lundi 16 février 2009

LE GRAND JEU ne cherche que l'essentiel.


REVUES JEUNES
LE GRAND JEU
3, rue de Rohan, Paris (6e).
DIRECTEUR : ROGER GILBERT-LECOMTE.

LE GRAND JEU n'est pas une revue littéraire, artistique, philosophique, ni politique. Le Grand Jeu ne cherche que l'essentiel. L'essentiel n'est rien de ce qu'on peut imaginer : l'Occident contemporain a oublié cette vérité si simple, et pour la retrouver il faut braver plusieurs dangers, dont les plus connus et les plus communs sont la mort (la vraie mort, celle de la pierre et de l'hydrogène, et non pas de l'agréable mort, gorgé d'espérances et ornée d'excitants remords, que l'on connaît trop) – la folie (la vraie folie, lumineuse et impuissante comme le soleil éclairant une assemblée de magistrats, la folie sans issue, de celui qu'on abat comme un chien, et non pas l'heureuse folie qui est le plus charmant moyen d'occuper la vie) – la syphilis, la lèpre léonine, le mariage ou la conversation religieuse.
Non seulement ceux qui jouent le Grand Jeu sont à chaque instant près de tomber dans la crainte de jouer avec des dés pipés ; mais ils risquent sans cesse le supplice de l'homme, qui voulant se trancher les mains avec une hache, se coupe d'abord la main gauche et ne sait plus comment couper la main droite, la plus détestée. (Certains appellent cette situation un compromis).
Dans cette marche vers la patrie commune dont le nom sera peut-être révélé un jour, les membres du Grand Jeu font – comme par hasard – un certain nombre de découvertes qui peuvent intéresser, amuser, terrifier ou faire rougir le public. Ils les lui donnent.
Il s'agit avant tout de faire désespérer les hommes d'eux-mêmes et de la société. De ce massacre d'espoirs naîtra une Espérance sanglante et sans pitié : être éternel par refus de vouloir durer. Nos découvertes sont celles de l'éclatement et de la dissolution de tout ce qui est organisé. Car toute organisation périt lorsque les buts s'effacent à l'horizon de l'avenir, qui n'est plus qu'une barre blanche posée sur le front.
Ainsi s'émietteront les idoles entre lesquelles les hommes partagent leur adoration – ils ne savent pourquoi ni comment – Il est inutile de les nommer : elles empoissonnent l'air. Les goules que le Grand Jeu nourrit dans des locaux réservés à cet usage savent se nourrir de ces cadavres – car elles ne sont pas portées sur la bouche -.

N.-B. - Pour les personnes qui nous interrogent au sujet du Grand Jeu, nous répondons une fois pour toutes à n'importe quelle question : « Oui et non ». Nous sommes ainsi les premiers à faire servir la vanité du discours à quelque chose. Au surplus, nous ne ménagerions pas les conseils à ceux qui auraient le courage de nous interroger sans niaiseries ni restrictions mentales.

LA DIRECTION DU GRAND JEU.
Annonce insérée dans le numéro 13 de janvier - février 1930 des Cahiers de l'Étoile.


jeudi 12 février 2009

Jean LORRAIN : CONSUL [le singe des Folies-Bergère]



LE CHAÎNON MANQUANT


Le recueil de Jean Lorrain, Le Crime des riches, se termine sur un article sur le singe savant Consul, vedette des Folies-Bergère. Le pauvre singe fut un tel phénomène, qu'il devint la vedette d'un film "Consul Crosses the Atlantic", réalisé pour sa première visite aux Etats-Unis. Comme l'a montré Evanghélia Stead dans Le Monstre, le singe et le foetus. Tératogonie et Décadence dans l'Europe fin-de-siècle, si le singe trouble la fin du XIXe, c'est en concurrent de l'homme, en représentant de la force brute et de la vigueur sexuelle dans une civilisation vieillie. Le singe de Jean Lorrain ne fait pas parti de ces grands primates dessinés par Kupka ou Rops, il n'est qu'un enfant, le jouet des mondains et des soupeuses. Nous verrons, dans une série de billets à venir, que Consul servit peut-être de modèle à d'autres écrivains.


