jeudi 10 juin 2010

LA REVUE D'ART. 1896-1897



La Revue d'Art paraît le 5 et le 20 de chaque mois, 30, rue Caulaincourt, Paris. Directeur G. de Barrigue de Fontainieu.

16 pages par fascicule. Couverture de Félix Régamey.

Paris, N° 1, 20 juin 1896.

Charles Ponsonailhe : Le Salon du Champs-de-Mars, 1896. Clovis Hugues : L'écriture, poésie. La Douce et cruelle aumône, Nouvelle. Félix Régamey : L'Esprit de nos pères. Antoine Cros : Contes pour passer le temps. Alcanter de Brahm : Art et Critique Au sujet du poète Stéphane Mallarmé. Charles Clerc : L'Evolution théâtrale. Charline : L'Art Mondain. Eugène Miot : Variétés scientifiques.

Tablettes littéraires. Les Livres. Revue financière. Couverture et illustrations de Félix Régamey.


N° 2, 5 juillet 1896, provisoirement 30, rue Caulaincourt

Charles Ponsonailhe : Le Salon du Champs-de-Mars, 1896. G. de Montgomery : Evocation. Georges d'Esparbès : Moumouche. Alcanter de Brahm : Art et Critique : De l'influence d'Ibsen sur le théâtre de l'avenir. La préface de Jean Baffier (ouvrier sculpteur) pour le livre de Louis Lumet : Contre ce Temps. Charline : L'Art Mondain. Léo Rouanet : L'Héritage de Miss Puck, Nouvelle. Charles Clerc : Etudes Littéraires : Georges Rodenbach.

Tablettes littéraires. Les Livres.

Illustrations : Monument à Chaplin par Denys Puech. Gravure d'après un original de Péquignot à Naples, 1797.


N° 3, 20 juillet 1896, provisoirement 30, rue Caulaincourt

Charles Ponsonailhe : Nos sculpteurs : Jean Antonin Injalbert ; L'Oeuvre. Antoine Cros : Proses perdues. Charles Clerc : Barcarolle, poésie. Deux Sonnets. G. de Montgomery : L'Impossible, sonnet. Rondels. Danses anciennes ; Passe-Pied ; Menuet. La Tête de la Princesse de Lamballe (autographe). Alcanter de Brahm : L'Ostensoir des ironies : De la Critique. Charline : L'Art Mondain. François Coppée : La Griffe de Lion, nouvelle.

Echos Mondains. Tablettes théâtrales. Les Livres, etc.

Illustrations : Dessin de Georges Cain, pour illustrer le rondel : « La Tête de la Princesse de Lamballe. » Les Blasons littéraires des Félibres, par Félix Régamey.


N° 4, 5 août 1896, provisoirement 30, rue Caulaincourt

Alcanter de Brahm : Art et Critique : Impressions Flamandes. Clovis Hugues : L'Outil, poésie. Paul Redonnel : Les Chansons éternelles, poésies. Pierre Loti : La Chanson des vieux époux, nouvelle. Hippolyte Buffenoir : Une visite à Montbard. Antoine Cros : Contes pour passer le temps : Le Licol de la Bélanie. Charles Clerc : L'Académie des Goncourt.

Les Livres. Tablettes théâtrales. Situation financière.

Illustrations : Le vrai pourtraict du Chasteau de Montbar en Bourgogne au Xve siècle. Dessins d'après des gravures du temps. Croquis de F. Jardin.


N° 5 et 6, 5 septembre 1896, provisoirement 30, rue Caulaincourt

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord. Catulle Mendès : L'Etranger, nouvelle. Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. Alcanter de Brahm : Art et critique : Sensations Belges. Antoine Cros : Le Licol de la Bélanie, conte (suite et fin). Baronne de Baye : Cléopâtre ; Trianon ; le Clavecin ; poésies. Charles Clerc : Chapelet de Danses. Cortès-Gailhard : La Fin du Siècle et l'Art. Paul Redonnel : La Tour d'Ivoire (extrait). Louis Lumet : Gratuite et obligatoire. H. Buffenoir : Causerie sur les livres.

Echos Mondains. Tablettes théâtrales. Situation financière.

Illustrations : Nausicaa, par Abel Boyé. Tête de Pierrot par M. de Lambert.


N° 7, 20 septembre 1896, provisoirement 32 Bld de Clichy. (dépôt général chez Fernand Clerget, éditeur, 17 rue Guénégaud, Paris)

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord : IIe article. Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. - III La Vision du Roi. Alcanter de Brahm : Art et critique : Sensations Belges (suite et fin) Une autre Flandre. Henri Lavedan : Un Homme peureux, nouvelle. Hippolyte Buffenoir : Les cafés s'en vont.

Tablettes théâtrales.


N° 8, 20 octobre 1896, provisoirement 32 Bld de Clichy.

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord : IIIe étude. Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. - IV ; Les Jardin de la Magicienne. Jules Lemaître : Boun, nouvelle. Charles Clerc : Pavane, Rythmes de Danse. J.-Q. Prod'Homme : Contre ce temps (bibliothèque de l'Association, 17, rue Guénégaud), critique. Hippolyte Buffenoir : Surmenage Parisien. D° : Bibliographie. B. de F. : Tablettes théâtrales.


N° 9, 1er janvier 1897. Paraît le 1er de chaque mois. 58 Avenue de Wagram

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord : - IV Suède (suite). Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. - V. Dans la Roseraie. Catulle Mendès : L'Ange Boîteux, nouvelle (Les Oiseaux Bleus, Victor Harvard 1888). Charline : Un livre de Léo Rouanet. Léo Rouanet : Chansons populaires de l'Espagne. Georges de Lys : Petite Bretonne, conte de Noël. Madeleine Lépine : L'âme double, poésie. Alban de Polhès : Le Lai du Trot, poésie. Louis Lumet : Conversation avec Idea. Bifurque. Ch. De Sivry : Un Clavecin. Charles Clerc : L'Angoisse, nouvelle. Jacques Dreux : Notes de voyage. Le Théâtre en extrême-Orient. Riquet : Au Théâtre. Hippolyte Buffenoir : Causerie sur les livres nouveaux. D.F.M. : L'Art et la bicyclette. L'Adultère, Salon du cycle.

Dans la rubrique Au théâtre, cpte rendu d'Ubu Roi comédie guignolesque par Alfred Jarry signé Riquet.


N° 10, février 1897, secrétaire Louis Beer.

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord : - Norvège-Danemark. Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. - La Chanson du Page. Octave Mirbeau : Histoire de chasse (déjà paru dans le Gil Blas 21 septembre1886 et La Vie Populaire 21/10/1887). Baronne de Baye : La Princesse aux yeux pers : La Pavane (poésies). Charles Clerc : Les Larmes ; La Bouquetière (poésies). Jean du Cabé : Madame Rose, nouvelle. Riquet : Au Théâtre. Alcanter de Brahm : Des livres (Sylvie d'Eugène Montfort, Essai sur le Naturisme de Maurice Leblond), Notes sans portée par l'Ouvreuse du Cirque d'été par Djinn. Mezzetin : Notules. Jeanne de Brienne : Modes d'Art.

