jeudi 6 novembre 2008

Livre numérique, Fagus, Galmot, Durio, Dada, Jean Lorrain



Une information qui ne semble pas avoir retenue beaucoup l'attention de ce côté-ci de l'Atlantique : Google vient de signer un accord avec les éditeurs et les auteurs américains. Le "je trouves tout / je vois tout" de l'internet vient d'offrir 125 millions de dollars aux associations d'auteurs et éditeurs américains, ceux-ci avaient intenté une action en justice contre Google, qui numérisait des livres épuisés, affichait des extraits de livres sous droits d'auteur et partageait des copies numériques avec les bibliothèques sans l'autorisation des détenteurs de droits. Si cet accord reçoit l'approbation des tribunaux, il permettra au géant de l'internet de proposer un accès plus large à des livres épuisés, il servira d'intermédiaire pour la vente des livres sous droits, et permettra aux universités et aux écoles, grâce à des abonnements, d'accéder à des millions de livres numériques en ligne ainsi qu'aux textes numérisés des bibliothèques américaines. Qu'en sera-t-il ici ? Verra-t-on un jour un accord Google/BNF, Google/Gallimard ? Les éditeurs français sont-ils prêt pour faire face à la demande, qui viendra n'en doutons pas, de livres numériques, autrement qu'en proposant quelques titres de leur catalogue à un prix totalement prohibitif, comme c'est actuellement le cas ?

Puisqu'il est question de livre numérique voici une adresse qui devrait permettre de compléter l'offre déjà offerte par la BNF avec Gallica, ou plus modestement, par la Bibliothèque électronique de Lisieux, il s'agit de Internet Archive, une base de donnée où se trouvent numérisés de très nombreux livres et revues.

De Zurich à Paris en passant par Cologne ou New-York, Dada, fut partout. A défaut de "tuer l'art" il le révolutionna complètement. On peut grâce à dadart.com suivre l'histoire du mouvement Dada, avec tout les liens et informations sur le sujet. A noter qu'il est possible d'y télécharger un papier à en-tête MoUvEmEnT DADA.

Le site Jean Lorrain, de Catherine Serin, nous informe de nouvelles mises à jour. (voir la rubrique "derniers articles" sur la page d'accueil). On peut y lire notamment un article virulent et combatif de l'écrivain et homme politique Jean Galmot, extrait du Le Petit Niçois du 7 mai 1905, Le Prochain livre de M. Jean Lorrain. Il y dénonce "La rampante calomnie", "les mensonges", "les niaiseries", qui accompagnèrent Lorrain à Nice, et rappelle à M. de Tartempion "la curiosité malsaine de [ses] sens et l'ignorance de [ses] jugements" sur l' "une des plus grandes gloires des lettres françaises de ces temps", mais : "Dans le prochain livre de M. Jean Lorrain, l'âme du peuple frémira. Et votre esprit de bourgeois courtaud et cossu en sera déconcerté, M. de Tartempion ..."

Jean Galmot est l'auteur de Quelle étrange histoire !.... (Éditions et librairie, 1918) et Un mort vivait parmi nous (La Sirène, 1922), tout deux réédité par le Serpent à plume en 1995. Parti en Guyane en 1906 il y fera fortune, tout en associant les guyanais à ses entreprises et en leurs offrant des prix d'achat de leurs produits en rapport avec les cours mondiaux, il s'attirera ainsi la haine des notables locaux. Devenu planteur, il produit du rhum et organise les petits producteurs en coopérative, ce qui n'améliore pas son image auprès des grands exploitants. En 1919 il est élu député de Guyane. Accusé d'escroquerie il sera arrêté en 1921 et emprisonné neuf mois, il sera jugé en 1923 et condamné à un an de prison avec sursis. En 1928, il se représente à la députation en Guyane, mais meurt brusquement le 6 août, on sait aujourd'hui que sa mort est due à un empoisonnement par l'arsenic. Blaise Cendrars, fasciné par le personnage de Galmot, écrira un roman biographique à partir de sa vie, Rhum, L'Aventure de Jean Galmot (Grasset, 1930). Parti pour donner quelques informations glanées sur le net me voilà égaré dans la jungle guyanaise...

Fagus... J'annonce depuis quelques temps mois déjà, la parution prochaine aux Editions Cynthia 3000, du Colloque sentimental entre Emile Zola et Fagus, pour nous faire patienter, le blog de Cynthia 3000, sous la plume de Gregory Haleux, présente quelques images et descriptions de Fagus par ses amis. Le livre arrive, avec annotations, variantes et repères biographiques...