CONSUL
C'était à un souper de centième, il y a quelques mois. On sait trop ce que sont ces sortes de fêtes, c'est toujours le plus beau souper du monde. C'était donc à une de ces somptueuses assemblées de talents parisiens et de notoriétés de tous pays. Il y avait à celui-là les plus jolies femmes de Paris, celles du théâtre et celles d'ailleurs, les diva et les divettes, les comédiennes et les théâtreuses, les gloires et les demi-gloires, et les quarts de gloire aussi; les réputations consacrées et les étoiles de demain, les talents arrivés à l'ancienneté et ceux imposés par les subventions du riche bâilleur de fonds ou l'engouement un peu badaud qui est un des traits distinctifs de Paris ; et, pêle-mêle avec les diamants des belles épaules épanouies et et les Lère-Cathelin des maigreurs acides de débutantes, excités et surexcités au frôlement de tant de gazes et de moires, de tant de maquillages et de fards, tout ce que le feuilleton dramatique possède de chauves et de demi-chauves, de glabres et de barbus, d'étiques et de bedonnants. Il y avait donc là toutes les myopies, toutes les lunettes, tous les lorgnons, tous les sourires pincés des jeunes maîtres, toutes les lippes bienveillantes des vieux oncles et, avec l'élite du boulevard, nos plus tragiques jeunes premiers, nos plus sémillants comiques, nos plus brillants jeunes directeurs et nos plus solides actionnaires, et c'était, comme l'a écrit un des critiques du Temps, « l'esprit et la beauté de toute une civilisation réunis à un souper, d'une splendeur telle, que ne connurent certainement pas ni Aspasie ni Cléopâtre » (sic).
Eh bien ! on ne devinera jamais ce que ces hommes spirituels avaient imaginé pour amuser toutes ces belles personnes du théâtre et des arts. Il y avait alors dans un music-hall, parmi tant d'exhibitions, un pauvre petit chimpanzé, qui opérait entre dix heures et demie et onze heures. Il n'était même pas adulte, il n'avait pas quatre ans, mais il devait grandir, le malheureux petit singe, dont on avait rasé soigneusement les oreilles et le menton pour accentuer une attristante ressemblance humaine, n'était même pas dressé, mais il était, en vérité, merveilleusement intelligent. Affublé d'un habit noir et d'un pantalon de soirée, chemisé comme un clubman et cravaté de blanc, il arrivait à s'asseoir à table, à se servir d'une fourchette et à boire dans un verre, comme un enfants très mal élevé, puis il fumait un cigare de l'air ennuyé des phoque, jongleurs et fumeurs des fêtes foraines, marchait tout à coup à quatre pattes (la nature ayant repris le dessus), faisait quelques tours en vélocipède et, triomphe final, se déshabillait en scène et mettait alors en joie toutes les femmes par l'apparition de cuisses plus velues que celles d'un homme ordinaire, entre la blancheur des pans de chemise et la soie rose du caleçon.
C'était en somme un spectacle assez lamentable. Le public y prenait pourtant un certain plaisir : j'estime que chacun y trouvait une ressemblance arec un parent ou un créancier. « Tiens, c'est mon huissier ! » s'écriait couramment la petite dame saisie l'avant-veille. Jean Hiroux, lui, reconnaissait, et non sans motif, la face du président d'assises qui l'avait condamné jadis ; la magistrature possède, en effet, une laideur plutôt simiesque; et les familles, qu'avait déshéritées un oncle d'Amérique, voulaient lui trouver les traits d'un vieux commodore. Pour moi, j'avoue que Consul me rappelait surtout un très gros collectionneur du commerce parisien, il m'en rappelait même deux, que dis-je ? trois, tant le physique des vieux messieurs s'achemine diversement vers une laideur unique.
Pauvre Consul !
Le croirait-on ? Pour amuser et faire sourire toutes ces folies femmes de talent, de luxe, de joyaux et de soies, ces messieurs ne trouvèrent rien de mieux que de leur amener ce singe.
Consul, piloté par son barnum, prit donc place à une table entre deux charmantes soupeuses, nullement effarouchées, d'ailleurs, de quelques privautés, plutôt lasses, qu'il se permit à leur endroit. On a dit de Consul qu'il n'aimait pas les femmes, la vérité est qu'il ne les aimait pas encore. Consul n'était pas adulte, il n'était encore que fraternel pour la belle moitié du genre humain ; la misogynie est un degré de sagesse et de civilisation que n'atteignent pas sitôt les chimpanzés, même dressés par un « manager » de Londres.
Consul se montra donc plus qu'indifférent. Affalé sur la table, le nez dans son assiette, tel un viveur surmené, il se contenta de boire dans le verre de ses voisines et, d'un geste accablé, de leur caresser quelques fois le menton.
L'oeil inattentif et sournois, il parut s'ennuyer sérieusement a cette fête. Uniquement préoccupé des fruits d'un compotier posé devant lui, il fuma, machinal et excédé de bruit et de mouvement ; bref, il se montra dédaigneux et grossier d'attitude, en cela parfaitement pareil à quelques Yankees milliardaires tel que l'omnipotent capital les fait tous, pour l'édification des foules ; méprisant, familier et méfiant.
Par contre, son succès fut énormes son mépris affiché de forban enthousiasma les hommes et les femmes, les femmes surtout. Elles retrouvèrent là toutes avec plus de nature, le cynisme insolent des amants. « J'en ai connu de plus laids ! » déclara même l'une d'elles, vengeant ainsi, d'un mot, les sinistres corvées de l'alcôve. Jusqu'à la minute où, saoul comme un véritable prince, le pauvre chimpanzé s'étendit sur la table (un homme véritable eût roulé, lui, dessous) et, recroquevillé sur lui-même les mains jointes et les genoux rapprochés, apparut comme un misérable petit enfant malade oublié par une fille sur la table d'un restaurant de nuit, il eut autour de lui un cercle énamouré, on l'aurait presque dit, de belles bouches fardées, de sourires frais et d'épaules savoureuses. Il fut le « clou » de la soirée et un clou si solidement fiché que la table d'honneur et fut soudain déserte.
Cette table, qui était présidée par les deux plus spirituels auteurs de comédie de l'année... cette table pharamineuse entre toutes par la qualité de ses convives et la beauté de ses soupeuses, cessa immédiatement d'être le point de mire de tous. Ce fut à la table de Consul qu'alla et resta l'attention captivée : le succès fut déplacé, il y eut virement dans l'opinion. L'orgueil de quelques cabotins en souffrit.
Que trouvait-on donc à ce singe et qu'avait-il d'extraordinaire ?
– Mais la précision dans le geste ! répondit à un tragédien un caricaturiste plus expert que tout autre à discerner le vrai du faux et le naturel du convenu. Consul a cela de merveilleux qu'il ne fait pas un mouvement inutile ; il économise sa force et, chaque fois qu'il peut, la remplace par de la souplesse : c'est la grande école de la Mimique. Ne vous y trompez pas, ce singe est une leçon mieux, il est un livre.
– Que tous les comédiens devraient consulter, n'est-ce pas ? goguenarda un jeune comique.
– Peut-être. Regardez-le bien, il a les gestes de Guitry.
Et, les rosseries commençant, les obscénités éclatèrent.
– Tu ne trouves pas qu'il ressemble à mon dernier amant ? s'esclaffa la blanche Trois-Etoiles, qui ne croyait pas si bien dire.
A quoi, X. Y... se vissant son monocle dans l'oeil et enveloppant d'un regard circulaire toutes les nuques, les blondes et les brunes, penchées sur Consul :
– Avec laquelle va-t-il partir ?
Et de rire d'un rire bien boulevardier sur cette goujaterie.
Les soupers de centième sont des événements si essentiellement parisiens !
Quand la curiosité de chacune fut bien satisfaite et que toutes les gloires eurent assez contemplé ce singe saoul, le barnum s'approcha du pauvre petit être écroule sur la nappe, le réveilla en lui touchant l'épaule, et Consul, avec des yeux d'effroi pour toute cette foule amusée, jeta ses petits bras velus autour du cou de son manager et se blottit dans sa poitrine, comme un enfant qui eût retrouvé sa mère.

Et ce fut le départ de Consul.

– Consul mais allez donc le voir chez lui, Hôtel Continental, chambre 22. C'est un véritable personnage. Il a sa chambre à lui, comme un riche étranger. Avec votre carte de journaliste, on vous recevra ; mais téléphonez, si vous voulez le trouver. La fois que j'y fus, moi, il était au Bois. Il y va tous les jours de deux à cinq.
– Non !
– Comme je vous le dis, mon cher, c'est a pouffer. Au bureau de l'hôtel, c'était une trôlée de fournisseurs : le chapelier de M. Consul; le chemisier de M. Consul le huit-reflets du chimpanzé, la dernière commande du ouistiti.
– Mais c'est odieux et ridicule !
– Non, c'est très américain. Ah ces gens-là comprennent la réclame.
– Savez-vous la dernière de son manager ?
– Dites.
– Je l'ai croisé, hier, sur le boulevard ; je m'informai de son pensionnaire.
– Consul, m'était-il répondu, Consul est un peu fatigué, il reçoit un peu trop de visites, ce sont des interviews du matin au soir; j'ai dû éliminer, faire un choix ; nous attendons demain Mme de Thèbes, qui veut lui lire les lignes de la main.
Et, sur la foi des traités, j'allais voir Consul.
Je me cassai le nez au Continental, Consul était déménagé.
Je le trouvai installé dans un hôtel de la rue de Trévise, presque en face des Folies-Bergère. Là, je dénichai l'homme du jour dans une chambre du troisième, tenant à la fois de la ménagerie et du campement bohémien.
Consul à mon arrivée, dormait dans une sorte de malle grillée, qui lui servait de cage en voyage. On l'en fit sortir pour me le présenter.
Il y avait aussi dans la chambre, un petit nègre et un chien ; le nègre était attaché au service du chimpanzé ; le chien lui servait de jouet et de soufre-douleur. Avec quels yeux d'épouvante effarée ce quadrupède regardait ce quadrumane ! Il fallait voir Consul torturer et pincer et houspiller ce chien c'était pis que de la cruauté d'enfant, c'était de la cruauté de singe. Quant au petit nègre, son domestique, Consul partageait à son égard l'opinion des blancs vis-à-vis de la race noire : il ne le commandait que le fouet à la main. Ce singe traitait ce nègre en esclave ; Consul était presque digne d'être un homme.
Le manager, Consul le nègre et le chien cohabitaient dans cette même chambre, tous les quatre : sur une lampe à esprit de vin mijotait et chantait, léchée par la flamme, une potion pour Consul, qui toussait un peu.
Consul avait les bronches délicates ; cet enfant des tropiques redoutait notre climat. Irait-il à Nice, cet hiver ? Il en était question. Son manager préférait les Baléares. je songeais vaguement à Consul pour une reprise sensationnelle de la Dame aux Camélias ; il aurait, certes, lui, des gestes attendrissants de poitrinaire.
Pour me convaincre des talents de son pensionnaire, le barnum, qui m'avait trouvé froid, tendit à l'animal une feuille de papier blanc, qu'il avait froissée avant au préalable ; il faut vous dire que Consul chez lui, était vêtu d'un pyjama jaune à carreaux rouges et verts du plus pur américanisme. Ainsi vêtu, il avait l'air d'un minstrel.
Consul s'empara du feuillet de papier, nous tourna le dos, se passa la feuille au bas des reins, et puis, délicatement, la rendit d'un geste noble à son cher manager et ce geste m'apparut sublime.
Il résumait, dans une attitude, l'état d'âme de Consul vis-a-vis des foules qui l'admiraient.
Et je fus pénétré de vénération.
Consul mourut dans le courant de l'année de la phtisie gagnée dans nos climats et quelque peu développée par les londrès. les soupers de centième et les exhibitions dans les endroits de plaisir et les pires milieux, bars à la mode, boudoirs cotés et music-halls. Pauvre Consul ! Des courriéristes bien parisiens comparèrent sa fin précoce à celle de Max Lebaudy.
Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu. Pauvre Consul !

