguant » les gouvernements.
Un autre critique du Paradis, ange sévère – mais juste, (ce devait être M. Sarcey) se plaignit : le Père Eternel fut contraint de sévir. Sculpteurs et musiciens furent punis les premiers. Jéhovah leva sa droite : le praticien et les scènes subventionnées naquirent. Il n'y eut plus de sculpteurs et presque plus de musiciens. (Encore ses derniers durent-ils de ne point disparaître tout à fait, à l'intervention de Sainte Cécile. On en garda pour la graine). Le châtiment du peintre fut le marchand de tableaux ; le châtiment de l'écrivain fut l'éditeur. Mais le peintre plus « roublard » roula son marchand, découvrit l'Amérique et inventa Trouillebert. Et l'écrivain resta le plus frappé. Et Lamartine eut raison : la création se retrouvait imparfaite !... »
Ainsi parle la bible que tout romancier porte en soi.
Elle ajoute encore :
« Et pour créer l'éditeur, Dieu prit une tête d'usurier, un cerveau de marchand de lorgnettes et un demi-coeur d'équarrisseur. Un Auvergnat fournit le reste que le Tout-Puissant soupoudra d'orthographe de portier. »
Recette : - Dresser dans une boutique garnie de bouquins multicolores et servir froid.

Si Virgile a écrit son Sic vos non vobis... c'est que le « cygne de Mantoue » pensait à son éditeur, gros éleveur qui ne gavait pas ses volatiles. Les choses n'ont pas changé. L'autre jour, un homme du monde qu'a piqué la tarentule de publier un roman à ses frais, me soumettait ses comptes. Ses 1.500 exemplaires lui revenaient à 90 centimes chacun. En faisant 1fr. 10 de remise aux libraires, il touchait trente sous par volumes vendu. Alors il me demanda ce que pouvaient bien gagner les romanciers de profession. L'auteur, luis répondis-je, gagne dix sous quand son exploiteur en empoche trente : voilà la moyenne.
Mon homme se récria. Or, je n'éxagérais point, car les éditeurs pour un ouvrage à 3 fr. 50, payent aux sept dixièmes des écrivains 35 centimes, aux deux autres dixièmes 60 ! J'avais raison, car ces entrepreneurs ne dépensent pas pour un in-18 de 350 pages ces 90 centimes, moyenne des frais de l'amateur se faisant imprimer à Paris, car ils s'adressent en effet, à des maisons de province qui emploient des sarrazins ou de misérables femmes, et travaillent mal, mais à 20 p.c. Meilleur marché. Même, je me trompais, au préjudice de ces frelons, car ce prix diminue de 5 centimes à chaque mille nouveau jusqu'au quatrième, grâce au clichage ! - car les imprimeurs livrent des passes, des doubles-passes, etc. (1,650 à 1,700 volumes, au lieu de 1,500), sur lesquelles l'auteur ne touche aucun droit ! - car leur remise aux libraires est plus faible que celle de mon amateur ! - car très souvent ces boutiquier féroces se font céder la propriété de l'oeuvre pour dix ou vingt ans ! - car souvent encore ils touchent une part léonine sur le montant des reproductions et des traductions !...
C'est ainsi et c'est pis : des articles ont parus au Figaro, sur lesquels, très légalement, un prélèvement de 50 p. c. était opéré par l'éditeur de leur signataire : - Pierre Loti !
Et je ne parle pas de l'éditeur qui ne paie point le premier mille quand l'édité est un débutant, ni de celui qui paie après la vente !...
L'éditeur ? Mais il mériterait un volume et non pas un article. Il est la fourmi ; l'écrivain reste le puceron, la vache laitière, la bête taillable et corvéable à merci. Celui-ci produit, celui-là mange.
Lui, risquer de l'argent ? Comment ? Il a du métier et du flair. A la seule inspection d'un titre, il sait quel sera son minimum de vente. Tant pour ses correspondant de province et de l'étranger, tant pour les bibliothèques des gares. N'écoulât-il qu'une demi-édition (et il l'écoulera grâce à cette bonne fille de presse), il rentrera dans ses débours.
