jeudi 15 mai 2008

Le Déjeuner du critique végétarien...

Quand JOSSOT
croque la critique

Paru dans Le Rire n° 58, du 14 décembre 1895.

L'OEIL BLEU - L'Abbaye de Créteil - Gustave Le Rouge - Verlaine...



L'Oeil bleu N° 6

Une livraison de choix ce mois-ci, encore, dans L'Oeil bleu, revue de littérature mais aussi revue de spécialistes et de fervents passionnés d'histoire littéraire.
Nicolas Leroux nous dévoile tout ce qu'il est possible de savoir du plus obscur des membres de l'Abbaye de Créteil : Lucien Linard, typographe et personnage essentiel de l'aventure du phalanstère littéraire, en effet il était le seul de l'équipe à connaître le métier d'imprimeur, activité qui devait garantir au groupe son indépendance financière. Sa jeunesse vagabonde, ses allers-retours en prison, son service militaire dans les bataillons d'Afrique, sa rencontre avec Albert Gleizes, ses fonctions au sein du groupe de l'Abbaye jusqu'à la guerre de 14 d'où il ne reviendra pas, cette courte vie de misère et de péripéties est ici minutieusement restituée d'après des documents inédits. Nicolas Leroux ne se contente pas de se faire le biographe de Linard, cet article est aussi l'occasion de rétablir quelques vérités sur les publications de l'Abbaye, nous promettant pour plus tard une analyse plus précise des différents volumes parus dans cette maison d'édition.

Deux nouvelles inédites de Gustave Lerouge, Le Guet-apens et Une exhibition fantastique, sont présentées par Henri Bordillon, qui, nous l'espérons, donnera un jour un livre, fruit de ses recherches sur l'auteur du Mystérieux docteur Cornélius.

Qui connaît la revue le Caen-Caen ? Les lecteurs du n° 4 de L'Oeil bleu grâce à Henri Bordillon, savent que cette revue d'étudiants normands a en 1895 publiée un poème inédit de Paul Verlaine. Marcel Troulay heureux possesseur d'un exemplaire de la revue, nous en donnes ici une description ainsi qu'une présentation du sonnet de Verlaine, Pour la Kermesse du 20 juin 1895, tel qu'il parut pour la première fois. L'article est suivi d'Une visite à Paul Verlaine par le directeur-gérant du Caen-Caen, C.-A. Ballière.
La bibliographie des revues est consacré à Poème et Drame d'Henri-Martin Barzun.

L'Oeil bleu. 59, rue de la Chine. 75020 Paris. 12 euros le numéro, Associationoeilbleu[AT]yahoo.fr.

A la suite de son article sur Lucien Linart, Nicolas Leroux reproduit un document de 1906, où les futurs membres de l'Abbaye de Créteil présentent leur projet dans un appel adressé aux personnes susceptibles de les aider financièrement. On peut y lire ce qui suit :
« Il y a quelques années, un bibliophile, un lettré, M. Edmond Girard, rêvant de faciliter aux poètes l'édition de leurs oeuvres, se fit à la fois leur imprimeur et leur éditeur et fonda La Maison des Poètes.

A l'imprimerie de la Maison des Poètes, il n'y eut que deux ouvriers : M. Edmond Girard et sa femme. Et tout deux, devenus habiles à l'assemblage des caractères et au travail de la presse, commencèrent, dans l'une des formes les plus artistiques qu'on ait vue, une collection des meilleurs ouvrages de poésie de la dernière génération. Elle n'en comptait pas moins de 70 lorsque survint la mort de Mme Ed. Girard. Cette mort ferma subitement la Maison des Poètes en pleine prospérité. »