Jean LORRAIN

Un prochain billet sera consacré au roman d'Armand Charpentier, Le Roman d'un singe, qui présente l'avantage de mettre non seulement en scène un primate en flanelle, mais aussi un célèbre écrivain et critique d'art...

P. S. : J'ai le souvenir obsédant d'un portrait de Consul par André Rouveyre, mais il m'est impossible de me souvenir dans quelle revue ou volume il figure.

Voir aussi : Une gazette rimée sur Consul par Raoul Ponchon sur le blog à lui consacré, illustrée d'une belle affiche et d'un objet publicitaire à l'effigie du chimpanzé (Merci à Bruno Monnier).



mardi 10 février 2009

La Peur dans l'île. Catulle Mendès.



Voici comment était présenté le volume de contes et nouvelles fantastiques et policières de Catulle Mendès, Rue des Filles-Dieu, 56 ou L'Héautonparatéroumène, (1895, G. Charpentier et E. Fasquelle, Bibliothèque-Charpentier) dans le recueil d'articles de critique d'Henry Gauthier-Villars (Willy) pour l'année 1895.

L'héautonparatéroumène.

Voici un livre de Catulle Mendès sans amours, même sans amourettes, un livre consacré à la majesté de l'horreur, aux sinueuses hypocrisies du remords, aux subtilités de la peur, à l'épouvante des hantises, à la misère du crime, au néant de l'homme. Des êtres passent, dansent - presque pantins - jouets d'une volonté plus haute, mauvaise et sans doute amusée, qui leur impose ses caprices, qui les empoigne, qui les brise. Rien d'étreignant comme l'aventure de ce bon petit rentier batignollais, M. Brunois, inconscient meurtrier de par la perfidie des dieux et du chambertin, qui retourne au lieu du crime, se suit à la piste et finit par se livrer au juge d'instruction, pensant lui livrer l'assassin. Les finesses obtuses du pauvre homme, les fourvoiements de sa perspicacité cruelle, comme l'auteur les éclaire d'une lueur d'ironie tendre, où il y a de la pitié !
Voyez dans le même volume, ce merveilleux « Village près de la route » où le conteur de tant de contes prestigieux s'est révélé conteur plus inouï, où, de seconde en seconde, il aiguise l'émotion avec des mots qui sont des chuchotements d'Au-Delà, où la science des précautions oratoires multiplie les hésitations troublantes, les reculs effarés, les « repentirs » haletants, saisit, prend aux entrailles, subjugue le lecteur suant d'angoisse inavouée parmi les précises descriptions de cette apparition imprécise, et les calmes sortilèges de ce fantastique tranquille.
Certes, au-dessus du martyre de « l'Heautonparatéroumëne », au-dessus de l'ombre sans tête d'un Peter Schlemihl assassin et chapelier à Remy-sur-Oise, s'agite le rire frémissant, inextinguible, de quelque divinité méchante, inassouvie de mal, le rire inoublié de Mephistophela ; mais Catulle Mendès ne l'indique pas, il ne nous montre que la passivité pantelante des victimes qui se laissent traîner jusqu'au meurtre, courbées sans inutile révolte sous les caprices du Destin. Et, en ce livre aux habiletés infinies, toutes les caresses du mot, de la phrase, tous les frôlements d'un style adorable et pervers sont mis en oeuvre pour exaspérer le délicieux frisson de la peur, et en précipiter la pâmoison dernière...

Henry Gauthier-Villars (Willy) : Quelques Livres, année 1895, Bibliothèque de La Critique.


Indéniablement, deux nouvelles se détachent de ce recueil, Rue des Filles-Dieu, 56 et Un village, près de la route, pourtant ce n'est ni l'une ni l'autre que je choisi de reproduire. Si mon choix s'est porté sur La Peur dans l'île, c'est parce que l'auteur dans l'introduction explique l'une des spécificités de ces nouvelles. Celles-ci, contrairement au canon du genre, ne donne pas d'explications plausibles aux événement "extra naturels" qu'elles contiennent. La raison qu'en donne Mendès est fallacieuse, il se défend d'écrire un conte, de faire de la littérature, si l'explication fait défaut, c'est que l'histoire est réelle... Bien entendu il s'agit bien de littérature et d'autant plus que l'auteur se refuse à jouer au jeu des énigmes, au tour de passe passe d'un prestidigateur qui révélerait ses secrets. Mendès se confronte au genre fantastique, mais en refuse les règles. Que se passe-t'il dans La Peur dans l'île ? Un homme se retire du monde, il s'isole volontairement sur une île, et lors de la douzième nuit est réveillé par un bruit, une toux venue de nulle part, inexplicable qui le terrifie, la banalité même du sujet semble confirmer la véracité du récit. Ici, volontairement, pas d'ingénieuses inventions, pas de mystère à élucider, seule la toux qui brise le silence, seuls les mots "silence", "réveil", "seul", "désert(e)", qui reviennent, répétés inlassablement comme cette toux qui reprend à chaque endormissement. Mendès tente ici un tour de force, réduisant son histoire au minimun - l'isolement, la nuit, le silence - il tente de rendre l'effet de la terreur devant l'inconnu, l'inexplicable.