Suivez un romancier chez un de ces fils de Sem. L'homme de lettre fait son enquête, il sait que son oeuvre a été vendue à 4.000 exemplaires au moins, et, joyeux, il passe à la caisse. Là, tout estomaqué, il apprend que 3.000 volumes, « à peine », se sont écoulés ! Ah ! Oui, je sais bien : la vérification ! Qu'il se lève donc l'écrivain qui a jamais osé exiger l'immédiate exhibition des livres commerciaux et des factures ! Et la dignité de l'éditeur, qu'en faites-vous ? Il s'en drapera : Tout est rompu, mon gendre ! D'abord montrât-il ses registres, je vous demande un peu ce que cela signifierait ? La tenue des livres en partie double n'a pas été inventée pour des prunes !
On me parlera aussi de la déclaration que la loi contraint l'imprimeur à faire. Voici ma réponse : l'an dernier, un de mes amis ayant touché ses droits d'auteur sur 3.500 exemplaires, éprouva quelque doute, et voulu vérifier l'exactitude du tirage à l'imprimerie même, qui fonctionnait dans une petite ville de Seine-et-Marne. Je l'y accompagnai.
L'imprimeur confirma le chiffre de l'éditeur. Sans nous rebuter, nous allâmes le même jour, au chef-lieu, chez un fonctionnaire élevé qui voulut bien nous communiquer la déclaration légale de l'imprimeur. Or, celle-ci portait 2.500 seulement. Voilà pour l'observation des lois. Naturellement, mon ami eut la faiblesse de ne pas dénoncer l'industriel.
C'est ainsi, c'est grâce à de tels procédés, que l'écrivain demeure, le plus mal partagé des artistes. Jusqu'au dessinateur qui illustre son livre – dessinateur inconnu et débutant – chacun reçoit un gain supérieur au sien.
L'auteur dramatique, quoi qu'on dise, est moins à plaindre. Ce n'est pas, en effet, la faute des directeurs si l'offre reste plus considérable que la demande. Au moins quand on le joue, on le paie, et tout de suite, et raisonnablement. D'autre part, à l'encontre du fabricant de livres, le directeur de théâtre a des frais énormes et des risques sérieux.
Dans la presse, grâce à de Villemessant, les prix sont devenus à peu près ce qu'il devaient être. La gêne actuelle, fille du krack, est momentanée. Des recueils se publient dans lesquels un ou deux articles se rapportent à leur auteur autant et plus qu'une édition de roman en librairie. Enfin, le journaliste est rare qui voit son directeur l'éclabousser boulevard des Italiens avec un coupé attelé de stepper de 300 louis, tandis que lui, pauvre hère, victime des tailleurs, touche à chaque fin de mois des billets protestables à 90 jours !
Seul, le romancier demeure pauvre en présence de ses éditeurs millionnaires.
Evidemment, parmi ces derniers, certains méritent qu'on fasse une exception en leur faveur. L'exception, d'après Lhomond, confirme la règle.
Le galant homme qui édite M. Emile Zola mériterait même une statue sur la rive gauche, car, spontanément, de lui-même, il déchira le traité primitif qui liait à lui l'auteur des Rougon-Macquart. Il pouvait continuer à tenir ce traité pour bon, et M. Emile Zola, travaillant trente ans comme il travaille, ne se serait pas plus enrichi qu'un commis des télégraphes !
Est-ce tout ? Non : certaines maisons anciennes sont excellentes : les Hachette, les Hetzel, les Marpon et Flammarion sont l'honneur de leur industrie ; par malheur, ceux-là sont spécialistes, et le romancier ne peut guère leur offrir de romans.
Seuls enrichissent leurs auteurs, le feuilleton, et la livraison populaire illustrée à deux sous. Mais portez donc l'Evangéliste ou l'Abbé Constantin, - deux oeuvres différemment littéraires – au Petit-Journal, ou à M. Jules Rouff !
Reste, unique ressource, l'éditeur, maître du marché, qui fait les prix. J'ai montré ses procédés ordinaires, quotidiens. Là-dessus, lecteurs, ne vous l'imaginez point comme un échappé de la forêt de Bondy. Non – et c'est là justement ce qui excuse cet arabe, - il est inconscient. Jouant au bezigue ou bien organisant une fête de bienfaisance, il ne tricherait pas d'un sou ; seulement, vis-à-vis d'un auteur, cet homme obéit à la fatalité, ainsi qu'Oedipe. Il suit la tradition !
Coupable, il n'est pas plus que nos petits fournisseurs donnant à nos domestiques le sou du franc. Et ne lui dites pas qu'il fait danser l'anse du panier ; avec la cuisinière, il vous répondra :