La Maison des Poètes n'était pas la première expérience d'Edmond Girard dans le domaine de l'édition, sous son nom il fut, entres-autres, l'éditeur de la revue Les Essais d'Art Libre entre 1892 et 1894, ainsi que des fameux Portraits du Prochain Siècle, ajoutons, trois oeuvres d'Abel Pelletier - Consciences contemporaines. I. Illusion. (1894), L'Amour triomphe, poème dramatique, extrait de la ″Vie acceptée″ (1895), Titane, drame en 3 actes (1897) - co-fondateur des Essais d'Art Libre (voir le billet que je lui consacrais, ici), ainsi que Légendes naïves (1894) de Ch.-H. Hirsch, Sensations d'art (1896) de Georges Denoinville, Hérakléa (1896) d'Auguste Villeroy, et L'AEgypan, Poème Moderne de Charles Esquier, etc.

Edmond Girard n'était pas seulement éditeur et imprimeur mais aussi écrivain et poète, sous le pseudonyme d'Edmond Coutances, il participera aux Essais d'Art Libre et au collectif Portraits du Prochain Siècle. D'Edmond Coutances on peut citer - avant un inventaire plus complet - deux volumes, l'un publié entièrement sous pseudonyme - Coutances, Edmond : Fleurs de jeunesse. Paris, E. Coutances, (1890) - l'autre sous la marque d'E. Girard - Coutances, Edmond : Neige-Fleur, drame en 1 acte. E. Girard, (1893).

La Maison des Poètes, continuera à publier les oeuvres d'Edmond Coutances jusqu'à la mort de Lucie Girard en 1906 (l'atelier typographique, imprimeur de la Maison des Poètes, portait son nom). La Maison des poètes renaîtra quelques années plus tard, semble-t'il en 1912, les volumes étant cette fois imprimés par Mme Antonine Girard, perdurant jusqu'en 1925, elle publiera de nombreuses oeuvres d'Edmond Coutances. Je tenterais sans doute un jour une bibliographie plus complète des éditions Edmond Girard et de la Maison des poètes, en attendant et pour rester dans les liens entre celle-ci et L'Abbaye de Créteil, rappelons que le premier volume - L'âme essentielle, 1898-1902 - de l'un des fondateurs de l'Abbaye, René Arcos, parut En la Maison des Poètes en 1903.


L'Oeil Bleu, N°9
L'Oeil Bleu N° 8.
L'Oeil Bleu N° 7. Tellier Retté Jarry Le Rouge
L'Oeil Bleu N° 5

mardi 13 mai 2008

Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste

Mina Schrader
personnage de roman
et
anarchiste

En novembre 1998 (le blogueur dilettante est toujours à la pointe de l'actu...), Rhinocéros féroce, la revue publiée par la librairie Serge Plantureux, publiait un numéro spécial, La Police donne un visage à l'anarchie. La revue reproduisait une partie d'un fichier anthropométrique, établi entre mars 1893 et septembre 1894, consacré aux anarchistes, le fichier comportait 417 photos avec à leurs versos la fiche signalétique des individus. C'est Alphonse Bertillon qui devant l'effervescence anarchiste et la recrudescence des attentats eut l'idée de ce fichier mis à la disposition des commissariats des grandes villes et aux brigades volantes. La liste des 417 comporte quelques noms d'artistes, écrivains ou journalistes, suivi parfois des raisons de leur mise en fiche et de la date de réalisation de la photo. L'un d'eux, d'autres viendront, a plus particulièrement attiré mon attention.

Schrader, Minna. Appoline. 19 ans, née à Paris XI. Sculpteur. Association de malfaiteurs. 24/3/94

Serait-il possible qu'il s'agisse de la Mina des romans de Willy ?