LA PEUR DANS L'ILE


Littérairement, l'inexpliqué est condamnable. Oui, je reconnais qu'un écrivain n'a pas le droit de conter des faits extra naturels, s'il ne s'est mis en mesure d'en fournir, à un point quelconque de son récit, - Théodore de Banville, par une horreur de la surprise, que Charles Baudelaire ne partageait pas, exigeait que ce fut dès les premières lignes, - d'en fournir, dis-je, l'explication plausible, dût-elle être fantastique. D'ailleurs, il semble valoir mieux qu'elle soit d'ordre réel. L'œuvre extraordinaire, mais jamais féerique, du grand Edgar Poë, triomphe précisément par cet art prodigieux de réduire enfin l'humanité presque banale, quotidienne pour ainsi dire, les plus prodigieuses, les plus déconcertantes, les plus épouvantantes anormalités. Qu'il y ait un peu trop d'analogie entre ce procédé artistique et le jeu suranné des énigmes, cela parait certain ; n'importe ; nous lui devons tant de parfaits chefs-d'oeuvre, qu'il n'est pas possible de le réprouver. Au total, le lecteur serait autorisé à accuser de puérilité, ou d'impertinence mystificatrice, ou de déplorable ingéniosité, l'écrivain qui, après l'avoir attiré, alléché, troublé, exaspéré même par une accumulation de miraculeux effets, tout à coup se déroberait a lui en révéler les causes, et, finalement le laisserait, comme on dit, le bec dans l'eau.
On m'a adressé de tels reproches à propos de quelques pages publiées ici même sous ce titre : « Un village, près de la route » ; et jamais ils n'eussent été mieux mérités, si, en écrivant ces pages, j'avais voulu faire œuvre de littérature, si je n'avais pris soin d'avertir, à plusieurs reprises, qu'il s'agissait non pas d'un conte, mais d'une histoire vraie, d'une aventure qui, outre moi-même, avait eu sept témoins, d'une aventure qui ne serait, je l'affirmais, niée par aucun de ces témoins, et qui, en effet, ne pourrait l'être, puisque, de tous points, elle est véritable et vraie, et vraie et véritable. Eh ! qu'il m'eût été facile - car l'habitude d'inventer, loin de stériliser l'imagination, la rend plus féconde et plus prompte aux enfantements - d'adapter quelque fantaisiste ou quelque raisonnable terminaison à cette bizarre et burlesque anecdote de voyage. Mais je ne l'ai pas voulu. Cela, par respect de la vérité, par respect, surtout, du mystère qu'il nous fut donné de voir et de toucher, par respect de ma peur. Et mon loyal récit, je ne l'ai pas relu avant l'impression, de peur d'être incité à des remaniements ou l'artiste, c'est-à-dire le menteur, aurait eu trop de part. On a dû y remarquer, assez nombreuses, des incorrections qui, dit-on, ne me sont pas familières. J'espérais que quelques fautes de langage, çà et là, seraient autant de preuves de ma sincérité.
Quoi ! vous ne m'avez point cru ? Etes-vous donc de ceux qui jamais ne sentirent dans l'inexplicable, grotesque ou terrifiant, de quelque fait, la malice ou la cruauté d'un invisible et obscur entourage d'êtres – sont-ce des êtres ? attentifs à l'existence humaine et toujours avides de se manifester, mais toujours prestes à se dérober quand la brusquerie curieuse de notre raison va les surprendre et les traîner au plein jour de la constatation ? Pour moi, bien des fois j'en ai éprouvé l'approche toujours plus resserrée (qui jamais ne fut tout à fait une présence !) et, accueillie avec malaise ou avec joie, selon que le moment de mon âme me disposait à l'épouvante ou à l'espérance de l'inconnu, j'en ai gardé, aimables ou douloureux, des souvenirs de frissons que je n'aurais pu devoir à aucune aventure humaine.

En ce temps-là je venais d'avoir vingt ans je connus une grande douleur. Une femme que j'aimais tendrement m'avait trahi. De plus amères détresses que celles d'être trahi par la femme qu'on aime tendrement, il n'en existe point. Plus tard, vieillis, quand leurs cœurs se sont éteints, c'est la coutume de bien des hommes de railler leurs désespoirs de jadis, d'en douter même. Ces gens ressemblent à des amputés niant la souffrance qu'ils endurèrent dans le membre qu'ils n'ont plus. Mais le cœur des poètes se survit en la persistance du rêve ; nous pleurons toujours nos anciens pleurs.
En ce temps donc, ma douleur toute neuve me conseilla d'oublier mes ambitions, mes orgueils, et, de fuir, de m'exiler. Un seul besoin : quelque solitude comparable au vide qui s'était fait en moi-même. Cette solitude, je la trouvai, non loin de Paris, dans une petite île étroite, étendue entre les bras à peine écartés d'un fleuve. On n'imagine pas, coudoyé de tant de passants, combien le désert est proche des foules ; il suffit de marcher pendant quelques heures pour être tout à fait isolé. L'île qui fut mon refuge était trop petite pour qu'on y bâtit un village ; trop peu fertile, - roc sans humus, - pour qu'on y essayât des cultures ; trop peu agréable à l'oeil, - dépourvue d'arbres et de pelouses, - pour qu'une guinguette y installât des balançoires et des jeux de tonneau. Dès que le batelier s'en fut retourné, je me trouvai seul, absolument seul ; je découvris une vieille hutte de cantonnier, abandonnée : c'était là que je dormirais ; des vivres dans des boîtes en fer blanc, quelques bouteilles, des paquets de tabac - j'avais apporté tout cela, - me suffiraient amplement durant l'espèce de retraite que je comptais faire en ce lieu sauvage et mon âme douloureuse s'apaiserait peut-être dans le silence et la solitude.
A quoi bon dirais-je cela, si cela n'était pas vrai ? Quel serait mon mérite d'inventer un aussi banal exil d'amant que la trahison rendit misanthrope et misogyne ? Ceux qui me connaissent depuis longtemps se souviennent sans doute d'avoir raillé le morose entêtement qui, tout un mois, me tint éloigné d'eux et des combats littéraires et de mes plus chers travaux. En vérité, j'écris, sans littérature, les choses telles qu'elles furent ; et tout est véritable dans mon récit, même ce qui en paraîtra vraiment extraordinaire, même ce qui m'éveilla vers le milieu de la douzième nuit...
Seul je ne connus pas l'ennui, ni le regret des multitudes. Je tournai rarement la tête vers l'un ou l'autre quai du fleuve qui, de ses bras peu écartés, étreignait l'île ; jamais je n'éprouvait l'envie de héler le batelier, de rentrer dans l'animation de la bourgade voisine où chantaient ; le dimanche, des canotiers. Je me plaisais dans mon île, parlant avec mon chagrin, l'interrogeant, lui répondant ; nous nous entendions très bien, tous les deux. Je marchais longuement sur le sable et les pîerrailles, ou bien je m'asseyais, nonchalant, sur un avancement de roche vers l'eau. Et loin de souhaiter des couleurs et des voix, j'étais satisfait qu'il n'y eût ici pas du tout de fleurs et pas du tout d'oiseaux.
Les nuits surtout m'étaient douce, à cause du silence, - car le fleuve coulait si lentement, car le vent remuait à peine les feuilles des rares arbres, car le ciel était si lourd d'ombre muette, a cause de l'immense, à cause de l'infini silence ! Et au milieu de toute l'île déserte, pareille à un cimetière sans fantômes, mon lit dans la hutte, mon lit d'herbages secs, que j'avais entouré de vielles planches, était comme dans une cave ou un cercueil où l'on dort bien.

