vendredi 27 novembre 2009

Troisième apparition de la revue Amer




Sommaire :

Idées

Je vous salue de tout cœur, par Elisée Reclus

Intervention

Fibrillation littéraire, par Ian Geay
Félix Fénéon, dans le Roman d’un singe, par Bruno Leclercq
Paul Adam, « anarchiste », par Bruno Leclercq
Le sort de Camille, par Eric Dussert
Le Sexe du cœur, par Anne Berger

Poème

Ballade de la peine, Charles Péguy

Nouvelles

La maladie de cœur, par Princesse Sapho
Les laborieux, par Han Ryner
La littérature des assassins, par Maurice Beaubourg
Espèce d’ordure, par Lolita M’Gouni

Port folio

A cœur ouvert

Entretien

Les Briseurs de formules, avec Caroline Granier
Le Cœur flamboyant, avec Claude Louis-Combet
Cœur de Bouddha, avec Taï Luc
Le tableau de Paris, avec Sao Maï

Correspondance

A cœur perdu, lettres de guerre

Actualités

La revue des revues
Lectures
Chapardage
Electrocardiogramme
Maisons amies
Sur la toile
Dernière minute


Pour commander la revue Amer : Chèque à l'ordre des Âmes d'Atala, 5 €. A commander à l'adresse postale suivante : Amer, porte cochère bleue, 82 rue Colbert, 59000 Lille.

Les Âmes d'Atala.

Le numéro 6 de SCRIPSI. Remy de GOURMONT : Une Ville ressuscitée




Christian Buat maître entoileur du site des Amateurs de Remy de Gourmont a eu la bonne idée de consacrer le numéro 6 de SCRIPSI, le bulletin papier du site, à la réédition en fac-similé d'une Ville ressuscitée, l'un des neufs volumes pour la jeunesse écris par Gourmont et publiés entre 1882 et 1893.

Gourmont « attaché à la Bibilothèque nationale » et dont le E de Remy s'ornait encore de son accent, consacra trois volumes à Pompéi : Un volcan en éruption (1882), cette Ville ressuscitée (1882) aujourd'hui rééditée, et les Derniers jours de Pompéi (1884).

C'est à une excursion dans une Pompéi reconstituée que nous convie Gourmont dans ce petit ouvrage au style alerte, rempli d'anecdotes et de détails sur la vie quotidienne. Gourmont nous entraîne dans une visite guidée. Du forum à la Basilique, des boutiques au marché, déambulant dans les rues, il nous montre les affiches « où s'étalent les mêmes mensonges que les nôtres », il nous convie aux combats de gladiateurs avec « quinze ou vingt mille spectateurs » et à la table des Pompéiens, où l'on ne sert pas moins de « vingt quatre plats différents ». On entrent aux thermes, visitons les prisons et les casernes, lisons les journaux, découvrons au passage les origines de Polichinelle. Notre guide n'oublie rien des trouvailles archéologiques nous montrant même le cabinet d'un homme de lettre et les librairies qui « Comme certaines librairies de Paris, [...] étaient le rendez-vous des poètes, des littérateurs, des rhéteurs, des philosophes. » Gourmont, dans ce volume comme dans tout ceux de ses ouvrages consacrés à la jeunesse, fait preuve de véritables dons de vulgarisateur et de pédagogue.

Les ouvrages pour la jeunesse de Rémy de Gourmont :

Un Volcan en éruption. Une ville ressuscitée. Tempêtes et naufrages. Bertrand du Guesclin. Les Derniers jours de Pompéi. En Ballon. Les Français au Canada et en Acadie. Chez les Lapons, mœurs, coutumes et légendes de la Laponie norvégienne. Les Canadiens de France.

Présentation et commande sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont.

Scripsi sur Livrenblog : Gourmont. Nigond. W. C. Morrow. et les autres (Bulletin N°0) Scripsi n° 1 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont Scripsi n° 2 Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont SCRIPSI N° 3 se présente Scripsi N° 4-5. Remy de Gourmont : Dialogues oubliés. 71, rue des Saint-Pères. L'Anglais des imbéciles.

Mes souvenirs sur OSCAR WILDE par Jean JOSEPH RENAUD


Après Ernest La Jeunesse et son Oscar Wilde à Paris, après La Pièce qui n'a pas cours, l'un des contes parlés d'Oscar Wilde, recueillis et rédigés par Guillot de Saix, une coupure de presse dont j'ignore l'origine (circa 1935/36), me permet de donner les Souvenirs sur Oscar Wilde de Jean Joseph Renaud qui fit parti lui aussi des "amis" parisiens de l'auteur de Salomé.

Jean Joseph Renaud est l'auteur de la traduction et de la préface d'Intentions (P.V. Stock, Bibliothèque cosmopolite, 1905), préface dont il se servira pour certains passages de l'article ci-dessous. Mais Renaud ou Joseph-Renaud, ne fut pas seulement le traducteur et ami de Wilde, et pour en savoir plus sur ce fameux bretteur, boxeur, judoka, écrivain et cinéaste, il faut lire la notice que lui consacre Gille Picq sur son site consacré à Laurent Tailhade, et l'article du même, intitulé Jean Joseph-Renaud à la rescousse d'Octave Mirbeau.


