mercredi 31 décembre 2008
mardi 30 décembre 2008
LES VEBER JOVIALE COMEDIE


De Jean Veber on trouve de nombreux dessins dans l'Assiette au Beurre, le Rire, le Gil Blas, L'Illustration. Un volume fut consacré à son oeuvre lithographiée, chez Floury, en 1931, texte de Louis Lacroix et Pierre Veber.

Je donne aujourd'hui un chapitre de La Joviale Comédie, publié en 1896, où les deux frères nous entraînent au Théâtre de l'Oeuvre.

Théâtre de Jeunes
« Vous êtes à l'Oeuvre [I]» nous dit l'homme de Ravenne. Nous allions donc connaître l'artisan. Une obscurité presque complète noyait la salle. On entrevoyait confusément des gens assis dans les stalles, et d'autres, attardés, qui gagnaient leurs strapontins à la sueur de leur front. Sur la scène, devant, l'éternelle table à tapis vert, un homme en habit noir disait des paroles monotones, et parfois l'auditoire gémissait. Au fond une tapisserie figurait des femmes nues, un Commandeur équestre, et d'autres personnages : l'homme parla longuement, déclara que les littérateurs français âgés de plus de trente ans avaient à opter entre le gâtisme et l'ataxie, il continua sur ce ton, sans paraître fatigué, et l'on entrevoyait pas de raison pour qu'il s'arrêtât.
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Lorsqu'il n'eût plus un contemporain à se mettre sous la dent, il sortit. Et alors les spectacles les plus épouvantables commencèrent à défiler. On vit paraître des Aïssaouas, vêtus non point à la manière arabe, mais à la manière noire : étoffes noires, velours noirs, pourpoint noirs, âmes noires, cheveux et yeux noirs ; ces sensationnels gredins s'avançaient, devinés, plutôt qu'aperçus, dans la nuit de la scène. Ils prononçaient en les psalmodiant sur un air de lamentable mélopée, des tirades fort copieuses, presque des prières ; ce faisant ils se passaient fréquemment les paumes et les doigts sur le visage, puis les secouaient à quelques centimètres des yeux. Soudain, ils sautaient, tiraient leurs épées et s'entrelardaient. Et c'étaient alors d'abominables drames, de sanglantes aventures, des supplices, des assassinats, des crimes précédés et suivis d'inceste ou de viol.
Il saisissaient des femmes par les cheveux et les traînaient en rond, leur hurlaient des injures dans l'oreille ; ensuite, ils se précipitaient sur elles, l'épée à la main, et les perçant de part en part. L'assistance semblait consternée d'épouvante ; nul n'osait protester, ou même se sauver ; tous, en proie à l'horripilant cauchemar, restaient pétrifiés dans leurs fauteuils. Et toujours les scènes de crimes succédaient aux scènes de crimes ; ces gredins en pourpoint poignardaient d'autres gredins en pourpoint, sous les yeux des prêtres, et apportaient les coeurs de leurs victimes tout saignants à la pointe de leurs dagues ; et cela dépassait en horreur les plus atroces tragédies japonaises.Lorsque l'assistance arriva au point d'angoisse où il n'était plus possible d'en supporter davantage, elle éclata en hurlements et en cris, et la toile baissa.
Les spectateurs, haletants, furent dans les couloirs reprendre un peu de forces. Ils marchaient deux par deux, ou trois par trois ; une indicible mélancolie leur crispait les traits ; de jeunes femmes en longues tuniques se suspendaient aux bras de jeunes hommes en longues lévites ; les infortunées jeunes femmes avaient ramené leurs cheveux sur leurs yeux afin de ne point voir les lugubres tableaux, sur leurs oreilles, afin de ne point entendre les cris des victimes. Tous devaient subir le commun châtiment depuis de longues années, car ils se connaissaient : ils se serraient la main, échangeaient quelques mots à voix basse et reprenaient la lente promenade dans ce couloir où, du moins, ils jouissaient d'un peu de lumière. Un cercle se faisait autour de quelques personnages plus célèbres que les autres, et reconnaissables à leur apparence sordide.
Mais ils s'éloignaient avec horreur d'un gros homme qui paraissait venu pour les surveiller.
- Nous diras-tu enfin, demandais-je à notre guide, qui sont ces pauvres réprouvés ? Qu'ont-ils fait, et quels crimes leur valent d'être aussi sévèrement châtiés ?
Le divin poète répondit : « Ils ont donné cent francs. Ne croit pas cependant qu'ils viennent pour leur plaisir contempler ces exercices auprès desquels les travaux des Aïssaouas ne sont que de menu cercueil (1) ; ceux que tu vois sont les Snobs [II], les derniers Mécènes, ceux qui protègent l'art et les artistes parce que ceux-ci les font valoir, et qui tirent vanité de comprendre des choses inaccessibles au commun des mortels. Ils savent ce qui les attend ici, ils viennent quand même ; ils ont subi déjà des drames malais, javanais, hindous, chinois, des mystères chrétiens, des pièces italiennes qui n'ont plus cours, des comédies en 10 actes et 20 tableaux, rien ne les rebute. Ils ont accepté tout Ibsen sans pâlir, depuis Solness le constructeur qui se jette du haut de sa tour, créant ainsi un précédent pour Eiffel, jusqu'au Petit Eyolf ; quand on a épuisé les Scandinaves, on entame les Anglais, en ayant soin de les prendre dans les époques les plus reculées.
- « De même, ils choisissent de terribles et tenaillantes musiques, des symphonies diaboliques ; ils souffrent héroïquement, et quand ils s'ennuient à crier, ils crient d'admiration. Rentrons les voir. »
L'homme de Ravenne nous précédait afin de nous montrer le chemin, car un glas funèbre appelait les réprouvés à l'intérieur. Pour nous, qui souhaitions avant tout nous débarrasser de notre guide, nous nous enfuîmes à toutes jambes.
Et ces ainsi que nous avons « semé » le divin poète.Après quelques recherches, nous arrivâmes devant un fleuve tortueux ; une barque amarrée au quai semblait nous attendre, y sauter fut l'affaire d'un instant. Après mille efforts nous parvînmes à traverser le fleuve ; et quand nous fûmes sur l'autre rive, un passant nous dit : « Pourquoi n'avez-vous pas traverser le fleuve à l'aide du pont qui se trouve à votre droite. Vous ne pouvez donc rien faire comme les autres ? »>
(1) Expression italienne signifiant petite bière.
[I] Le Théâtre de l'Oeuvre est fondé en 1893 par Lugné-Poe et Camille Mauclair, il devient l'un des hauts lieux du Symbolisme, où seront joué Hauptmann, (Ames Solitaires), Ibsen (Romersholm, Maison de Poupée, le Canard Sauvage), Strinberg (Les Créanciers, La Danse de Mort, Père), Oscar Wilde (Salomé), mais aussi Maeterlinck (Pelléas et Mélisande), Alfred Jarry (Ubu Roi), Verhaeren (le Cloître), André Gide (le Roi Candaule), Paul Claudel (l'Annonce faite à Marie), (l'Otage), etc.
[II] Pierre Veber est l'auteur en cette année 1896 de Chez les snobs, publié chez Paul Ollendorff.
Les Veber sur Livrenblog : Coup de Filet par Les Veber's et compte-rendu de Willy pour Les Veber's. Les Veber Joviale Comédie. X... Roman impromptu (à dix mains). Coup de Filet par Les Veber's.
dimanche 28 décembre 2008
SCRIPSI n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de GOURMONT
SCRIPSI n° 2

Le second Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont, vient de paraître.
Si comme moi, tout ce qui touche à Gourmont vous intéresse, jetez vous sur ce fascicule.
Si contrairement à moi, les fourmis, leur vie, leur poids, leurs allez et venues, leur force, vous passionnent, alors ce bulletin est aussi pour vous.
Si les rapports entre la théorie darwinienne de l'évolution et les travaux de J.-H. Fabre sur l'instinct, et/ou l'intelligence des insectes, si la critique de l'anthropomorphisme ou de l'anthropocentrisme, le géotropisme des petites bestioles, les rapports entre les théories de la relativité et l'oeuvre d'art, vous attirent, alors cette brochure retiendra votre attention.
Mais ce n'est pas tout, après avoir donné des textes de Gourmont extraits de La Physique de l'amour, des articles publiés dans la Revue des Idées, le Mercure de France, ou la Dépèche, repris ou non dans les Promenades philosophiques, une Fable antimilitariste parue dans La France, des extraits de textes de Victor Cornetz, une lettre de Marcel Coulon et la réponse de Cornetz parues dans la rubrique Les Echos du Mercure. Après avoir ainsi constitué un dossier presque complet qui pourrait s'intituler "Gourmont et les fourmis", Christian Buat, Amateur majeur et compilateur hors pair, nous entraîne dans un débat 'pataphysique. Un débat épistolaire, qui eut lieu dans les colonnes du Mercure de France, rubrique Les Echos, sur le changement ou non du poids des jambons, et sur la taille et l'épaisseur des ficelles accrochant les dits jambons au plafond du charcutier, dans l'hypothèse ou, une nuit, toutes les dimensions de l'univers devenaient mille fois plus grandes...
J'espère vous avoir persuadé que la lecture de SCRIPSI est indispensable à tous les entomologistes, observateurs amateurs de fourmis, ou professionnels des coléoptères, à tous les philosophes à la recherche de la place de l'homme dans l'univers et dans le règne animal, à tous les charcutiers, les pataphysiciens patentés ou non, les mathématiciens mangeur de jambons et à tous les amateurs de Remy de Gourmont et de débats à la lisière de la littérature et de la science.
Voir sur le site des amateurs de Remy de Gourmont : http://www.remydegourmont.org/sur_rg/rub2/buat/scripsi/02.htm
Pour commander : siteremydegourmont@orange.fr
« ’Pataphysique, Jambons & P'tites Fourmis », textes recueillis et très-rapidement présentés par Christian Buat, 60 p. Tirage :
- 15 ex. numérotés de 1 à 15 et adornés d'un tampon figurant des fourmis sur un morceau de sucre
- 15 ex. numérotés de 1 à 15 et adornés d'un tampon figurant des fourmis et un grain de blé
- 10 ex. pirates
Les exemplaires des abonnés seront en outre agrémentés de leurs initiales.
Sur Livrenblog : REMY DE GOURMONT OCCULTISTE ?
vendredi 26 décembre 2008
FUMERIE D'OPIUM. X.-M. BOULESTIN