Ah ! que j'y dormais bien. La fatigue des fréquentes et lentes marches, avec l'amas des désespoirs alourdis en mélancolie, me jetaient sur la couche, et, sans rêve, je dormais, longuement. Onze nuits je dormis, sans réveil avant l'aube, dans le parfait silence. Mais je m'éveillai vers le milieu de la douzième nuit...
Je m'éveillai en sursaut ! j'étais assis, dans l'ombre, les yeux écarquillés, le coeur battant. Pourquoi m'étais-je éveillé de la sorte, si brusquement ? Je ne savais pas, J'avais beau me demander « pourquoi donc me suis-je éveillé de la sorte, si brusquement ? » je ne savais pas. J'eus enfin le vague souvenir d'un bruit qui, tout à coup, avait retenti et m'avait éveillé. Mais quel bruit ? Je ne savais pas. Allons, sans doute j'avais eu le cauchemar. Je m'étendis, je me renfonçai dans l'aimable, dans le cher néant du sommeil.
Je me redressai ! Cette fois, je savais, oui, je savais ce qui m'avait tiré du repos. C'était le bruit d'une toux. Quelqu'un, j'en étais sûr, avait tousse dans le silence de la nuit, dans le désert de l'île.
Idée absurde.
Puisque j'étais seul, absolument seul, dans l'île déserte, dans la nuit silencieuse.
Pourtant, c'était bien une toux que j'avais entendue.

Je souris.
Il était probable que j'avais toussé, moi-même, en dormant ; je devais avoir pris froid, le long de l'eau, la veille ; c'était mon propre rhume qui m'avait secoué.
Je souris encore. Je me rendormis. Le réveil, dès l'aurore, me fut doux, et douce la journée dans la bonne solitude, et doux le somme du soir. Mais, vers le milieu de la treizième nuit, - oui, vers le milieu, je pense, de la treizième nuit - de nouveau je sursautai sur mon lit d'herbes sèches, comme un soldat qu'éveille le clairon ! et stupéfait, effaré, un frisson froid le long des reins, j'entendais qu'on toussait, qu'on toussait, qu'on toussait toujours. Voyons ! est-ce que, assis, je rêvais encore ? non, je ne dormais plus, j'étais sûr de ne plus dormir. Etais-je fou ? non, je n'étais pas fou. J'étais sûr de n'être pas fou. Alors, qu'est-ce que c'était que cette toux ? Puisqu'il n'y avait personne dans l'île, puisque j'étais seul dans l'île, puisqu'un aussi faible bruit que celui de quelqu'un qui tousse n'aurait pu venir des villages ou de la route le long du fleuve, puisque, moi, je ne toussais pas, qu'est-ce que c'était que cette toux, et d'ou venait-elle ? Plus froid, le frisson secouait mes reins. De la glace me fondait aux tempes. Car cette toux était terrible ! Tantôt, légère, toux d'un enfant pris de la coqueluche, elle sonnait par saccades sèches, a d'inégaux intervalles, et déchirait le silence comme un ongle raye une vitre ; tantôt, lourde, toux d'un vieil asthmatique, elle s'acharnait en glouglous gras de bulles s'enflant et montant dans une boue de bile. Elle était si distincte, qu'elle me semblait toute proche, oh! oui, toute proche : c'était dans la hutte même qu'on toussait ! certainement c'était dans la hutte même ! ou derrière le mur de la hutte ! et, en même temps, elle me semblait très lointaine, à cause du son étrange, du son de mystère qui était en elle. Un instant, je crus que c'était au-dessous de moi que l'on toussait ! je pensai que je m'étais couché sur quelqu'un, enfant ou vieillard, que mon poids oppressait jusqu'à cette quinte ! Puis, je m'imaginai, frémissant et suant, qu'à bien des lieues de moi agonisait un petit garçon en proie au croup, ou râlait un centenaire enfin moribond. Je sautai de mon lit, je sortis dans les ténèbres. J'avais eu le soupçon que, le soir, quelque vieux mendiant, avec l'un de ces pauvres petits qui tendent la main, s'était introduit, à mon insu, dans l'île, et qu'ils toussaient, frileux, souffreteux, l'un après l'autre, et ensemble, au pied d'un arbre. Non, personne. La solitude dans l'ombre. D'ailleurs, dès que j'avais quitté la hutte, la toux avait cessé de sonner. Je rentrai, je me recouchai, j'écoutai... Rien, plus rien, c'était fini... le silence... Rompu d'effroi, je m'endormis.

Mais toutes les nuits recommença, grêle comme une toux d'enfant, ou grasse comme une toux de vieux, très lointaine à la fois et toute proche, la quinte, l'obstinée, la déchirante, l'épouvantable quinte ; et je l'écoutais, des heures entières, terrifié, une sueur froide me coulant de la nuque aux lombes. Quelquefois elle se taisait. Je respirais librement. Peut-être il était mort, celui, enfant ou vieillard, qui toussait. Oh ! il était mort enfin ! Mais, bientôt, plus effrayant après le silence, le râle saccadé se remettait à déchirer la nuit et le silence et mon âme effarée et mon cœur et tout mon être. Et je râlais moi-même d'effroi, en l'obsession de cette toux d'agonie. Ah ! vous pensez bien que, le jour, délivré des angoisses, je cherchais, ma raison recouvrée, à me rendre compte de l'odieux bruit nocturne. Non ! Non ! rien ne le pouvait expliquer ; dans l'île, il n'y avait pas d'orfraie au rire horrible qui sanglote, il n'y avait pas d'antre, d'où le vent peut ressortir en plainte rauque, pas d'anfractuosité de roche où l'eau tourne et pleure par secousse ; et les plus prochains villages, les plus proches routes étaient trop éloignés pour que m'en parvint la quinte de quelque vivant ! Pourtant, chaque nuit, à la même heure, sonna la toux, l'affreuse toux, dans le silence désert de l'île...


Catulle Mendès


On trouvera une analyse de Rue des Filles-Dieu, 56, sur Fabula : Marion François , "Catulle Mendès, 56, rue des Filles-Dieu : l’invention du détective « héautonparatéroumène », ou un coupable acharnement", Séminaire "Signe, déchiffrement, et interprétation", URL : http://www.fabula.org/colloques/document917.php

Catulle Mendès sur Livrenblog : La Brasserie : Léon Bloy par Catulle Mendès. Lucien JEAN - Catulle Mendès. Samain : Mendès. Lorrain. Jeanne Jacquemin. et un peu partout, tant il est impossible de parler de cette période littéraire sans citer son nom.