Mes Souvenirs sur Oscar Wilde
Par Jean Joseph Renaud


William Morris disait : Avoir vécu en Angleterre au XIXe siècle et ne pas avoir entendu Oscar Wilde parler, c'est comme avoir existé en Grèce au temps de Périclès et ne pas avoir vu le Parthénon »
Les pages les plus brillantes d'Oscar Wilde ne sont qu'un lointain reflet de sa parole. Même le « Portrait de Dorian Gray », même « Intentions », même « Salomé » ne valent pas sa conversation. Pareil don a son tragique revers ; un maître du langage ne se survit pas. Quand tous ceux qui l'ont entendu seront au champ du repos, il ne demeurera plus dans la mémoire humaine que comme une silhouette indécise.
Des écrivains français qui eurent la joie magnifique d'entendre Oscar Wilde, je suis le seul survivant. Ma famille connaissait celle de sa femme. Aussi, tout jeune lycéen, j'ai été plusieurs fois « chez les Wilde », avec mon père, 19, Tite Street, Londres. Je revois ce cabinet de travail aux blanches boiseries où présidait l'Hermès de Praxitèle. Près de la haute cheminée s 'alignaient le portrait de Sarah Bernhardt par Bastien Lepage, celui d'Oscar Wilde par Arthur Pennington, celui d'une vieille femme par Whistler. Mrs Wilde que l'on appelait par courtoisie Lady Wilde, inclinait pour ses hôtes une grande théière à manche de malachite. J'admirais ses beaux bras nus davantage que son tact, car elle questionnait les gens, successivement, sans attendre qu'on ai fini de répondre : « Cher Mr W. quel livre préparez-vous ?... » - « Un essai que j'ai beaucoup travaillé sur... » - « Vous Mr X., exposerez-vous bientôt une toile ? » - « Oui, lady Wilde, sans doute au mois de... » - « Et vous, cher Y., quand donnez-vous une comédie nouvelle ? » - « Bientôt peut-être, si... » - « Lord A., encore un peu de thé ?... » Et ainsi de suite. Elle fut une des tragédies d'Oscar Wilde.
Il arrivait en fin d'après-midi, trop tard pour le thé. Gras, pas encore obèse, un peu vouté, en veston clair à carreaux comme un homme de turf, les yeux bleus des Irlandais, le visage fort brun posé sur le large et haut faux-col des lords de l'époque, la denture déjà peu saine, il n'offrait pas un aspect remarquable. Mais dès qu'il prenait la parole on se taisait car il exprimait les notions les plus usuelles dans une forme brillante, extrêmement imprévue, qui les amplifiait, transformait. Des paradoxes ? Non ! De simples vérités qui, offertes sous ce jour, donnaient à réfléchir tout en amausant. Par exemple celle-ci dont je me souviens, lorsque l'odieux Alfred Douglas publia sur lui un livre infâme : « Tout grand homme a ses disciples, mais c'est toujours Judas qui écrit la biographie. »
J'ai entendu là Oscar Wilde raconter ou plutôt murmurer quelques-uns de ses contes que M. Guillot de Saix a recueillis, ressuscités, en un volume qui constitue un acte étonnant de nécromancie littéraire. Notamment la légende de ce jeune pêcheur qui, chaque soir, au retour de la mer, prétend avoir vu des sirènes ; un jour, il en rencontre vraiment une – et il ne prétend pas, le soir, avoir vu des sirènes. Celle du sculpteur qui, avec le bronze de « la Douleur qui dure pour toujours » façonne la statue du « Plaisir qui ne dure qu'un moment. »
Il feignait d'improviser ces récits, mais sa femme s'écriait parfois : « Mais, Oscar, hier, vous avez raconté cela d'une façon différente ! » Il arrivait aussi qu'ayant entendu à diverses reprises un conte, cela l'agaçait de l'écouter une fois de plus ; alors tandis que son mari s'efforçait de revêtir ses phrases, terminait elle-même le récit.
Rhétoricien de Condorcet, j'eus, quelques années, plus tard, la bonne fortune de déjeuner avec lui et une dizaine d'invités, chez Mme Lloyd, rue Vivienne. Quand, en retard d'une demi-heure, il entra dans le salon, le célèbre esthète fit d'abord une assez mauvaise impression. De son énorme cravate verdâtre, une améthyste jetait des feux sournois ; au revers de sa redingote, une orchidée se recroquevillait. Sans écouter les présentations, il s'assit et, d'un ton épuisé, il pria Mme Lloyd de faire clore les volets de la salle à manger et d'allumer des bougies. Il se sentait incapable de supporter la lumière du jour. A table, on dut bouleverser le couvert parce que les fleurs éparses sur la nappe, étant mauves, lui eussent porter malheur. Aussitôt, il s'elpara de la conversation. Quelle déconvenue, cette fois ! Il questionnait trop directement, bizarrement : « Vous n'avez jamais eu d'apparitions madame ?... Cela m'étonne, vos yeux semblent avoir contemplé des fantômes... » Il certifia qu'une nuit, dans un bar, tout fut remis en ordre et la salle balayée non par les garçons mais par les « anges de la fin de la journée ».
Le cynisme mystificateur de Baudelaire nous revenait-il d'une tournée au Royaume-Uni ?
Pendant la fin du repas, Oscar garda le silence. Mais, dans le salon, à l'instant du café, comme le succès d'un vaudeville occupé la conversation, il risqua doucement que notre grande science du théâtre explique beaucoup de nos actes, que la politique étrangère française est scénique, qu'elle recherche davantage la belle attitude, les paroles décoratives, le geste à effet, que le succés utile. Il parcourut notre histoire, de Napoléon aux temps modernes. Et alors, redevenu lui-même, il déploya une érudition et une verve étonnante. Hommes, faits, traités, intrigues, défilèrent sous des aspects insoupçonnés. Il les faisait briller comme un bijoutier allume des feux neufs en des joyaux. Constamment, il avait de ces expressions profondes, légères, pittoresques, qui mieux que des livres, expliquent une époque ou un homme.
Une question le conduisit à nous décrire lord Beaconsfield et le salon de la belle Indy Blessington où le futur grand ministre, alors simplement Mr Disraëli, luttait d'élégance avec le comte d'Orsay. Il peignit, il ressuscita, il plaisanta, ces deux dandies avec la précision documentaire, les vues d'ensemble, d'un historien, et avec cette mise en valeur des ridicules, ce sens du comique supérieur, ces attendrissements imprévus, cette perfection de phrase, d'un grand auteur dramatique qui serait aussi un poète. Pour exprimer les douleurs amoureuses de lady Blessington, il s'éleva peu à peu jusqu'au lyrisme. Ce fut merveilleux. On n'imaginait pas que la parole humaine pût atteindre pareille hauteur dans un salon, sans presque quitter le ton de la causerie et avec un gros accent anglais. Nous comprenions qu'une grande dame ait dit de lui : « Quand il parle, je vois un nimbe autour de son front. »