FUMERIE D'OPIUM [I]
La brume semble rester plus longtemps et peser plus lourdement sur ce coin de la ville. Est-ce encore Londres, cette West India Docks Road aux boutiques sales, aux maisons basses, aux ruelles sinistres ? Au bout de la rue s'ouvrent les grilles des Docks, gardées par deux policemen. Plus loin clapotent les flots jaunes de la Tamise et somnole, plus sombre et moirée, l'eau des innombrables bassins. Des ponts de bois les traversent, au-dessus d 'écluses endormies ; des bateaux y sont emprisonnés. Des bâtiments mystérieux semblent les surveiller, plantés au bord des quais, près de hautes grues se profilant sur le ciel. On voit des montagnes de tonneaux et de ballots, et des hommes affairés qui courent comme des fourmis sur le pont des navires ; des chaînes grincent sur les poulies ; et au crépuscule, des lumières sans éclat s'allument confusément, à peine reflétées par l'eau terne et sale. Alors, tandis que les ouvriers, portant dans un mouchoir noué aux quatre coins, les restes de leur déjeuner, rentrent chez eux, les marins se dirigent vers les public-houses et un noir silence règne sur les docks...
Mais dans le West India Docks Road c'est maintenant un grouillement effroyable : les bars resplendissent de lueurs crues, leurs portes vitrées battent continuellement ; une odeur de tabac et d'alcool se mêle à l'âcreté de brouillard ; des disputes éclatent, se calment et renaissent sans troubler la conversation de trois policemen calmes et énormes qui surveillent sans en avoir l'air, flous dans la brume.
Cependant nous avons quitté West India Docks Road ; nous suivons un dédale de petites rues étroites, bordées de maisons basses ; un ciel gris, naturellement sur tout cela. Nous quittons une ruelle, nous en enfilons une autre, nous attendant toujours à trouver dans la prochaine l'entrée du quartier chinois désiré. Nous tournons une fois encore, passant devant des maisons, des maisons toutes pareilles et qui semblent inhabitées ; nous suivons un mur lépreux et, tout à coup, inattendue, terrifiante, d'aspect à peine liquide, c'est l'eau jaunâtre d'un des bassins des Docks. Je me décide à demander la route à suivre à un policeman égaré. Du coup Frank se fâche :
Vous êtes un guide absurde, mon cher ! (Oh ! Pourquoi, pourquoi ais-je-dit que je connaissais si bien le East End ?) Il me faut hausser les épaules, très digne.
Absurde ! reprend Frank. Je rentrerai à des heures impossible et il faut que je sois à Cambridge demain matin pour une conférence... Dieux ! Ces ruelles qui n'en finissent pas ! Et même pas typiquement pittoresques. Quelle désillusion ! Je m'imaginais tout cela bien autrement, comme dans un roman de Dickens des bouges, des assassins, des enfants misérables et larmoyants... Vous souvenez-vous, dans Edwin Drood, quand Jasper va fumer de l'opium, l'allure de la vieille qui fait les pipes ? Et ses descriptions de marins débraillés... Est-il possible que tout ce décor romantique ait disparu ? Je commence à me défier de l'imagination des romanciers. Quoi ! Je ne vois même pas les maisons louches et les portes basses décrites dans Dorian Gray... Mais nous n'y arriverons jamais !
Soyez patient, Frank. Je sais maintenant que c'est dans Limehouse Street, pas loin d'ici... Calmez-vous ou je vous plaque !
Puis je crois devoir ajouter, d'une voix assurée :
Moi, d'ailleurs, je ne vais pas fumer.
Nous marchons quelques temps en silence, puis ayant retraversé India Docks Road, arrivons par hasard à Limehouse Street. L'instant est intimidant et la ruelle plus étroite que toutes les autres, longue de deux cent mètres à peu près. Nous nous y aventurons lentement, étonné de son caractère spécial. Il t a des petits magasins au rez-de-chaussée des petites maisons, des enseignes couvertes de grosses lettres chinoises qui se balancent au vent et la ruelle se termine par l'arche d'un viaduc sillonnés de fréquents trains. Des groupes de Chinois ornent le seuil de chaque boutique ; ils causent, fument, vêtus de vestons européens, de pantalons mi-orientaux, et de casquettes trop grandes. Ils nous dévisagent sans curiosité, mais avec défiance.
J'aime mieux être ici le jour que le soir ! déclare Frank avec un frisson. Comment faire pour trouver une fumerie ? A qui demander ? Ils semblent tous si peu amicaux...
Tout ce que nous pouvons faire, c'est de revenir sur nos pas après avoir été nous intéresser au viaduc. Il faut repasser devant les Chinois installés des deux côtés de la ruelle. L'un d'eux fait cirer ses souliers par un gamin et d'autres regardent cette opération, inlassablement.
Vrai, on à l'air d'idiots ! Murmure Frank. Entrons n'importe où. Je vais allumer une cigarette ; ça nous donnera un instant pour faire notre choix.
Il s'arrête. Voici une espèce de pharmacien, une manière de restaurateur, une sorte d'épicier, et une boutique dont la vitrine s'orne d'objets qui ne laissent pas deviner leur destination. Nous regardons un instant l'étalage et nous nous décidons à entrer. Trois Chinois s'occupent à l'intérieur : l'un se tient derrière un comptoir, les deux autres pétrissent une pâte blanche qui fait paraître leur peau plus jaune encore. Comme personne ne nous accueille d'aucune salutation, nous restons indécis, embarrassés.
Qu'est-ce que nous achèterons ? Demande Frank, tout son aplomb revenu ; et il se met à tourniller dans la boutique, en quête de curiosités. Voici des objets mystérieux, des boîtes étranges, des confitures exotiques, des pots de gingembre, des poissons salés, des sandales, des flacons de médecine, mais pas trace d'opium. D'ailleurs, comment faire ? Aucun de ces Orientaux ne parle un anglais intelligible. Bah ! Du thé, ça servira toujours.
Et comme le Chinois comprend que nous voulons en boire sur place, on nous fait signe de venir jusqu'à une petite chambre particulière. Alors Frank va d'enchantements en enchantements.
Nous traversons une arrière-boutique où quatre autres Célestes jouent le Fan-Tan, perchés sur de hautes chaises, au-dessus d'une table marquée de signes mystérieux. Nous montons un escalier étroit. On nous installe dans une petite salle garnie de tables e de chaises. On nous verse du thé en feuilles et de l'eau chaude à même les tasses à couvercles ; nous le buvons à la chinoise, dans des sébiles d'ailleurs fort jolies, et nous mangeons des gâteaux extraordinaires d'aspect et de goût. Mais quant à faire parler le jeune Chinois qui nous sert, il n'y faut pas songer. Il disparaît.
Un autre Chinois apparaît, coiffé d'un chapeau melon et fumant une pipe, très européanisé celui-là. Ils nous souhaite un cordial bonjour et la conversation s'engage. On parle thé d'abord, puis Londres, l'homme connaît très bien le West End ; il a l'intention d'y fonder une blanchisserie. Il se présente lui-même, très gentleman ; son nom est Chow-Wing.
Moi, j'adore le East-End ! Annonce Frank. D'ailleurs c'est le seul endroit où l'on puisse fumer l'opium... voyons, vous qui habitez ici, où peut-ont aller fumer l'opium... Voyons, vous qui habitez ici, où peut-on aller fumer quelques pipes ?
Mais Chow-Wing ne sait rien, ne veut rien savoir : « opium mauvais, défendu », voilà tout ce qu'on peut en tirer.
Il y a un silence que brise nerveusement Frank.
Quelle ville assommante ce Londres ! A New-York, on trouve tout ce qu'on veut.
Chow-Wing semble se réveiller.
Etes-vous Américain ?
A moitié ; j'ai beaucoup fumé à New-York, et maintenant ici, c'est le diable pour s'en passer.
Il n'en est pas à un mensonge près. Chow-Wing se rassure et devient plus amical.
Vous savez, explique-t-il, c'est qu'il faut faire attention. Les loi chinoises et anglaises sont tout à fait contre les fumeurs d'opium maintenant... Et ça fait que la drogue est hors de prix.
Enfin on peut en trouver, j'imagine ? Est-ce-que beaucoup de gens du West End viennent fumer ici ?
Non, des Américains quelquefois... Faut se défier des autres... on ne sait jamais.
Bah ! On voit bien à qui on a affaire. Enfin, connaissez-vous un endroit où nous pourrions fumer ?
Non, Chow-Wing n'en connaît pas. Après bien des circonvolutions et des précautions oratoires, il insinue qu'ici même, peut-être, le patron leur prêterait tout ce qu'il faut. Il va le lui demander. Frank ne tient plus en place. Enfin, voilà un vice qui n'est ni à la portée de tout le monde ni aisé à satisfaire. Moi, je blâme cet état d'esprit naturellement et je crains les suites de cette aventure. Je fumerais tout juste une pipe et voilà tout... parce que, n'est-ce-pas, avec l'odeur de l'opium qui grésille, ce serait bien difficile de ne pas en goûter un peu... Mais ne croyez pas au moins, qu'à cette idée, j'en aie des picotements dans le nez... Nous ne sommes que des fumeurs d'occasion, tandis qu'il y a gens...
Chow-Wing revient, l'air triomphant. On passe dans une autre pièce où tout est préparé. Voici le lit bas et dur et la fumerie tout étalée sur un plateau de laque. Chow-Wing commence de faire brûler la drogue, au bout de la longue aiguille. Ça s'enfle, ça grésille, ça répand une odeur douce et amère, insinuante. Frank se couche, met ses lèvres au tuyau de bambou et aspire les bouffées d'une courte pipe... Moi je trouve que la seconde boulette n'en finit pas de cuire... Enfin...
Tout à coup, au dehors, des cris éclatent qui ne nous dérangent guère. Chow-Wing se précipite à la fenêtre. Dans Limehouse Street, étroite et qu'assombrit le crépuscule, des groupes de Chinois, paraît-il, se bousculent. D'autres sortent des maisons, frêles, sinueux, pour voir un homme qui court, l'oeil demi-crevé, hurlant, un filet de sang lui coulant sur la joue... - « Quelque rixe », explique Chow-Wing dédaigneux. Que nous importe ? Cependant, au-dessous de nous, quelqu'un commence à jouer sur un violon chinois à deux cordes, un air lent, nostalgique et monotone. On entend aussi, étouffées, filtrées par le plafond, les exclamations des joueurs de Fan-Tan.
Quelle couleur locale ! Murmure Frank extasié. Est-ce assez pittoresque !
Vous souvenez-vous, dans ce livre sur l'opium, quand Claude Farrère décrit...
Mais c'est trop long d'expliquer. Nous devenons vagues. Nous ne nous préoccupons pas non plus de savoir quand et comment nous rentrerons.
Chow-Wing continue de cuire des boulettes d'opium et de les fixer sur le fourneau de la pipe. Nous les fumons écoutant à peine sa voix indistincte et ses projets d'ouvrir un établissement dans un quartier chic de Londres. Nous ne nous intéressons qu'à l'odorante et engourdissante fumée.
Je sais bien ce que Frank ressent. Mais je n'ai bientôt plus assez d'énergie pour partager ses sensations. Il n'y a plus que moi sur terre. Entre Frank étendu à mon côté et mon corps inerte il y a des distances infinies, un abîme de bonheur et d'égoïsme. Rien ne saurait même me faire tourner la tête vers lui. Mes jambes deviennent insensibles et lourdes ; il me semble que je les oublie. Je sens la fumée qui me pénètre, anéantissant mon corps ; des milliers de pensées se succèdent vertigineusement dans mon esprit lucide ; j'ai des idées admirables que ma bouche ne veut plus prendre la peine de formuler : bientôt, je n'ai plus que la force de faire un seul geste, toujours le même : prendre la pipe et fumer. O la joie de me sentir parfaitement immobile ! Il ne me paraît pas étonnant d'être étendu là sur ce lit d'occasion, dans un quartier perdu de Londres. Pourquoi m'étonner ? Pourquoi bouger ? L'opium me tient enchaîné par ses liens subtils et puissants [II], prisonnier heureux à perte de vue...
Je ris silencieusement, dédaigneusement, à l'idée que dans la rue lugubre, dans l'obscurité trouble, de rares passants se meuvent, ombres dans l'ombre, tandis que moi-même !... Je dirai cela à Frank demain matin... Encore une pipe, si j'ai assez de souffle pour aspirer la fumée... la fumé-é-e...
[I] Extrait de X.-Marcel Boulestin : Tableaux de Londres. Dorbon-Ainé, Les Bibliophiles fantaisistes, 1912, in-4, 112 pp. Tirage limité à 500 exemplaires numérotés. - Collection d'instantanés parus dans le Mercure de France, le Gil Blas, Comoedia, Akademos. Sommaire : Coins de Londres - Embellissements, Fêtes champêtres, Soirs..., Fumeries d'opium, Invasion américaine, Londres d'Automne, Mélodrame à Bishopsgate. Le "Yiddish" theatre, Aspects de Cambridge, Un coin de Londres à Paris. Manies anglaises - Jeunes acteurs, Matinées de gala, Danseuses, Année historique, Censeurs.
[II] Thomas de Quincey, Confessions of an English Opium-Eater (O just, subtle and mighty opium !... / O juste, opium subtil et puissant !... )
(1) Xavier Marcel Boulestin A Londres, Naguère…
Quelques romans sur l'opium :
Claude Farrère : Fumée d'Opium
Jules Boissière : Propos d'un intoxiqué (1890)
Louis Laloy : Le Livre de la fumée (1913)
Paul Bonnetain : L'Opium (1886)
Willy : Lélie fumeuse d'opium (1911)
Jane de La Vaudère : Folie d'Opium
Arnould De Liedekerke : La Belle Epoque de l'opium. Anthologie littéraire de la drogue de Charles Baudelaire à Jean Cocteau. Avant-propos de Patrick Waldberg.La Différence (« Le Passé Composé »), 1984.
mardi 23 décembre 2008
Un peu d'air.

Le Concours de l'Alamblog
e Préfet maritime, insulaire de l'Alamblog, lance un concours :
Qui est le plus gros bosseur de la blogosphère ?
J'ai donné ma voix au blog de C. Arnoult consacré à Han Ryner, drame de la démocratie, il fallait bien choisir - un homme, une voix - Bruno Monnier qui nous donne régulièrement les Gazettes rimées de Raoul Ponchon, l'aurait tout autant mérité, d'autres peut-être... Donnez votre avis, votez !!!
jeudi 18 décembre 2008
Piochés chez William Théry.
Tout le monde sait depuis la réédition de Un Roman dans la planète Mars et de Spiridon le muet chez Des barbares..., qu'André Laurie est l'un des pseudonymes de Paschal Grousset, qui signa aussi Philippe Daryl. Surprise ! dans la dernière liste de livres anciens de Willam Théry, libraire à Alluyes, se trouve Wassili Samarin un roman signé par Philippe Daryl, mais classé à la lettre C, pour Caze (Robert)... En effet, il semblerait que ce roman, d'abord paru dans le journal Le Temps, sous la signature de Tiburce Moray, autre pseudo de Grousset, ait été écrit par Robert Caze. Charles-Joseph Gigandet, affirme dans les "Actes de la société jurassienne d'émulation" de 1916 que Robert Caze lui aurait montré le manuscrit ecrit par lui de Wassili Samarin (*). Deux pseudos et un "nègre" pour le même roman...
La Liste de William Théry nous réserve quelques autres bonnes surprises, et d'abord des volumes publiés par lui aux fameuses éditions A l'écart :
Auriant : Hugues Rebell à l'Ermitage (1892-1900). Avec dix lettres inédites à Henri Mazel. Reims, A l'Ecart, 1988, in-8, broché, 74 pp. E.O. tirée à 99 exemplaires sur Centaure ivoire. 11 planches hors-texte, 13 portraits dans le texte. 25 €
Auriant : Edouard Gauttier d'Arc du Lys, arrière petit neveu de la Pucelle d'Orléans, consul général du roi en Egypte - ses relations avec Balzac, Georges Sand et Gérard de Nerval. Reims, A l'Ecart, 1988, in-8, broché, 40 pp. E.O. illustrée de 8 planches hors-texte. Tiré à 77 exemplaires pour quelques amateurs. 15 €
mercredi 17 décembre 2008
Paul ADAM par Francis Vielé-Griffin