- Monsieur m'étonne : ça c'est toujours passé comme ça !
Si je n'ai pas nommé un seul de ces philistins, ce n'est pas que la plume ne me démangeât point de les pourtraicturer, dans l'impudeur cynique de leur trop tangible réalité. Le dernier que j'aie visité, me disait, l'autre jour :
- Vous vous plaignez, mais savez-vous ce que Dumas père a touché en tout pour les Trois Mousquetaires qui se vendent encore et se vendront toujours ? Dix mille francs, Môssieu, dix mille francs !
Oh ! Le pon lorgnette ! Ce doit être un ascendant de ce joyeux millionnaire qui, condamné par le Tribunal de Commerce à rendre gorge et à payer au même vieux Dumas une somme énorme, l'alla trouver incontinent à la campagne, ayant dans une poche un acte de renonciation tout prêt, et, dans l'autre, la moitié de la somme en billets de banque. Sans mot dire, il étala ceux-ci sur la table du romancier qui n'en avait jamais autant vu. Puis, le shylock tira l'acte : « Signez, dit-il, et vous pourrez rendre stagnante cette inondation qui va fuir !... » Le talent est imbécile : Dumas signa !
Naguère, je me rappelai cette anecdote au chevet d'un éditeur mourant. Car, j'ai eu cette joie d'en voir mourir au moins un. Il s'en allait de pléthore et d'indigestion. Déjà, le prêtre lui avait administré les derniers sacrements ; il râlait, et la chambrée silencieuse contemplait, toute remuée, l'agonie de ce haut seigneur.
Soudain, sa molle paupière s'entrouvrit et battit comme pour un signe. Le premier-commis de la maison, obséquieux encore, s'approcha.
- Ernest, balbutia le moribond, ne payez St-F... qu'à 10 p. c. et après la vente...
Puis, la voix s'éteignit, et le grand éditeur rendit à Dieu sa belle âme.
Celui-ci, du moins, n'était qu'un loup-cervier. D'aucuns, plus effrontés, ne se bornent point à traiter leur auteur de Turc à More ; incapable de lire son manuscrit, ils le font lire, - c'est l'usage de la confrérie – par un vieux monsieur dressé ad hoc, mais n'en confient pas moins leurs impressions, voir leurs observations ou leurs conseils, à l'écrivain qui s'y expose. On pourrait nommer certains de ces industriels qui, pour cette outrecuidance, furent prestement renvoyés à leur comptoir, à l'aide d'arguments chaussés à la poulaine.
Pour finir, parlerais-je de la jeune école ! Certains d'icelle, ont imaginé pour amorcer les eunes talents, de doubler, à partir du quatrième mille, les prix alloués par les plus généreux de leurs anciens. Chez eux, les trois premiers mille vous sont comptés à 40 centimes l'un, après quoi, l'exemplaire vendu vous rapporte un franc. Seulement,
les braves gens tirent deux mille quand ils vous en accusent un seul, et, bien vite, vous regrettez la boutique à dix sous.
Ayant exposé le mal, je devrais logiquement indiquer le remède. Mais ne le connaît-on point ? L'auteur devrait s'éditer lui-même. A cela, des confrères répondront qu'on n'a pas toujours les 14 ou 1.500 francs nécessaires pour établir – à Paris – la première édition de son livre. Soit ! Mais alors, associons-nous, Messieurs. Soyons cinq ou six au début, mettons à notre tête un jeune de grand talent comme Huysmans ou Guy de Maupassant, et nous trouverons en deux jours les quinze mille francs qui doivent constituer notre caisse sociale. Seulement, si nous ne le faisons point, cessons de geindre. Les écrivains, comme les peuples leur gouvernement, ont les éditeurs qu'ils veulent avoir. Même, nous devons prendre garde ; le public, en effet, se désintéressera de nous, s'il assiste souvent à des banquets comme celui de l'autre jour.
Car, je n'ai point tout dit : les toasts avaient altéré nos dîneurs. Vers les minuit, cafés et brasseries les virent arriver par bandes. Ils y étaient tous, les doux et les rudes, ceux qui n'on plus de cheveux et ceux qui en ont trop. Alors, entre les piles de soucoupes, les confidences commencèrent. Chacun raconta les tours à lui joués par le nouveau décoré. Dix bocks de plus et ils allaient brûler sa boutique ! On pourra trouver ce la fort drôle ; moi, je trouve cela très écoeurant.