Illustrations : Puvis de Chavannes : Tête d'étude, d'après une sanguine. Emile Brunet : Sainte Elisabeth de Hongrie (Salon 1896). Croquis de Gorguet.


N° 11, Mars 1897

Charles Ponsonailhe : Les Peintres du Nord : - VI. Finlande. Charline : Exposition des Femmes Peintres et Sculpteurs. Jean Virzel : Le Miroir enchanté, conte dramatique. - VII. Les Sirènes. N. Podolinsky : Erostraste, conte antique. Paul Redonnel : Calinement, sonnet. Edmond Rocher : Le Tocsin, poésie. Baronne de Braye : Dans le Jardin du Roy, rondel. Tanagra, Napoléon vaincu, sonnets. Alcanter de Brahm : L'Ostensoir des ironies : Féminisme et Félinisme - La loi de l'homme

Catulle Mendès : La Brûlure. Hippolyte Buffenoir : Causerie sur les livres nouveaux. Charles Clerc : L'Ami, nouvelle. Riquet : Au Théâtre. Hippolyte Buffenoir : A propos du Devin de village. La Fête de la Revue d'Art à l'Hotel Païva.

Exposition des Beaux-Arts ; les Revues.

Illustrations : Composition d'Edmond Rocher. L'Enfant Prodigue (Salon de la Rose+Croix), tableau de P.-H. Vigoureux. Croquis de Guillaume Régamey.



Alcanter de Brahm dans Livrenblog :
Alcanter de Brahm
La Critique. Une enquête sur le droit à la critique. 1896.
Esthétique de la langue française par Alcanter de Brahm.

Émile Straus par Alcanter de Brahm.
Le Chat Noir dans Le Nouvel Echo, Alcanter de Brahm au Chat Noir.


Bibliographie de revues dans Livrenblog :

Revue L'Image, bibliographie complète et illustrée.
Bibliographie de la revue Le Beffroi (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
Bibliographie illustrée et complète du journal Le Pierrot (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
La revue Palladienne de 1 à 10
.
Les Contemporains A. Le Petit F. Champsaur.
La Revue des Lettres et des Arts 1867-1868.
La revue Matines. 1897-1898.
Le Bambou, Bibliographie illustrée.

Le Carillon. 1893-1894

Le Feu. Marseille. 1905 - 1906.
Les Gerbes. Revue littéraire bimensuelle. 1905 - 1906.
La Rose Rouge, 1919. Cendrars, Salmon, Carco.
La Revue Contemporaine, Lille. 1900 - 1902
La Cité d'Art et L'Art et l'Action. 1898 - 1899.
Le Thyrse. 1897.
L'Idée Moderne 1894-1895.
Le Nouvel Écho 1892-1894.
La Poésie Moderne, 1882.
La Basoche 1884-1886.
La Pléiade. 1886 et 1889.
L'Aube Méridionale 1898-1899.
L'Élan littéraire 1885-1886.
L'Effort Libre, 14 numéros, 1911-1914.


mercredi 9 juin 2010

Affaire Adelsward-Fersen. 14 Juillet 1903. 6e partie.




Affaire Adelswärd-Fersen, 6e partie

14 juillet 1903.

Le Petit Parisien dédramatise l'Affaire. On sait par le journal L'Aurore du 12, qu'un prêtre serait compromis dans cette affaire, le même journal du 13 indique qu'une perquisition chez « le prêtre de la banlieue », n'avait pas donnée de résultat. Le Petit Parisien, va plus loin et s'intéresse à « un certain Abbé qui aurait protégé et encouragé, d'après des racontars peu dignes de foi, les scènes scandaleuses où se complaisaient les deux jeunes gens », et malgré le peu de foi des racontars se rend en banlieue pour rencontrer l'abbé, dont on nous apprend qu'il est aumônier militaire. L'Abbé se défend d'avoir eu connaissance des faits qui sont reproché à Hamelin de Waren, des lettres envoyées par celui-ci ont été saisies chez lui, il en convient, celle-ci n'ont rien à voir avec l'affaire. Hamelin de Waren était malade, et l'abbé dût même lui administrer les derniers sacrements, ami de la famille, l'abbé fut seulement un soutient pour le jeune Waren, dont il dit qu'il « peut-être considérer comme irresponsable ». L'abbé dit n'avoir jamais eut de contact avec Adelsward. Décidément assez clément avec le baron et son ami, pour le journaliste du Petit Parisien, la garçonnière de Jacques d'Adelsward aurait été louée à la suite du retour à la maison de sa soeur, sortie du couvent. C'est pour « sortir de l'ordinaire » que l'aménagement de la garçonnière fut aussi « original ». C'est afin de « mettre en images tout ce qu'il avait lu de ses auteurs favoris », qu'il organisa ces « représentations païennes ». Ce sont les individus « qu'on lui recrutait » qui l'on perdu. Pour finir le Petit Parisien publie un « document qui paraît émaner d'une source intéressée », après avoir rectifié certaines erreurs publiées dans la presse, et donné des informations biographiques sur le baron d'Adelsward, l'auteur de ce document témoigne : « Il ne nous parlait jamais de ses orgies. Mais il ne se cachait point, pour nous raconter certaines fêtes d'un caractère déjà suffisamment regrettable. C'étaient des fumeries d'opium ; comme lui, personnellement détesté l'opium, il se piquait à la morphine. Avant l'ivresse finale, ses amis se réunissaient dans son fumoir, lisant, causant, l'écoutant improviser ses vers, tandis que, au salon, un pianiste jouait des airs graves. » [I]


Le Matin du même jour, sous le titre Le Roman d'un névrosé, reprend les informations du « document » paru dans le Petit Parisien, cite les passages de ses livres qui sont repris dans l'article de Fernand Hauser, dans la Presse du même jour, et en tire la conclusion que le baron est suicidaire. On apprend toute fois dans cet article que Jacques d'Adelsward « avait été présenté à Albert de Waren par le comte de G..., fils d'un ancien consul de France en orient. », on y donne l'adresse du comte et, précision supplémentaire que le comte de G... est à l'heure actuelle au « Val-de-Grâce où il attend le moment de passer devant un conseil de réforme ». Quand au comte de Waren (que le journaliste écrit avec deux R), un ami à lui signale que si l'on a trouvé des photos de lui en costume de matelot, cela s 'explique par le fait qu'il fut élève de l'École de pêche de Marseille, quand au manteau rouge brodé d'or, il s'agirait du manteau de l'un de ses frères, ayant fait son service dans les spahis.