La reproduction de l'article de Francis Vielé-Griffin (La Plume, N° 119, 1er avril 1894), sur Paul Adam que je donne aujourd'hui, permettra de mieux appréhender les débuts de l'oeuvre, foisonnante, de l'auteur du Troupeau de Clarisse. La grande diversité et l'abondance des oeuvres de Paul Adam, brouillent l'image que l'on peut aujourd'hui avoir de celle-ci. Les idées, si « personnelles », de l'auteur ne facilitent pas plus de synthétiser facilement l'oeuvre de celui que Lucien Muhlfeld dans la Revue Blanche (1), appelait « un dominicain blanquiste » - « Un anarchisme catholique, voilà au juste la tendance et le goût de Paul Adam », note t'il dans le même article. A noter l'importance accordée par Francis Vielé-Griffin aux rencontres et discussions qui eurent lieu dans le salon de Robert Caze, pour la naissance du Symbolisme.
(1) N° 16 février 1893. Chronique de la littérature.
Est né à Paris le 7 décembre 1862. Sa famille originaire de l'Artois et des Flandres qui parti de Rascie (Serbie actuelle) vinrent s'établir dans le Comtat, après la prise de Constantinople et obtinrent du Pape la seigneurie de Flassan, près Carpentras. Le dernier de la race fut un diplomate du Congrès de Vienne et a laissé une Histoire diplomatique de la France, c'est le beau-frère de l'aïeule de notre auteur : des alliances nombreuses ayant uni les deux familles depuis la fin du XVIe siècle.
Le bisaïeul paternel de l'auteur des Princesses byzantines, d'abord aide de camp de Moreau, puis compromis dans la conspiration célèbre ; eut les deux jambes amputées par un boulet, à Wagram : l'aïeul fit toutes les campagnes du premier Empire , assista au passage de la Bérésina, puis rentré en France, fut maintenu dans le grade de major par le gouvernement de la Restauration, à cause de son attitude opposante. Officier de la Légion d'honneur et chevalier de St-Louis il reprit son influence sous le second Empire. Son fils eut le titre de directeur des Postes de la Maison impériale. Les opinions républicaines non dissimulées de ce dernier le brouille avec la cour de Napoléon III ; il mourut en 1878 laissant un fils Paul Auguste Marie Adam Raxi-Flassan, âgé aujourd'hui de 31 ans et auteur des Volontés Merveilleuses et de l'Epoque.
L'histoire de cette famille ayant manifesté, dans tous les temps, une vive opposition aux autorités établies, nous prépare à trouver dans le rejeton de la race l'adversaire fatal des institutions du siècle.
En 1889, il gagnait aux élections législatives quatre mille voix socialistes ; et l'on sait sa récente attitude au procès de l'anarchiste Jean Grave, avec lequel il se déclara, en plein tribunal, très glorieux de solidariser.
Aussi : le premier livre de Paul Adam, Chair Molle, outrant jusqu'à l'excès la thèse morale du naturalisme, lui valut-il de passer en Cour d'assise le 10 août 1885, à l'âge de 22 ans. Dans ce volume, le jeune romancier, commençant la campagne qu'il mènera désormais sans relâche contre l'exagération des doctrines littéraires enclines à placer le bonheur de l'homme dans l'amour – sentimentalité ou débauche – traça un sinistre tableau de la vie d'une basse courtisane que pourrit la maladie et qu'exploitent les amants. Ce volume contenait si bien déjà en germe, toute l'oeuvre de l'écrivain actuel qu'il marquait, comme seule période de bonheur pour la triste héroïne, la partie de son existence passé dans le couvent où les religieuses l'ont accueillie. - A son apparition, le volume eut un grand succès et suscita dans la presse des appréciations très favorables de MM. Scholl, Henry Fouquier, etc... Dans trois articles ignobles, Francisque Sarcey, réclama des poursuites contre le livre dont M. Henri Rochefort prit la défense.
Sans plus donner au tumulte de la bataille littéraire Paul Adam publiait un an après, Soi, étude d'une psychologie très fouillée de la vie d'une honnête femme. De curieuses innovations de style annoncent déjà le renouveau symboliste dont notre auteur fut un des protagonistes les plus ardents.
C'est vers cette époque que je connus Paul Adam, dans le salon de Robert Caze, le sincère observateur de la vie à qui l'on doit l'Elève Gendrevin, et qui fut tué si malheureusement en duel quelques mois plus tard [I]. Là se réunissait toute une élite artistique et littéraire : Henri de Régnier, Huysmans, Jean Morèas, Rodolphe Darzens, Jean Ajalbert, Alex. Thausserat, Leo Trezenik, le directeur de Lutèce, les impressionnistes Raffaelli, Fénéon, Signac, Seurat, les deux Pissaro et jusqu'au poète mobile Jean Rameau, tête de Turc tout indiqué pour la verve alors plaisante du Palicare Moréas. C'est dans ce salon naturaliste que naquit le « Symbolisme ».
Des discussions fort profondes préparèrent le mouvement : on commençait à reconnaître que la théorie naturaliste judicieuse et maîtresse en son expression même, se taxait d'infériorité en ce qu'elle avait de restrictif. Pour tout ramenait à la sensation et à l'instinct, elle avait trop négligé le côté mental de l'activité humaine ; pour atténuer le mensonge assez bas du sentimentalisme antécédent (Feuillet, About, etc...) elle niait les tendances intellectuelles et généreuses de l'homme qui cherche quelquefois, cependant, « à parer le décor de la conscience ». D'autre part, la grande négligence de style affichée par les véristes, outranciers jusqu'à la sottise, semblait devoir rabaisser l'oeuvre d'écrire à une besogne de transcription.
On se souvenait des dernières pages de Chair Molle, de l'agonie de l'héroïne si littérairement horrible, du sensualisme subtile de la Marthe de Soi : une alliance se forma entre le jeune écrivain, Jean Moréas, Ajalbert, Jules Laforgue, Kahn, Fénéon, etc... L'Ephémère Symboliste (4 nos) était né.
En août 1886 parut le Thé chez Miranda, qui émotionna les deux hémisphères (je parle sans la moindre exagération) et du coup, mit à nu, la bassesse d'âme et l'imbécillité des chroniqueurs de ces temps déjà anciens ; ce fut le principal service rendu par cette plaisante tentative. Trois ans durant les journaux devaient injurier, nier voir maudire l'effort des écrivains nouveaux pour qui Paul Adam formula cette définition, désormais classique : l'Art est l'oeuvre d'inscrire un dogme dans un symbole. Voyons quels dogmes s'inscrivent dans l'oeuvre symbolique de l'auteur des Volontés Merveilleuses.
Mais disons auparavant, et bien que les limites de cet article nous forcent à être incomplets que, pendant la période de lutte, Paul Adam, se rappela la besogne des ancêtres : Dans la Vogue, avec Gustave Kahn, Laforgue, Merrill, dans le Symboliste, la Revue Indépendante, il polémique, oeuvre, formule avec violence et obstination. Citons : l'Esthétique nouvelle qui suscita une longue réplique dans la Nouvelle Revue. Le Maître du Néant (Emile Zola) paru dans le 1er n° de la Grande Revue. Paroles, très curieux article politique. Entre temps, il fonde la Vie franco-russe. Cependant les grands journaux, hésitent à l'accueillir, et le romancier grâce à cet ostracisme l'emporte sur le polémiste :
CHAIR MOLLE (dont nous parlions, plus haut) 1885, Brancart, édit. Brux. Épuisé. - Histoire d'une fille publique qui ne trouve de repos que dans la mysticité offerte par la règle d'un refuge pour filles repenties où quelques temps elle réside, entre le lupanar et l'hôpital. Déjà les tendances du moraliste sévère de la Critique des Moeurs se manifestent dans ce volume où le mépris du sexe s'hyperbolise de page en page.
SOI, 1886 Tresse et Stock, édit. - Psychologie de la femme honnête que son orgueil protège contre toute déchéance. Elle se complaît, très heureuse, à se nourrir le corps de succulences gastronomiques, l'esprit de sensations d'un art bourgeois immédiat. Autour d'elle les gens s'accouplent et elle les dédaigne. Selon ses idées elle tente d'élever un jeune garçon qui, lui aussi, la puberté venue, passe à la chair. Seule, en somme, des autres, elle connaît le bonheur, par vertu.
LA GLÈBE, 1886 Tresse & Stock, édit. - La solitude absorbe l'homme des champs et l'affole ; l'homme est conquis par la terre ; il devient une bête passionnée et instinctive. Étude sur l'alcoolique.
ETRE, 1887, Decaux, édit. - Le premier volume de la série intitulée Les Volontés merveilleuses. Au commencement du XVe siècle, une âme de magicienne évolue du Bien au Mal, parmi des décors d'une reconstitution scrupuleuse. Mahaud, assiégée dans son château, emploie son pouvoir pour se délivrer au lieu de le garder intacte à l'unique fin d'élever son âme vers l'infini. Elle objective son désir et sa force et lentement se dégrade l'âme. Victorieuse, elle entraîne des soldats au pillage du pays, victime d'un rythme plus puisant qu'elle même, le rythme de la destruction évoquée. De chute en chute, elle devient esclave de son corps, luxurieuse. Elle appelle la caresse des esprits immondes sur sa chair, et celles, aussi d'un homme. Alors la sorcellerie lma conquiert. (La description du Sabbat que contient ce volume fait foi auprès du monde occultiste, comme la plus complète.) Le tribunal de l'Église appréhende la sorcière. Dans la prison, Mahaud reconnaît sa déchéance et désire se racheter. Elle demande instamment la mort pour sa rédemption, reconnaît dans le symbole du Christ tout ce qu 'elle a inutilement cherché ; et, purifiée par la flamme du bûcher, elle s'unit aux essences célestes ; cependant que son armée entraînée par le rythme de destruction continue à parcourir le monde, jusqu'au jour où elle est poussée à la mer par un peuple de nègres, vaincue, noyée.
EN DÉCOR, 1888, Revue Indépendante puis 1891, Savine édit. - Le jeune homme aime. En une femme, comme en un ostensoir, il dépose l'hostie de la foie, de ses espoirs. Mais l'ostensoir, plus que l'hostie, le tente et accapare son voeu. Il s'éprend d'un seul décor de l'amour sans voir la force animique incluse en lui : la seule beauté. Le décor se ternit et s'effondre. La douleur enveloppe l'homme qui s'évade de la vie pour la contemplation cosmogonique de Dieu. Alors dans l'image de l'univers, et dans la beauté des forces éternelles, il retrouve, autrement parfaites, les formes admirées dans l'humble tentatrice : il embrasse l'hostie sans se souvenir plus de l'ostensoir brisé.
L'ESSENCE DU SOLEIL, 1890, Tresse et Stock, édit. - Une idée de puissance se répand entre quatre cerveaux d'aventuriers. Ils fondent une banque. Le livre étudie l'évolution de cette idée qui détruit certaines de ces formes humaines, en exalte d'autres, pousse celles-ci à leur apogée, annihile celles-là. Ce livre, le dernier et le plus puissant des Volontés merveilleuses, est la tentative d'une sorte de roman nouveau où l'idée serait le héros et les personnages des accessoires adventices, des sortes de costumes pour l'idée en étude. Il réalise ce dogme philosophique si souvent exprimé par Paul Adam : que l'idée seule vit, que les êtres sont des organismes sans valeur personnelle et immédiate, des bouches éphémères par où le Verbe s'exprime.
L'ÉPOQUE, E. Kolb, édit. 1891-92-93 – qui comprend dans sa IIe série Robes rouges, le Vice filial, les Coeurs utiles – est comme une tentative de vulgarisation pour les idées émises dans les Volontés merveilleuses : Robes rouges offre une satyre psychologique du magistrat ; le Vice filial, une autre du débauché artiste, les Coeurs utiles une vision de gens très intelligents, hommes et femmes, dénués de scrupule et qui réussissent en exploitant la passion des simples à l'aide d'une extraordinaire fille, Maïa. La Ier série de l'Époque était composée de Chair molle, Soi, la Glèbe, et les deux donnent ainsi une suite de monographies sociales, allant des intelligences les plus humbles – celle de la fille publique et de son entourage – jusque – et avec les Coeurs utiles – les âmes les plus subtiles et les plus fiévreusement actives. Avec le Mystère des foules M. Paul Adam se propose de faire la synthèse de ces études sociales.
Dans chacun de ces essais M. Paul Adam combat l'instinct et le péché avec des diatribes toutes catholiques ; il en montre la splendeur tuante et la bassesse, alternées ; c'est comme une oeuvre de haute moralisation, surtout de Guerre au mensonge que complète le volume si célèbre de la Critique des Moeurs où parurent les chapitres de polémique ardente dont les plus connus sont : De l'Amant, de la jeune fille, de l'Épouse, Excitation à la Révolte, Invectives au mendiant, Éloge de Ravachol [II], Grandeur future de l'avare, maints autres.
Cette nomenclature se compléterait par l'énumération d'autres études parues au Figaro, au Gil Blas, à l'Éclair, au Journal, aux Entretiens politiques et littéraires, à la Grande Revue, à la Revue Blanche... Citons d'abord la critique de l'influence de Renan qui parut en trois articles : De Renan au Père Didon, la Vertu, l'Apôtre du Temps Positif. Puis, la Critique du Socialisme et de l'Anarchie, des chapitres de morale sur les courtisanes, les danses serpentines, le souci du ventre, le patriotisme, etc., etc...
Les qualités différentes que contiennent les écrits si nombreux se marquent pourtant d'un ferme caractère d'unité. Tous tendent à nier que les formes de croyances en usage aient une réalité heureuse, tant comme modes de spiritualité que comme modes de vie. Elles sont en tout cas perpétuellement contradictoires du principe à l'acte ; et pour le dilettante, il n'a plus qu'à se créer un décor complètement libéré des apparences et des épisodes ordinaires de la vie. Le livre des Images sentimentales (Ollendorf, 1893), divisé en deux parties distinctes, note cet état d'âme. Une étude d'enfance heurtée par le monde, les caprices d'autrui, elle se libère par la révolte et produit, les phases de passions écoulées, une sorte de contemplateur persuadé de l'inutilité de l'effort et de la douleur.
Cette oeuvre trouvera sa conclusion dans le poème Dieu, en préparation, et dont les Entretiens donnèrent une partie. La philosophie ésotérique du Christianisme s'y révèle. C'est comme une suite aux beaux travaux de Fabre d'Olivet sur le Sepher Bereschit. M/ P. Adam se propose, ce poème fini, d'en extraire un catéchisme pour les enfants, destiné à combattre l'athéisme de M. Renan, cet autre Jean Macé, moins méconnu.
Ensuite deux oeuvres historiques occuperont la vie de l'écrivain. Une Histoire de Byzance, dont le volume d'introduction vient de s 'épuiser en moins d'un an à la librairie Firmin-Didot, puis une Histoire de la Papauté qu'il composera avec une impartialité sans doute curieuse.
Paul Adam a écrit des drames. Le premier l'Automne, fait en collaboration avec le délicat écrivain de l'Embarquement pour ailleurs, a été représenté ce mois, malgré les ennuis de toutes sortes suscités... mais l'histoire est d'hier et de demain [III].
Pour clore cette hâtive esquisse, presque exclusivement documentaire et qu'il me fut impossible d'abréger, de l'admirable Paul Adam et de son oeuvre, louons l'incroyable force intellectuelle de cet écrivain dont la volonté, « merveilleuse », certes, peut dompter quatorze heures durant toutes les lassitudes de l'esprit et du corps, triomphant de la douleur physique au point qu'elle analysa, avec une sorte de joie, les phases successives d'une torturante opération que dut subir, il y a un an, le poète de Dieu, affirmant, ainsi, comme par un exemple physique et immédiat, « que l'Idée seule importe ».
Francis Vielé-Griffin.
Février 93.

[II] A lire sur Livrenblog : Ravachol de Paul Adam au Petit Journal
[III] L'Automne (Ernest Kolb, 1893), écrite en collaboration avec Gabriel Mourey, fut interdite par la censure le 3 février 1893, puis jouée en 1894 par la troupe du Théâtre-Libre, sur la scène de la Comédie-Parisienne. Le ministre de l'Intérieur, voulait que fut retranché de la pièce « tout ce qui concerne la grève ou renoncer ». L'Automne rappelait les massacres qui avaient eut lieu en 1869 dans le bassin minier de Saint-Etienne, à la Ricamarie, où les troupes tirèrent sur les grévistes. Barrès, député de Nancy, portera l'affaire devant la chambre des députés.
Sur Paul Adam et le Symbolisme voir sur Livrenblog : Paul Adam : Préface à L'Art Symboliste de Georges Vanor
Un article, sur Livrenblog, d'Adolphe Retté sur Francis Vielé-Griffin : Francis Vielé-Griffin. Adolphe Retté. Edouard Dubus.
mardi 16 décembre 2008
Jules RENARD Les Emmurés de Lucien Descaves


D'autres chroniques de Jules Renard attendent le bon vouloir d'un éditeur, nous en avons donné quelques unes :
Les chroniques de Jules Renard, reprisent sur Livrenblog :
Vamireh, roman des temps préhistoriques par J. H. Rosny (« Les Livres » Mercure de France N° 28 d'Avril 1892)
Baisers d’ennemis par Hugues Rebell (« Les Livres » Mercure de France N° 33 septembre 1892)
La Force des choses par Paul Margueritte (« Les Livres » Mercure de France N° 18 Juin 1891)
Bonne Dame d'Edouard Estaunié (« Les Livres » Mercure de France, janvier 1892)
Les Veber's (« Les Livres » Mercure de France, octobre 1895)
L'Astre Noir par Léon–A. Daudet ("Les Livres" Mercure de France, janvier 1894)
Le Roman en France pendant le XIXe siècle par Eugène Gilbert (Plon). ("Les Livres" Mercure de France, février 1896)
Jules Renard sur Livrenblog :
Portrait par Pierre Veber, Sous-Bois, Les Lutteurs. Les Veber's. Félix Vallotton - Jules Renard. La Maîtresse. Histoires Naturelles. Bucoliques de Jules Renard par Léon Blum
lundi 15 décembre 2008
Chez les autres

Un long article sur Le Décadent d'Anatole Baju, sur le blog Bohème littéraire.
(1) Une thèse sur les écrivains anarchistes que vous avez sans doute déjà croisée sur R.A. Forum, pour commander : Ressouvenances, 3, rue de la Cidrerie, 02600 COEUVRES-ET-VALSERY. http://www.ressouvenances.fr
Paul Pradet : "Fils Adoptif" de Louis-Pilate de Brinn'gaubast
Paul Pradet : Fils Adoptif de L.-P. de Brinn'gaubast. La Revue Littéraire Septentrionale, N° 9, 10, 11, 12, 13 de Mars à juillet 1888.Nous avons déjà évoqué Louis-Pilate de Brinn'gaubast et ses amis de La Butte, cénacle poétique Montmartrois, sa participation à la fondation de la seconde revue La Pléiade, et ses démêlés avec les milieux littéraires suite à son implication dans le vol du manuscrit des Lettres de mon moulin d' Alphonse Daudet, chez lequel il fut employé comme précepteur des enfants (1). Lorsque paraît en 1888 à la Librairie Illustrée son Fils Adoptif il est un parfait inconnu pour le grand public (ce qui n'a pas beaucoup changé depuis, j'en conviens aisément). Collaborateur des deux Décadents, journal et revue, il y donne des articles, des Proses en poèmes et quelques-uns de ses Sonnets insolents (2), et y côtoie Paul Pradet qui fut rédacteur en chef du Décadent-journal du numéro 1 au numéro 13 (pour les trois premiers numéros, Pradet se cache sous le pseudonyme de Luc Vajarnet). Noël Richard (3) présente Paul Pradet comme « un ouvrier typographe, à prétentions littéraires », il quittera « bruyamment » le Décadent en juillet 1886 (4). Nous donnons aujourd'hui une « critique littéraire », publiée dans La Revue Littéraire Septentrionale par Paul Pradet (5), qui n'est pas plus convaincu de la théorie du vérisme que l'auteur développe dans sa préface, que ne l'ont été les quelques chroniqueurs ayant consacré un article à Fils Adoptif (6). En bon camarade Pradet profite de cette tribune pour citer les amis Paul Roinard, et Alfred Vallette, annonçant un titre de Roinard, Le Don Quichotte de Montmartre, dont nous n'avions jamais entendu parlé.
Sur Louis-Pilate de Brinn'gaubast Cf. Le Journal inédit de Louis-Pilate de Brinn'gaubast. Préface et notes de Jean-Jacques Lefrère avec la collaboration de Philippe Oriol. Oray, 1997. On y apprend, entre autres informations moins anecdotiques, que Paul Pradet, futur romancier sous le nom de Théodore Chèze, fut marié avec Louisette Véron, avant que celle-ci ne le quitte pour... Brinn'gaubast.
22 articles ou poèmes, 11 dans le Décadent-journal (35 numéros du 10 avril 1886 au 4 décembre 1886) et 11 dans le Décadent-revue (35 numéros de décembre 1887 au 15 mai 1889).
A propos de la participation de Brinn'gaubast et Pradet au Décadent : Cf. Noël Richard : Le Mouvement décadent. A.-G. Nizet, 1968.
Paul Pradet y a publié 6 articles et, en 10 feuilletons, un roman « La grande roulotte ».
Pradet fait parti des collaborateurs de la Muse française de Camille Soubise rejoignant la revue de Léon Masseron (voir billet précédant ).
Cf. Journal inédit... où sont cités les articles de Gabriel Aurier, Félix Fénéon, Robert Bernier et Maxime Gaucher.