Pour ma part j'en profite pour donner ci-dessous un court article de Fagus sur une exposition, à la galerie Weill, des oeuvres des sculpteurs Paco Durio, Maillol et Bocquet (j'ai égaré les référence exactes de la revue, qui doit être le Mercure de France):


DURIO, BOCQUET, MAILLOL, ETC. (1)

Durio, Maillol, artistes très différents, qu'un pareil aiguillon apparie : fixer une pensée, la fixer par des moyens décoratifs, musicaux en quelque sorte. Les grès et les bijoux de Durio ne cherchent pas plus « le sujet » que ne fait une mélodie : et c'est comme une mélodie une façon personnelle de voir les choses, exprimée par une arabesque, faite de bras, de membres qui s'étirent, s'enlacent, tel d'un être de mythologie en végétal se finissant, autour de quelques masques central, visage humain, douloureux, inquiet. -Maillol, ses grès, ses portraits, des faces au contour insistant, au coloris amorti, à l'atmosphère raréfiée, au modelé supprimé, et qui se détachent en mosaïque sur des fonds assourdis ; des vases aux galbes hardis, tourmentés, beaux d'autant, où la figure humain apparaît, avec une expression de tristesse et de terreur comme animales. - Les bijoux, signés Bocquet, font avec bonheur conclure chatoiement de la pierre précieuse les linéaments du métal. - Les fleurs de Launay agencent d'elles-mêmes l'arabesque des tiges, le jaillissement des corolles puissantes de couleur, et le déroulement las des feuilles dans le sens décoratif des végétaux héraldiques. - Oeuvres, encore, de : Girieud, de Mathom, Mlle Warrick (statuaire).

Félicien Fagus.

(1) Galerie Weill, 25, rue Victor Massé.

Nous avons déjà croisé Fagus et Paco Durio, dans Livrenblog : FAGUS : Picasso 1901. - Albert Samain par FAGUS - Opinions sur Gauguin 3e livraison. P. DURIO - Opinions sur Gauguin 4e livraison FAGUS - Exposition Lévy-Dhurmer par Fagus.

Durio fut l'ami de Gauguin et de Charles Morice, il partagea son atelier avec Picasso avec qui il collabora, on le retrouve dans un article, Noël d'artistes !... Noël d'antan !..., d'André Salmon parut dans la revue Art Vivant, Noël 1926.
"Après l'heure de la messe, paraissait Charles Morice, pareil à Don Quichotte, bientôt rejoint par son Sancho Pança, ce Paco Durio, grand ami de Gauguin et qui ne connaît rien de terme entre le petit bijou et l'immense monument. Vociférations, gloussements, rien n'empêchait Morice de dire des choses intelligentes sur Chartres et sur Rodin ; rien ne décourageait Durio chantant, comme du fond d'un tonneau, la vie exemplaire du martyr Paul Gauguin."

On trouve une caricature de Paco Durio par Picasso sur un croquis, que l'on peut voir ici.


1 commentaire:

GH a dit…

Oui, le Colloque finira par arriver !
La revue où fut publié l'article que tu cites n'est pas le Mercure (où Fagus ne signa pas de notes sur l'art) mais la Revue Blanche (janvier 1902).
Parmi toutes ses belles chroniques sur l'art (et les livres) que donna Fagus à la Revue Blanche, une autre mentionne Durio :
"ce Pacot, avec des faces songeuses ou douloureuses, comme spectrales, des membres qui s'étirent, qui se contournent, qui se tordent, tentaculairement, modèle toute une étrange, une hallucinante "flore", vaguement humaine, de monstres qui seraient harmonieux." (mai 1901)
et superbe l'autre sur Maillol : "[...] on voit tout de suite que cet artiste est une main, un tempérament assoiffé de pétrir de la matière. Avec elle, qui est la nature ; il se collette, rudement, comme avec une belle et robuste femelle ; il l'engrosse de formes rustiquement, barbarement ornementales, où instinctivement revivent les élancements, les jets, les courbes, le décor que masse la nature agreste avec les rameaux ou les frondaisons d'un arbre, avec le foisonnement des arbres d'une forêt, avec les enroulement d'une herbe, ou bien les plans et les lignes de ses paysages. Les nudités des femmes qu'il fait sortir à même cela, en sortent comme un bourgeon ou un fruit sort de sa gaine ; épaisses, puissantes, bestiales, gauches, en les puérilités, les gracilités, les grâces d'animaux en liberté, elles sont les fruits, animaux en effet, de cette végétation d'une terre grasse, forte et vierge, et féconde, matière qu'est en train d'engrosser, pour lui montrer l'exemple, un soleil orageux. C'est large, rude, innocent et beau." (août 1902)
Bien à toi !
GH