En 1894 paraît une Passade de Willy, le livre est écrit en collaboration avec Pierre Veber. Mina Schrader de Nysold ou Mina Schrader de Wegt de Nizeau, qui devait simplement s'appelait Mina Schrader, sert de modèle à l'héroïne principale de ce roman à clefs, sous le nom de Monna Dupont de Nyeweldt. Cette blonde exaltée, « que tout le monde admirait à l'Oeuvre, en robe orange garnie d'effilés d'ombrelles 1830 !... » (Rachilde, Mercure de France, mars 1897), a été la maîtresse de nombreux artistes et écrivains qu'elle semblait collectionner, G.-Albert Aurier, et Remy de Gourmont, respectivement Clément-Jartel et Sixte Mouront dans le roman, furent de ses conquêtes. François Caradec nous apprend qu'elle sera internée pour avoir tiré des coups de revolver sur le député et industriel Lazare Weiller. En 1897 parait, Maîtresse d'esthètes signé de Willy et écrit par Jean de Tinan, cette fois Mona s'appelle Ysolde Vouillard, mais c'est bien la même, « Wagnérienne, Esotérique, Néo-Platonicienne, Occultiste, Androgyne, Primitive, Baudelairienne, Morbide, - Nietzschienne même lorsqu'elle éternue », c'est son aventure avec le sculpteur Fix-Masseau, Franz Brotteaux dans le roman, qui servi de trame à Jean de Tinan.

S'il s'agit bien de la même personne, comment cette Boticellienne à bandeaux, cette amoureuse d'art et d'artistes s'est elle retrouvé dans la liste des 400 anarchistes d'Alphonse Bertillon ? Grâce à cette liste on apprend que Nina se disait sculpteur, comme son amant Fix-Masseau, et qu'elle fut fiché pour association de malfaiteurs. Adhérent à tous les « ismes » et toutes les modes, Mina semble avoir suivie aussi celle de l'anarchie.

Willy sur Livrenblog : Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. La Peur dans l'île. Catulle Mendès. En Bombe avec Willy. Maîtresse d'Esthètes par Papyrus. Quand les Violons sont partis d'Edouard Dubus par Willy. Le Jardin Fleuri. R. de Seyssau par Henry Gauthier-Villars. Willy fait de la publicité.


WILLY, LEMICE-TERRIEUX et LE YOGHI

PAUL MASSON PAR WILLY


L' Encyclopédie des farces et attrapes, sous la direction de Noël Arnaud et François Caradec (Pauvert, 1964) et La Farce et le Sacré, de François Caradec (Casterman, 1977), nous ont fait découvrir le curieux personnage qu'était Paul Masson (1849-1896) dit Lemice-Terrieux, auteur des Propos d'un yoghi publiés dans La Plume, ainsi que de nombreuses mystifications littéraires ou autres. Vers 1890 Masson, ancien magistrat rencontre Willy, les deux hommes étaient fait pour s'entendre. En 1894, paraît dans le numéro du 15 octobre de La Revue Encyclopédique un article de Willy sur la collection d'objets-calembours de Paul Masson. Le 18 avril 1896 un long article sur Lemice-Terrieux, ses différentes mystifications et ses oeuvres (1), paraît dans la même revue sous la signature d'Henry Gauthier-Villars. Dans une interview au journal Le Soir, Paul Masson se défend d'être le responsable de toutes les mystifications que lui attribue Willy.

(1) Fantaisie mnémonique du Salon de 1890. Les Trains-Eperons. Projet d´un dispositif aussi commode qu´infaillible pour prévenir tout accident de chemin de fer par collision ou tamponnement (Paris, Imprimerie du Fort Carré, 1891). Réflexions et pensées du général Boulanger, extraites de ses papiers et de sa correspondance intime (1891). Carnet de jeunesse du prince de Bismarck (1893). Masson, ne se contente pas de ces publications et en 1894 pose sa candidature à l’Académie française en même temps qu’au poste de bourreau de la République, il envoie des invitations pour des soirées chez des victimes non prévenues, propose une forte somme d'argent pour l’encouragement des jeunes artistes démentant aussitôt en se présentant comme la victime du canular. La liste des « méfaits » de Paul Masson, réels ou imaginaires serait trop longue, il faut encore y ajouter la possibilité de fausses fiches établies pour le catalogue de la Nationale ou des articles dans L’Intermédiaire des chercheurs et curieux et des notices dans La Grande Encyclopédie Larousse.