(1) Le Don Quichotte de Montmartre et un volume de Vers.Critique Littéraire
FILS ADOPTIF
Par L.-P. DE BRINN'GAUBAST
Livre de valeur, d'incontestable et très haute valeur littéraire certes, est Fils adoptif, l'étude si simplement cruelle que pour ses débuts, vient de faire paraître Louis-Pilate de Brinn'gaubast.
Ce nom aux étranges syllabes rythmiquement martelées deviendra, forcément, familier au grand public malgré, ou peu-être précisément parce que semble en dédaigner le parfois trop banal engouement, ce jeune dont le premier volume porte l'ineffaçable empreinte d'une déjà hautaine et triste gravité.En la préface, oeuvre avant l'oeuvre, se succèdent, rigoureusement déduites, les raisons, d'aucunes justes, la plupart discutables, qui ont conduit l'auteur à lancer un nouveau genre de roman, audace dont il fait, un peu trop modestement, mine de se défendre.
N'admettant pas que l'écrivain puisse placer, dans un milieu choisi à priori, des êtres de conception, spécialement créés pour synthétiser une somme quelconque des multiples éléments constitutifs de ce milieu ;
Repoussant impitoyablement la formule inverse : mettre un personnage-type vraisemblable sans la situation favorable à son plus intense développement actionnel ;
Rejetant, sans appel possible, le procédé d'après lequel, étant donnés des détails caractéristiques vus, se peut en former, par juxtaposition ou par amalgame, des individus dont les les actes et des milieux dont les aspects seront seulement le résultat d'inductions ou de déductions personnelles ;
De Brinn'gaubast veut, et veut exclusivement :
« Le roman dont aucun détail, aucun, n'a été imaginé. »
- « l'oeuvre composée de choses entendues, vues ou vérifiées, d'éléments tout-à-fait réels uniquement empruntés à la situation choisie. »
De plus il exige, et croit avoir trouvé dans celle dont il s'est servi :
« Une forme excellemment concordante avec le fond. »
Non forme immuable, mais variable à l'infini et qui, par les rythmes sensationnels, les mots mathématiquement exacts, les images précises, les allitérations harmonieuses, les inversions trouvées, les vocables artistement groupés, doit s'adapter parfaitement à chacun des faits secondaires, se ployer à l'illimitable variété des sensations et aux états successifs du ou des sujets étudiés.
Deux constatations s'imposent que je crois devoir émettre, non pour diminuer, si peu serait-ce, le mérite du romancier, mais pour nettement délimiter le côté véritablement original existant en les quelques pages explicatives qui ouvrent le volume.
Personnelle, indéniablement personnelle, est la théorie de fond ; impersonnelle, au contraire, est la théorie de forme.
Celle-ci, exprimée devant nous par Paul Roinard, l'auteur de Nos Plaies et appliquée dans deux de ses oeuvres, (1) presque achevées, dont il nous a été donnée d'entendre certaines pages magistrales, se dégage, plus ou moins clairement, du cerveau de tous les jeunes. Planant sur notre génération insatisfaite d'elle-même, la forme demeure la préoccupation dominante, envahissante même, de ceux qui, en la fin de ce siècle si intellectuellement raffiné et blasé, veulent atteindre, par des sentes vierges encore, l'absolue perfection en l'Art, l'impeccabilité sereine des sommets !
En un accouplement de verbes tient l'Avant-dire de Fils Adoptif.
Photographier, phonographier, telle se condenserait l'esthétique momentanée de l'auteur, car ces deux mots, inclus en italique dans l'introduction, résument le genre dénommé par son créateur : roman vériste.
Photographier ?... Soit. C'est peut-être beau.
Je respecte énormément Pierre Petit, mais j'espère ne pas le froisser en l'admirant quelque peu moins que je n'admire Michel-Ange.
A toute épreuve photographique, si parfaite soit-elle, je préfère un tableau médiocre serait-il, dans lequel j'aurai chance de trouver au moins un atome de vie personnelle.
Phonographier ? Soit... C'est encore peut-être plus beau.
Le phonographe, j'en conviens sans fausse honte, a des charmes troublants. Mais en le supposant inventé au temps où Musset écrivait, j'eusse de beaucoup préféré, au lieu de savourer durant deux heures les chants répétés par cet instrument, étonnamment respectable d'ailleurs, entendre, pendant quelques minutes la voix même de la Malibran.
Vrai est, que l'on peut faire de la photographie peinte et donner au phonographe les inflexions de la voix humaine.
Cela n'empêchera nullement les gens grincheux de prétendre que le cerveau de Michel-Ange et le coeur de la Malibran restent infiniment supérieurs à des mécanismes plus ou moins perfectionnés.
Possible dans une autobiographie, indispensable même, le vérisme est selon moi, absolument inapplicable en d'autres cas.
Un homme passerait-il son existence, l'oeil à l'affût, l'oreille aux aguets, le carnet d'une main et le crayon de l'autre, pour étudier un sujet, pourrait faire une compilation d'actes, de paroles et de faits, rien de plus.
Compilation fatalement monotone à la longue, sans intérêt immédiat, sans réelle portée, puisque l'observateur, si profond soit-il, ne parviendra jamais à connaître le plus vrai de l'individu, la sensation et la pensée, à moins de procéder par déductions ou inductions, deux moyens irrévocablement condamnés par de Brinn'gaubast comme trop sujets à erreurs.
Quelques questions avant d'aborder la conclusion de cette étude.
L'écrivain, toujours supposé sincère, ne se trouve-t-il pas faire du vérisme, sans avoir accolé cette épithète à son oeuvre, dès qu'il traite une situation, la sienne, dans laquelle tout a été, naturellement, vu, entendu ou vérifié par lui, ainsi que le réclame la définition du roman vériste ?![]()
Etait-ce alors bien nécessaire d'accumuler raisons sur raisons ; d'échafauder sur des critiques, des monceaux de critiques ; de frapper à droite, à gauche et de donner, après tant d'autres, une poussée au romantisme et au réalisme, ces pauvres vieux rois déchus que, dédaigneusement, nous reléguons parmi les antiques défroques ?
Etait-ce indispensable de toucher beaucoup Maupassant, guère Zola, un peu tout le monde, pour expliquer une théorie dont la priorité de formule, je le constate à nouveau, appartient entièrement à Brinn'gaubast, mais dont l'application, stricte ou élastique, se reconnaît en chaque autobiographie antérieure, preuve du contraire ne pouvant être faite par personne ?
Je sais qu'on m'opposeras le boursouflé, la pose, la blague, le mensonge, qui étaient, prétend-on, de mise jadis. A ceci je répondrai que tout livre où l'auteur se peint, de façon plus ou moins transparente, est un piédestal qu'il s'élève à lui-même, afin d'être plus rapidement connu de la foule.
D'autre part, je ne crois pas plus devoir accuser de fausseté voulue les
autobiographies passés, que je n'en accuserais Brinn'gaubast lui-même, si, par hasard, il eut écrit une oeuvre de ce genre.
Le livre est-il la mise en pratique absolue du précepte énoncé ?
Non.
Après avoir donné une règle aussi caractéristique, il eut fallu rester dans l'implacabilité du vrai à outrance, devenir complètement impersonnel, voir par les yeux et penser par le cerveau du sujet.
C'eut été, probablement, peu intéressant, mais le principe n'eut pas été violé dès le début.
Souvent, très souvent même, la personnalité de l'écrivain absorbe celle du héros et les impressions de l'homme se substituent à celles de l'enfant.
Il y a tel chapitre de souvenirs d'un bébé de quatre ans ; telles descriptions des êtres et des choses ; telles sensations et telles pensées et tels jugements où se reconnaît vite, non une union antérieure retrouvée, mais une vision rétrospective cherchée.
Bien d'autres passages encore se détachent où le vérisme, (entendons-nous bien, le vérisme selon l'auteur) est totalement oublié et dans lesquels la déduction et l'induction, ces deux pestiférées, se donnent libre carrière.
Et c'est tant mieux, ma foi, car ces passages sont loin d'être les plus mauvais, je vous assure. Tout aussi vraisemblables, tout aussi vus que les autres, ils chassent du livre cette lourdeur qui se serait dégagée sùrement d'une simple succession de faits, même véristes.
Très correct, très fouillé, d'une précision quasi géométrique, le style va, d'un bout à l'autre de l'oeuvre, sans faiblesse, avec, par ci, par là, une envolée trop vite réfrénée, comme par peur des emballements possibles.
Certaine pages pleines de colères ou semblant crever de haine, sont d'une langue plus brutale qui tranche violemment sur la masse. Dans les dernières lignes se sent une rage sourde, la rage continue des révoltes décisives.
Maintenant, considéré, non plus comme application directe d'une notice-programme, mais en lui-même, Fils Adoptif est, je suis heureux de pouvoir me répéter en toute sincérité, un livre de très haite valeur intrinsèque ; j'adresse tout simplement à l'auteur mes cordiales félicitations, de lecteur d'abord, ensuite d'ami, d'ami qui applaudit, sans arrière-pensée aucune, au succès probable d'un aîné.
Ne regretteront pas les heures dépensées, ceux qui étudieront sérieusement à fond, la préface. Elle est dédiée à Alfred Vallette, un jeune aussi, dont nous espérons, pour l'Art et les Artistes, voir s'éditer bientôt le si curieux « Monsieur Babylas ».
Je me garderais bien de faire un résumé quelconque de Fils Adoptif. Il sera agréable de le lire, de le relire, et puis, en gourmet, tranquillement, au coin du feu, de le relire encore, et encore, que je me croirais criminel de le déflorer par une analyse brève et sèche.
Cependant, su ces derniers mots peuvent donner à quelques-uns le désir de connaître une oeuvre qui repose délicieusement des banalités courantes, j'ajouterai que Fils Adoptif est l'histoire d'un gamin précoce, précoce en douleurs surtout, portant en lui un germe de névrose développé peu à peu, parallèlement avec une vocation littéraire affermie de jour en jour ;
C'est le drame intime d'un tout petit que des bourgeois, ses parents adoptifs, menacent à bout portant de leurs bontés idiotes et de leurs méchancetés natives ou acquises ;
C'est le poignant récit d'une existence de mignon d'abord, d'adolescent ensuite, toujours tyrannisé, inconsciemment ou consciemment, par des imbéciles.En des pages savantes passent les souvenirs, doux et amers ; les tristesses vagues, les lancinantes douleurs morales ; les aspirations inquiètes vers un inconnu pressenti ; les affaissements subits de volonté, avec les rêves, les désespérances, les rancoeurs, les révoltes et le doute final, gamme si mortellement triste qu'elle vous met parfois comme un vague sanglot dans la gorge.
Et c'est un spectacle très beau, une chose superbe pour ceux qui sauront la comprendre, que cette lutte devinée d'un homme avec lui-même. Lutte constante dans laquelle l'inflexible moi mathématique d'aujourd'hui interroge le lamentable moi nerveux de jadis, le force à répondre, note ses sensations et écrit, sous sa dictée, un livre que le public lira, sans probablement se douter que l'auteur, en tête du premier chapitre, avait le droit d'écrire : ceci est fait de ma chair et arrosé de mon sang !
Paul PRADET
Louis-Pilate de Brinn'gaubast sur Livrenblog : Brinn' Gaubast, Clerget, Morice... par G. Brandimbourg
samedi 13 décembre 2008
Des Barbares... encore eux !!
vendredi 12 décembre 2008
SAMAIN : MENDÈS. LORRAIN. Jeanne JACQUEMIN
CARNETS INTIMES
NOTES