Fernand Hauser dans la Presse du 14 juillet relate les propos d'un ami d'Adelsward :

Dans un salon tendu d'étoffes précieuses et meublé de canapés très bas, et de fauteuils très moelleux, j'ai été reçu ce matin, par un des amis de M. Jacques d'Adelward.
Cet ami fut inquiété par la police, ces jours-ci, et il s'en montre à la fois étonné et fâché.
- J'ignorais, me dit-il, les mœurs bizarres de M. d'Adelsward ; certes, ses cravates, ses allures, avaient un je ne sais quoi de féminin, je supposais que d'Adelsward posait ; pose malsaine certes, pose fâcheuse ; mais il est tant de façons de poser... histoire de se rendre intéressant, de se faire de la réclame !
- Cependant M. d'Adelsward affichait des amitiés douteuses...
- Nous le lui avons parfois reproché ; mais il nous disait qu'il faisait des « études de mœurs ». Et comme il était homme de lettres, nous ne trouvions rien à redire à cela, pour écrire des livres sur certains sujets, ne faut-il pas étudier ces sujets ?
- M. d'Adelsward est allé un peu loin dans ses études.
- Je le crois comme vous, mais ne pensez-vous pas qu'on a exagéré, en le chargeant de toutes sortes de crimes ?
- Il s'en accuse lui-même dans ses livres.
- Vantardises qui ont été prises à tort pour des confessions...
M. d'Adelsward aimait trop les femmes pour que tout ce qu'on lui reproche soit vrai ; qu'il se soit livré à des actes répréhensibles au point de vue de la stricte morale, je le crois ; mais ces actes ne furent pas graves, soyez-en convaincu ; M; d'Adelsward a transporté dans ses vers certaines réminiscences d'orgies païennes ; il a peut-être essayé de reconstituer dans la vie, quelques-unes de ces orgies ; mais est-il allé bien loin ?
Mais cet amour nouveau, qu'il reste virginal.

S'est-il écrié dans un de ses poèmes ; alors ?...
La conversation, maintenant s'égare sur la littérature de M. d'Adelsward, et l'ami de l'auteur de L'Hymnaire d'Adonis me montre un curieux poème dédié à sa fiancé ; et j'en prend copie ; le voici :

A ma Fiancée

Dire que vous viendrez, souriante et gamine
Par un matin d'été, des roses aux cheveux,
Et que sans me parler, d'un geste en mousseline,
Vous garderez mon cœur dans le ciel de vos yeux !

Vous serez enfantine et vous serez charmante,
Et vous serez l'amie que longtemps j'attendis,
Et quand vous paraîtrez au seuil du Paradis,
J'en aurai tant de joie que j'oublierai l'attente.

Je vous dirai je t'aime ainsi qu'on parle à Dieu,
Et vos doigts frôleront mes deux mains en prière,
Je sentirai en moi comme une lumière
Et les anges vermeils nous béniront tous deux.

Enfin je sortirai de mon lointain silence,
Et les mots les plus chers et les mots les plus doux,
Mes larmes de jadis, mes jeunes espérances
Avec mon jeune amour seront à vos genoux.

Et peut-être qu'alors, à m'entendre occupée,
Émue par ces appels, vous oublierez vos jeux
Et qu'ayant pour hochet mon cœur victorieux,
Tu me tendras ta lèvre en cachant ta poupée. [II]


- Voyons, me dit le jeune homme qui vient de me laisser copier ces vers, l'écrivain qui a composé ce poème, peut-il être accusé des crimes dont on charge d'Adelsward ?
Et il ajoute :
- On ne saura jamais combien il y avait de littérature dans le cas d'Adelsward ; songez que mon ami parlait toujours de la mort ; il ne s'est jamais suicidé, cependant ; lisez plutôt ce poème.
Et je lis :

Qu'on me donne des fleurs, des bijoux, des essences
Et puis un grand miroir pour m'y voir mourir,
C'est par ce soir d'amour que je m'en vais partir...
La vie est comme un bal, on sort après les danses !...

Mais je veux, jusqu'au bout, garder mon air vainqueur,
Rêver dans une valse à ton dernier sourire,
Dire de jolis riens en souffrant le martyre,
Revoir les ciels charmants qui blessèrent mon cœur.

Car si je hais les sots, les méchants, les immondes,
Ce n'est pas pour qu'on vienne, à l'instant d'adieu,
Contempler ma misère et les pleurs de mes yeux,
Ce n'est pas pour qu'on raille à mon départ du monde !

Qu'on me donne des fleurs, des bijoux, des essences,
Et puis un grand miroir pour m'y voir mourir ! [III]

L'idée de la mort était, au reste, ancrée dans le cerveau de M. Adelsward. Ce jeune homme dans un de ses livres n'a-t-il pas écrit son testament ? Son ami me tend ce testament étrange ; et je le copie encore :

Testament de M. d'Adelsward

Je désire être enseveli au cimetière du village, sous la terre où mes aïeux ont dormi. Je ne veux pas que l'on vende la petite maison ; je la lègue à l'église pour la convertir en presbytère. Je sais que le logis où habite actuellement le curé est peu spacieux et que le jardin à l'air misérable. Je lui donne donc mes murs blancs et mes roses. Qu'il prie pour moi, pour elle ! Et qu'il pardonne la mort que j'ai hâtée.
Mes souffrances d'enfant sont indignes de sa sainteté de prêtre ; qu'il pardonne sans chercher à savoir...
Je désire être enterré au cimetière du village. Je veux qu'on pose – lorsque tout sera dit – mon corps sur la paille odorante, sur du foin comme celui dont le parfum vient me caresser des meules voisines. Pas de larmes, une prière... Pas de crêpe au bras, un peu de tristesse aux cœur... On mettra sur mes cheveux blonds, des violettes.
Je veux être beaux pour aller au Bon Dieu...
Et puis, on laissera l'herbe pousser, le souvenir s'effacer...
Vous mettrez simplement sur une croix, la date de ma naissance et celle de ma mort ; entre les deux dates : « Il a aimé ». [IV]

L'ami de M. d'Adelsward me montre bien d'autres documents, des lettres douloureuses, des lettres de collège, notamment où l'enfant se plaint du lycée sans hygiène, sans clarté ; au lycée il souffre de la nostalgie du plein air ; il souffre des nuits sans sommeil, des nuits énervantes du dortoir.
- Appeler cela une éducation, quelle hypocrisie !...
M. d'Adelsward, enfant, rêve de paysages où il pourrait s'ébattre librement, courir, chanter, se fatiguer ; et il est enfermé dans le dortoir malsain.
- « Le dortoir... les quatre murs rigides ; le dortoir, qui ressemble à une salle d'hôpital propre, longue, blanche, et la cour, où se promènent en cercle, sans trop oser courir, les élèves, et où ils ne chantent pas, car le chant est défendu... Oh ! La vie laide du lycée, la vie sans tendresse, quand on entre là, le cœur tiède encore des caresses de la famille...
Oh ! La joie quand quelqu'un vient vous voir au parloir... Et les yeux rouges, pour rentrer en classe !... En classe, où l'on est si seul !...
Voilà !... On est venu au monde sans savoir... et déjà l'on vous abandonne, au lycée, tout seul !... - Et il me semble à lire cette lettre que déjà toute l'âme désolée de ce petit enfant se dévoile et annonce le dévoyé d'aujourd'hui... le dévoyé qui en a peut-être moins fait qu'on ne le dit...

Fernand Hauser.