En 1900, j'écrivais une critique, au café, quand une lourde et haute silhouette s'arrêta devant ma table. C'était Oscar Wilde, en vieux vêtements, les mains abîmées. Sa parodie ! Mais toujours ce regard bleu et cette voix musicale. Il me rappela mes visites d'enfant à Tite Street, le déjeuner Lloyd et même un chapitre de mon premier roman. Aucune allusion au terrible procès, aux deux ans de bagne. Il me demanda la permission de s'asseoir à ma table. Puis, à demi-voix, avec une grande dignité : « Je dois, dit-il, vous faire connaître que je suis sans ressources. »
Ses derniers mois on été racontés inexactement parce qu'en les opposant à sa glorieuse jeunesse on obtient un facile effet de contraste. Certes, ils comportaient une incessante, une terrible tragédie dont il n'avait peut-être pas conscience mais une tragédie toute morale et non, sauf à la fin, physique. J'atteste qu'Oscar Wilde ne fut jamais c bohème désespéré qu'on a dépeint, s'alcoolisant, innovant dans l'ignoble, mourant en pleine honte. Son drame fut celui-ci : grâce à une série de grandes oeuvres il comptait prouver à l'univers que ses deux ans de tortures ne l'avaient pas abattu. Mais il ne parvenait à raconter sans fin ses succès d'autrefois et à exposer en termes éblouissants ses travaux futurs. Il se dilua en souvenirs, en projets ; il ne parvint pas à écrire une ligne.
Levé tard dans l'après-midi, il rejoignait vers cinq heures à « Calisaya », un grand bar du boulevard des Italiens, quelques écrivains ; le plus souvent, Jean de Mitty, Paul Adam, Henri de Régnier, Jean Moréas, Ernest La Jeunesse, Jean de Bonnefon, Gomez Carillo et moi-même, qui étais le benjamin de ce groupe notoire.
Pour nous, pendant des heures, une main devant la bouche à cause de ses dents, noirâtres, il parlait, prodigieusement. Nous finissions tout de même par partir. Alors il allait chercher des interlocuteurs en quelque autre café, puis en d'autres encore, cela jusqu'à tard dans la nuit. A défaut de mieux, il parlait pour le serveur, pour des voisins de table, pour des camelots, des cochers, des filles, pour n'importe qui. Plusieurs fois je l'ai quitté, vers huit heures, avant de me rendre professionnellement à une première. Après le théâtre, passé minuit, je l'apercevais attablé à une terrasse avec des gens qui n'étaient pas toujours recommandables. Terreur de la solitude. Besoin d'exprimer des images intérieures.
Si les propos qu'il tint ainsi dans des cafés, des bars, ou sur des bancs de squares, avaient été recueillis, quel livre ils eussent formé ! Les « mots », les maximes qu'il semait autour de lui contenaient toute l'époque et même l'avenir. Quand la Société des Nations disparut parce qu'elle n'avait pas d'armée pour imposer ses sentences, je me rappelai cette sentences de lui : « Il y a quelque chose de pire que l'Injustice, c'est la Justice sans son glaive dans la main. Quand le Droit n'est pas la Force, il est le mal. »
Jamais on ne l'entendit faire la moindre allusion au procès absurdement engagé par lui-même et qui causa sa perte. Une fois pourtant, en réponse à une question précise d'Henri de Régnier, il déclara que certains témoins produits contre lui avaient été recrutés et payés par une agence privée de détectives.
En ces circonstances si difficiles, il gardait toute sa dignité de gentleman. Un jour où il se trouvait dans le dénuement et où sa cour d'admirateurs dévoués étaient absents de Paris, Fernand Xau, le grand fondateur du « Journal », lui offrit, sur mon initiative et celle d'Ernest La Jeunesse, un traité royal pour une série de chroniques. Le grand écrivain Irlandais fut tenté. Il allait signer. Malheureusement, Fernand Xau ajouta : « Après le bruit de votre condamnation, vos articles seront lu dans le monde entier. » Oscar Wilde se leva et sortit. Une heure après il empruntait quarante sous à un garçon de café.
Qui l'a entendu parler ne peut aimer ses livres que secondairement, parce qu'ils rappellent sa parole. Qui l'a connu s'indigne contre sa légende diffamée, faussée, maquillée par toute une catégorie de gens spéciaux qui voulaient faire de lui leur pape et martyr.
Il aimait rappeler les années où, afin de faire vivre sa femme et ses deux enfants, Cyril et Vivian, il dirigeait un journal de modes, où il rentrait chez lui à six heures du soir pour ne ressortir que le lendemain matin, sauf quand avait lieu la première d'une de ses pièces. Ses biographes ont trop oublié ce trait de son caractère. Balzac appelait la gloire « le soleil des morts ». Souvent les rayons de ce soleil détruisent la vérité.
Comme j'arrivais d'Italie, un journal acheté à la gare de Lyon, lu en fiacre, m'apprit la mort d'Oscar Wilde. Je me rendis à son hôtel qui, à cette époque, était misérable. Dans un long corridor, après des odeurs de cuisine, de lieux d'aisances, de peinture fraîche, surgit celle du phénol. Une porte ouverte et, dans une chambre carrelée, je me trouvais devant le cadavre. Personne pour le veiller. Il n'eut des fleurs que plus tard. Son visage hâve, blanchi par une barbe de plusieurs jours, semblait méditer. Une main pinçait encore le drap malpropre. Après tant de gloire, finir dans ce coin !... Je me rappelais, à Londres, son escorte continuelle, où figuraient toujours des noms illustres dans la noblesse et l'art ! Comme j'allais sortir Robert Ross, son ami dévoué, entra. Il me raconta, notamment, ceci : alors que l'illustre causeur semblait dans le coma, les deux médecins parlèrent du prix de leurs consultations. Oscar Wilde sortit du coma pour dire, en souriant : « I see I am dying beyond my menns... » (je crois que je suis en train de mourir au delà de mes moyens.)
Encore aujourd'hui, son râteliers reste à la disposition des acheteurs ; l'hôtel l'a conservé en gage de menues dettes. Jamais écrivain n'expira dans un dénuement plus absolu. Or, voici quelques années, à la vente Pierre Louÿs, un manuscrit et quelques lettres de lui durent payés d'une fortune.
Mal averti, je n'ai pu assister aux obsèques. Le lendemain, je visitais sa tombe qui, au cimetière de Bagneux, au coin de la sente des Hêtres Roux et de la ruelle des Erables Pourpres, était beaucoup plus émouvante que celle, sinistre, où maintenant il repose, au Père-Lachaise.