Ce qui est intolérable chez Mendès, quand on le lit avec quelques fréquence, c'est la sensation d'artificiel absolu qui s'en dégage. Jamais ses conceptions ne semblent sorties de son coeur ; ce n'est que de la fantaisie cérébrale ; d'où pas un mot ne vous touche, au sens divin de l'émotion.
Jean Lorrain, lui aussi, est tout entier fait d'artifices, mais combien différent ! La fantaisie de Lorrain, au lieu de se noyer dans une mousse de rhétorique fouettée, se retrempe et reprend force à la réalité. L'oeil de Lorrain est toujours braqué sur un coin de la vie réelle. Il la transpose, en artiste qu'il est, tantôt en délicieuses sanguines, tantôt en eaux-fortes violentes, aux tons gras, ténébreux et chauds ; mais toujours, c'est d'un vécu qu'il part ; et de cela son oeuvre prend le caractère indéfinissable des choses vivantes.
Alors que bien des constructions littéraires, pompeuses et grandioses, auront disparu et seront ensevelies dans le morne océan Pacifique des insondables bibliothèques, alors qu'il ne restera peut-être de l'oeuvre des gros ouvriers comme Zola que quelques pages à tenir dans la main, l'oeuvre de Lorrain sera consultée et feuilletée avec cet intérêt piquant qui nous fait rechercher les Fragonard, les Lancret, les Moreau, et qui nous penche sur tous ces brimborions artistiques et littéraires du XVIIIe siècle, - saxes, éventails et poésies légères, - où nous sentons vivre plus que partout ailleurs son brin d'âme musquées et jolie.--------------------------------Vu hier, rue Taitbout, trois aquarelles de Jeanne Jacquemin, de facture très intéressante. Couleur plate, éteinte ; ligne aride et mangée de mysticisme ; arrangement symbolique.
La première : une espèce de Béatrice sur un fond vert pâme de force mystique, avec des joues ovalées d'anémie sous des pommettes qui tendent la peau, des yeux grands et clairs, et une bouche singulière dont le dessin excessif et charnu détonne dans la spiritualité du visage ; à la main un lys.
La seconde : une tête exsangue, posée dans un verre ou dans un vase quelconque ; les yeux fermés, les cheveux d'un blond grisâtre tombant tout en travers d'un côté de la figure, avec comme des filets de sang emmêlés dans les mèches.
La troisième : une tête de Christ couronnée d'épines posée de face sur un ciborium, avec des yeux poignants sous l'éplorement des cheveux.
Bonheur reprochait presque à ces études d'avant-garde de paraître en quelque sorte trop sûres d'elles-mêmes, d'avoir comme une allure d'habileté et je ne sais quelle aisance dans la facture qui contrastait avec l'étrangeté et le mysticisme un peu égaré dont elles relevaient.
« Vallette m'écrit pour me demander, comme un vrai service à rendre au Mercure, de rédiger une note bibliographique sur les poésies de Mendès. Vous voyez d'ici comme cela m'a amusé. Il avait, paraît-il, demandé d'abord cela à Quillard, qui, pour des motifs particuliers, « une pique avec Mendès », s'est récusé.
Je me suis informé près de Vallette. Les trois volumes de poèmes ont bien été adressés par Mendès à moi seul, au Mercure. Dans ces conditions, ma situation est assez délicate, placé entre une appréciation qui comporte des sévérités et un procédé qui, vis-à-vis d'un obscur, ne laisse pas d'être fort gracieux. Je m'en suis tiré comme j'ai pu : j'ai rédigé deux notices, une plutôt grave et compassée, l'autre plus dégagée, plus enlevée de touches, plus cavalière aussi. C'est celle-ci plutôt que je préférerais. Je laisse Vallette juge. Si vous venez à Paris cette semaine, je vous montrerais cela, il sera encore temps ; peut-être m'éviterez-vous quelque gaffe. »
- Jean Lorrain : La Mandragore, suivi d’une lettre inédite à Catulle Mendès et d’une postface d’Éric Walbecq ; illustrations de Jeanne Jacquemin. Du Lérot, 2003, 46 p. Sur les rapports conflictuels entre Lorrain et Jacquemin voir l'année 1903 dans la chronologie donnée sur le site JeanLorrain.net.
Albert Samain sur Livrenblog : Albert Samain dessinateur. Albert Samain par Fagus. Albert Samain croquis par Jehan-Rictus.
mercredi 10 décembre 2008
Camille SOUBISE Souvenirs sur Camille LEMONNIER
Après avoir exhumé du n° 9, 10, 11, 12, 13 de la Revue Littéraire Septentrionale, deux textes de Gustave Le Rouge, il paraît intéressant de donner aujourd'hui un article du même fascicule, signé de Camille Soubise, où l'on apprend, que Camille Lemonnier (1844-1913), le futur « maréchal des lettres belges », alors qu'il n'avait encore que 16 ans, commença dans la presse comme rédacteur en chef et... dessinateur. (1)Camille SOUBISE
Souvenirs de jeunesse
Camille Lemonnier
Il y a quelques années, (I) - ne précisons pas, cela nous vieillirait trop, - un industriel quelconque, jaloux des lauriers dorés des Cliquot et des Roederer, inventa une nouvelle marque de champagne : « le marquis d'Agoz. »
Ce nom bizarre s'étala bientôt en lettres d'or aux vitrines des marchands de comestibles, et l'inventeur – un méridional – se frotta joyeusement les mains, croyant de bonne fois que son noble champagne allait enfoncer tous les vins roturiers.
Pensez donc ! « Marquis d'Argoz ! » C'était du champagne à quatorze quartiers, quoi !
Cependant, il s'aperçut vite qu'un beau nom, bien ronflant, ne suffit pas toujours pour faire son chemin en ce bas monde. Malgré ses étiquettes flamboyantes, le nouveau champagne ne se vendait guère, hélas !
Alors, il lui vint une autre idée ; il résolut de fonder un journal. Ce serait bien le diable si celui-ci ne réussissait pas à faire mousser celui-là !
- Quel titre prendrons-nous ? Lui demanda celui d'entre nous qu'il
venait de bombarder rédacteur en chef.- Palsambleu ! Messire, nous prendrons le titre de Marquis d'Agoz
! Répondit majestueusement l'inventeur.Et le monde eut ainsi deux marquis d'Agoz : le premier en bouteilles, le second, sous forme de journal illustré.
Car il était illustré, s'il vous plait, ce drôle de petit journal !
Félicien Karat cumulait les fonctions de rédacteurs en chef et de dessinateur.
C'est qu'il ne doutait de rien, savez-vous, ce Félicien Karat !
C'était un jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans, au plus, à la chevelure flamboyante, au front pensif, à l'air sérieux, aux regards perçants atténués par les verres d'un binocle. - Aujourd'hui, il est entrain de devenir célèbre.
Ce que c'est de nous, pourtant !
Par exemple, je dois à la vérité de dire que, malgré les articles les charges de Félicien Karat, le Marquis d'Agoz ne faisait pas florès. Beaucoup de gens confondaient le journal avec le champagne du même nom ; de là l'insuccès du premier.
Bref, les choses allant de mal en pis, un beau matin, Félicien Karat dévissa ses talons rouges et passa bravement, avec plume et crayon au Béotien, autre journal littéraire que venait de fonder un groupe de jeunes gens, à la tête desquels était Joseph Demoulin, le poète liégeois,
auteur de cette chanson : Mon âme et Dieu, que Darcier avait mise en musique et qui eut une si grande vogue dans les dernières années du second empire.Le transfuge fut accueilli fraternellement au Béotien, où l'on pratiquait l'hospitalité la plus écossaise. Cependant, on y était si bruyant, on y cassait tant de vitres et tant d'assiettes, que le nouveau venu se sentit un peu dépaysé et mal à l'aise dans ce milieu tapageur, dans ce phalanstère où l'on s'inspirait des plus purs principes de Schaunard, ce législateur de la verte bohème.
Aussi, tout en collaborant assez activement au Béotien, Félicien Karat assistait-il rarement aux réunions orageuses des ses nouveaux amis, qu'il finit par lâcher comme il avait lâché l'homme au champagne blasonné.
Précisément, Odilon Delimal venait de fonder l'Espiègle, qui succédait au spirituel et charmant journal de Félicien Rops, dont je parlerais un jour.
L'ex-rédacteur en chef du Marquis d'Agoz entra donc à l'Espiègle, en qualité de chroniqueur théâtral, et, à partir de ce moment, rejetant tout pseudonyme, il signa bravement de son vrai nom : Camille Lemonnier. La chrysalide devenait papillon !
J'ai connu, autrefois, un brave homme qui avait la manie d'imiter Napoléon 1er ; il parlait avec emphase, se croisait les bras derrière le dos en marchant et prenait du tabac dans la poche de son gilet.
Camille Lemonnier, lui, fut pris à cette époque d'une manie non moins bizarre : il se mit à singer Victor Hugo. Il pontifiait, vaticinait, était colossal, prodigieux, fulgurant et surtout incompréhensible. Et comme il faisait tout cela très sérieusement, c'était à mourir de rire.
Cette rage d'imitation l'avait pris subitement, comme un mal de dent. Aberration momentanée d'un jeune esprit qui cherche sa voie, voilà tout.
Je me souviens encore d'une nouvelle qu'il écrivit alors. Il croyait avoir fait un chef-d'oeuvre. C'était tout simplement un pastiche, très réussi d'ailleurs, des Travailleurs de la Mer.
Le directeur d'une revue, à qui il l'adressa, lui renvoya son manuscrit avec force compliments, tout en lui donnant à entendre que ce talent d'imitation, qu'il possédait à un suprême degré, pourrait lui jouer un mauvais tour.
Un peu déconcerté par cette révélation, le jeune journaliste cessa brusquement d'envoyer à l'Espiègle des lettres qui eussent pu être datées d'Houteville-House.
Il louvoya pendant quelques temps, se laissant aller parfois à la dérive, comme un navire sans boussole.
Un jour enfin, une légère brise enflant ses voiles, il dit adieu aux enchantements de la Circé romantique et, virant de bord, mit bravement le cap sur l'île du Réalisme.
Je ne sais si Camille Lemonnier est fixé pour longtemps « sur ce rivage». Ce qui est certain, c'est que des oeuvres telles que : les Contes Flamands et Wallons, les Histoires de Gras et de Maigres, Un coin de Village, Un Mâle et plus récemment, l'Hystérique et les Peintres de la vie, assurent à leur auteur une place à part dans la littérature contemporaine.
Certes, ces oeuvres, les premières surtout, ne sont pas sans défauts ; mais que de détails charmants ! Que de choses aimables en ces pages qui vous font venir le sourire aux lèvres ou les larmes dans les yeux ! Connaissez-vous, par exemple, rien de plus gracieux et de plus touchant à la fois que l'histoire de la petite fille du boulanger ?... C'est une vraie perle, un petit chef-d'oeuvre, où l'on retrouve tout ensemble la sensibilité exquise d'Andersen et le réalisme de Dickens.
Si vous n'avez pas lu les Contes Flamands et Wallons, lisez-les. Pour moi, j'y trouve un plaisir extrême, et lorsque Camille Lemonnier conte une de ces histoires naïves tout imprégné du parfum, doux et amer à la fois, des aubépines roses et des genêts aux fleurs d'or, je suis parfois tenté de lui crier, comme lorsque j'étais enfant : Encore ! Encore !...
Mais, palsambleu ! Nous voilà loin, bien loin du Marquis d'Agoz ! Camille Lemonnier s'en souvient-il encore ?...
Le temps des folles équipées est passé , les jours de notre belle jeunesse ont fui ; les fées ont cessé de danser au clair de lune et nous n'allons plus cueillir des mûres le long des verts sentiers de la bohème ! Adieu, poètes et Cydalises !...
Camille Soubise.
[I] Dans les années 1860-1861, années où parurent le Béotien et le Marquis d'Argos.
(1) On sait peu que Lemonnier a laissé des dessins et des pastels, voir Le silence du crayon : Les dessins de Camille Lemonnier. Une activité méconnue du grand écrivain et critique, un article d'Adrien Grimmeau, sur le site Mémoires.
Camille Soubise (Alphonse Vanden Camp, alias du Camp 1833-1901), dirigeait la revue littéraire et artistique La Muse française depuis le mois de mai 1887, cette revue connue 6 numéros avant de fusionner avec La Revue Littéraire Septentrionale d'où est tiré cet article (voir notre billet). Léon Masseron directeur de La Revue Septentrionale, annonce cette fusion dans un article intitulé Renfort et publié en tête du numéro 7 et 8 de janvier et février 1888 de sa revue, Camille Soubise y est présenté comme « le chansonnier populaire dont les délicates romances tant connues ont fait oublier l'idiotie et la banalité des refrains habituels des cafés-concerts »
Sur Camille Soubise, auteur de la Chanson des blés d'or personnage louche, ayant participé à la Commune, soupçonné de double jeu et de vol, qui entre Bruxelles et Paris, navigua dans le journalisme, la petite presse et les journaux politiques (Le Crocodile, Uylenspiegel, Le Prolétaire, Le Drapeau, Le Courrier de Charleroi, L'Observateur, Le Béotiens, Le Marquis d'Agos, le Figaro Belge, La Gazette de Hollande, La Muse française), voir l'article en ligne de Francis Sartorius, La Métamorphose d'un aventurier des lettres : Camille Soubise, publié, en 2000, dans le premier numéro de la revue Histoires littéraires. http://www.histoires-litteraires.org/les%20articles/artsartorius.htm
mardi 9 décembre 2008
Dr Robert GEYER Littérature et psychiatrie. Théâtre d'IBSEN.
GEYER (Dr Robert) : Etude médico-psychologique sur le Théâtre d'IBSEN. C. Naud, 1902, in-8, 116 pp.

« En même temps et dans l'espace de bien peu d'années, dit Enrico Ferri, Darwin étayait la biologie. Spencer la philosophie naturelle et Marx la sociologie sur la base solide du positivisme. La méthode positive, l'observation expérimentale renouvelaient la connaissance de la nature, celle de la collectivité humaine et celle de l'individu. Le roman devait forcément s'adapter à cette interprétation nouvelle de l'univers ; il devait ressentir le contre-coup décisif de ces influences. Abandonnant le formalisme fantaisiste, vieux et démodé, l'héroïsme de manière et de pose, il ne tarda pas à se transformer en se rapprochant des sources vives de la réalité humaine (1) .»
Déjà, en effet, Balzac, Stendhal, Flaubert, courageusement avaient créé le roman naturaliste, mais il faut arriver à M. Zola pour trouver, outre le souci de la réalité, une constante préoccupation de vérité scientifique. Il nous a doté du roman d'observation, appelé à tort, comme l'a fait justement remarqué M. Max Nordau, roman expérimental. Son oeuvre la plus considérable, « Les Rougon Macquart », repose en entier sur la grande loi biologique de l'hérédité. Et partout aujourd'hui nous retrouvons cette recherche de vérité et ces emprunts continuels aux théories scientifiques en cours. Naturellement la psychopathologie fournit la plus grande part des observations. Même dans les productions les plus extravagantes de la littérature anglaise, on trouve toujours une hypothèse scientifique qui sert de base aux développements imaginés par l'auteur. Ainsi dans le Grand Dieu Pan d'Arthur Maschen (sic) [2] nous assistons à une vivisection sur l'écorce cérébrale humaine, dans le Faiseur de Monstres de Morow (sic) [3] l'auteur décrit une résection des hémisphères cérébraux ou bien encore, avec l'Ile du Dr Moreau, Wells nous terrifie par le récit d'expériences épouvantables et heureusement toutes d'imagination.
En Scandinavie, outre Ibsen qui va spécialement nous occuper, nous trouvons plusieurs fois dans les oeuvres de Björnstjerne-Björson cette préoccupation scientifique. Nous savons que c'est avec les cliniques de Charcot qu'il a bâti son admirable drame « Au-dessus des Forces humaines » où nous voyons un dégénéré impulsif issu d'un mystique halluciné et d'une hystérique. En Russie, Dostoïewsky a largement puisé pour tous ses ouvrages aux sources alimentées par l'aliénation mentale. Tolstoï nous a donné dans la Sonate à Kreutzer un dégénéré homicide et dans la Puissance des Ténèbres des observations étrangement vivantes d'alcooliques délirants. Enfin, Gorki vient de se révéler écrivain du plus grand talent avec ses vagabonds, alcooliques et dégénérés.
En Allemagne, Hauptmann avec le « Voiturier Henschell » mettait à la scène les hallucinations terrifiantes de la vue de l'alcoolisme. En Italie enfin, c'est d'Annunzio qui emprunte aussi à la psychiatrie plusieurs de ses personnages pour faire les Vierges aux Rochers, le Triomphe de la Mort, et son chef-d'oeuvre : l'Intrus.
Nous n'insisterons pas davantage. Nous avons cité à dessein dans ce très rapide aperçu des noms connus de tous et l'on voit la part très grande prise par la psychiatrie ou les sciences connexes dans les oeuvres des écrivains européens. Dans toutes ces dernières années, rien qu'en France le nombre d'oeuvres littéraires où l'on rencontre des aliénés et trop considérable pour que nous songions à les citer. On en trouve une bibliographie très complète dans la Chronique médicale (2). d'autre part, le sujet a été traité d'une manière plus générale et très détaillé da,s l'ouvrage récent de M. R. Fath (3). « Rêver ce qui pourrait être, dit M. Zola (4), devient un jeu enfantin quand on peut peindre ce qui est : et, je le dis encore, le réel ne saurait être ni vulgaire ni honteux, car c'est le réel qui a fait le monde. Derrière les rudesses de nos analyses, derrière nos peintures qui choquent et qui épouvantent aujourd'hui, on verra se lever la grande figure de l'Humanité, saignante et splendide, dans sa création incessante. »
(1) Enrico Ferri. Les criminels dans l'art et la littérature, p. 94. Paris, 1897.
(2) Chronique médicale, 1899 et 1900. Les Romans médicaux.
(3) Robert Fath. L'influence de la science sur littér. française dans la seconde moitiè du XIXe siècle. Lausanne, Payot, 1901.
(4) E. Zola. Le Naturalisme au théâtre, p. 48.
[2] Arthur Machen : Le Grand Dieu Pan. Traduction de Paul-Jean Toulet. La Plume, 1901. (publié à Londres en 1894)
[3] Le Faiseur de monstres de W. C. Morrow figurent dans Le Singe, l'idiot et autres gens. Traduction par George Elwall. Editions de la Revue Blanche, 1901.
Gustave Le Rouge, corrections. Henri Bordillon nous écrit.
Corrections à propos de Gustave Le Rouge.
lundi 8 décembre 2008
Gustave LE ROUGE en 1888. "A Coeur Perdu" de Péladan