[I] Voir dans Les Cortèges qui sont passés, le poème, Ô morphine apaisante, ô parfum de l'oubli. (Page 109).
[II] Les Cortèges qui sont passés. Ode à la Fiancée (page 114/115)
[III] Les Cortèges qui sont passés. La Belle Mort, Pour A. de Fouquières. (page 151)
[IV] Extraits de Ebauches et débauches, La Légende passionnée, XXXIX (page 59)

Affaire Adelsward-Fersen (1e partie)
Affaire Adelsward-Fersen (2e partie)
Affaire Adelswärd-Fersen (3e partie)
Interview de J.-K. Huysmans. Affaire Adelswärd-Fersen (4e partie)
Affaire Adelswärd-Fersen (5e partie)
Affaire adelswärd-Fersen (7e partie)
Affaire Adelswärd-Fersen (8e partie)
Interview de Jules Bois. Affaire Adelswärd-Fersen (9e partie)
Affaire Adelsward-Fersen (10e partie)
Le Canard Sauvage. Philippe. Jarry. Affaire Adelsward-Fersen (11e partie).
Alfred Jarry, Lucien Jean, Georges Roussel. Affaire Adelsward (12e partie).
Affaire Adelsward-Fersen (13e partie).
Affaire Adelsward-Fersen (14e partie).

lundi 7 juin 2010

G.-Albert AURIER : Œuvres Posthumes. 1893



Nous n'avons eu depuis l'ère nouvelle que deux critiques d'art, Aurier et Fénéon : l'un est mort, l'autre se tait. Quel dommage ! car l'un ou l'autre aurait suffi à mettre au pas une école (la pseudo-symboliste) qui, pour un Maurice Denis et un Filiger, nous donna toute une bande de copistes infidèles ou maladroits !

Remy de Gourmont (Félix Fénéon, le IIe Livre des Masques, 1898).

En Novembre 1892, la rédaction du Mercure de France annonce dans un encadré noir, la mort de son collaborateur, G.-Albert Aurier. Le numéro de décembre sera consacré au critique d'art, poète et romancier, mort à l'âge de 27 ans, un volume de ses œuvres terminées est prévu pour le début de l'année 1893. La note est suivie du poème d'Aurier, Le Pendu. Chose d'Art, la rubrique tenue par Aurier dans le Mercure est signée en ce mois de Novembre par Gourmont, il écrit en tête :

« Presque entièrement rédigée par Albert Aurier, cette rubrique avait acquis une certaine importance : on y trouvait des renseignements que nulle autre revue, même spéciale, n'aurait donnés. Nous ferons de notre mieux pour qu'elle conserve son intérêt de « petite gazette » de l'Art nouveau. Il y avait entre Aurier et moi, une mutuelle confiance qui nous permettait de signer ici indifféremment l'un pour l'autre, selon l'occasion, mais en toutes questions d'art son avis prévalait ; il prévaudra encore : son esthétique reste la nôtre. »

La rubrique Echos divers et Communications est elle aussi consacrée à G.-Albert Aurier, on y trouve la liste des amis qui se rendirent à Chateauroux pour son enterrement, ainsi que quelques lettres de condoléances envoyées à Vallette, Gourmont ou Julien Leclercq.:

« Si un souvenir, plus tard, peut mêler quelque douceur à l'inconsolable chagrin de ses proches, ce sera celui des affections et des sympathies que laisse notre ami Albert Aurier. De cela témoignent la foule d'écrivains et d'artistes qui vinrent à la gare d'Orléans, le jeudi 6 octobre, pour un suprême adieu et le nombre des amis d'enfance et de collège qui, à Chateauroux, l'accompagnèrent jusqu'au caveau de famille où maintenant il repose.

A la gare d'Orléans, des couronnes ont été déposées par MM. Paul Vogler – l'ami avec qui Aurier fit à Marseille ce voyage de retour duquel il s'alita – Remy de Gourmont, le Barc de Boutteville, puis par un groupe d'amis, les Essais d'Art Libre, la rédaction du Mercure de France, etc.

Parmi les personnes présentes, nous avons reconnus MM. Edouard Dubus, Remy de Gourmont, Julien Leclercq, Jules Renard, Albert Samain, Pierre Quillard, Jean Court, Louis Denise, Charles Merki, Alfred Vallette, Mme Rachilde, P.-N. Roinard, Gabriel Randon, Henry de Groux, Paul Vogler, , Vogler père, Ibels, Le Barc de Boutteville, Georges darien, Edmond Girard, Mme B. de Courrière, André Okenski, Henri Darien, Théodore Chèze, le comte Antoine de La Rochefoucault Fournon, angrand, Roger Marx, Jules Huret, Marcel Collière, M. et Mme Léon Deschamps, Mlle Camée, Léon Maillard, Yvanhoé Rambosson, Léon Riotor, Jules Méry, Léon Dorez, Alfred Mortier, Charles-Henry et Paul-Armand Hirsch, Alejandro Sawa, Tardieu, Etienne Decrept, Ch. Garnier, Emile Devaulx, Louis Kolf, Thézard, Lucien Hubert, Mahut, Arthème Salmon, Moreau, Louis Hugues, Gaston Lesaulx, Forichon, Guillemain, Déguéret, Duchemein, M. et Mme Chernovis, M. et Mme Hautecoeur, Mmmes de Vaux, Jacques de Vaux, Andrhé et Paul Bouché, Vacher, Gustave Moulinet, Richard, Georges et Maurice Pinault, Crespin, Gourin, Clapon, Tissier, Babou, J. des Gachons, Lefebvre.

Nous avons reçu de nombreuses lettres attristées, dont plusieurs de personnes qui ne connaissaient notre ami que par ses publications. Celles que nous insérons ci-dessous émanent d'amitiés plus particulières :

« Mon cher Vallette,

« Dans le train qui marche, le Gil Blas m'apprend l'horrible nouvelle de la mort de notre doux et cher Aurier. Je ne connais pas les siens, mais à vous, notre rédacteur en chef, je tiens à dire – car mon cœur a besoin de le dire à tous en le disant à vous – que je pleure amèrement l'ami perdu.

« Saint-Pol-Roux »


« Mon cher ami,

Je viens, par un faire-part d'apprendre la mort de ce pauvre Aurier, 27 ans ! Et tant de talent, et tant d'avenir ! Est-ce possible ? Mais comment est-il mort ? De quoi ? Il paraissait si fort, si plein de santé !

Je ne connais personne de sa famille. Je ne connais guère que vous, de ses amis. C'est à vous, mon cher Gourmont, que je dis toute ma tristesse. Ici, dans ma solitude, je me fais un monde idéal de jeunes amis. Je leur parle souvent ; ils sont avec moi un peu partout où je suis. Aurier était de ceux-là. Et quoique je ne l'aie entrevu qu'une fois, dans l'ombre d'un théâtre, il m'était devenu cher.

« Il n'y a donc que des deuils dans la vie !

« Je vous embrasse tendrement.

« Octave Mirbeau »


« Mon cher Leclercq,

« Aurier ! Vous disiez : Aurier, comme je dis : Carrière.

« Vous devez avoir beaucoup de peine.