Voici deux articles de Willy parus dans Le Rire, le premier dans le numéro 70 du mars 1896, Il ne fait rien comme les autres, où il nous montre un Paul Masson au quotidien, commençant ses repas par la fin (la même anecdote circulera sur Alfred Jarry). Dans le second, Affaiblismes, Willy, c'est un comble, se présente comme le nègre de l'auteur des Propos d'un yoghi.


IL NE FAIT RIEN COMME LES AUTRES


Quel original, que mon ami Lemice-Terrieux, plus connu, sous le pseudonyme de Paul Masson, auditeur au Collège de France, auteur de l'Esthétique des peintres aveugles, du Catalogue raisonné des poètes morts de faim et de la fameuse brochure anti-naturaliste, qui fermera les portes de l'Institut au père des Rougon-Macquart, les Zolacismes d'un candidat perpétuel à l'Académie ! Il ne fait rien comme les autres !

Il assiste aux messes de mariages, en noir des pieds à la tête, un crêpe au chapeau, pleure comme un jeune parent du Boeuf gras, et, à l'issue de la cérémonie, supplie les nouveaux époux, avec des serrements de mains émus, d'agréer l'expression de ses sincères condoléances. Aux enterrements, il s'illustre de vestons aux nuances printanières, « cuisse de président ému » ou « gorge de demi-vierge surprise », d'une adorable fantaisie ; une fleur à la boutonnière, l'air radieux d'un épicier promu officier d'académie, il risque des mots plaisants, sourit au Dies irae, se tord pendant l'absoute, et va congratuler ensuite chaleureusement les parents du défunt. Au théâtre ou au restaurant, il s'affuble d'une livrée de larbin,afin, dit-il, de n'être pas confondu avec les employés du contrôle ou les maîtres d'hôtel, qui sont en habit – ce pourquoi il les appelle des fractotum. - il ne fait rien comme les autres !

S'il se repaît solitairement, au banquet de Laveur, infortuné convive, aucune considération ne saurait l'empêcher d'inaugurer la réfection de son étrange estomac par une copieuse « rincette », suivie du « pousse-café », après lequel viennent, dans l'ordre, le café, les légumes et les pommes sautées au bifteck (sic). Il clôture ce festin par un jolie potage au vermicelle ; alors, satisfait, il s'accorde une absinthe, qu'il confectionne à l'aide d'un compte-goutte et avec de l'eau très chaude. - Il ne fait rien comme les autres !

S'il dîne en ville, Paul Masson terrorise ses hôtes par mille inconvenances inédites. Lui fait-on observer qu'il prend le pain de son voisin de droite et boit le vin de son voisin de gauche ? Il se confond en excuses et, pour réparer ses torts, engloutit le pain du voisin de gauche et vide d'un trait le verre du voisin de droite. Si, par imprudence, on l'a placé auprès d'une dame un peu maigre, il demande à opérer des fouilles dans le corsage de celle-ci, certain, affirme-t-il, d'y trouver deux salières. A la fin du repas, quand on apporte les rince-bouche, il interpelle les domestiques et réclame du savon avec insistance. - Il ne fait rien comme les autres !

Dans la rue, Paul Masson à jeun affecte volontiers les allures d'un homme ivre ; mais si, d'aventure, il est réellement éméché, il marche avec la rigidité vaucansonnière (I) d'un automate. Bien entendu, il sort sans plus de manteau que le pudibond Joseph par des temps froids comme le jeu de M. Dupont-Vernon (II), se couvre d'une épaisse pelisse par une température aussi chaude que la patronne du Cochon Bleu (un établissement que je recommande à tous les pères de famille : éducation anglaise, sévérité, discrétion), s'arme d'une canne s'il pleut à verse et porte un parapluie grand ouvert si le ciel est d'une pureté à rendre des points au fond du coeur de M. Ricard (III). - Il ne fait rien comme les autres !...