Jean Joseph Renaud.





Oscar Wilde sur Livrenblog : Oscar Wilde conteur. "La Pièce qui n'a pas cours" . Ernest La Jeunesse : Oscar Wilde à Paris. Lord Alfred Douglas : Mes fréquentations littéraires à Paris. Oscar Wilde et son traducteur français. Henri de Régnier : Souvenir sur Oscar Wilde.

Rubrique Gendelettres du site Les Commérages de Tybalt : Jean Joseph Renaud(dit Jean Joseph-Renaud).

Illustrations : Max Beerbohm. Aubrey Beardsley.



mardi 24 novembre 2009

Gabriel MOUREY Chez les Symbolistes







Chez les Symbolistes

Par

Gabriel Mourey



Peut-être ais-je le tort de douter que les jeunes gens d'aujourd'hui qui embrassent le métier des Lettres puissent se faire une idée exacte de ce que signifiait et représentait pour nous la fréquentation, la sympathie d'un Barbey d'Aurevilly, d'un Alphonse Daudet, d'un Edmond de Goncourt, d'un Puvis de Chavannes, d'un Rodin, d'un guy de Maupassant, d'un Henri Becque, d'un Whistler, d'un Stéphane Mallarmé, en un temps où les Delpit et les Dumas, les Claretie et les Sardou, les Richepin, et les Ohnet, les Detaille et les Benjamin Constant accaparaient tous les succès : mais ce dont je suis sûr, c'est que, si fervente que soit leur vénération pour tels de leurs patrons, elle ne saurait l'être davantage que celle où nous tenions quelques-uns de ces écrivains et de ces artistes, notamment le poëte de l'Après Midi d'un faune.
La première fois que je le rencontrai, ce fut dans la petite boutique de l'Art Indépendant que dirigeait alors Edmond Bailly, rue de la Chaussée-d'Antin, numéro 11, où allait bientôt paraître Chez les Passants de Villiers de l'Isle-Adam et les Poëmes anciens et romanesques d'Henri de Régnier.
La Revue Indépendante qu'Edouard Dujardin venait de reprendre – et qui, avant de s'installer près de l'Opéra et du Vaudeville, à l'adresse ci-dessus, logeait au numéro 79 de la rue Blanche – avait publié tout récemment « l'édition définitive », au prix de 2 francs, de l'Après-midi d'un faune et annoncé la traduction française, par Stéphane Mallarmé, du Ten O'clock de M. Whistler.
Donc, étant entré, un soir, dans la boutique d'Edouard [sic pour Edmond] Bailly, j'y trouvai un personnage à l'allure effacée, presque banale, oserai-je dire, qui, d'un doigt négligent, feuilletait une brochure, puis un livre, puis un autre qu'il avait pris sur un rayon – qu'il avait cueilli, serait plus exact, comme une fleur, qu'il respirait, qu'il parcourait du regard, puis qu'il remettait à sa place, sous l'oeil, écarquillé derrière d'épaisses lunettes, de l'excellent Bailly, lequel – passionné de sciences occultes et grand ami, si mes souvenirs ne m'égarent, de Stanislas de Guaita, de Saint-Yves d'Alveydre, le mystérieux auteur de la Mission des souverains par l'un d'eux, de Papus et d'Albert Jouhney – était plongé dans la lecture d'un catalogue de livres ayant trait aux pratiques de sorcellerie et paraissait avoir, avait certainement assez de confiance, en son client pour n'interrompre que par pure politesse le cours de ses investigations...
Comme le personnage à l'allure presque banale, sauf le geste exceptionnellement raffiné et élégant qui lui était familier, ce que j'avais remarqué, par lequel il cueillait et respirait comme une fleur un livre, se dirigeait vers la porte, en disant, d'une voix douce et très chaude :
- Au revoir, Bailly, ne vous dérangez pas, mon bon ; à bientôt.
Bailly se leva et courut à lui ; mais il était trop tard.
Je croyais que vous vous connaissiez, me dit le libraire.
- Qui est-ce donc ?
- Stéphane Mallarmé.
Sous ces dehors de « petit bourgeois des Batignolles», parcimonieux et étriqué, d'humble fonctionnaire ponctuel et craintif, se cachait, selon le mot si juste de Paul Valéry, « un de ces êtres semi-rois, semi-prêtres, semi-réels, semi-légendaires, auxquels nous devons de croire que nous ne sommes point tous animaux ».
La souveraine grandeur de Mallarmé était faite de l'héroïque dignité de sa vie et de son exquise et si émouvante, si attachante simplicité.
Indifférent à la plupart des choses que la plupart des vivants considèrent comme seules importantes, il s'abstenait, cependant, de paraître les mépriser, non par crainte qu'on le jugeât envieux des agréments et des avantages qu'elles comportent, mais enfin de n'être gêné en rien ni par personne dans la poursuite de son rêve. Espèce d'égoïsme magnifique, infiniment respectable et légitime, et qui ne fut nuisible qu'à lui seul, le privant des bénéfices matériels de sa gloire ; solitude hautaine qu'il défendit toute sa vie avec cette « inflexible douceur » qu'admirait chez lui Anatole France, et cette politesse raffiné, cette aristocratique et parfaite courtoisie dont il s'était fait une règle – analogue à la secrète et intime perfection de ses poëmes.
« Respectueux du motif commun, en tant que façon d'y montrer de l'indifférence, disait-il, je confesse donner aux idées pratiques ou de face, la même inattention emportée dans la rue, par des passantes. »
Mallarmé était le maître du rêve ; « et se connaissant comme rêveur, écrit l'éminent et très regretté Albert Thibaudet, et se plaint ainsi à lui-même, et proclamant son incompétence sur « tout autre chose que l'absolu », il avait autant que l'orgueil de sa solitude, la conscience de ses limites. Il portait cette gratitude souriante de rêveurs à ceux qui leur épargnent de vivre. »
Mallarmé était un prince de la culture, et l'on comprend qu'ayant voué son esprit, son coeur, toutes ses facultés, toutes les forces de son être à l'oeuvre pour la création de laquelle il avait été, de toute éternité, sans doute, désigné, élu par le destin, il ait pratiqué à l'égard de certains de ses confrères dont le talent et le caractère lui étaient lui étaient tout à fait étrangers, l'apparente indulgence que l'on sait. Des ouvrages de nombre d'entre eux, il eût pu dire ce que disait Barbey d'Aurevilly de ceux d'un de ses meilleurs amis (et vraiment des meilleurs), mais aussi insignifiants que possible :
« Je les connais comme on connais un éventail fermé. »
Qu'on me permette de rappeler, à ce propos, le mot d'un romancier assez médiocre venant déjeuner chez un illustre critique à qui l'unissaient les liens d'une très cordiale et très ancienne affection, et qui, ayant aperçu sur le bureau du maître son dernier volume, intact, s'empare d'un couteau à papier, coupe les feuillets et ne répond à la question :
- Qu'est-ce que tu fais là, vieux frère ?
Qu'une fois sa besogne achevée et le volume remis en place, par cette phrase mélancolique :
- L'honneur est sauf.
Cette façon de concevoir l'honneur de l'écrivain n'était nullement celle du poëte d'Hérodiade. Qu'un exemplaire de Vers et prose ou de Divagations fût découvert, dédaigné, dans la bibliothèque d'un ami, Mallarmé ne se fut point considéré comme déshonoré. Au contraire, peut-être ! Car il n'était pas homme à s'en tenir aux apparences, et il savait choisir ses amis.
Tous, jusqu'à son dernier jour, lui demeurèrent fidèles et il leur demeura fidèle.
Tous ceux qu'il avait encouragés, soutenus de ses conseils, surtout de son exemple, lui vouèrent un attachement filial, oserais-je dire, tant ils avaient senti sincère et généreuse et fécondante la chaleur de sa sympathie.
Ce n'est pas seulement, en effet, de se préserver du facile, comme il le disait à Louis Le Cardonnel, qu'il était fier d'avoir appris aux jeunes gens la nécessité foncière, mais de ne jamais transiger avec leur idéal, quelque douloureux que puissent être les sacrifices à accomplir afin de réaliser le Rêve.
« Pour garder intacte la volonté de plénitude qui, en durant une vie, abrégea cette vie, souligne Albert Thibaudet, il avait accepté d'exercer un métier qui prendra stérilement son temps. (L'on sait qu'il était professeur d'anglais au collège Rollin.) « Pas un seul jour, disait-il à M. Coolus, je n'ai remonté la rue de Rome sans avoir la tentation aigüe, en traversant le boulevard des Batignolles, de me jeter par-dessus le pont du chemin de fer et d'en finir avec la vie. » Héroïque quotidient et sublime !
Le premier mardi soir que, quelques mois plus tard, en compagnie de Jean Lahor, je montai les deux étages de ce 89 de la rue de Rome où habitait Mallarmé, j'éprouvai une assez vive inquiétude.
Depuis ma rencontre chez Edouard [re Sic] Bailly, je ne l'avais revu. Comment allait-il m'accueillir ? Je regrettais presque d'avoir confié au poëte de l'Illusion, qui était le plus obligeant des aînés, mon désir d'être présenté à Mallarmé.
Cependant, la porte était ouverte : le Maître du Rêve était devant nous.
- Vous, Cazalis ? Ce soir...
Cazalis me nomma.
- Entrez, Mourey. Soyez tout deux les bienvenus.
Il me parut plus grand que je ne l'avais cru ou vu, et j'hésitai à reconnaître les traits de son visage... mais je reconnus le timbre de sa voix : douce, chaude, musicale, inoubliable.
Nous pénétrâmes dans la petite pièce où Mallarmé recevait ses intimes.
Il n'y avait là que des poëtes : Albert Mockel, Edouard Dujardin, Ferdinand Hérold, Stuart Merrill, Camille Mauclair, Henri de Régnier, certainement. Léon Dierx ? Peut-être. Gustave Kahn et Robert de Souza, je crois.
C'est par Henri de Régnier que la poësie « maudite » pénétra peu à peu les couches d'une élite réfractaire à toute audace, à toute nouveauté, à toute liberté, fermée à tout mystère, et pour qui le précepte : « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement », précepte en quoi il est faux que soit contenue toute la doctrine et toute la loi du classicisme français, tenait lieu de tout. Ainsi s'explique le mépris dans lequel fut tenue si longtemps la « poésie pure », la poésie pour la poésie, en dehors de toute espèce de didactisme, la poésie d'un Poe, d'un Mallarmé, d'un Verlaine, d'un Rossetti, d'un Rimbaud, d'un Shelley, d'un Keats... La poésie, enfin, basée sur une conception du monde, aboutissent à cette généralité de la forme qui, selon Albert Thibaudet, « nous impose d'abord, non point comme dans les beaux vers de la poésie ordinaire, (songez aux éblouissantes gerbes verbales du Satyre), l'image suscitée par le vers, la chose dite ou peinte, mais le vers lui-même, la chose qui dit ou qui peint le cogito poétique. »

Gabriel Mourey.
Les Nouvelles Littéraires, samedi 20 juin 1936.