« Seulement à 7 heures, hier soir, on m'a remis la lettre. Quel regret !

« Je vous serre la main,

« Jean Dolent »


« Cher Monsieur Vallette,

« Je n'ai pu me joindre à vous deux et aux vôtres au convoi de votre si précieux ami et collaborateur G.-Albert Aurier.

« Prévenu trop tard, j'ai eu la tristesse de ne pouvoir donner cette dernière preuve de sympathie affectueuse à la belle intelligence que fut notre ami.

« Excusez-moi, cher monsieur, auprès de vos amis, et croyez que je prends grande part à votre chagrin, ayant conscience des belles qualités dont la mort, en prenant Albert Aurier, nous a privés.

« Croyez-moi de coeur avec vous dans une profonde émotion.

« Eugène Carrière »


« Georges Lecomte associe ses très vifs regrets à ceux que laisse à tous ses amis du Mercure la mort de ce pauvre grand Aurier, et vous prie d'agréer, mon cher Monsieur Vallette, l'expression de ses sentiments attristés et de sa sympathie bien dévouée. »

« Georges Lecomte »


« Mon cher Vallette,

« J'apprends à ce moment la douloureuse nouvelle. Je regrette bien profondément de n'avoir pu me joindre aux amis qui ont un dernier adieu à celui qui venait de disparaître. Je n'étais pas prévenu.

« Mille regrets de votre tout sincère,

« Ch. Wiest. »

Je passe l'extrait du Journal du Département de l'Indre qui relate la cérémonie de l'enterrement et donne le discours d' Albert Tissier.

Le numéro de décembre 1892 du Mercure de France, contient des Notes sur G-Albert Aurier de son ami Remy de Gourmont. Un Portrait en buste et un portrait en pied de G.-Albert Aurier d'après photographies. Suivent quelques œuvres d'Aurier : Préface pour un Livre de Critique d'Art, Le Don de Joie par le Mystère, Les Captives (sonnet autographe), Pierrot Poète, Aveline. L'article, Le Livret de L'Imagier (IV), signé L'Imagier est accompagné d'un croquis de G.-Albert Aurier d'après Fra Angelico.


Le numéro d'avril 1893, annonce dans Echos Divers et Communications, la fin de la souscription pour le volume des Œuvres Posthumes d'Aurier :

« Œuvres Posthumes de G.-Albert Aurier – La souscription est close depuis le 20 mars. Nous récapitulons ci-dessous, comme nous avons fait pour le Latin Mystique, les souscriptions que nous avons reçues. Le volume ne paraîtra pas d'ailleurs avant la fin d'avril – au plus tôt. Nous prions les souscripteurs qui changeraient de résidence de vouloir bien nous en aviser.

Exemplaires Japon (à 40 fr.) : MM. Octave Mirbeau, A. Landry, Alexis Joyaux, Monnereau, Mme Minna Schrader-de Nyzot.

Exemplaire Hollande (à 20 fr.) : MM. François Alicot, Hugo Vogel, Remy de Gourmont, Alfred Vallette, Julien Leclercq, Pierre Quillard, Paul Vogler, Roger Marx, A.-Ferdinand Herold, Jules Renard, François Coulon, Jacques Robert, Louis de Saint-Jacques, Gaston Danville, Auguste Valade, Birlé, Louis Pilate de Brinn' Gaubast, Mlle de Swart, Jules Chavarasse, Willem Witsen, J.-H. Toole, Edouard Rosell.

Exemplaire papier teinté (à 10 fr.) : MM. Jean Dolent, Maurice Chassang, P.-N. Roinard, Henry de Groux, A. Salmon, Emile Devaulx, Gaston Lesaulx, Laurent Tailhade, Raoul Minhar, Lucien Hubert, Guerlet, Louis Dumur, Albert Samain, Charles Friedlander, Pierre Giat, Georges Mahut, Mme Jeanne Jacquemin, Jules Méry, Henry Leyret, Louis Rouart, Eugène Rouart, Saint-Pol-Roux, Joseph Fradet, Alfred Rousset, Charles Sluyts, Walter Nouvel, Albert Tissier, Armand Seguin, Bibliothèque de Châteauroux, André Okenski, Henri Degron, Auguste Delague, Mogens Balin, A. Diepenbrock, Gaulon, A. Bonger, Wilson, Albert Dautel, Marius Boutinon, André Jolles, Jhô Pâle, J.-F. Raffaëlli, Antonin Bunand, Remi Pamart, Henri de Régnier, W.J.H. Leuring, H.C. Smuling.

La rubrique Livres du mois d'août 1893, donne le détail de ces Œuvres posthumes :

I. Ailleurs, roman ; II. Les Poèmes ; III. Les Affranchis, études et critiques d'art ; IV. Mélanges, théâtre, nouvelles, fantaisies. - Notice de Remy de Gourmont. Portrait à l'eau-forte par A.-M. Lauzet. Lithographies (dans les exemplaires de luxe) d'Eugène Carrière et Henry de Groux ; Dessins et Croquis de G.-Albert Aurier, Vincent Van Gogh, Paul Sérusier, Emile Bernard, Jeanne Jacquemin, Paul Vogler.

Justification de tirage :

10 ex. sur Japon impérial, contenant, hors-texte, le portrait à l'eau-forte de G.-Albert Aurier, en triple exemplaire (Hollande, Japon, Chine), et deux lithographies, chacune en triple exemplaire également.

40 ex. sur Hollande, contenant, hors-texte, un exemplaire du portrait de G.-Albert Aurier et de chaque lithographie.

209 ex. sur Papier teinté, contenant, hors texte, un exemplaire du portrait de G.-Albert Aurier.

La moitié des exemplaires sur Japon et sur Hollande, et 47 exemplaires sur papier teinté, étaient donc souscris, dès le 20 mars.

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Sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont : Aurier vu par Gourmont. Portraits du Prochain Siècle : Aurier par Julien Leclercq. Les Dieux méchants de R. de Gourmont (extraits).

G.-Albert Aurier sur le blog La Porte Ouverte : Le Sarcophage Vif. La Larve. Portrait d'Aurier par Gourmont dans le IIe Livre des Masques. Prose sans titre I.

Voir illustrations sur Le Blog de l'Ombre.

vendredi 4 juin 2010

HASCHISCH par CHARLES GROLLEAU.


HASCHISCH


Tout corps est en perpétuelle émanation de sa propre substance.

Swedenborg.

Certains jours, je le prends tel qu'il me vient d'Egypte, noirâtre et d'une amertume atroce, parce qu'il me semble utile d'éprouver quelque souffrance, relent qui donne aux voluptés une saveur plus profonde.
D'ailleurs l'amertume n'est rien, et les douleurs parfois vous attendent au seuil du Palais des Chimères à faire reculer le plus vaillant... le cœur bat à se rompre, les extrémités se refroidissent, une traînée de feu parcourt les fils enchevêtrés des nerfs !.. Mais bientôt c'est la paix, et le haschischin goûte les joies de la vie animale, s'exaltant pour lui dans les profondeurs de la vision.
Ce qui ne peut être noté, c'est la sensation de vivre à la fois dans le passé et dans le présent, l'extatique perception de choses séculaires, d'actes et de pensées qui dormaient enfouis (depuis toujours) et qui s'éveillent, créations exquises ou terribles, subitement ranimées.