J'étais depuis quelques temps sans nouvelles de ce doux maniaque, quand je rencontrai, hier, un de nos amis communs, Emile Straus.
- Que devient Paul Masson ? Demandai-je. Continue-t-il à ne rien faire comme les autres ?
- Paul Masson ? Plus fou que jamais, mon cher ! Figurez-vous que ce toqué, maintenant, paye les notes de son tailleur !

WILLY

(I) Jacques de Vaucanson 1709-1782, inventeur et mécanicien français. Créateur d'automates, le fluteur automate, le canard digérateur, figurent parmi ses réalisations.
(II) Dupont Vernon, Professeur au Conservatoire, est l'auteur de livres sur la diction.
(III) S'agit-il d'Auguste Ricard, du félibre rouge Louis-Xavier de Ricard ou de Jules Ricard le mari de Mme Bulteau ?



AFFAIBLISMES


- Bien que tu aies l'esprit aussi pointu qu'une oreille d'âne, me dit Paul Masson, souriant lemitérieusement (telle la noix entre les deux branches d'un casse-noisettes), je t'aime, oui, je t'aime comme un défaut. Et, pour m'en remercier, tu vas me rédiger quelques pensées que me demande un directeur de journal, bête à manger tout le foin qu'il a dans les bottes ; je suis trop las pour opérer moi-même.
J'acquiesçai, et je confectionnai ce qui suit, aphorismes ? Non, affaiblismes plutôt. D'ailleurs, jugez :

- Beaucoup de personnes se figurent avoir l'esprit juste parce qu'elles ont le coeur droit. C'est comme une rosière qui voudrait concourir pour le prix Gobert.

- Je frissonne à la pensée de ce que devait être la confession d'une sourde-muette avant l'abbé de l'Epée.

- Pour les personnes raisonnables, l'amour ne doit être qu'un accident ; je n'ai pas dit : secondaire.

- Ce n'est pas le plan d'une éducation qui m'inquiète, mais le devis.

- Les Français n'ont jamais mieux révélé leur caractère difficile que lorsqu'il ont montré qu'ils ne pouvaient supporter « le bon roi dit veto ».

- Ces jours-ci, j'ai mangé d'un boeuf dont les moeurs étaient si dépravées qu'il avait un goût de cochon.

- Toutes choses égales d'ailleurs, mieux vaut encore coucher sur la cousine que sous la tente.

- Il faut être tout entier à ce qu'on fait, comme disait le chef des eunuques.

Le yoghi lisait par-dessus mon épaule.
« C'est assez, commanda-t'il, tu emploies des expressions à faire roter des chevaux de bois. » Il relut ma copie, en redressa la syntaxe un peu torte, signa Paul Masson et, après m'avoir promis un dédommagement, disparut, silencieux comme un chat dans une literie.

Son dédommagement, il ne me fit pas longtemps attendre. Pour me remercier de lui avoir buriné de la bonne copie qu'il signait de son nom, il signa du mien un télégramme incandescent par lui adressé à je ne sais plus quelle actrice mûre ; le mari d'icelle, affolé mais nigaud, déposa une plainte ès mains du commissaire de police – Touny soit qui mal y pense ; voilà une histoire qu'on me sortira toutes les fois que je me présenterai à la députation !

Je n'ai rien dit, mais, entre nous, je suis plus froissé des procédés massoniques qu'une chemise de noces.

WILLY

Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. En Bombe avec Willy. Maîtresse d'Esthètes par Papyrus. Quand les Violons sont partis d'Edouard Dubus par Willy. Le Jardin Fleuri. R. de Seyssau par Henry Gauthier-Villars. Willy fait de la publicité.