Gabriel Mourey (1865-1943) Ecrivain, poéte, critique d'art et traducteur. En 1884 il dirige Mireille, revue des poètes marseillais. Collabore au Courrier Français, à la revue L'Image, aux Entretiens Politiques et Littéraires, à The International Studio, Cosmopolis, la Revue Illustrée, L'Art et les Artistes, dirige Les Arts de la vie (1904-1905), chez Larousse. Il deviendra conservateur des Palais nationaux.

Essais de bibliographie :

Les Minutes parisiennes. 1 heure, la Bourse. P. Ollendorff, Collection Beltrand et Dété, 1899. In-16, 108 p., fig., couv. Ill. Illustr. de Ch. Huard.

Voix éparses... Librairie des bibliophiles, 1883, In-12, 96 p.

Flammes mortes. C. Dalou, 1888, In-16, 7 cahiers non ch.

Les Arts de la vie et le règne de la laideur. P. Ollendorff, (1899), In-16, 133 p.

L'Embarquement pour ailleurs. A. Savine, 1890. In-16 (18 cm), 30 p.
Texte repris et modifié considérablement dans l'éd. de Paris, 1893.

Lawn-tennis, pièce en un acte, avec une lettre d'Antoine. Tresse et Stock, 1891, In-12, 44 p.

L'automne : drame en trois actes : interdit par la censure le 3 février 1893. Paul Adam et Gabriel Mourey. E. Kolb, [1893], XVI-142 p., in-12. La préface des auteurs reproduit le texte du "Journal officiel" relatant la séance du 6 mars 1893 de la Chambre des députés, avec les interventions de Maurice Barrès.

L'Embarquement pour ailleurs. H. Simonis Empis, 1893, In-12, 185 p.

Monada. P. Ollendorff, 1894, In-12, 268 p.

Passé le Détroit, la vie et l'art à Londres. P. Ollendorff, 1895, In-12, 342 p.

Les Brisants, roman. P. Ollendorff, 1896, In-12, 240 p.

L'Oeuvre nuptiale. A. Lemerre, 1896, In-16, IV-259 p

Trois coeurs, pièce en un acte. [Paris, Odéon, 5 avril 1897.] P.-V. Stock, 1897, In-12, 62 p.

Coeurs en détresse. Ollendorff, 1898, In-12, 283 p.

Jeux passionnés, roman. Ollendorff, 1901, In-18, 303 p.

Des Hommes devant la nature et la vie : Rodin, Helleu, Le Sidaner, Steinlen, E. Claus, P. Renouard, Ch. Cottet, J. W. Alexander, J.-F. Raffaelli, F. Thaulow, G. La Touche, A. Baertsoen, Aman-Jean, A. Lepère, P. Ollendorff, 1902, In-18, 327 p.

Oeuvres de F. Borchardt, exposées à l'Art nouveau Bing, 22, rue de Provence, Paris. Avril 1902. [Notice de Gabriel Mourey.]. Évreux : impr. de C. Hérissey, (1902), In-16, 16 p.

Albert Besnard. H. Davoust, (1905), In-4°, 2 p., pl., couv. ill.

Fêtes foraines de Paris. Gravures d'Edgar Chahine. Impr. de P. Renouard, "Pour les cent Bibliophiles", 1906, In-4°, 133 p., fig., frontisp., titre gravés sur bois

Gainsborough, biographie-critique. H. Laurens, Les Grands artistes, leur vie, leur oeuvre, (1906), In-8°, 126 p., fig.

Le Miroir, poèmes. Société du Mercure de France, 1908, In-16, 145 p.

D.-G. Rossetti et les préraphaélites anglais : biographies critiques... H. Laurens, Les grands artistes, leur vie, leur oeuvre, [1910], 128 p. : ill. ; 22 cm

Le Village dans la pinède : Mazargues (Bouches-du-Rhône). Mercure de France, 1911, In-16, 201 p.

Propos sur les beautés du temps présent. P. Ollendorff, (1913), In-18, 203 p.

Psyché, poème dramatique en 3 actes, Mercure de France, 1913, In-16, 141 p.

Guillaume d'Orange, geste en 5 actes et 6 tableaux, P. Ollendorff, 1914, 147 p. ; In-16

La Guerre devant le palais. Compiègne, 1914, P. Ollendorff, 1915, In-16, II-104 p. Récits de témoins

Le Chant du renouveau, poèmes de guerre. Berger-Levrault, 1916, In-16, 37 p.

La Vérité sur la cour des métiers, ce qu'elle est... aurait dû être... pouvait être. Librairie de France, 1920, In-4° à 2 col., 24 p., fig.

La gloire de Saint-Marc : vingt-trois gravures en couleurs d'après les aquarelles de Augusto Sézanne / poèmes en prose de Gabriel Mourey. Plon, 1920, Plon, Nourrit & Cie, [50] f. de pl. : ill. en coul. ; 33 cm

Essai sur l'art décoratif français moderne. Ollendorff, 1921, In-8° , 206 p., fig.

L'Oreiller des fièvres et les chansons de Leïla. Poèmes ornés de gravures sur bois d'Augustin Carrera. Librairie de France, 1922, In-8° , 72 p., fig.

Sainte Douceline, béguine de Provence (1214-1274). Illustrations de Pierre Girieud. Aux éditions du Monde nouveau, 1922, In-16, 260 p., fig.

Le Monument aux soldats havrais et à la victoire française 1914-1918, par Pierre Poisson. Librairie de France, [1924], In-4 °, 18-16 p., pl., couv. ill. en coul.

Marie-Madeleine à la Sainte-Baume, poème. Aix-en-Provence, Editions d'art de la Revue le Feu; Paris, Librairie de France, 1925, 25 cm, 71 p., ill., couv. ill.

Daphnis, poème dramatique en un acte. Librairie de France, 1927, In-8° , 47 p.

La Peinture anglaise du XVIIIe siècle. Bruxelles : G. Van Oest, Bibliothèque de l'art du XVIIIe siècle. Nouvelle série, 1928, In-4°, 140 p.