Un charme s'est rompu et l'Inexprimable dont le mystère nous poignait jusqu'à l'angoisse se révèle à nous et se transfigure sur un Thabor insoupçonné.

Le décor, les miroirs, les parfums, les lumières, ce que Gautier nomme « le canevas du rêve » ne sont pas à mon sens indispensables, du moins pour les expériences que j'ai voulu tenter.

Quand la fête spirituelle commence, même dans la rue la plus odieuse, les gestes des passants s'amollissent, tout en restant précis, sans halo de rêve, les bruits sont ouatés, la corne d'un tramway n'est plus qu'une musique lointaine le poids du corps diminue on se sent porté, comme soulevé de terre et la marche est une joie, presque un vol.

Je me souviens d'une course à travers un des plus lamentables coins de Paris, sur le boulevard de la Villette, au bras d'un ami. Tout-à-coup, le boulevard s'élargit, devient immense, les passants ne sont plus, les cris s'éteignent, et c'est un Versailles inouï, d'une splendeur indicible. De fastueuses allées s'allongent, droites, en marche vers un horizon si lointain qu'il me vient à la pensée - confusion étrange de l'espace et du temps - que nous serons tous deux des vieillards quand nous aurons pu l'atteindre. Du reste, il y a longtemps que nous marchons, oh sans fatigue, si longtemps que nos paroles déjà sont très anciennes, fleurent le musc vieilli et la poudre à la maréchale, qu'elles ne sont plus, même ! et que nous nous taisons, ne troublant le majestueux silence que de brèves et bégayantes paroles, de moribonds murmures, rappel de défuntes histoires.

La mémoire est maintenant la vie présente...

Et toujours ce corps qui devient léger, plus léger...

Ah flotter dans l'air calme, être la fumée qui plane, colorée à peine, d'une pipe... une pipe hollandaise... je vois un vieux de Van Ostade qui fume, j'entoure son bonnet de laine, j'ai la sensation d'effleurer sa tête grise, et son bonnet sa lève... Voici son cerveau qui devient l'ouverture d'une magique lanterne il pense au fils qui revient de la pêche vers un port aux flots très calmes le soleil couchant l'inonde de feux rouges, voici les barques qui rentrent, les voiles gonflées à peine, comme de grands oiseaux fatigués.

Mais vraiment je deviens trop impondérable une buée subtile m'entoure et je voudrais m'arrêter pour jouir de cette dissolution de ma substance pesante. Je me souviens de rêves mystiques ces vapeurs sont des harmonies, ce sont des parfums qui chantent, les âmes de millions de fleurs dont s'ensemence l'air autour de moi, et ces âmes sont de petites harpes éoliennes, doucement agitées par l'haleine d'un Sylphe que j'eus pour ami, autrefois.

S'asseoir !

Comme il y a longtemps que je marche Je ne suis point lassé, mais où est donc mon logis ?
Ai-je un logis ?

Quelle pacifique journée ! Sans doute, j'ai quitté ce matin une auberge nichée dans un site de roman. L'horloge, dans un coffre de chêne, avait arrêté ses battements l'hôtesse était très vieille et bonne, belle encore sous sa coiffe blanche, et je suis parti sans avoir mangé.

Je suis d'un pays mystérieux où l'on ne mange jamais.

Une voix douce intervient, celle de l'ami : il faut un gîte hospitalier, quelque divan où s'étendre, et comme l'atelier de W... est proche, c'est là que nous montons.

Bien vite mis au courant, d'ailleurs édifié de suite par mon visage empreint de béatitude et mes yeux noyés d'extase, le bon peintre a tôt fait de m'arranger un ou deux coussins et, retournant à ses toiles, me laisse à mon ivresse.

L'heure sonne de la séparation entre le monde extérieur et mon cerveau. Peu à peu, les êtres et les choses d'abord très distincts et qui se dessinaient encore dans leurs réelles proportions, perdent leur aspect particulier et leur habituelle physionomie. Un fluide inconnu sourd des tentures, des vases, des tableaux et des meubles, et ma sensitivité, déjà libérée des chaînes corporelles, perçoit leur langage intime.

Leur propre substance m'apparaît mêlée à la mienne et s'appariant aux facultés spéciales, développées par moi dans la vie réputée seule réelle.

Epris de rythmes et d'harmonies, la sonorité plus particulièrement me frappe, et le moindre bruit évoque un monde.

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Puis tout s'embrume c'est le sommeil et ses ténèbres où de magiques doigts vont broder des songes...

Combien de cycles planétaires ? Combien d'humanités faudra-t-il user pour faire apparaître sur ce plan vital où nous respirons, l'Etre impossible et chimérique dont le vague profil subitement éclaire l'écran de ma nuit ?

C'est la grâce et la force tout ensemble ses regards reflètent des siècles de pensée, et ses yeux ont l'humide clarté des yeux des petits enfants.

Est-ce un ange des Cieux que vit Swedenborg

Il n'est pas nu, ce n'est point un Céleste.

Ses vêtements sont d'une richesse barbare, sur sa tunique courent des broderies de métal clair, tout un poème d'arabesques. ·

Mais il fait un geste, ses mains en s'agitant agitent mon cœur de vibrations presque douloureuses et je sens remonter à mes lèvres, mêlée au miel du désir des caresses, l'amertume de mille regrets que je croyais évanouis.

Le baiser que je rêve doit avoir l'odeur des fleurs après l'orage, la saveur des fruits mûrs, la douceur du premier amour.

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Douleur sans nom, la Nuit s'abat sur nous, non pas la nuit, mais un linceul plus grand que le ciel, plus lourd que le monde, se collant au visage, au corps, et je me sens entraîné par un troupeau d'âmes en peine, courant affolées sous l'ensevelissement noir, se heurtant, se déchirant dans l'ombre opaque avec des cris étouffés, la bouche ouverte par des hurlements qu'on n'entend pas.
Mais le voile diminue d'ampleur, devient moins lourd une vapeur d'abord très épaisse, puis légère. c'est maintenant un désert de cendres grises, seulement éclairé des derniers rayons obliques d'un soleil mort.

L'immense horizon avant de disparaître, semble s'élargir. Une tristesse infinie tombe du ciel, partout autour de moi c'est le même spectacle de cendres, une plaine rase, sans ondulations, comme une mer très calme.

Alors un point noir apparaît, très loin ce point grossi, devient une tache, s'élargit et s'approche c'est une caravane. A pas lents, des chameaux porteurs précèdent une troupe bigarrée d'esclaves vêtus d'étincelants costumes, et bientôt accrue de mille et mille personnages héroïques, graves, terribles et bouffons. La foule devient immense.

Je marche avec eux, noyé dans ces flots humains.