Paul Masson sur Livrenblog :
Aux urnes ! avec Lemice Terrieux. Pastiches poétiques. Paul Masson : Une conférence sur la fumisterie. La Fin de Lemice-Terrieux.

samedi 10 mai 2008

Gabriel de LAUTREC : Lettre à Alphonse ALLAIS


LETTRES D'HUMOUR


Pour Alphonse Allais

La nouvelle que j'ai reçus que vous étiez candidat à l'Académie (I) n'a rien pour me surprendre. Nul n'ignore vos travaux. Je meurs encore de joie (tant que je vivrais, je mourrais de joie) au souvenir de nos conversations sur la linguistique comparée.
Vous vous rappelez nos expériences et le vieux clergyman anglais auquel nous avions entrepris d'apprendre le français ? On lui persuada que, pour apprendre une langue, il faut de toute nécessité commencer par oublier l'autre.
Afin d'éviter les confusions.
Il se mit courageusement à oublier sa langue maternelle.
Tous les jours il désapprenait un nombre variable de mots.
Quelquefois plus, quand il n'était pas dérangé par les visiteurs.
Au bout de trois mois, il avait désappris douze mille huit cent cinquante mots.
Au bout de six mois, il avait oublié tous les mots anglais exactement.
Seulement, il n'avait pas encore appris un mot de français. Il se trouva donc très sot, ayant donné aux chiens ses deux langues, - dans la situation la plus inextricable qu'on puisse rêver.
Comme saint Luc entre deux chaises.
Il est maintenant sourd-muet.
Mais je vous raconte des histoires.
Où donc avais-je la tête ?
Est-elle sur le tapis, roulant par les pattes noires de mon chat, ou bien posée confortablement sur une potiche japonaise ?
Vous êtes académicien, c'est entendu.
Et c'est à l'académicien que modestement je soumets, rouleau de papier ministre entouré d'une faveur bleue, mon projet de « La répartition intégrale des mots du Dictionnaire entre tous les citoyens français. »
Nous assistons, sans nous en douter, à une injustice criante.
C'est insupportable. Faisons la taire.
Devant le dictionnaire, les hommes ne sont pas égaux.
Certains, comme vous et moi, jonglent avec les vernes pronominaux ou jettent le mouchoir de leur fantaisie au troupeau lascif des épithètes.
Le vocabulaire de certains autres (les joueurs de manille, par exemple) est très limité.
Où est l'égalité, où la justice ?
Il y a en français environs trente-six mille communes et trente à quarante mille mots.
Je demande que les habitants de chaque commune disposent d'un mot du dictionnaire en toute propriété.
Aux communes les plus importantes on attribuera les plus longs.
S'il manque quelques vocables pour parfaire le chiffre exact correspondant aux communes, on commandera quelques mots nouveaux aux poètes décadents.
Défense expresse sera faite à chacun de prononcer jamais un mot autre que l'unique dont il sera détenteur.
Voilà mon projet.
Je serais bien venu, moi-même, un de ces matins, chez vous, pour vous le développer.
Les avantages seront par exemple, chez le sexe auquel nous devons Mme X... (*) et le respect, une moindre loquacité.
Il sera, d'autre part, désagréable d'enter au restaurant pour un bifteck, et de n'avoir le droit de prononcer que le mot « réverbère » ou le mot « palingénésie .»
Je serais donc venu, mais j'avais une peur horrible que la conversation finie, en prenant congé de vous, pendant que je tournerais le dos, vous ne me lanciez traîtreusement à la tête un des flambeaux de la cheminée.
Gabriel de LAUTREC.

(*) Cases à louer.

(I) Les frères Veber, Jean et Pierre, dans une (fausse) interview d'Allais parue dans Le Journal le 6 janvier 1896 annoncent la candidature d'Alphonse Allais à l'Académie française, en remplacement du Comte d'Haussonville, toujours vivant.

Cette "lettre d'humour" fut publiée dans le numéro 92, 2e année, du 8 août 1896 du journal humoristique Le Rire.