Georges Dufrénoy : illustré de 32 reproductions en héliogravure. éd. G. Crès et Cie, Collection "Les Artistes nouveaux", 1930, 1 vol. (14 p.-pl.) : 32 ill. en noir ; 20 cm

[Gabriel Mourey, conservateur des palais nationaux]. Tableau de l'art français des origines à nos jours. impr.-libr. Delagrave, 1932. (11 juillet.) In-8, 77 p. I : Moyen âge. Illustré de 32 planches en héliogravure. - Paris, impr.-libr. Delagrave. 1932. (11 juillet.) In-8, 77 p. [8003] ; II. Le XVIe et le XVIIe siècle Illustré de 32 planches en heliogravure. - 1933, 76 p. ; III. Le XVIIIe siècle (1700-1830)... - 1937, 80 p., pl.

L'Amateur de fantômes, Roman. Mercure de France, 1937. In-16, 255 p.

Traductions :

Okakura-Kakuzo : Le Livre du thé. Payot, (S. d.), In-32, 143 p.

Edgar Allan Poe : Poésies complètes, avec une introduction de Joséphin Péladan. C. Dalou, 1889, In-18, IV-186 p.

A. C. Swinburne : Poèmes et ballades. Notes sur Swinburne par Guy de Maupassant. A. Savine, 1891, In-16, XXVI-372 p.

Algernon Charles Swinburne : Chants d'avant l'aube. P.-V. Stock, Bibliothèque cosmopolite, N° 37, 1909, In-16 (185 x 120), 344 p., 1 vol. (VI-344 p.), 19 cm.

Edgar Poe. Poésies complètes, précédées d'une lettre de John H. Ingram et suivies de "La Philosophie de la composition", et de notes biographiques et bibliographiques, Mercure de France, Collection d'auteurs étrangers, 1910, In-16, 307 p., portrait.

Préfaces, notices, études :

Tchobanian, Archag (1872-1954) Poèmes arméniens anciens et modernes... 1902, In-12, précédés d'une étude de Gabriel Mourey sur la poésie et l'art arméniens

Exposition Daniel Vierge, 11 janvier-12 février 1912. [Préface de Gabriel Mourey.], (Paris, Musée des arts décoratifs, 1912.) In-8° (23 cm), 41 p., couv. ill.

Exposition d'oeuvres de Lucien Bonvallet, cuivres, orfèvrerie, tapis, broderie, dessins, modèles, maquettes... janvier-février 1913. [Lucien Bonvallet, par Gabriel Mourey.], Musée des arts décoratifs, 1913. In-8° (21 cm), 18 p.

Exposition Mathurin Méheut, la mer : faune et flore, oeuvres diverses, du 28 octobre au 24 décembre 1913. [Mathurin Méheut, par Gabriel Mourey.], (Paris, Musée des arts décoratifs, 1913.) In-8° (21 cm), 23 p.







Adolphe TABARANT. TAILHADE. LEMONNIER. LOTI





Adolphe Tabarant (1863-1950), écrivain, journaliste, critique d'art, militant au socialisme teinté d'anarchisme, est l'auteur de nombreuses études sur la peinture impressionniste et notamment d'une monumentale Histoire catalographique, de Manet. Tabarant fut un proche des néo-impressionnistes, il écrivit de nombreuses préfaces au catalogues de ses amis, et leurs consacra quelques ouvrages, il est à l'origine de l'organisation de l'exposition du centenaire de Camille Pissarro à l'Orangerie. En 1921 il collabore au Bulletin de la vie artistique de la galerie Bernheim-jeune dirigée par Félix Fénéon. Je donne deux extraits, Camille Lemonnier et Pierre Loti, de son volume de 1909, Quelques Visages de ce temps-ci, publié à la Librairie Léon Vanier, A. Messein, Successeur, galerie de portaits littéraires, de personnalités politiques et littéraires (1), précédé d'une préface de Laurent Tailhade. Dans la dite préface, Tailhade revient sur les circonstances de sa première rencontre, un duel au pistolet, avec Tabarant, suite à sa déclaration sur l'attentat Vaillant :

[...] Le samedi 9 décembre 1893, à quatre heures de relèves, Auguste Vaillant, homme du peuple, fit exploser dans l'hémicycle de la Chambre un engin fourni de clous et de ferailles qui ne tua personne mais incrusta l'abbé Lemire de quelques chevrotines quant à son postérieur. L'épouvante fut insigne, les gradins embrenés. C'est alors que Charles Dupuis, du haut de son gras fondu, évacua des paroles historiques, permettant à la frousse législative de ressaisir quelque ombre de pudeur. Seul, Thivrier – l'homme à la blouse – avec Marcel Sembat, garda un visage humain dans cette étable de bourgeois effarés. Il accueillit sans gloire le « mot » venu de l'abdomen présidentiel et déclina, dès lors, toute participation au crime bête, à l'assassinat de Vaillant, que le président Carnot allait commettre d'abord, expier ensuite dans le plus bref délai.
Ce fut au vêpre de cette folle journée qu'un gazettier chargé des commissions dans la Littérature, vint soumettre aux dîneurs de La Plume, réunis dans le caveau du Soleil d'Or, une question sur le fait du jour.
Les banquets de La Plume, inaugurés par M. Léon Deschamps, directeur de ce papier, congrégeaient dans un sous-sol du Quartier-Latin, autour d'une table peu fastueuse, quelques gens notoires qui se venaient panader au milieu des éphèbes adonnés à la chose poétique. On y déclamait force vers en buvant des spiritueux de basse catégorie, après le défilés des « chers maîtres ». Cela rapportait à l'astucieux Deschamps une commission assez forte ; car il achalandait l'empoisonneur du Soleil d'Or.
Ce soir-là, Verlaine, Mallarmé, Zola décoraient la table d'honneur, où l'anarchiste Martinet et moi-même avions pris place aux côtés des demi-dieux. Verlaine, en pointe de vin, crasseux à l'ordinaire, bavait déjà, proférant le mot national avec une régularité de chronomètre. Mallarmé, aux façons discrètes de maîtres à danser, Zola, peu causeur, l'air d'un ouvrier endimanché, ne parlaient guère ; parcimonieux en vins et de chère nauséabonde, le repas traînait dans un correct ennui.
Le reporter nous fit alors passer une feuille portant l'interrogatoire que voici : « Mon cher confrère, veuillez nous donner, en une pensée écrite de votre main, votre impression sur l'explosion (sic) de ce soir, à la Chambre des Députés. »
Chacun griffonna ce qui lui vint et rendit sa pancarte au garçon de monsieur Xau.
Dans un supplément gratuit portant la date du 10 décembre, les lecteurs du Journal pouvaient goûter nos aphorismes. Zola méditait : « Aux époques troublées, la folie souffle et la guillotine pourra moins qu'un idéal nouveau. » Mallarmé alambiquait avec élégance les mérites de l'instruction obligatoire, galvaudés jadis par les Misérables et autres âneries grandiloquentes du vieil Hugo : « Je ne sais d'autre "bombe" qu'un livre. » Paul Verlaine, imbriaque mais doucement réactionnaire, juste assez pour ne compromettre en aucune façon les subdides qu'il tirait de divers ministères, bredouillait : « J'avoue m'y peu connaître. Mais mon avis est que c'est une assez belle infamie. » Martinet, en partance pour les brindezingues, traçait d'un crayon jovial un refrain à la mode : « Hardi les gars ! C'est Germinal : » tandis que j'avérais de mon seing l'épiphonème trop connu : « Qu'importe les victimes si le geste est beau ? »
Ce fut un glorieux vacarme. Non tel, cependant que, trois mois après, devaient le faire entendre, me supposant à l'agonie, André Picard, youtre antisémite, et quelques autres valets préposés aux latrines du journalisme, non : mais un tapage sourd et perfide comme il convient lorsque l'ennemi fait face et qu'on le sait encore debout. Un seul osa me prendre à partie et s'attaquer à moi : Ce fut Adolphe Tabarant, dans la Petite République, dirigée à ce moment par le baron von Millerand.
Deux jours après « l' attentat » de Vaillant et le dîner de La Plume, paraissaient à mon adresse les aménités suivantes :