Leur espoir de conquêtes, leur désir enflammé d'Eldorados gonfle aussi ma poitrine d'un invincible amour pour de lointaines chimères, et je me sens vivre d'une vie intense et multiforme.
Mais ces pensées lumineuses, magiquement formulées, devenues les maîtresses impérieuses et douces de ma vie, bientôt s'unissent, se mêlent et se confondent. Je sens l'approche d'un inconnu merveilleux... la foule se dissipe... le paysage s'anoblit... un bruit de traîne, de sonnettes d'argent : c'est une Fée.

Sur son front palpite une étoile vivante dont les feux disent en miroitant sa pensée, car elle ne parle jamais.

Elle s'est incarnée bien des fois !

Sa beauté résume toutes les beautés.

Elle fut Hélène. Pour ses cheveux dorés, tordus sur sa nuque blanche, des peuples se sont massacrés.

Elle fut Cléopâtre et je vois mourir des esclaves dans les convulsions furieuses des empoisonnements.

Mais elle fut aussi la reine de Scheba, et je pleure d'être Gérard de Nerval et de me souvenir.

Ses yeux tremblent sous mes baisers comme les petites têtes effarouchées des oiseaux que tout enfant je baisais en les retenant dans mes mains craintives. Un fluide secret s'échappe de son corps et prend toute ma vie pour la faire sienne son cœur et le mien palpitent ensemble et je respire par sa bouche.

Mais elle frissonne. L'étoile s'éteint, ses yeux se ferment, ses mains crispées me font courber la tête, plus bas que la rose d'ombre ornant son ventre d'idole elle m'a terrassé.

Des sonneries lointaines parlent d'un départ et c'est une affreuse vieille qui se couche sur moi, et qui m'étouffe, lourde infiniment comme une pierre tombale.

Mes efforts pour l'éloigner l'incrustent sur ma poitrine et, tandis qu'elle grandit démesurément, je deviens si petit, ramassé sur moi-même par un effroi sans nom, qu'elle se relève pour me chercher, me saisit et, comme un caillou, me lance dans l'espace.

Je ne suis pas tombé, je plane sur une ville gothique aux toits pointus. D'immenses forêts lui font une ceinture verte, et paresseusement, un fleuve moiré de soleil, sur lequel des barques vont et viennent, coule entre les quais bordés d'édifices.

Des oiseaux blancs me frôlent de leurs ailes, des hirondelles se croisent en sifflant et je veux les suivre. Elles vont se percher sur les pierres dentelées d'une énorme cathédrale et je m'accroche auprès d'elles, au mufle grimaçant d'une gargouille...

Ah ! je ne suis plus ailé, je suis trop haut.

La gargouille est ouatée de mousses, zébrée de lézardes...

Je vais tomber, là sur le pavé blanc, où les passants semblent des fourmis à peine, et l'angoisse est si forte, que la scène change.

Horrible vertige multiplié ! Un insondable ciel m'aspire, l'horizon m'écartèle, l'abîme d'en bas est sous mes pieds, qui gronde, un abîme sans limites possibles. Mon cerveau s'épuise à chercher des bornes à toutes ces choses. « Il n'y en a pas ! » me crie une voix et l'Infini m'est révélé dans une inoubliable seconde, tournoiement spiralique de tonnerres et de clartés.

La souffrance est trop forte, je touche terre, mes yeux s'ouvrent. Voici l'atelier paisible et W. qui peint en chantant.

Mais pourquoi ce poêle près de lui, ricane-t-il en me regardant avec ses yeux qui brûlent? Pourquoi W. me regarde-t-il aussi ? Il vient, il tient une brosse, il a beaucoup de vert sur sa palette, il veut me peindre en vert. Je dois figurer dans son tableau, sur le coin d'une console, je serai un Bouddha de bronze antique... il a disparu ! Je suis ce Bouddha qui rêve, dans sa pose éternelle, les mains ouvertes sur les genoux.

Je suis une chose.

Alors, pris de confiance, les meubles me font d'étranges confidences, des pinceaux s'agitent, des tabourets viennent en titubant vers moi. Un chevalet danse au milieu de l'atelier, sous la pluie d'atomes lumineux qui tombent d'une lucarne.

De vieux livres, dans un casier, s'ouvrent avec un bruit de feuilles sèches et me chuchotent leurs secrets, les secrets qu'ils ne disent point aux hommes.

Je me sens devenir tout pareil aux ermites de Dürer.

Les choses autour de moi sont des pensées en forme la vie inconnue de la pierre, du bois et du métal s'infuse dans mon cerveau et je tends comme un miroir mon âme intérieure où tout se réfracte en mille couleurs prismatiques.

Dans un coin, l'ombre amassée semble séculaire.

Elle guette les meubles proches. Plus clémente que la lumière, elle adoucit les contours et les angles, laisse tomber un voile de grâce triste qui s'enfle et palpite sous un souffle inconnu, et bientôt, heureux évadé des geôles de l'Analyse, je sens ce voile qui m'emmaillotte pour le grand sommeil de la nuit profonde.


CHARLES GROLLEAU.


Matines, N° 5, février-mars 1898.


jeudi 3 juin 2010

La revue Matines. 1897 - 1898. Sommaires



MATINES. Revue mensuelle de Littérature, d'Art et de Sociologie. 42 rue Fontaine Saint-George, Paris. Paraît le 16 de chaque mois, puis le 20. Se trouve chez Vanier, éditeur, 19, Quai Saint-Michel.

Rédacteur en chef : Serge Basset. À partir du numéro 3 : Secrétaire de la Rédaction : Louis Didier. A partir du numéro 4 : Directeur : Serge Basset. Rédacteur en Chef : Maurice Hodent. Secrétaire de Rédaction : Louis Baulard.

Octobre 1897 – Août 1898


N° 1 Octobre 1897

***** Ce que nous voulons

Serge Basset : Le Beau plaisir d'amour (1ère partie)

Papus : Opignons (sic) : L'occulte et la Littérature

Ch. Grolleau : William Blake

Paul Sédir : Lettres à une courtisane

Louis Lumet : Chronique des Livres : De la Littérature...

Ch. Max : Chronique dramatique : Le Théâtre civique

J.-C. Prod'homme : Chronique musicale

Edmond Pilon : Poèmes

Serge Basset : Pierrot se range !... (pantomime)


N° 2, Novembre 1897

Serge Basset : Le Beau plaisir d'amour (Suite)

Ch. Malato : Opinions : Humanité et Devenir

Paul Sédir : Le mal de notre temps

Léon Frapié : Croquis Aimables : Le Fils Naturel

Frédéric Goldon : Actualités : M. Victor Charbonnel

Yvanhoé Rambosson : Poëmes

Paul Sédir : Lettres à une Courtisane

Maurice Hodent : Chronique des Livres

Serge Basset : Chronique Dramatique

J.-C. Prod'homme : Chronique Musicale.