Critique de Gustave Le Rouge publié dans la Revue Littéraire Septentrionale, N° 9 à 13 de mars à juillet 1888.
Etudes sur le roman contemporain
A Coeur Perdu, par J. Péladan
Il est difficile, par le temps qui court, de rencontrer dans le Roman une oeuvre originale au vrai sens du mot, j'entends une oeuvre qui donne au lecteur une façon neuve d'envisager la Vie Humaine et plus spécialement notre société du XIXe siècle.M. Joséphin Péladan est des très rares qui essayent de réaliser ce désidératum ; son talent sort de cette moyenne honorable atteinte par un si grand nombre et dépassée seulement par une minorité d'intelligences d'élite. Son livre « A Coeur Perdu » - digne de ses précédentes productions : Le Vice Suprême, Curieuse, l'Initiation Sentimentale – a ce mérite, que ne saurait lui enlever aucune critique, d'être une oeuvre hautement personnelle ; c'est la création d'un penseur et d'un philosophe.
La lecture d'un pareil volume demeure lettre close pour la clientèle accoutumée des Georges Ohnet si florissants par ces temps de littérature commerciale.
Ecrit pour une élite – l'auteur déclare que son critérium est le dédain des foules - A Coeur Perdu est la troisième éthopée – tel est le nom que le romancier donne à ses études – d'un cycle immense qui, sous le titre de « La Décadence Latine », offrira l'explication de Péladan sur les grands problèmes sociaux, passionnels et moraux, qui intéressent l'humanité en général et plus particulièrement la race latine.
Quelque criticables que soient les théories philosophiques de l'éthopoète, son livre a cette rare fortune de n'être pas écrit suivant les formules contemporaines. Psychologues, Joséphin Péladan l'est de toute autre façon que Stendhal ou Paul Bourget ; philosophe, il n'a ni le scepticisme de Renan, ni le déterminisme de Zola ou de Daudet, encore moins le pessimisme de certains Décadents. Il est catholique.
Ici, entendons-nous. Le catholicisme dont il s'agit n'est pas la pure orthodoxie, le dogmatisme étroit et austère d'un Joseph de Maistre ; c'est une croyance très large et très personnelle à la Révélation primitive, une sorte de culte indépendant à la Balzac ou à la Barbey d'Aurevilly, fort éloigné, comme on le voit, d'un ultramontisme mesquin.
M. Joséphin Péladan est un mystique renforcé d'un érudit. A de très fortes études sur les langues et la philosophie de l'antiquité, il joint une connaissance approfondie des mystères du magnétisme animal et du spiritisme, ce qui ne l'empêche pas d'être aussi versé en physiologie qu'un romancier naturaliste.
En des conditions ordinaires, juger un livre d'une telle portée serait déjà tâche délicate. Or la difficulté d'un pareil labeur est grandement augmentée par la méthode de l'auteur : M. Péladan synthétise à dessein sa pensée et son style.
Néanmoins en dépit de la complication et de la concision souvent artificielles de l'oeuvre, il est facile de suivre les grandes lignes des théories de l'auteur : Nous sommes en décadence. - Pourquoi ? - Parce que Luther et Napoléon ont introduit le goût et l'habitude de la laideur et de la brutalité dans les moeurs de la race latine. « Depuis la Réforme, on a sacrifié les grands coeurs pour conserver les béguines et les cuistres. » Ce qui aussi perdu les peuples latins, - toujours d'après M. Péladan – c'est l'hypocrisie qui fait un crime de l'amour, passion qu'on doit glorifier. A Coeur Perdu est le développement de cette théorie.
Le romancier a tenté d'y dépeindre les efforts de deux êtres d'élite vers un amour d'exception qu'il nomme sororat ou androgynat. « Au vingtième siècle, dit-il, on s'apercevra peut-être du grand effort de l'auteur vers la négation sexuelle ou du moins vers la sublimation de l'amour. »
Une courte phrase de Dédicace résume d'ailleurs, beaucoup mieux que nous ne saurions le faire, la thése générale de Joséphin Péladan, thèse applicable à la Philosophie et à la Morale aussi bien qu'à la politique et à la littérature. « Théocrate à moyens occultes, je nie tout ce qui n'a pas ses racines dans le mystère et son expansion vers la charité. »
De pareilles théories, on le voit, ne sont pas neuves. Il y a beau temps qu'une foule de philosophes les ont battues en brêche à l'aide de multiples arguments. La façon même dont elles sont exposées y révèle les plus choquantes contradictions. Un exemple entre plusieurs : Comment M. Péladan concilie-t-il son esthétique aristocrate, sa haine de la laideur et de la vulgarité démocratiques avec ces vertus contemptrices des sociales distinctions, la charité et l'égalité évangélique ?
Nous n'essaierons pas d'éclaircir ce point. Nous avons à nous occuper ici d'esthétique et non de philosophie. Ayant fait connaître les doctrines de l'auteur, pour la clarté de la lecture, peut nous chault l'inexactitude ou la fausseté du livre philosophiquement parlant si, littérairement, ce livre est beau. Qu'importe l'idolâtrie d'un Phidias s'il a créé des faux dieux dont les images sont divinisées par son génie ! Il nous est bien indifférent que ce soit le paganisme ou toute autre religion qui ait inspiré à Paxitèle ses divines statues.
Nebo et Mérodack sont des intelligences de choix vouées toutes deux au salut du principe catholique ou, plus exactement, au triomphe des doctrines ésotériques des Templiers. Esprits également hauts, coeurs également fermes, une seule dissemblance existe entre eux. Merodack est absolument inaccessible à tout autre sentiment qu'au désir de voir triompher ses théories ; tandis que Nebo le platonicien, « tout en planant dans l'éther des spéculations du même vol que son ami », est encore sensible à la magie des formes parfaites. Le penseur, chez lui, n'a pu réussir à supprimer l'artiste.Après une subtile discussion avec Merodack, Nebo se résout à essayer de l'androgynat qui, on l'a vu plus haut, serait l'annihilation du sexe en amour. Le philosophe a, pour sujet de cette expérience autant physiologique que psychologique, une jeune fille doublement rayonnante d'intelligence et de beauté, la princesse de Riazan, dont il a modelé le coeur et l'esprit d'après ses idées de rêveur platonicien et d'idéaliste suréthéré.
De ce moment, Merodack s'efface et ne reparaîtra qu'au dénouement où il jouera le rôle du deus ex machina des antiques tragédies.
Entre Nebo et la princesse, désormais seuls, et placés par leur supériorité d'intellect au-dessus de toutes les vulgarités et même de toutes les pudeurs, va se dérouler le drame intime que retrace A Coeur Perdu, tournoi sans merci entre l'Esprit glorifié mais vaincu et la Chair honnie mais victorieuse.
La princesse, sous la double excitation de son amour pour Nebo et de son jeune tempérament -virgo matura viro – force bientôt le platonicisme à dégénérer en amour charnel. Devant les provocations presque brutales de la Femme, Nebo cède chaque jour un peu plus. Chaque page du roman nous révèle quelqu'une des beautés de la princesse, jusqu'aux plus secrètes. C'est une énumération complète de toutes les sortes de caresses, un catalogue détaillé de toutes les variétés de baiser. A mesure que l'action se déroule, la princesse se dénude de plus en plus ; de plus en plus aussi le philosophe sent s'affaiblir les forces qu'il emploie à ne pas se laisser tomber dans le filet des diaboliques griseries dont l'enveloppe la princesse.
C'est en vue d'éviter, ou du moins de retarder l'accouplement terminal que Nebo a imaginé ce détaillement de la sensualité mille fois plus lascif qu'une chute rapide. Il y a là d'admirables dissertations sur les yeux, sur les seins et sur bien d'autres choses. Enfin, violé presque par la Femme, Nebo succombe. L'impudeur courtisanesque de la princesse a vaincu la froideur du philosophe.
Mais l'auteur s'est plu à donner au premier enlacement de Nebo et de la princesse un cadre étrange. Ayant compris l'impossibilité de retarder plus longtemps sa chute, le platonicien veut au moins succomber d'une façon peu commune et symboliser son amour en une bizarre cérémonie. Vétue d'une robe rouge, il adore, emmi les nuages des parfums qui montent des cassolettes, la princesse – personnalisation de l'Idéal qui va s'effondrer – trônant, toute nue sous un réseau de gemmes emblématiques. Puis il détrône la déesse à laquelle les charnels appétits on fait perdre sa divinité et, d'adorateur devenu époux, il l'entraîne vers une couche de fleurs.
Mais les longues phases de la singulière cérémonie ont enlevé sa force au Mâle et rendu le Mage impuissant. C'est le lendemain seulement que se consomme l'oeuvre de chair.
Ce passage est un de ceux où la crainte du convenu a inspiré à l'auteur les plus singulières conceptions.
Maintenant Nebo s'écartera de plus en plus de son primitif rôle d'impassible. Peu à peu la lascivité de la princesse le traîne au gouffre sans fond de la matérialité.
Nebo, conscient de sa déchéance, sent décroître sa passion tandis que celle de Paule s'exaspère. Bientôt le platonicien est en butte à des scènes de jalousies à propos de ses amours passées, à propos de son adoration pour la beauté plastique, à propos de tout et à propos de rien. Comme les exigences de cette passion qui n'est plus partagée lui pèsent trop lourdement, Nebo appelle Merodack à son secours. Le penseur inflexible en ses vouloirs, le Destin fait homme paraît, et tout change. Par son ordre, Nebo s'enfuit pour échapper à la princesse, et le feu purifie l'hôtel que les débauches charnelles ont souillé. Grâce à des procédés magnétiques sur lesquels l'auteur n'insiste pas, par mesure de prudence, assure-t-il, Paule de Riazan, dont la conscience est endormie pour plusieurs semaines, perd tout souvenirs des événements passés. Ce n'est qu'après un long temps que son guérisseur, Merodack, lui rend la mémoire.
Le dénouement laisse la princesse guérie de sa jalousie et presque de son amour, et bien résolue à devenir, par l'élévation de ses idées, la digne soeur, l'amante platonique, l'Androgyne rêvée par son cher Nebo.
Vous connaissez les dénouements habituels des romans de Charles Dickens. Il nous a peint un vice, un crime, une plaie sociale, il nous a tracé les portraits les plus effrayants de laideur morale, avec cette intensité de vie et cette virtuosité de talent qui lui sont propres; le lecteur admire la puissance documentaire de l'auteur, et, tout à coup, le dénouement espéré arrive, doux et bénin, récompensant la vertu et punissant le vice, le tout au très grand détriment de l'Art et à la plus grande allégresse des moralistes.
Sans aller aussi loin à propos de M. Péladan, il me semble qu'il a commis dans A Coeur Perdu un dénouement tout artificiel. Pourquoi la déchéance morale de Nebo est-elle empêchée à mi-chemin ?Alors que la logique aussi bien que la vraisemblance imposaient à l'artiste des scènes peut-être cruelle et pessimistes, mais à coup sûr largement palpitantes de vitalité, pourquoi donc tant de philosophie ? Mieux vaudrait plus de vérité et surtout plus de vie.
Tel qu'il est néanmoins, A Coeur Perdu rend déjà splendidement cette antique lutte de l'Idéal et du Réel, cette joute éternelle qui fut exprimée par Platon, il y a trois mille ans, par une magnifique et bien connue allégorie que je prends la liberté de citer ici une fois de plus.
Deux chevaux, l'un noir l'autre blanc, sont attelés à un char. Le noir, avec ses jarrets trapus, son épaisse encolure, sa crinière broussailleuse, son mufle aplati, est la personnification des appétits matériels ; le blanc, au contraire, svelte de jambes et bien proportionné, tourne toujours vers l'azur son col élancé ; il symbolise l'Idéal. Un si disparate attelage ne saurait aller du même pas ; le cheval noir ne cherche qu'a se vautrer dans les bas-fonds tandis que le cheval blanc hennit toujours vers le ciel. A la Raison, qui dirige le char, incombe la tâche de régler l'allure et de compenser les efforts rivaux des deux coursiers.
C'est un malheur pour le livre que l'auteur, non satisfait de la distinction et de l'originalité qu'il possède naturellement au plus haut point, ait cherché ces qualités dans le magnétisme et dans une foule de thèses plus ou moins mystiques dont l'énonciation, sous forme de digressions, embarrasse les situations les plus belles.
Quel dommage aussi, nous l'avons déjà vu, que, pour avoir essayé de tracer des types plus qu'humains, M. Péladan ait dessiné des caractères si absolument en dehors du vécu ! Car il ne faut pas se le dissimuler, le dialogue d'A Coeur Perdu est impraticable, et jamais amant et maîtresse n'ont agi ainsi que Nebo et la princesse de Riazan.
Une autre faute, à notre sens du moins, c'est l'abus du décor, de la mise en scène ; quand Nebo brûle des parfums devant la princesse nue sur un trône et lui présente un lotus, les deux amants sont très près d'être ridicules. Toute cette scène, étonnante en première lecture, peut
faire sourire en une seconde. La même observation est applicable à maint passage du livre.Un critique de La Wallonie – une Revue Belge – M. Albert Mockel, reproche à M. Péladan d'avoir dépeint des scènes lascives tout en faisant étalage de spiritualisme. Une telle critique nous parît inexacte. L'auteur n'a pas pêché par négligence, la contradiction est voulue. Nebo, qui est parfaitement conscient de ses fautes, expose à se sujet, une théorie particulière, explicative des lascivités de l'Ethopoème : « Les vertus qui ne sont pas des enthousiasmes rentrent dans les lâchetés et les impuissances. Pleurer ses fautes signifie pleurer ses laideurs morales consenties, et tant que le coeur se croit en voie de beauté, il n'a aucun souci du péché qu'il côtoie. »
M. Péladan est de ceux qui mettent le Beau aussi haut que le Bien, et nous trouvons que ceux-là ont grandement raison. Son catholicisme ne l'a pas empêché, chaque fois qu'il a cru écrier une belle page, de préférer l'admiration des artistes à la satisfaction des pudeurs bourgeoises. Nous savons d'ailleurs, que comme catholique, l'éthopoète de la Décadence Latine s'avoue de l'église de Balzac et de Barbey d'Aurevilly. C'est tout dire.
D'autres critiques nous paraissent mieux fondées. La complication voulue du style, la fréquence des solutions de continuité dans la trame du sujet, rendent, trop souvent, la lecture pénible. Vous diriez d'un inextricable fourré dans lequel le voyageur s'embarrasse sans espoir de s'en tirer.
Abusant de son érudition d'helléniste, M. Péladan charge son vocabulaire de néologisme tirés du grec qui donnent à certains passages une absolue incompréhensibilité. Il en arrive à écrire des phrases comme celle-ci, que nous soumettons à l'appréciation impartiale du lecteur. « Obéis à ton hymnode adorée, compagne de la gynandrie prochaine ; aux profondeurs de l'être mon halieutique descendra découvrir l'embolisme absolu de l'euthanésie momentanée et renaissante adorablement ! Chorège de tes sens, fussent-ils aplestes, je sais la durne Antspase chrysopéenne des désirs. Soit l'antiphonie soumise et je m'enivrai par anaclastie. »
Il est, parmi les Symbolistes, beaucoup de poètes qui n'ont jamais écrit de façon si obscure. Cependant, quoiqu'il emploie tous leurs procédés de style, M. Péladan n'entend pas être confondu avec ces littérateurs qu'il appelle des « histrions de la forme qui se font un visage de grimaces et une pensée au moyen de déhanchements de grammaire et de petits bonheurs du lexique. »
Pourquoi mépriser les décadents ? Il y a parmi eux des artistes convaincus, et, sans aborder ici cette très compliquée et très délicate question du décadisme, on peut dire que plusieurs de ces « histrions de la forme » sont en même temps des penseurs.
Une autre qualité qui manque souvent à M. Péladan, c'est le sens du terme propre. Pour rendre sa pensée, l'éthopoète emploie le premier mot venu, quand il ne lui prend pas fantaisie d'en forger un à sa guise. Son langage est trop voyant ; il éveille l'idée d'une peinture byzantine fulgurante d'or et de couleurs violentes juxtaposées sans nulle science de l'effet, sans naturel, sans laisser-aller et sans franchise. Ce style-là est peint, fardé, costumé et grimé pour l'impression à produire.
Pourquoi M. Péladan n'emploie-t-il pas toujours le même mode d'écrire que révèlent certaines de ses pages où il a oublié de surcharger sa prose ? Je dis surcharger, car il a, paraît-il, la méthode de composer ses livres dans la langue de tout le monde pour y plaquer ensuite à loisir des vocables empanachés et des périodes à grands fracas.
Quelle belle prose il fait pourtant, et quelle plus belle il ferait avec plus de naturel ! Il y a dans son livre, principalement dans la première partie, des poèmes en prose délicieux de rythme, des pages vraiment lyriques, des observations psychologiques d'une pénétrante subtilité, d'une clairvoyance et d'une lucidité de Voyant. Ecoutez ce que Nebo dit des yeux : « O princesse, vous avez l'oeil étrange d'un vert céruléen, de ce ton qui n'est désigné que par le vieux mot pers ; des paillettes d'or sablent de singularité votre regard. Il n'y a que trois beaux regards, le noir, qui prend la nuit des réfractions rouges et évoque au figuré un clair obscur où il y a du mystère et du sang ; le bleu; le seul vraiment féminin et qui donne l'impression d'un ciel pur et pâle ; le vert, qui appelle l'idée d'un lac ou de la mer ; c'est l'oeil le plus rare et le plus attractif. Tandis que le noir devient facilement dur et homme – ce qui suffirait à dépeindre le type espagnol, type de luxure pratique ou de plein air – et le bleu facilement fade, le vert, lui, est inquiétant sans rudesse. »
Et, au commencement du livre, la Précation de Paule, prose rythmée superbe !
Malgré l'inégalité de ce volume et les défauts que nous avons signalés, il y a là de très grandes qualités qui peuvent placer bientôt M. Péladan à la tête des écrivains contemporains.
Qu'il concède moins au pathos et au néologisme, qu'il laisse de côté le masque chaldéen qu'il met à sa pensée d'homme moderne, qu'il évite les contradictions et surtout les digressions et les mises en scène exagérées, enfin qu'il trace des caractères plus naturels, et il fera apparaître en pleine lumière le qualités éclatantes de son vivace talent, l'abondance et la nouveauté des idées, la richesse dans les coloris, la clairvoyance psychologique et les vues hautes du penseur.
Tel qu'il est, A Coeur Perdu, est une oeuvre curieuse et originale qui possède cette qualité que Balzac dit être la première d'un livre : il fait penser.
Gustave LE ROUGE.
Cette critique d'A Coeur Perdu, avec la nouvelle « Ignorance », donnée dans un billet précédant, semblent être les premiers textes littéraires de Gustave Le Rouge (1867-1938) publiés (sous toutes réserves ***). En 1888 Gustave Le Rouge a vingt-et-un ans, il est étudiant à la faculté de droit à Caen (1).
Nous ne savons pas comment Gustave Le Rouge, jeune inconnu, fut publié par la Revue Littéraire Septentrionale, tout au plus peut-on rappeler que Léon Masseron, le directeur de la revue habite Caen, où Le Rouge poursuit ses études. Ignorance, déjà, nous montrait un écrivain fort mature, se jouant de ses lecteurs en utilisant un style chantourné, chargé d'images « poétiques », pour mieux le surprendre et le faire basculer en quelques lignes d'un univers sentimental et idéaliste vers le moins romantique des épilogues. Avec la critique d'A Coeur Perdu, nous avons à faire à un roué critique, qui sait voir et montrer les forces et les faiblesses de Péladan. S'il apprécie sa hauteur de vue et son originalité, contrairement aux thuriféraires du mage (voir Albert Fleury), Le Rouge ne semble pas faire grand cas de ses théories philosophiques, il les connaît mais n'y adhère pas. Il veut seule, juger l'oeuvre littéraire, et tout en reconnaissant à « l'éthopoète » un grand talent de prosateur, il n'oublie pas de lui reprocher l'outrance idéaliste de certaines de ces scènes, proches du ridicule, et l'obscurité due à l'utilisation excessive de néologismes. Peut-être comprendrons-nous un jour, ce qui mena ce jeune homme vers la carrière de romancier populaire (littérature d'aventure, policière ou d'anticipation). Comment ce défenseur des décadents, ennemi de la « littérature commerciale », allant chercher au-delà des « formules contemporaines » (psychologie, naturalisme ou pessimisme décadent), chez ce Péladan tant décrié, une vision originale et neuve, deviendra l'auteur du Mystérieux Docteur Cornélius, salué par Blaise Cendrars comme l'oeuvre d'un poète.
(1) Voir la notice d'Henri Bordillon sur le site Les Commérages de Tybalt, rubrique Gendelettres.
Gustave Le Rouge sur Livrenblog : Le guet-apens Gustave Le Rouge dans La Croix Illustrée. Gustave le Rouge dans La Revue Littéraire Septentrionale, Ignorance.*** Henri Bordillon nous informe : Le premier texte littéraire publié de Gustave Le Rouge l'a été dans Les Guêpes normandes, n° du 1er mai 1888, il s'agit d'une courte nouvelle intitulée Idylle normande.
dimanche 7 décembre 2008
RACHILDE et l'Homme Roux. Des nouvelles de Fornax
On aurait pu le croire fâché avec sa belle, chiffonné de ne pouvoir lui rendre l'hommage qu'il aurait désiré voire paraître (1), il n'en est rien, Christian Laucou, n'a pas abandonné les études Rachildiennes, ouf ! La preuve, sur Fornax, le site où il dévoile ses activités d'éditeur-imprimeur-typographe-photographe-bibliophage, il nous donne une leçon de ténacité bibliophilique, sa quête d'un Homme Roux de 1888. A lire en attendant la suite.
samedi 6 décembre 2008
Gustave LE ROUGE et La Revue Littéraire Septentrionale