Willy sur Livrenblog : Cyprien Godebski / Willy. Controverse autour de Wagner. Les Académisables : Willy . Une photo de Mina Schrader, esthéte et anarchiste. Willy, Lemice-Terrieux et le Yoghi. Romain Coolus présente quelques amis. Colette, Willy, Missy - Willy, Colette, Missy (bis). Pourquoi j’achète les livres dont personne ne veut ?. Le Chapeau de Willy par Georges Lecomte. Nos Musiciens par Willy et Brunelleschi. Nos Musiciens (suite) par Willy et Brunelleschi. Willy l'Ouvreuse & Lamoureux. Quand ils se battent : Willy et Julien Leclercq. Willy préface pour Solenière par Claudine. Léo Trézenik et son journal Lutèce. Jean de Tinan, Willy, petite revue de presse. En Bombe avec Willy. Maîtresse d'Esthètes par Papyrus. Quand les Violons sont partis d'Edouard Dubus par Willy. Le Jardin Fleuri. R. de Seyssau par Henry Gauthier-Villars.Willy fait de la publicité.



vendredi 6 février 2009

Exposition Lévy-Dhurmer par FAGUS



Exposition Lévy-Dhurmer (1)

Avec les murs emmitouflés de ce hall coquet et exigu : un boudoir, - la trentaine de pastels et de peintures s'harmonisent : c'est comme des ailes de papillons qu'on aurait appliquées, les ailes velouteuses des gros papillons du soir et de l'automne, ces ailes ou fauves ou bleuâtres : couleur de l'automne et de la nuit et du crépuscule, et dont les ocelles multiplient de vagues visages ; de la poussière de couleur, une buée de couleur ; le visiteur a peur, devant, d'avoir trop fortement respiré. Les plus vigoureuses, les plus intéressantes – et leur vigueur détone parmi ces apparitions effacées – s'intitulent Masques : masque de M. Claretie, masque de M. Cornély ; et les quelques autres portraits sont aussi des masques : l'épiderme facial découpé, tranches de visages sans les os, sans le crâne ; le buste de Mlle Moreno, dans son rôle du Voile, s'étale, mat et blanc, tout en surface, ainsi qu'une hostie. Le reste, évocation d'un symbolisme cherché, et un peu court (parfois rappelant, titres, présentation, idée, et jusqu'au même bleu, tel le Silence, Osbert), fait voisiner la Grèce, l'Evangile, la Bretagne, les légendes, les bois et leurs frissons, etc. : Il était une fois une princesse, les Mystères de Cérès, Notre-Dame de Penmarch, il neige des feuilles, la Cruche cassée (...demoiselle toute nue, vue de dos, mais d'agréable physionomie) ; le mystère y est commodément suggéré par le flou des silhouettes noyées dans une pénombre versicolore, les problèmes de l'âme par une figure aux yeux battus, et qui ubiquite avec indiscrétion. Cela témoigne de la virtuosité de l'artiste, et de la variété de son inspiration, mais aussi d'une bienveillance un peu outrée à plier son art aux aspirations spéciales de la mode et du monde, du beau monde à qui ne déplaît pas quelques maniérisme de bon ton. Or, les Masques, d'une toute autre facture, aussi d'un tout autre effet, montrent ce que pourrait le peintre, laissant avec franchise, sans habileté, bêtement, son tempérament aller : la différence est telle que les autres ouvrages ne semblent pas du même peintre ; et cela est : il sont de son public.

(1) Hall de la Société d'éditions artistiques, 30, Chaussée-d'Antin, Paris


FAGUS
Revue Blanche janvier 1900




Fagus sur Livrenblog : Fagus : Picasso 1901. - Albert Samain par Fagus - Opinions sur Gauguin 4e livraison FAGUS - Durio, Bocquet, Maillol, etc.

Fagus sur Cynthia 3000 : Visite à Frère Tranquille - Admirable Fagus !

Fagus son Blog


BUCOLIQUES de Jules RENARD par Léon BLUM




Le blogueur dilettante s'efface devant les documents, aujourd'hui deux pièces de plus portées au dossier Jules Renard : La critique de Bucoliques par Léon Blum extrait de la Revue Blanche et la préface au volume par l'auteur.

Un livre de Jules Renard

Une préface grave et entière où je goûte avec amour le ton perdu des moralistes, la foi religieuse dans le travail, la fierté d'écrire, la vertu d'une conscience difficile : classicisme, optimisme et jansénisme. Des mots et des traits d'enfants, menus, précieux ou profonds. Des paysages concentrés et forts. Des portraits que je ne peux comparer qu'aux plus achevés de La Bruyère, le Mangeur de prunes, le Collectionneur d'estampes, ou Diphile, l'amateur d'oiseaux, - des portraits dont on suit lentement l'étude et le progrès, qui livrent peu à peu des physionomies achevées touche à touche, où chaque état ne révèle souvent qu'une seule forme caractéristique, un unique détail nouveau, une courte phrase révélatrice, et qui accusent leur vie et leur singularité par une sorte de juxtaposition nécessaire. Voilà ce que je veux signaler dans les Bucoliques, la dernière oeuvre de M. Jules Renard.
Il en faudrait parler avec plus de minutie ; je ne connais pas de livre où le sentiment d'ensemble soit plus nécessairement le résultat, l'addition grossie des impressions de détail. Et je sens aussi que pour juger M. Renard il faudrait donner au critique des moyens et des termes qui lui manquent. J'employais la langue des graveurs ou des peintres, et ce n'était pas une affectation. Voit-on personne chez qui le talent s'allie plus étroitement avec la manière, la pensée avec la matière, et les sentiments avec les mots ?
S'il faut résumer mon jugement en une formule, je dirai pourtant que les Bucoliques sont l'oeuvre d'une sorte de réalisme lyrique. La nature y est vue de près, en détail, face à face, par un peintre qui rejette avec le même mépris les mensonges du roman et les trahisons de la perspective. Et l'ajustement de ces tableaux appliqués révèle une poésie diffuse et persistante, qui est peut-être la poésie même du paysan. M. Renard voit la terre comme on l'aime, avec un lyrisme minutieux et possessif. Je sais combien il chérit La Fontaine. Mais c'est bien l'instinct le plus fort de sa pensée qui lui prête, pour étudier le visage d'une chaumière, l'âme silencieuse et ridée d'un paysan, les ébats d'enfances rustiques, toute la ténacité savante d'un psychologue minutieux. Il comprend la volonté cachée des hommes, la voix des choses et le langage des animaux. Il sait les mots qui révèlent aux ignorants le sens des mots, des mouvements et des gestes. Son talent c'est de savoir les deux langues, et je le comprends bien quand il signe : Jules Renard, interprète de la nature.

Léon BLUM
Revue Blanche N° 121 15 – 6 – 1898

LA LUTTE QUOTIDIENNE
Préface aux BUCOLIQUES

« Il faut en France beaucoup de fermeté, et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi et à ne rien faire. Personne presque n'a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fonds pour remplir le vide du temps, sans ce que le vulgaire appelle des affaires. II ne manque cependant à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille, s'appelât travailler.»
La Bruyère.