« Un raté de la littérature symboliste, venu à l'anarchie par suite de constipation cérébrale, s'est, au dessert d'un banquet de La Plume, réjoui publiquement de l'acte d'un fou, qui indigne et attriste aujourd'hui l'entière opinion publique. Entre poire et fromage, M. Laurent Tailhade s'est avisé de ceci : que le geste de Vaillant, lançant une bombe, était un geste beau.
« Et ce constipé qui, jadis, écrivit cette autobiographie : Au pays du Mufle (2), a daigné prétendre, en grattant le derme de son fromage et en crachant son zeste de poire, que « peu importe la mort des vagues umanités si par elle s'affirme l'individu. »
« Etait-il ivre ? Peut-être. Certes, on ne saurait attendre de ce monsieur quelque pensée bien sérieuse. Mais cet avis, formulé au banquet d'une revue dont le directeur, Léon Deschamps, est un sain et un honnête, cet aphorisme monstrueux n'est pas seulement l'expression d'un sot : Il est surtout le fait d'un misérable. »
« Tabarant. »

Je revois encore, après quinze ans révolus, notre marche à travers les labours, notre rencontre à la Mare Adam ; je sens la terre humide qui collait à nos chaussures, tandis que des vols de corneilles cessant de picorer les semences prochaines, fuyaient en discordant leurs cris aigus. Et dans cet après-midi brumeux, cette fin d'automne qu'embaumaient les feuilles mortes, la glèbe frais remuée, nos témoins, MM. Duc-Quercy, Alfred Valette, Henri Turot et Robert Scheffer, traversant les guérêts en file indienne, avec la peur manifeste de se crotter, le duel, puis, à la tour de Villebon, le procès-verbal d'usage et la réconciliation qui s'en suivit. Depuis ce 14 décembre, où Tabarant et moi montrâmes l'un à l'autre incontestablement notre gaucherie au pistolet, nous n'avons cessé d'entretenir un commerce d'art et d'amitié. [...]

Laurent Tailhade

Camille Lemonnier



Le vrai Roi des Belges. On prétend même que « l'autre » l'admire en cachette, quand l'amour et la banque lui en laissent le loisir. Puissant et poilu comme un dieu, avec une encolure de taureau mythique. Le poil est roux et rousse est la chair, de cette rousseur d'orge mûre dont se régalaient Jordaens et Rubens. Derrière le binocle au large ruban s'ouvrent des yeux candides, clairs à l'égal d'yeux d'enfant. Mais ces yeux là ont vu toute la vie, avec ses enchantements et ses horreurs. L'ensemble est d'un athlète qui n'aurait point l'orgueil de sa force, et qui accomplirait des besognes d'Hercule, presque en se jouant. Il appartient à cette lignée de créateurs cyclopéens auxquels les Flandres durent maints miracles de beauté. Adorateur passionné de la couleur, qu'il étale franchement et grassement, travaillant en pleine pâte, sans redouter la rude franchise des tons. Robuste et délicat tour à tour, ayant « l'animalité humaine » d'un Rodin et le sensualisme lumineux d'un Besnard. Il peint avec la même probité les chairs en rut et les âmes à la dérive. Aussi ces livres sont-ils sains comme la nature même, et seuls des magistrats nauséabonds purent y flairer parfois l'ordure. Ce n'est pas l'art qui pue, c'est le Code. Interprète grandiloquent du panthéisme des choses, il communie avec la terre, les eaux et les arbres, inlassablement. Toutes les émotions du Cosmos retentissent dans son oeuvre. « C'est un mâle plus mâle encore que son Mâle », a écrit de lui Barbey d'Aurevilly. Et la vaillance de sa pensée n'est pas que littéraire. Il est de ceux qui aiment l'humanité pour elle-même, et qui la veulent heureuse, à la fois curieuse de vie et gourmande de vérité. Dans le combat contre le monstre qui veille à l'entrée de la caverne sociale, sans cesse on le vit au premier rang, où si rarement les artistes se tiennent. Sa plume creva le pustuleux masque du prêtre et disséqua la panse rebondie du bourgeois. Et dans ce Flamand au poil fauve la révolution belge n'est pas moins en puissance que dans le socialisme qui s'émeut là-bas, coalisant les misères ouvrières, menaçant de culbuter simultanément le trône et l'autel, le trône du trafiquant sadique par-dessus l'autel des calotins exploitants.

Tabarant.




Perre Loti

Le Jules Verne des priapées cosmopolites. Sertis au ras d'une chair thé, des yeux de joli chat, coruscants et immobiles. Des lèvres qui semblent un fruit des tropiques. Gauche, avec quelque chose de désarticulé, et voire d'inquiétant. Sa démarche a le tangage des navires, et de mon frère Yves. Nostalgique et las, il promenait par les Océans ses vices de marin lorsqu'il s'avisa de noircir des pages. On connut à la fois ses triomphes et ses débuts. Bibliques, ses héros plurent à la mère Adam, qui les poussa dans le monde. En pleine floraison du naturalisme, on fit fête à ces visiteurs de terres lointaines, qui apportait en son bagage de multiples frissons nouveaux. L'officier de marine put bientôt parader à son bord avec la redoutable épée académique. Et nonobstant il ne donne pas la sensation d'un homme heureux, ce romancier pour qui la gloire fut si munificente. Son visage d'hypnotique n'exprime que rarement la gourmandise de vivre. « Mon mal m'enchante », a-t-il pris pour devise. Agnostique, il n'attend le salut que du nirvana final. Ni Dieu, ni rien : Ainsi se résume l'Evangile de ce négateur, qui fut d'abord calviniste. Une sorte de nietzschéisme somnolent et passif. Il n'est de bon que le rêve ! Aussi s'évade-t-il allègrement hors du réel. Tel Guillaume II, il se complaît aux mascarades de costumes, déplorant seulement qu'une âme étrangère n'habite point le vêtement étranger. Jamais il n'ouvre un livre, et il se vante de ne rien avoir lu. Au fait, se relit-il lui-même ? Non, bien sûr, car il est le maître incontesté de l'incorrection, et par contre enrichie de couleurs incomparables. Sa littérature évoque les défuntes liqueurs de Madame Amphoux. Il y a de tout, là-dedans, du camphre et du benjoin, de la cantharide et de la camomille. Cela fleure le désir, mais cela l'émousse. Ses femmes fantômatiques ont-elles un sexe ? Sous la jupe ou le kimono, existe-t-elle vraiment, la bouche oblongue, aux doubles lèvres ? A peine les approche-t-on qu'elles s'évanouissent dans l'incréé. Une féminité vue à travers des fumées d'opium, des griseries de haschisch. On pourrait dire qu'il a été le Passant, voluptueux et cruel, abandonnant ses pantelantes victimes sur les grandes routes du globe, et ne gardant d'elles qu'un parfum de chairs exotiques. Mais il lui sera tenu compte, à ce chemineau d'amour, d'avoir livré à notre sensualité frémissante d'inoubliables poupées tanagréennes, comme aussi d'avoir fait vibrer de délicates parisiennes à l'unisson de quelque petite sauvagesse jaune, bistre ou noire, femme quand même, rapprochée de notre névrose par le rêve et par la passion.