Gabriel de Lautrec est né à Béziers le 21 février 1867 mort le 25 juillet 1938. A la suite de son maître Alphonse Allais, il collabore au Chat Noir, où il donne des contes fantastiques repris en volume sous le titre de Poèmes en Proses ( Léon Vanier, 1898), on retrouve quelques-uns de ces contes dans La Vengeance du portrait ovale ( Les Editions du "Roseau", 1922). Après le Chat Noir, Lautrec, part avec A. Allais fonder La Vie Drôle, il deviendra, sur les conseils de son ami Marcel Schwob le traducteur des Contes de Mark Twain (Mercure de France, 1900). En 1906 chez Messein, parait son recueil de poèmes, Les Roses noires. Il collaborera à de nombreux journaux humoristiques (Gil Blas illustré, Le Rire, Le Cocorico...) et fondera La Petite semaine avec Gus Bofa et Dorgelès. En 1919 il participera au volume des Veillées du Lapin Agile aux côtés, entre autres, de ses amis Curnonsky et Paul-Jean Toulet. Havelock Ellis pour Le Monde des rêves (Mercure de France, 1912) et Pitigrilli pour L'Homme qui cherche l'amour (Albin Michel, 1931) seront eux aussi traduit par le vicomte de Lautrec, dont on peut lire les Souvenirs des jours sans soucis publiés par les Laboratoires Pharmaceutiques Corbière en 1938. En 1989 François Caradec rééditera Les Histoires de Tom Joë à la Bougie du Sapeur, puis Eric Dussert dans sa collection L'Alambic aux éditions L'Esprit des péninsules donnera une belle édition de la Vengeance du portait ovale. Elu Prince des Humoristes, Gabriel de Lautrec ne sera pourtant jamais aussi talentueux que dans ses contes fantastiques, ses Poèmes en proses, écrits sous l'influence du hachisch (c'est Adolphe Retté qui l'initia) qui furent salués tant par Jean Ray, que par Maurice Magre.

Pour aller plus loin voir : Le chapitre consacré à G. de Lautrec dans son Alphonse Allais par François Caradec (Fayard,1997). La préface du même Caradec Aux Histoires de Tom Joë (Bougie du Sapeur, 1989) et celle d'Eric Dussert pour La Vengeance du portrait ovale (L'Esprit des Péninsules, 1997).

"Les moulins sont de plus en plus au bord de l'eau"

Aquarelle, 1894 dans l'Idée Moderne.

Alphonse Allais : Le collage (illustré).


jeudi 8 mai 2008

WILLY L'OUVREUSE & LAMOUREUX



Au Concert Lamoureux

L'ouvreuse du Cirque d'Eté veut bien me communiquer, sous le scel du secret, le programme du concert que M. Lamoureux conduira dimanche prochain :

L'Eventreur. - Ouverture impromptu.
Bruits de coulisses. - Badinage pour trombones.
Allons, vite, au bloc ! - Marche pour violon.
La Pomme d'Adam. - Méditation pour serpent.
Le Pédicure de Londres. - Passe-pied pour cor anglais.
L'Abandonnée. - Lamento (sans accompagnement, bien entendu).
La Dernière pincèe. - Transcription de Weber, pour harpe.
Le Mat de cocagne. - Elévation pour hautbois.

M. Colonne crévera de jalousie en apprenant que son concurrent exécutera les morceaux précités, - que, pour le dire en passant, - Le Rire peut fournir, à des prix qui défient toute concurrence, grâce à des sacrifices auprès duquel celui d'Abraham fut peu de chose.

Willy

Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy. Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. En Bombe avec Willy. Maîtresse d'Esthètes par Papyrus. Quand les Violons sont partis d'Edouard Dubus par Willy. Le Jardin Fleuri. R. de Seyssau par Henry Gauthier-Villars. Willy fait de la publicité.


Jules RENARD et Félix VALLOTTON : Les Lutteurs.