I

Lève-toi matin. Ne devrais-tu pas être debout dus l'aurore ? Et quatre heures, c'est trop tard. Les vignerons sont dans leurs vignes. Devance-les. Le premier, salue le soleil !
Si tu es riche, paie un serviteur qui, chaque matin, d'une respectueuse poussée, te jette sur la descente de lit, car ta femme est faible. Elle le retient. Elle dit que tu as le temps et elle t'amollit par sa tiédeur.
Ne te poses-tu jamais cette question : Si tu te couchais et te levais plus tôt, quelle serait ton oeuvre ? Songe à la mobilité de l'esprit : la pensée que tu viens d'avoir, tu ne l'avais pas il y a une seconde, et déjà elle t'échappe. La lettre que tu écris, le livre en train, si tu variais tes heures de sommeil et de travail, seraient autres. Tu ne te servirais ni des mêmes idées, ni des mêmes mots. Toute ta vie intellectuelle changerait de forme et de qualité. Tu perds peut-être quotidiennement, à dormir, à manger, à faire la bête, l'instant unique où tu aurais du génie.
Ce problème insoluble ne te trouble guère. Réveillé, tu te plais, sans honte, au lit. Le médecin te dit que sept heures de repos suffisent à un homme de ton âge. Tu dors le double et tu réclames, après une nuit de quatorze heures, la sieste.
- C'est mauvais pour la digestion, dit le médecin.
Et tu lui répliques :
- Pour celle des autres. Moi, je digère mieux.
- Marchez, dit le médecin.
- Je dormirais debout.
- Déjeunez frugalement.
- Je dormirais avec la faim.
- Buvez du café.
- Le café m'empêche de dormir, mais il me laisse le besoin de dormir.
Et tu t'étends sur ta chaise longue.
Tu dors mal, le cou cassé, la chair en proie aux fourmis, le coeur aux remords. Tu rêves de gens qui travaillent, si laborieux qu'ils ne te regardent même pas et que tu devines seulement leur pitié. Et tu dors dans l'oppression, comme on nage entre deux eaux, ni asphyxié, ni libre de respirer.
Ah ! pince-toi, dresse-toi, secoue ta tête qui frappe l'air comme un lent marteau, et vite au travail !
Le travail, voilà le dieu sévère de qui tout dépend.
Sans le travail, le reste n'est rien. Je te le jure par l'expérience universelle.
Cet inconnu de la rue passe léger, heureux et souriant. Je sais pourquoi : il a bien travaillé. Et je sais pourquoi un autre s'esquive, l'allure oblique et les épaules rapprochées. Et quand une tuile te tombe sur le nez, ne cherche point la cause de sa chute. Tu récriminerais vainement et, loin de te consoler, je te dirais avec sécheresse :
- Tu ne travailles donc pas qu'il t'arrive malheur ?
Et surtout, il ne faut jamais tricher.

II

Non, ne triche pas.
Travailler, pour un écrivain, ce n'est ni lire, ni copier des notes, ni observer, ni rêvasser, ni compter ses anciennes dépenses d'énergie.
Et d'abord, tu rejettes loin de loi les livres des autres. Puis tu t'assieds devant une table où tu n'as que de l'encre et du papier. Et il est nécessaire que ta poitrine touche la table. Sinon, tu mettrais les mains dans tes poches, et tu fixerais le plafond. Approche-toi, saisis ferme ta plume et prends de l'encre. Et que tes yeux n'aillent point errer sur le mur ou se promener par la fenêtre. Mais penche la tête et tourne ton oeil en dedans. Et si ta plume sèche, reprends de l'encre, afin d'être prêt. Et laisse ta montre tranquille. Comme un mendiant, sûr d'avoir sonné et que la maison est habitée, s'enracine à sa porte, toi, reste immobile. Ton esprit fait le mort, lasse-le par de patientes provocations. Il cédera. Bientôt la première idée bouge. Elle arrive.
— Et si ça ne vient pas ?
— Ça vient toujours.

III

Mais, lâche incorrigible, tu as disparu; tu es dehors et tu vas, le long du lac, jusqu'au banc, te reposer. Les sapins font cercle derrière toi, et devant, le lac multiplie ses sourires puérils. Tu écoutes, tu renifles, tu vois. Cette nuit, des amants ont aplati l'herbe du bord. A tes pieds, une bête qui a plus de mille pattes et des couleurs si riches qu'elle semble tombée du soleil, met une année au moins de sa vie à traverser les sables de ce petit désert. Une odeur résineuse te monte au cerveau. Pour décoller tes idées, tu te glisses dans ta barque, et comme ramer te fatigue, tu ouvres un parapluie qui te sert de voile et que la brise incline à son gré. Au milieu du lac, tu t'arrêtes et tu regardes le coteau. On y rentre les foins secs, et des fermes aux prés fauchés, les travailleurs vont et viennent obstinément.
Il n'y a pas de route « carrossable ». Il faut rentrer le foin à dos d'homme. Le porteur descend de la ferme avec son crochet. Les femmes le chargent et peignent son foin au râteau, de peur du gaspillage. II remonte à la ferme, courbé, enfoui ; ses jambes seules dépassent. Il suit le chemin étroit et raide, où ça et là une pierre le cale. Parfois il hésite à une rigole d'eau courante et ses jambes s'écartent un peu plus. Sa meule de foin l'étouffe et le tire en arrière. Il s'acharne et la sauve d'une pluie prochaine.
C'est la prairie qui grimpe.
Comme tu te trouves bien !
Au bout du toit de la grange un pinson répète par intervalles égaux sa note héréditaire. A force de le regarder, l'oeil trouble ne le distingue plus de la grange massive. Toute la vie de ces pierres, de ce foin, de ces poutres et de ces tuiles s'échappe par un bec d'oiseau. Ou plutôt la grange même siffle un petit air.
L'ombre des sapins se teinte selon les nuages. L'eau élastique obéit à ta moindre pesée. Le lac ne cesse de se rafraîchir aux sources de la montagne. Chants de coqs, cloches de vaches et voix de chiens, les échos répètent tout et tu en profites : Ton cerveau se remet à neuf. Tu t'approvisionnes d'images, de bruits et d'odeurs. Tu te gorges jusque-là. Le porteur de foin qui, déchargé, s'essuie le front, envie ta fainéantise. Il a tort ; il te juge mal. Il croit que tu ne fais rien, mais au fond, n'est-ce pas ? cher ami, tu fais ce qu'il fait : tu rentres ton foin pour l'hiver.

Jules RENARD



Les chroniques de Jules Renard, reprisent sur Livrenblog :

Vamireh, roman des temps préhistoriques par J. H. Rosny (« Les Livres » Mercure de France N° 28 d'Avril 1892)
Baisers d’ennemis par Hugues Rebell (« Les Livres » Mercure de France N° 33 septembre 1892)
La Force des choses par Paul Margueritte (« Les Livres » Mercure de France N° 18 Juin 1891)
Les Emmurés, roman par Lucien Descaves (« Les Livres » Mercure de France, Janvier 1895)
Bonne Dame d'Edouard Estaunié (« Les Livres » Mercure de France, janvier 1892)
Les Veber's (« Les Livres » Mercure de France, octobre 1895)
L'Astre Noir par Léon–A. Daudet ("Les Livres" Mercure de France, janvier 1894)
Le Roman en France pendant le XIXe siècle par Eugène Gilbert (Plon). ("Les Livres" Mercure de France, février 1896)

Jules Renard dans Livrenblog : Portrait par Pierre Veber, Sous-Bois, Les Lutteurs. Les Veber's. Félix Vallotton - Jules Renard. La Maîtresse.Histoires Naturelles. Romain Coolus et Jules Renard. J. Renard / F. Vallotton : Au Voleur !.Gramadoch et Jules Renard : Au Théâtre. Jules Renard / Hermann Paul. Sem.. Jules Renard dans Le Canard Sauvage.

jeudi 5 février 2009

BALLADE Sur la pénible aventure du symbolisme


LA PLUME N° 208 – 15 décembre 1897.