Gustave Le Rouge dans la Revue Littéraire Septentrionale (1)
Dans le n° 9, 10, 11, 12, 13 de Mars à juillet 1888 paraissent deux articles de Gustave Le Rouge, une courte nouvelle, Ignorance, et la critique du roman de Joséphin Péladan, A Coeur perdu.
La Revue Littéraire Septentrionale est fondée en juillet 1887 par Léon Masseron, Léon Delmotte, Julien Renard, MM. Just Molina, Arthur Delcourt, Emile Drue, Ch. Manso, Henri Bossanne, Ch. Sluyts, Deconinck, Arthur Janssoone, Léon Lignoux, Mme Morel-Caron. Cette revue d'abord régionale sera dirigée par son rédacteur en chef Léon Masseron, il sera épaulé à ce poste par Camille Soubise lors de la fusion de la revue avec la Muse Française en janvier/ février 1888, les Secrétaires-Rédacteurs sont Julien Renard et Léon Delmotte. Les premiers collaborateurs de cette sont recruté parmi les abonnés, la plus part des auteurs sont originaires du Nord et de la Normandie (Masseron est de Caen), peu d'entre eux laisseront quelques traces dans l'histoire littéraire (2), apparaissent tout de même les noms de Fabre des Essart ou Emile Blémont, des chansonniers et poètes du Nord comme Alexandre Desrousseaux ou Charles Manso, font l'objet de longs articles, et le directeur ne laisse pas passer un numéro sans y faire paraître de ses vers ou de sa prose. C'est à partir du numéro 7 et 8 et avec la fusion entre la Muse Française et la Revue Septentrionale, que de jeunes auteurs habitués des « petites revues » viendront renforcer l'équipe de la revue. Tous ont participé, semble-t'il, à la Muse Française, qui connue six numéros, mais surtout tous sont depuis quelques années parisiens et pour mieux dire montmartrois. C'est lors de réunions de jeunes poètes comme le cénacle de La Butte, que se sont rencontré Paul Roinard (3), Gabriel Randon (futur Jehan-Rictus) (4), Paul Pradet (futur Théodore Chèze), Louis-Pilate de Brinn'Gaubast (5) et G.-A. Aurier, manquent à l'appel : Edouard Dubus, Alexandre Boutique, Julien Leclercq, qui fut de la Muse Française, Léo d'Orfer ou Alfred Vallette. Edmond Barthélémy, ami et futur collaborateur de Brinn'gaubast (6), lui, fait parti de ses nouveaux venus, tout comme Edmond Coutances (Edmond Girard, futur éditeur des Essais d'Art Libre) et Laurent Tailhade déjà est considéré par Masseron, dans l'article annonçant la fusion, comme « un des maîtres de la poésie française ».
Dans le numéro 7/8 de la Revue Littéraire Septentrionale paraissent un poème de Roinard, Animalité et un poème de Randon, Berceuse triste. Après un long retard paraît le dernier numéro de la revue, numéroté 9, 10, 11, 12, 13, couvrant la période de mars à juillet 1888, on y trouve : une chanson d'Edmond Coutances La Normande, Joli Mai suivi de Vilain Mai deux poèmes de Gabriel Randon, une nouvelle, L'Gaz, de Paul Roinard, et un poème, Sonnet Batard. Coeur d'artichaut, du même, de Paul Pradet, un poème, Simplice et une critique de Fils Adoptif de Louis-Pilate de Brinn'Gaubast, un poème d'Aurier, Subtile courtisane, Laurent Tailhade y donne Recuedo de los Toros un texte sur la corrida et Ave Stella ! un poème déjà paru dans Lutèce le 18 mai 1884, puis recueilli dans Vitraux, cette liste montre que « les montmartrois » sont arrivés en force, mais un peu tard, dans la revue. Mais ce dernier numéro contient aussi deux textes du débutant Gustave Le Rouge.
Je donne aujourd'hui la nouvelle Ignorance, qui joue du contraste entre le charme d'une narration au style imagé, au vocabulaire « poétique », digne d'un roman sentimental, et une chute, brutale, purement naturaliste.
En mars/juillet 1888, la couverture porte : Revue (La) septentrionale. Littérature et arts. Autre forme du titre : La Revue septentrionale. Littérature et arts.
Léon Bocquet, dans Autour d'Albert Samain conte l'aventure de Léon Masseron et de sa revue. Voir notre billet sur Livrenblog.
Paul Roinard, plus tard Paul-Napoléon Roinard (1856-1930), son premier recueil Nos Plaies paru en 1886 à compte d'auteur à la Coopération typographique de Paris. Voir sur le blog Les Fééries Intérieures La Mort du Rêve, et sur Livrenblog un article sur Jean d'Udine paru dans les Essais d'Art Libre, revue qu'il dirigea avec Remy de Gourmont et publiée par Edmond Girard.
La biographie de Gabriel Randon (1867-1933), avant qu'il ne devienne Jehan-Rictus reste à faire, on retrouvera Randon-Rictus sur Livrenblog, ici ou là
Louis-Pilate de Brinn'Gaubast (1865-1944) est l'auteur en cette année 1888 de deux volumes à La Librairie Illustrée, Sonnets Insolents un recueil de poèmes et Fils adoptif, un roman « vériste ». Fondateur de la revue La Pléiade avec Edouard Dubus, Louis Dumur et Gabriel-Albert Aurier, première mouture de ce qui deviendra le Mercure de France. Sa carrière fut brisée lorsqu'il fut accusé d'avoir volé le manuscrit des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet. Louis Pilate était alors le précepteur des enfants Daudet, il se défendra de l'accusation de vol, arguant qu'il avait ramassé le manuscrit dans une poubelle. Voir nos billets (Les Littéraires de Brandimbourg, et la chronique de Paul Pradet sur Fils Adoptif dans la Revue Littéraire Septentrionale) ainsi que : Le Journal inédit de Louis-Pilate de Brinn’ Gaubast. Préface et notes de Jean-Jacques Lefrère avec la collaboration de Philippe Oriol. Horay, 1997.
Wagner (Richard) : La Tétralogie de l'Anneau de Nibelung. Publiée par Louis-Pilate de Brinn'Gaubast et Edmond Barthélemy. E. Dentu, 1894. Long avant-propos, traduction et annotation philologique par Louis-Pilate de Brinn'Gaubast. Etude critique et commentaire musicographique d'Edmond Barthélemy.
IGNORANCE
Mon ami Théodore et moi, nous parcourions en touristes la Basse-Normandie. Ah : le charmant voyage, avec l'imprévu des couchées dans les auberges de villages, la paresse des après-dînées vautrées sur la mousse, les ravissements des longues perspectives, les haltes fraîches au bord des fontaines bruissantes après la poussière des grandes routes ! Que de journées gaspillées exquisement dans l'accointance de quelque poète aimé ; que d'heures employées à de très vagues songeries sous le dais vert et frissonnant des bois où la brise aromale glisse entre les arbres comme une fumée d'encens évaporée à travers les colonnes alignées d'une cathédrale ! Et les longues extases devant les paysages épanouis au grand soleil et bornés par la mer !
Notre excursion avait un but sérieux.
Avant d'être le docteur en vogue que l'on connaît, mon ami avait débuté dans un village de cette partie rocailleuse et sauvage de la Manche qu'on appelle « la Hague » ; c'est là qu'il avait perdu une jeune femme infiniment aimée.
Nous allions nous agenouiller sur une tombe.
Quand nous arrivâmes, je fus véritablement transporté par la beauté du site. Le village, aux maisons grises d'un ton de vieux granit, s'échelonnait sur les flancs d'un monticule tout au haut duquel se dressait l'église, une solide, vieille et rustique église ceinturée d'un cimetière verdoyant. De ce cimetière on apercevait la mer, en ce moment basse ; une longue bande de varech, avivée ça et là par des miroitements de soleil dans les flaques d'eau, séparait la côte de l'outremer du large.
Nous entrâmes dans le champ des morts.
Oh ! Le poétique endroit pour dormir le dernier sommeil ! Avec ses murs effondrés et lierreux, ses pommiers qui faisaient pleuvoir la neige rose de leurs fleurs sur les tombes, et ses sentiers envahis par l'exubérance des verdures !
J'étais tout à mon admiration quand, me retournant vers Théodore, je vis qu'il pleurait. Il s'agenouilla sur une pierre chancie et resta quelques temps prosterné, abîmé en sa douleur : le bruit de ses sanglots faisait envoler des oiseaux du creux des pommiers fleuris, pendant que sur la tombe je tâchais de lire un nom mi-effacé. En la reviviscence cruelle de son passé mort, Théodore prit mon bras, et, silencieusement, nous partîmes.
Mon pauvre ami faisait peine à voir ; les paysans, étonnés, regardaient très curieux, ce Monsieur à longue barbe grise pleurant à grosses larmes comme un enfant, la poitrine secouée d'un grand sanglotement.
Quelle miraculeuse beauté avait dû avoir cette femme ! Quel amour violent elle avait su inspirer pour qu'il en restât de si profonds vestiges après tant d'années !
Le soir, la brise, délicieusement fraîche, nous invitait à une promenade ; nous descendîmes sur la grève. De petites vagues, argentées par la lune, nous léchaient les pieds en expirant sur le sable. Devant nous, la falaise dressait la masse noire de sa hauteur, tandis qu'au-dessus de nos têtes les étoiles étincelaient par millions autour de la lune ; on eut dit une infinie envolée d'abeilles d'or autour d'un blanc rayon de miel.
Quelle douceur, par cette soirée d'enchantement, qu'une causerie intime, en marchant lentement bras dessus bras dessous, en entendant sans l'écouter le vague bruissement que la grève chantonne à l'oreille !
Théodore me fit l'histoire de son amour. Elle s'appelait Marie ; il l'avait connue dans un village voisin, et elle était morte après trois ans de mariage. C'était simple et banal, en même temps déchirant. Très enthousiaste, mon ami se lançait dans de lyriques descriptions de la beauté de l'Aimée.
Elle avait de grands yeux d'un bleu verdi comme des coins d'océan ; une épaisse chevelure d'or roux moutonnait comme une vague de feu jusque sur la rondeur de ses hanches ; sa bouche était toute mignonne ; ses joues semblaient idéalement rosées et ses délicates oreilles, transparentes et jolies comme des coquillages. Une maladie de langueur l 'avait emportée sans qu'il put rien faire pour la sauver, et il avait dù quitter le pays pour ne pas mourir de douleur. « Ah! Si tu l'avais vue ! Dit-il en terminant ; elle pleurait de mourir si jeune, et moi, impuissant contre le terrible mal, j'embrassais ses pauvres petites mains amaigries en pleurant aussi... »
J'étais presque aussi affligé que mon ami en lui serrant la main, à l'heure du coucher.
Le lendemain j'étais debout le premier. Je descendis dans le jardin de l'auberge où nous logions, pour respirer le parfum humide des fleurs réveillées à peine dans l'ensoleillement du matin.
Mon hôte, pêcheur autant qu'aubergiste, était dans sa cuisine, en train d'apprêter une pleine marmitée de crabes, tout en sirotant avec délices un épouvantable brûle-gueule archi-culotté.
Du jardin, j'entendis toute la conversation qui s'engagea entre l'aubergiste et un voisin venu pour boire la goutte.
- On dit que l'ancien docteur est chez vous, père Vendamont ?
- Mais oui, bien sûr, c'est lui, avec un autre monsieur de Paris... et même qu'il n'a pas fait mine de me reconnaître. Il est venu voir le tombeau de sa femme.
- C'est pas moi qui me dérangerais de si loin pour une créature comme ça, dit l'autre. Ça été un fier bonheur pour lui qu'elle soit partie, une rien du tout qui lui en faisait porter avec le brigadier des douanes ! Ah ! Malheur !...
Je m'enfuis, épouvanté ; et le soir même, je fis partir l'ignorant Théodore. Tout le long du voyage il ne cessa de vanter les qualités de sa chère défunte.
Gustave LE ROUGE.
jeudi 4 décembre 2008
Henry de Groux et son journal
Henry de GROUX 1866-1930. Journal. Kimé, 2007, in-8, broché, 326 pp., illustrations en noir hors-texte, bibliographie, index.Ouvrage publié sous la direction de Rodolphe Rapetti et Pierre Wat.