Jules RENARD
et
Félix VALLOTTON


LES LUTTEURS


Ne vous en allez pas, messieurs et mesdames ! On va commencer. Il ne manque que
dix sous sur le tapis. Vous êtes plus de cent personnes dans cette troupe assemblée et vous ne trouveriez point une pauvre misère de dix sous dans vos poches. Ce serait une honte ! Eh ! L'armée française, approche un peu ! Les militaires paient moitié place. On les rembourse quand ils reviennent de Madagascar. Un sou à vous deux, c'est-il trop cher pour voir le beau travail de monsieur Polydor ?

Entrez donc au salon, madame ! Polydor ne mord personne. Il n'avale que sa langue, les jours de soif. Merci, madame ! Plus que huit sous. Du courage. Admirez-le !... En s'asseyant dessus il casse les bicyclettes. Il tuerait un tigre à seule fin de s'y tailler un caleçon neuf. Merci, encore sept sous ! Du courage ! Il va porter à bras tendu les petits poids que voilà. N'en faudrait guère de pareils pour mettre autour d'un pigeon. Plus que six sous. Vous prendrez l'impériale de l'omnibus. Tâtez-moi ces boules de fonte. C'est dur comme les cuisses de M. Polydor. C'est moins lourd que le budget... plus que quatre sous, merci, le chiffre est officiel,... mais ça pèse tout de même, et chacune d'elle vaut un boeuf. Plus que trois sous ! Un petit effort. Vous rentrerez chez vous à pied. On refuse les timbres-poste. Plus que deux sous ! Le prix d'une boîte d'allumettes. Vous lirez votre journal à l'électrique. Merci, plus qu'un sou, un sou c'est tout. On trouve un sou dans une poubelle. Oh ! Le jeune père de là-bas, regarde sous ton pied ; il doit y avoir un sou. Justement. Merci, messieurs et dames. Nous ne voulons pas vous faire poser. Nous ne sommes pas des accapareurs. Monsieur Polydor est un artiste et moi aussi, de conscience ! Et si vous nous jetez encore cinq sous, seulement cinq sous, pas un louis de plus, pour nos petits bénéfices !... Non, c'est trop. Vous canez, vous détalez. Je savais bien. Je voulais vous faire peur. Vite à vos places, messieurs et dames, ouvrez l'oeil et gardez votre argent. Monsieur Polydor va commencer, il commence, pour rien, pour l'honneur !


Jules Renard.


Cette "physiologie des rues" est extraite du numéro 53, 2e année, 9 novembre 1895 du journal humoristique illustré, Le Rire.

Jules Renard a collaboré avec Vallotton pour La Maîtresse publié dans Le Rire du 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896, puis en volume chez H. Simonis Empis en 1896, la même année ce sont deux vignettes signées de l'illustrateur suisse qui orne la couverture de l'édition originale chez Flammarion des Histoires naturelles. En 1897 la revue L'Image, N° 3, février 1897, publie Sous-Bois, un court texte avec un bois gravé de Félix Vallotton, que l'on peut retrouver dans Livrenblog, ici.

Chroniques de Jules Renard reprisent sur Livrenblog :
Vamireh, roman des temps préhistoriques par J. H. Rosny (« Les Livres » Mercure de France N° 28 d'Avril 1892)
Baisers d’ennemis par Hugues Rebell (« Les Livres » Mercure de France N° 33 septembre 1892)
La Force des choses par Paul Margueritte (« Les Livres » Mercure de France N° 18 Juin 1891)
Les Emmurés, roman par Lucien Descaves (« Les Livres » Mercure de France, Janvier 1895)
Les Veber's (« Les Livres » Mercure de France, octobre 1895)
L'Astre Noir par Léon–A. Daudet ("Les Livres" Mercure de France, janvier 1894)
Le Roman en France pendant le XIXe siècle par Eugène Gilbert (Plon). ("Les Livres" Mercure de France, février 1896)