BALLADE
Sur la pénible aventure du symbolisme




Griffin, perdant toute espérance,
Loue un Barnum à Chicago
Et pour te fuir, ingrate France,
Frète un rapide paquebot ;
Rachilde en est comme une folle,
On voit de Gourmont évoquer
Le spectre de défunt Aurier :
Le Symbolisme se décolle.

Verhaeren trouve une cadence
Pour expectorer aux échos
Qui souffrent son intempérance
« Le vieux crapaud de ses sanglots » ;
Kahn entre à la Libre Parole,
Souza bêle : il lui faut brouter,
Hérold le mène en bon berger :
Le symbolisme se décolle.

Pierre Quillard rompt une lance
En l'honneur du Verbe ostrogoth,
A l'Oeuvre où l'Ibsen se fait rance,
On entend brailler maint cabot ;
Mauclair veut fonder une école
Et détrôner de Bouhélier,
René Ghil va ressusciter :
Le symbolisme se décolle.

ENVOI

Prince, Mallarmé se désole,
Retté rit, les vers de Régnier
Sont en cornets chez l'épicier :
Le symbolisme se décolle.

TOUCHSTONE.



mardi 3 février 2009

Félix VALLOTTON - Jules RENARD. La Maîtresse. Histoires Naturelles




En 1896 Félix Vallotton illustre La Maîtresse de Jules Renard, la même année il illustre de deux dessins la première édition des Histoires Naturelles, on les retrouve ci-dessous après les vignettes illustrant les deux premiers chapitres de La Maîtresse, les illustrations des autres chapitres viendront plus tard. Le tout est suivi de lettres de Jules Renard à Vallotton concernant ces illustrations.




Lettres de Jules Renard à Félix Vallotton à propos de La Maîtresse et des Histoires Naturelles.


Le 10 8nbre 1895

44, rue du Rocher

mon cher Vallotton,

Vous me serez très-agréable d'accepter la proposition que vous fait Arsène Alexandre, d'illustrer La Maîtresse qui va paraître au Rire. N'êtes-vous pas trop occupé en ce moment ? Et pourrez-vous presser le plus possible ce petit travail ?
Un mot s. v. p. et croyez-moi votre ami

Jules Renard


La Maîtresse paraîtra dans le Rire du 16 novembre 1895 au 4 janvier 1896. Seul l'illustration de la couverture du volume est originale.


Le 14 9bre 1895

Mon cher Vallotton,
Exquis vos premiers dessins. Je vous remercie et vous serre la main.


Jules Renard



Le 5 janvier 1895 [sic pour 96]
44, Rue du Rocher


mon cher Vallotton,
Je vous renouvelle mes félicitations pour les dessins de La Maîtresse. Ça sera un petit bouquin bien ornementé. Je ne sais encore qui le publiera et n'ai rien de certain à vous dire à ce sujet.
Flammarion publie mes Histoires Naturelles. J'ai renoncé à les faire illustrer mais je voudrais une couverture. Flammarion la paiera 50 f. C'est peu, mais on fera, je crois, au livre, quelque réclame. Vous sentez-vous le goût de composer cette couverture ? Si le coeur vous en dit, et que vous ayez l'occasion de passer rue du Rocher, nous en parlerons. Je désirerais quelque chose de très-simple et de très-spécial. Ce serait votre affaire. Le volume sera petit, mais imprimé, j'espère, sur bon papier et avec soin.
Un mot de réponse s. v. p. et bonne année.


Votre
Jules Renard


44, Rue du Rocher

Le 20 janvier 1896


Mon cher Vallotton,


Je viens de voir Flammarion qui est enchanté de La Dinde. Nous aurons très-prochainement une épreuve qui vous sera communiqué. Quant à l'autre dessin (Le Cerf) Flammarion, bien entendu, le mettrait avec plaisir au dos de la couverture, mais je n'ai pu obtenir un petit supplément au 50f convenus. M. Flammarion prétend qu'il ne peut faire que cela pour la couverture toute entière, quelle qu'elle soit. Faites donc ce que vous croirez de votre intérêt. Ou gardez le cerf, ou modifiez-le comme nous avons dit (suppression du fusil) et portez-le à l'éditeur en lui indiquant la réduction. Faites-vous en ce cas payer les 50 francs en livrant le dessin, et demandez que les deux vous soient rendus.
Amitiés
Jules Renard


44, rue du Rocher.
Le 21 février 1896


mon cher Vallotton,

pour le cas où Flammarion aurait oublié de vous envoyer une couverture, je vous adresse celle-ci, si vous avez des observations à faire, ne craignez pas de les exiger et de retourner à Flammarion cette couverture avec les modifications que vous jugerez nécessaires.
Sinon, inutile de vous déranger.
Pour ma part, je demande qu'on réduise la marque Flammarion qui gêne fort la dinde. Et j'envoie à Flammarion une note à ce sujet.


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J'ai vu Mr Simonis Empis qui m'a dit avoir reçu votre visite et que c'était entendu pour la couverture de La maîtresse. Je crois que vous ne devez pas craindre de justifier le titre par votre dessin. Ce titre que je n'ai pas cherché d'ailleurs, qui s'imposait, sera excellent pour la vente. Votre dessin fera le reste.
Meilleures amitiés.
Jules Renard

On peut voir sur Livrenblog deux autres illustrations de Vallotton pour des textes de Jules Renard : Sous-Bois et Les Lutteurs.

Les chroniques de Jules Renard, reprisent sur Livrenblog :

Vamireh, roman des temps préhistoriques par J. H. Rosny (« Les Livres » Mercure de France N° 28 d'Avril 1892)
Baisers d’ennemis par Hugues Rebell (« Les Livres » Mercure de France N° 33 septembre 1892)
La Force des choses par Paul Margueritte (« Les Livres » Mercure de France N° 18 Juin 1891)
Les Emmurés, roman par Lucien Descaves (« Les Livres » Mercure de France, Janvier 1895)
Bonne Dame d'Edouard Estaunié (« Les Livres » Mercure de France, janvier 1892)
Les Veber's (« Les Livres » Mercure de France, octobre 1895)
L'Astre Noir par Léon–A. Daudet ("Les Livres" Mercure de France, janvier 1894)
Le Roman en France pendant le XIXe siècle par Eugène Gilbert (Plon). ("Les Livres" Mercure de France, février 1896)

Jules Renard dans Livrenblog : Portrait par Pierre Veber, Sous-Bois, Les Lutteurs. Les Veber's. Romain Coolus et Jules Renard. Bucoliques de Jules Renard par Léon Blum. J. Renard / F. Vallotton : Au Voleur !.Gramadoch et Jules Renard : Au Théâtre. Jules Renard / Hermann Paul. Sem.. Jules Renard dans Le Canard Sauvage.