Tabarant.


(1) Sommaire : Georges Clemenceau. Henri Rochefort. Jean Jaurès. Edmond Rostand. Paul Déroulède. Paul Doumer. Maurice Barrès. Alfred Dreyfus. Henri Brisson. Arthur Meyer. Emile Combes. Lucien Millevoye. Camille Pelletan. André Antoine. Georges Millerand. Edouard Drumont. Paul Bourget. Alexandre Ribot. Joseph Reinach. Pierre Loti. Maurice Rouvier. Albert de Mun. Eugène Brieux. Paul Deschanel. Jules Lemaître. Henry Maret. Camille Lemonnier. Amilcare Cipriani. Nicolas II. Guillaume II. Alphonse XIII. Visages posthumes : Waldeck-Rousseau. René Goblet. François Coppée. Victorien Sardou.

(2) Le Pays du Mufle de Laurent Tailhade est réédité par les éditions Cynthia 3000. Edition revue, augmentée et annotée par Gilles Picq ISBN : 978-2-916779-07-2146 pages. 15 x 21 cm. 300 gr.

Camille Lemonnier sur Livrenblog : Opinion sur Gauguin. Camille Lemonnier, Lautréamont, Rachilde. Camille Soubise Souvenirs sur Camille Lemonnier.

Laurent Tailhade sur Livrenblog : Laurent Tailhade par Alcide Guérin. Laurent Tailhade et La France. Préface de Laurent Tailhade aux Oeuvres poétiques complètes d'Edouard Dubus. Cynthia 3000 réédite Au pays du mufle de Laurent Tailhade. J. Rameau, Le "Claudicator" de Laurent Tailhade. Laurent Tailhade : Portraits du Prochain Siècle. Oscar Méténier par Laurent Tailhade.
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dimanche 22 novembre 2009

Quand l'objectif impressionne




Dessin de Döes publié dans Le Rire N° 129, 24 avril 1897.

mardi 17 novembre 2009

A LIRE


Quelques publications récentes

et autres nouvelles :





Le tant attendu Répertoire des pastiches et parodies littéraires des XIXe et XXe siècles de Paul Aron et Jacques Espagnon est, depuis septembre, disponible, on y trouve 3400 références commentée de pastiches et parodies littéraires publiés en français entre 1800 et 2000, le tout suivi d'une bibliographie des ouvrages et des articles consacrés à ce sujet.
PUPS, Histoire de l’imprimé. Références, 21x28, 564 p., reliure cartonnée. ISBN : 978-2-84050-611-9. 38 Euros

Dans la même collection : L'Europe des revues (1880-1920) Estampes, photographies, illustrations (dir.) Evanghélia Stead et Hélène Védrine


Eric Walbecq a réédité (entre autres) :

Gaston de Pawlowski : Inventions nouvelles et dernières nouveautés. Préface d'Eric Walbecq. Bordeaux, Finitude, 2009, 12 x 17 cm, 128 pages, 13,50 euros.

Octave Uzanne (dir.) : Figures de Paris, ceux qu’on rencontre et celles qu’on frôle. — Paris, La Bibliothèque, coll. “Les Billets de la Bibliothèque”, 135 pages, 14 euros.
Textes de Hugues Rebell, André Beaunier, Jean Lorrain, Alfred Jarry, Franc-Nohain, Maurice Beaubourg, Edmond Pilon, Albert Lantoine, Gustave Kahn, Saint-Georges de Bouhélier, Tristan Klingsor, Charles-Louis Philippe, Louis Codet, Georges Pioch, Octave Uzanne.




Aux éditions du Sonneur :

Émile Zola : Comment on meurt. La Petite Collection. 6,50 €, Format : 105 x 150, 80 pages. ISBN : 978-2-916136-20-2


A paraître :

Edité par les Ames d'Atala : Remy de Gourmont : Histoires hétéroclites, suivi du Destructeur. Ces textes, réunis par Ch. Buat & M. Lugan, — et postfacés par ce dernier, — ont pour commun d'avoir connu une édition pré-originale, journal ou revue, et de n'avoir jamais été, — à quelques exceptions près, — recueillis par la suite. L'ordre suivi est chronologique, sauf pour sept textes révélés être les chapitres d'un roman inédit, — et incomplet : le Destructeur.

Le prochain Scripsi, n° 6, contenant le texte d'Une ville ressuscitée (Pompéi) de Remy de Gourmont.


Eric Dussert a publié ou publiera :

André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan Correspondance, 1947-1968. Edition établie par Iwona Tokarska et Eric Dussert — Paris, Gallimard, 2009, 448 p. 35 euros

Henriot : Paris en l’an 3000. Préface d'Eric Dussert. - Paris, Phébus, 2009, 120 p. 20 euros

Robert C. Sherriff : Le Manuscrit Hopkins. Talence, L’Arbre vengeur, collection “L’Alambic”, 27 novembre 2009.


Aux éditions du Visage Vert :

Robert W. Chambers : Yue Laou, le faiseur de lunes. Traduction de Louis-Martin Dupont & Achille Laurent. Traduction révisée par Jean-Daniel Brèque & Norbert Gaulard. 106 p. 11,00 €, ISBN : 978-2-918061-08-3

Hans Heinz Ewers : Edgar Allan Poe. Traduction de Elisabeth Willenz. 102 pages. 11,00 €. ISBN : 978-2-918061-07-6


Fous Littéraires :

Marc Décimo : L’esprit de la modernité révélé par quelques traits pataphysiques – ou Le Brisset facile. Les presses du réel, domaine Avant-gardes, collection L'écart absolu, Poche,11 x 17 cm (broché, couv. Argentée), 176 pages, (19 illustrations n&b) 9 € ISBN : 978-2-84066-328-7

Sur le site de l'IIREFL : Paulin Gagne, par Touchatout. Le Trombinoscope 1873


Han Ryner :

A l'occasion de la réédition du Cinquième évangile, aux éditions Théolib, trois articles par C. Arnoult sur le blog consacré au farouche individualiste : Réédition du "Cinquième évangile" ! Quelques avis sur "Le Cinquième évangile" Han Ryner sur "Le Cinquième évangile" (lettre dans "Les Droits de l'Homme")

Han Ryner : Le Cinquième évangile. Avant-propos de Pierre-Yves Ruff, postface de C. Arnoult. Théolib, coll. Sources laïques, Paris, s.d. [2009], 194 pages. 18 €.