Revue des Revues, par Paul Poirier

Livres reçus à la Revue, par Renée


N° 3, Décembre 1897

Sorgue : Enquête sur le mouvement social en Belgique (1re Partie)

Serge Basset : Le Beau plaisir d'amour (Suite)

Paul Gabillard : L'Or (Drame)

Louise France : Au Paradis

Serge Basset : Actualités : L'affaire Dreyfus

Th. Botrel : Poèmes

Maurice Hodent : L'Education sentimentale par le roman

Paul Brenet : Expositions et Ateliers

P. Dubois-Chabert : Chronique Dramatique

J.-C. Prod'homme : Chronique Musicale

Livres reçus à la Revue, par Louis Didier

Périodiques et Quotidiens, par Paul Poirier


N° 4, Janvier 1898

Sédir : Stanislas de Guaïta

Louise France : Xandrine

Henry Bérenger : Fragment sur la Mémoire et sur la Mort

Sorgue : L'Oeuvre internationaliste

Serge Basset : Le Devoir civique

Gabillard : L'Or (Suite)

Un Curieux : L'Esprit Dauphinois

Basset et Hodent : Actualités : La meilleure Oeuvre de Zola

Louis Didier : Poèmes

Maurice Hodent : Les Ecrivains et la Foule

Pierre-Jean : Chronique dramatique

Livres reçus à la Revue, par Louis Didier


N° 5, Février-Mars 1898

La Rédaction : Pour nos Abonnés

Maurice Hodent : Lettres à un Moscovite

Maurice Rollinat : Poème

Emmanuel Hache : Poème

Sédir : Le Pater

Charles Grolleau : Haschisch

Gaston Dechartre : Poèmes

Serge Basset : Le Beau plaisir d'amour (Suite)

Serge Basset : Actualités

L. Bonnet : Les Elections de 1898

Un Curieux : L'Esprit Dauphinois (Suite et Fin)

Maurice Hodent : Mouvement Littéraire - Livres reçus à la Revue.


N°6, Avril 1898

Manuel Devaldès : Enquête sur l'Individualisme

Xavier Privas : (2 Chansons)

Serge Basset : Le Beau plaisir d'amour (roman)

Maurice Hodent : Lettre à un Moscovite

Marguerite Claudin : Prabodha Chandrodaya (Adaptation)

Edouard Neuburger : La Neige

Jacques Bahar : La Pelisse

Soubeyre : La simplicité de Candaule

Sabrus : Les Incantations de Sédir

Louis Despons : Le Désastre de Paul et Victor Margueritte

Maurice Hodent : Mouvement Littéraire


N° 7, Mai 1898

Avis [S.G. Explique pourquoi l'Enquête sur l'Individualisme, commencée par Manuel Devaldès, dans Matines, s'est arrêtée. Cette consultation commencée dans le Libre de Natal Humbert, continuait dans cette publication alors que Devaldès, fâché venait la proposer aux Matines]

Maurice Hodent : Le Bon Publiciste [Hugues Le Roux]

Pierre Charmois : Poème : Psyché

Serge Basset : La Vie douloureuse

Louis Bonnet : La France et les Puissances

E. Soubeyre : Choses d'Art : Exposition Georges Godin

Armand Ephraïm et Jean La Rode : L'Incendie de Rome [Bonnes feuilles]

Serge Basset : L'Incendie de Rome

Soubeyre : La simplicité de Candaule (Suite)

Marguerite Claudin : Prabodha Chandrodaya (A suivre)

Maurice Hodent : Revue bibliographique


N° 8, Juin 1898

Avis [Lettre de Manuel Devaldès sur son enquête sur l'Individualisme]

Maurice Hodent : Lettres à un Moscovite (Lettre III)

Louis Baulard : Poème : A l'Oubli ée !

Au Poste !

Marguerite Claudin : Prabodha Chandrodaya (Suite)

Emmanuel Hache : Poèmes

Paul Sédir : La Création, Théories ésotériques

Serge Basset : Actualités : Autour du Balzac de Rodin

Manuel Devaldès : Reine de Joie

Maurice La Rivière : Le Mouvement Dramatique dans la saison 1897-98


N° 9, Juillet-Août 1898

Louis Baulard : Rimes de tristesses

Marguerite Claudin : La Fête des Félibres

Charles Grolleau : Le Réduit (Poëme)

Maurice Hodent : Lettre à un Moscovite (Lettre IV)

Serge Basset : L'Eternelle Histoire

Paul Laur : La Muse et le Poète

Sédir : La Création (Suite)

Eugène Soubeyre : Echo et Narcisse

Emmanuel Hache : Jean Bach-Sisley

Serge Basset : Actualité : Un livre de Louis Lumet.

Avis de S.B.


Je reviendrais sur Matines et son directeur Serge Basset, prochainement.

Revue L'Image, bibliographie complète et illustrée.
Bibliographie de la revue Le Beffroi (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
Bibliographie illustrée et complète du journal Le Pierrot (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
La revue Palladienne de 1 à 10
.
Les Contemporains A. Le Petit F. Champsaur.
La Revue des Lettres et des Arts 1867-1868.
La revue Matines. 1897-1898.
Le Bambou, Bibliographie illustrée.

Le Carillon.
1893-1894
La Revue d'Art. 1896-1897.
Les Gerbes. Revue littéraire bimensuelle. 1905 - 1906.
Le Feu, Marseille, 1905-1906.

La Rose Rouge, 1919. Cendrars, Salmon, Carco
La Revue Contemporaine, Lille. 1900 - 1902
Le Thyrse. 1897.
La Cité d'Art et L'Art et l'Action. 1898 - 1899.
L'Idée Moderne. 1894-1895
Le Nouvel Écho 1892-1894.
La Poésie Moderne, 1882
La Basoche 1884-1886
La Pléiade. 1886 et 1889.

L'Aube Méridionale 1898-1899.
L'Élan littéraire 1885-1886.
L'Effort Libre, 14 numéros, 1911-1914.

mardi 1 juin 2010

Bernard LAZARE Ephraïm MIKHAEL. La Fiancé de Corinthe



Le premier volume signé par Bernard Lazare, cette "Légende dramatique" est écrite en collaboration avec Ephraïm Mikhael, son ami Toulousain.

La Fiancé de Corinthe. Légende dramatique en trois actes. Paris, Camille Dalou, 1888, 16,5 x 25,5 cm, 56 pp. Dédié à Catulle Mendès.




Bernard Lazare sur Livrenblog : Péladan par Bernard Lazare, Albert Fleury, Léon Bloy

Ephraïm Mikhael sur Livrenblog : Les Décadents par Ephraïm Mikhaël.

Sur la grande figure de Bernard Lazare, lire :

Philippe Oriol : Bernard Lazare. Stock, Biographie, 2003, 458 pp.

J.-D. Bredin : Bernard Lazare, de l'anarchiste au prophète, Paris, Éditions de Fallois, 1992, rééd. Le Livre de poche, 1994.

Nelly Wilson : Bernard Lazare, Paris, Éditions Albin Michel, 1985.

Lazare (Bernard) : Lettres à Jean Grave. Paris : Éditions du Fourneau, 1991, Collection noire n° 6, 40 pages, format 13 X 19 cm.

Ephraïm Mikhael :

Œuvres complètes : aux origines du symbolisme, éd. Denise Galpérin et Monique Jutrin, Lausanne : L’âge d’homme, 1995-2001, 2 vol.