(1) Emile Baumann, son gendre, écrira une Vie terrible d'Henry de Groux (Grasset, 1936), qui fit beaucoup pour la légende qui entourait la vie du peintre.
mardi 2 décembre 2008
LA REVUE PALLADIENNE de 1 à 10

Jean Venettis. Exégèse poétique de l'Ébauche d'un serpente de Paul Valéry. Éditions de La Palladienne, 1941.
Jean Venettis. Synamonda, chronique des Croisades. Illustrations de Joseph Hémard. Éditions de ″La Palladienne″, 1941
Jean Venettis. Poèmes De L'Etendue. Éditions de La Palladienne, 1942.
Jean Venettis. La gerbe archaïque. Éditions de La Palladienne, 1942.
Jean Venettis. Chants de la terre aplatie aux pôles. Éditions de La Palladienne, 1957.
Jean Venettis : Position de la Poésie vis-à-vis de la Critique. Louise Faure-Favier : Les Noces d'argent de Guillaume Apollinaire [poème]. Maurice Fombeure : Début d'Ode [poème]. André Philippot : Le Désespoir moderne devant l'existentialisme (à suivre). G.-A. Grandhomme : Les Déserts de Rimbaud. Poésies de Pier-Luc L'Heureux - Robert Beaussieux - Raoul Besançon. R.-F. Fouéré : Défense de Miller. J. Lefranc : Baudelairiana. Deux lettres inédites du Général Aupick. M. Boudot-Lamotte : Un peintre-poète : Auguste Pointelin. Chroniques : par E.-J. Garde. J. Meran-Mellerio. Gaston Criel. H.-F. Macé. Jean Markale.
Jean Venettis : Renée Vivien et l'idéal païen (à suivre). A.-H. Lombart : Une excursion. André Philippot : Le Désespoir moderne devant l'existentialisme (II). P. Béarn : Crépuscule [Poème]. A. R. : Un Souvenir d'amour d'Alfred de Musset. Alfred de Musset : Poème inédit. Jules Lefranc : La Princesse Belgiojoso. Robinson : Présentation des "Insulaires" (avec un croquis de PIC). Poésies de : Raoul Besançon, André Jurénie, Jacques Vilfroy, Renée Willy, Henry Certigny, Robert Beaussieux. M. Boudot-Lamotte : L'art à l'église. Chroniques : par Pierre Ricard. H.-F. Macé. Jean Markale. Jean Venettis. Etc.
R.-A. Fouéré : Sur la conception sartrienne de la liberté. Jean Venettis : Renée Vivien et l'idéal païen (II). André Philippot : Le Désespoir moderne devant l'Existentialisme (III). Gérard Lacaze-Duthiers : Essence et but de l'Art. Pierre Debièvre : Le Calvaire d'un grand musicien : Henri Duparc. Jules Lefranc : Taine "Insulaire". Joseph Hémard : "Article" à la mode. Philippe Chabaneix : Viviane [Poème]. Edgar Allan Poe : Le Corbeau (traduction en vers par André Savoret). Claude Reignoux : Deux poèmes. Louise Faure-Favier : Mon amie Marie Laurencin. M. Boudot-Lamotte : L'art à l'église. Chroniques : par André Philippot. H.-F. Macé. Jean Markale. Jean Venettis. Etc.
André Lestra : Paul Valéry, le Poète Maître du Temps. André Jurénil : Les naïvetés chez les vieux chroniqueurs. Le beau Florilège qui manque. René Fouéré : Krishnamurti. L'Homme et sa pensée. Jean Venettis : Chants de la terre aplatie aux Pôles. Ferdinand Bac : Intimités de Prosper Mérimée. Par un survivant. A. R. et Jules Lefranc : Un portrait imprévu de Musset et une carte de visite dessinée et coloriée par lui (avec 2 reproductions). Joseph Hémard : Quand l'amour meurt (romance). Louise Faure-Favier : Une vieille histoire d'amor. Philippe 1er, Roi de France, et la belle Bertrade. Poésies de George-Day, Raymond Brinon, Hervé Bazin, Maurice Szpiro, Michel Mériel. M. Boudot-Lamotte : Histoire d'un Toulouse-Lautrec. Chroniques : par Pierre Debièvre, Maurice Szpiro, Pierre Lémée, etc.
Robert Barroux : Notes sur la jeunesse de Baudelaire. René Fouéré : Krishnamurti. L'Homme et sa pensée (II). Jean Venettis : Platon et la poésie pure. Pierre Debièvre : André Messager, grand musicien français. A. R. et Jules Lefranc : Un portrait ignoré de Balzac (reproduction) - Charles-Louis Bazin (1802-1869). Poésies de Robert Houdelot, Jean Markale, André Philippot, Hervé Bazin, Danielle Hemmert. Joseph Hémard : Le grand Thérapeute. M. Boudot-Lamotte : Théodore Rousseau. Essai de biographie critique. Chroniques : par H.-F. Macé, Jean Markale, Jean Venettis, etc.
Raoul Besançon : La mort de M. Baudelaire, littérateur français (Revue de presse) (1866-1867). Ferdinand Bac : Moréas. Souvenirs de jeunesse. René Fouéré : Krishnamurti. L'Homme et sa pensée (III). Jean Venettis : Chants de la Terre aplatie aux Pôles. Antoine Parménie : Le Cabaret de la mère Saguet. Victor Brindel : Les origines vosgienne de P. Claudel. Poésies de André Lestrat, Noël Ruet, Henri Certigny, Vicente, Roger Lallier, Anne Gretz. Joseph Hémard : L'Habitué de Cinéma. M. Boudot-Lamotte : Théodore Rousseau. Essai de biographie critique (II). Chroniques : par Alain Barroux, Jean Markale, Claude Reignoux, Henry Certigny. Enquêtes et controverses : Le surréalisme par Gaston Criel, Penser l'Epiphanisme par Henri Perruchot, La poésie des jeunes et sa place dans la tradition poétique par Michel Mériel, etc.
Raoul Besançon : La mort de M. Baudelaire, littérateur français (Revue de presse) (1866-1867) (II). F. Guex-Gastambide : Guy Lavaud, poète de l'Universel. René Fouéré : Krishnamurti. L'Homme et sa pensée (IV). Jules Lefranc : Roche. La Maison Rimbaud (avec 2 reproductions). G. de Lacaze-Duthiers : Charles-Louis Philippe à vingt ans. A. R. : Un portrait inconnu de J.-K. Huysmans (avec une reproduction). Poésies de J. Pourtal de Ladevèze, Abaoub Aba, Gaston Criel, Léo Schmidl, Michel Ragon. Robert Mallet : Un peintre, Jacques Ferrand. Chroniques : par André Barre, Jean Raudin, William XYZ.
Supplément : Cahier n° 1 de Cynégétique de Xénophon traduction de Jean Venettis, illustrations de Joseph Hémard.
Raoul Besançon : La mort de M. Baudelaire, littérateur français (Revue de presse) (1866-1867) (III). André Barre : Hypothèses. André Jurénil : En chevauchant vers le Tournoi (Adaptation du poème anglais de Georges W.-Thornbury). Henri Perruchot : Le miracle grec. René Fouéré : Krishnamurti. L'Homme et sa pensée (V). A. R. et Jules Lefranc : Un masque anonyme (Stéphane Mallarmé) (avec une reproduction). Poésies de Raymond Lenoir, Michelle Esday, Jacques Berthon, Jean Cathelin, Maurice Szpiro. Joseph Hémard : Cabotibages. M. Boudot-Lamotte : Théodore Rousseau. Essai de biographie critique (III). Chroniques : par André Barre, Jean Venettis, William XYZ, etc.
Supplément : Cahier n° 2 de Cynégétique de Xénophon traduction de Jean Venettis, illustrations de Joseph Hémard.
Victor Bindel : Le dernier des conteurs épiques : Barbey d'Aurevilly. André Barre : Hypothèses (II). Jean Venettis : Chants de la Terre aplatie aux Pôles (III). Ferdinand Bac : Souvenirs sur Verlaine (avec un portrait inédit de Verlaine par Ferdinand Bac). André Lestra : Apollinaire le pathétique. A. R. : Menus souvenirs sur la famille d'Alfred de Musset et sur le poète. Manuel de Diéguez : Anatole France et "l'humanisme" communiste. Jacques Vilfroy : Toute joie morte. Poésies de Roger Devigne, George-Day, Jean Mausane, Henri Grand, Michelle Esday. Chroniques : par André Barre, Guy Lavaud, Jean Markale, Henry Certigny, Renée Willy.
Supplément : Cahier n° 3 de Cynégétique de Xénophon traduction de Jean Venettis, illustrations de Joseph Hémard.
N° 10, novembre - décembre 1949, in-8, agrafé, 62 pp. Numéro spécial : Examen de l'Epiphanisme - Jean Venettis : L'Epiphanisme et l'esprit grec. André Barre : A propos de l'Epiphanisme. Henri Perruchot : L'Epiphanisme ou construire une nouvelle civilisation. Michel Ragon : Petite histoire de l'Epiphanisme. Manuel de Diéguez : La barbarie dans le monde moderne et l'Epiphanisme. Jean Cathelin : Couleur du mondialisme épiphaniste. J.-J. Espézol : L'Epiphanisme devant la démission des élites. Jacques Segouin : Epiphanisme et littérature noire : le point de vue du consommateur. Pierre Autry : Epiphanisme et travail. Raymond Brinon : L'Epiphanisme à travers les âges. René Wintzen : Epiphanisme et Religion ou l'histoire d'un malentendu. A. R. : Déplacements et villégiatures.Poésies de : Jean Venettis. Colette Benoite. Jean-Claude Piguet. Abaoub Aba, Michel Mériel, Jean Markale. Arthur Welton. Raymond Lenoir. Jean l'Anselme. Monteiro. Georges Fox. Henry Certigny. Gérard Murail. Maurice Szpiro. Pierre Leclercq. François Bonnat. André Barre.
lundi 1 décembre 2008
DES BARBARES : SPIRIDON LE MUET revient
La réédition du chef-d'oeuvre d'André Laurie, Spiridon le Muet, est prête.

Lorsque l'assistance arriva au point d'angoisse où il n'était plus possible d'en supporter davantage, elle éclata en hurlements et en cris, et la toile baissa.