Paul BONNETAIN


LA REVUE INDEPENDANTE Février 1885

BIBLIOGRAPHIE (incomplète mais suffisante) :

Charlot s'amuse... avec une préface par Henry Céard. Bruxelles, H. Kistemaeckers, 1883, in-12, XI-348 p.
- Champion, Genève, Slatkine, Ressources, 4, 1979, in-8, XI-IV-348 p. Présentation d'Hubert Juin. (réédition en fac-similé de l'édition augmentée Kistemaeckers, 1888).
- Préf. par Emmanuel Pierrat. Flammarion, collection L'enfer, 2000, in-12, 319 p., couverture illustrée.
- Préf. de Thierry Rodange. Alteredit, Collection : Les auteurs français 1900, 2002, 242 p.

Une Femme à bord. C. Marpon et E. Flammarion, 1883, in-12, 304 p.

Au bord du fossé, comédie en 1 acte, Tresse, 1884, in-12, 21 p

Au Tonkin. Victor-Havard, 1885, in-18, II-336 p.
- A. Fayard, librairie des publications à 5 centimes, 1892, 2 volumes, in-16.

Autour de la caserne. Victor-Havard, 1885, in-16, III-311 p., aquarelles originale de Bligny.
- A. Fayard, librairie des publications à 5 centimes, 1892, in-16.

Ma Poupée, saynète... Tresse, 1885, in-16, 11 p.

L'Opium. G. Charpentier, 1886, in-12, 607 p.
- Paris, Genève, Slatkine, Ressources, 1980, in-8, 607 p. Présentation d'Hubert Juin.

En mer... J. Lévy, 1887. in-16, 239 p., illustrations in et hors texte de Pinchart, Bourgoin, Desmoulin, Paul Robert, Montégut et Willette, couverture illustrée en couleur.
- Lemerre, 1897, in-16, portrait frontispice [Oeuvres de Paul Bonnetain]

L'Extrême-Orient, in Le Monde pittoresque et monumental. Quantin, 1887, in-4, 613 p., figures et cartes.

Amours nomades. G. Charpentier, 1888, in-12, 302 p.

Au Large. C. Marpon et E. Flammarion, Auteurs célèbres, 43, 1888, in-18, 239 p.

Marsouins et mathurins. C. Marpon et E. Flammarion, Auteurs célèbres, 57, 1888, in-18, 249 p.

Le nommé Perreux. G. Charpentier, 1888, in-12, 330 p.

Les Enfants in Les Types de Paris. E. Plon, Nourrit et Cie, Les Editions du Figaro, in-4, 1889.

avec Descaves, Lucien : La Pelote, pièce en 3 actes en prose, Lemerre, 1889, Th. Libre, 23 mars 1888.

Après le Divorce, pièce en 1 acte, en prose. Paris, Théâtre d'application, 16 janvier 1890, A. Lemerre, 1890, in-16, 30 p.

avec Tillier, Louis : Histoire d'un paquebot... Quantin, 1890, in-4, 302 p., figures et planches

Les Enfants de giberne. A. Fayard, Petite Bibliothèque Universelle, série B, N° 1, 1892, in-12, 157 p.

Passagère. A. Lemerre, 1892, in-16, 306 p.

Dans la brousse, sensations du Soudan. A. Lemerre, 1895, in-18, 260 p.

L'Impasse. A. Lemerre, 1898, in-18, 289 p.

Préfaces :

Colombier, Marie : Les Mémoires de Sarah Barnum. Paris, tous les libraires : [s. n.], [s. d. 1883], XV-333 p., in-12 (Bonnetain serait l'auteur de cette charge contre Sarah Bernhardt)

Maizeroy, René : La Mer. préludes de MM. Paul Arène, Paul Bonnetain, Paul Bourget, Gustave Geffroy, Catulle Mendès, Armand Silvestre. 24 eaux-fortes par Louise Abbema et Georges Clairin. Paris : G. Petit, (s. d.). IV-145 p.

Les Aventures de Sidi-Froussard : Hai-Dzuong, Hanoï, Sontay, Bac-Ninh, Hong-Hoa, par Georges Le Faure. Firmin-Didot, 1891, in-4, II-IV-396 p., figures, cartes, couverture en couleurs.