
lundi 25 juillet 2011
Manoel de Grandfort, encore.

dimanche 17 juillet 2011
Wagner en France, quelques interprètes

samedi 16 juillet 2011
Editions du Sandre : la librairie.

mardi 12 juillet 2011
Ballade dans mon quartier : Rodenbach




"Dans son cabinet de travail clair, joyeux de vaste lumière, que n'encombrent pas les meubles inutiles – à peine quelques bibelots sur la cheminée du style le plus moderne – dans son cabinet de travail où il recevait le dimanche," Jean de La HireGeorges Rodenbach dans Livrenblog : Préface à Au Fil du rêve de Frédéric Saisset. Georges Rodenbach par Jean de La Hire.
samedi 9 juillet 2011
Charles-Henry de Tombeur et La Basoche par André Fontainas
Quelques Souvenirs sur
Charles-Henry de Tombeur
Des jeunes gens qui, vers 1884 et 1885, fréquentaient les cours de l'Université de Bruxelles, il en est peu, à coup sûr, parmi les disparus, qui aient laissé dans le souvenir de leurs camarades un souvenir aussi vivace que l'ardent Charles-Henry de Tombeur. Sous les courts cheveux blonds un visage arrondi, aux yeux grands ouverts, les lèvres frémissantes, des gestes et une allure à la fois prompts, saccadés et rythmés, une brusquerie apparente et, cependant, la douceur du sourire et de la parole, il se présentait avec des dehors suffisamment attirants pour que d'elle-même une rapide sympathie attachât à lui dès qu'on le rencontrait, mais, à le mieux connaître, sa netteté de pensée, à un âge encore hésitant et incertain, la volonté de ses desseins, ses opinions d'une franchise dépourvue de crainte et de retenue, ses enthousiasmes et l'étrange et parfaite bonté de son coeur composaient en lui, sans qu'il s'en doutât, une âme de chef, de guide et de conseiller.
On le vit bien, lorsque l'idée lui fut venue de susciter, après l'effort premier de La Jeune Belgique, l'éveil littéraire ou artistique d'une plus jeune génération. Dès qu'il s'ouvrit devant quelques amis de ses projets, on se groupa autour de lui avec empressement, et La Basoche fut fondée. Ce n'était pas une tâche facile d'assurer, à côté de l'aînée qui luttait avec acharnement et une autorité naissante, pour la vie et la gloire des lettres en Belgique, l'existence d'une seconde revue désintéressée, d'autant plus que l'aînée, piquée de n'être plus la seule, se montrait disposée à mal accueillir une concurrente, au lieu de saluer en elle une alliée. Des mots aigres furent parfois échangés, mais de Tombeur, avec une patience inlassable, s'il ne tolérait pas qu'on vilipendât son effort et son oeuvre, exigeait, chaque fois, avec une admirable entente de l'équité, que La Basoche rendît l'hommage le plus fervent à tout ce que La Jeune Belgique contenait de talent, de promesses ou de réalisations, à tout l'intérêt inattendu qu'elle avait éveillé, dans quelques cerveaux du pays, en faveur de la cause suprême de l'intelligence et du travail.
De cette façon La Basoche vécut du 13 novembre 1884 jusqu'en avril 1886. Les membres fondateurs — dont plusieurs ont disparu, tandis que d'autres ont tôt renoncé aux gloires littéraires — étaient : Louis de Casembroot, Hector Chainaye, Hippolyte Delcourt, André Fontainas, Maurice Frison, Max Hallet, Lucien Malpertuis, Charles Sainctelette, Henri Stranard, Charles-Henry de Tombeur, — mais je n'offusquerai l'amour-propre d'aucun des survivants, je n'offenserai la mémoire d'aucun mort en affirmant que de Tombeur seul, secondé sans doute mais jamais remplacé ou supplanté par ses camarades, avait conçu, organisé, et dirigea La Basoche tout au long de son éphémère existence.
Que fut cette oeuvre ? En quoi mérite-t-elle qu'on s'en souvienne ?
Les polémiques qu'elle soutint avec une hardiesse parfois provocante produisirent, tout d'abord, cette conséquence de rendre plus attentive à sa tenue, parfois relâchée et facile, sa grande soeur La Jeune Belgique qui n'aimait pas qu'on se moquât d'elle ou qu'on accusât ses faiblesses : le meilleur parti lui parut être de mettre ses soins à les éviter. Elle ne les évita pas toujours, mais La Basoche non plus, — seulement elle s'y laissait surprendre moins complaisamment.
L'invention, la présentation de plusieurs talents sincères qui, sans elle, se fussent peut-être ignorés, sinon toujours, du moins fort longtemps, telle est l'oeuvre féconde et glorieuse dont elle peut s'illustrer.
Après la noble apparition, la généreuse montée des esprits qui spontanément s'étaient unis, à Louvain d'abord, ensuite à Bruxelles, à l'appel audacieux et volontaire du tout charmant Max Waller, après Eekhoud et Verhaeren, après Rodenbach, Giraud, Gilkin, bien rares les noms de nouveaux venus. C'est que l'on n'osait guère aborder cette revue où collaboraient, avec des talents aussi formés déjà, des hommes. Octave Pirmez, Camille Lemonnier, dont l'illustration rayonnait de tant d'éclat sur toutes nos espérances ; on se sentait trop petit, trop hésitant, on se rendait compte que la force qui germait était bien loin d'avoir éclos, et l'on n'osait pas, d'emblée, se montrer à côté de ceux-là.
Bien des tentatives infructueuses, mais de si bonne volonté, bien des essais timides ont empli les seize livraisons de La Basoche, mais c'est là qu'ont paru, pour la première fois, en même temps que ceux des membres fondateurs qui ont parfois écrit, les premières proses, les premiers vers d'Arnold Goffin, d'Albert Mennel dont le pseudonyme demeurerait mystérieux si l'on ne se souvenait d'une nouvelle qui, dans un des derniers numéros, fut singulièrement appréciée, et qui était signée Grégoire Le Roy, — de qui donc encore? de Jacques Champal, et, peut-être, de Célestin Deblon. La collaboration française était admirable : je retrouve les noms de plusieurs jeunes d'alors, Jean Ajalbert, Rodolphe Darzens, René Ghil, Jean Lorrain, Stuart Merrill, Ephraïm Mikhaël, Pierre Quillard, soutenus par des témoignages précieux d'intérêt et d'encouragement donnés aimablement, sous forme d'une participation effective, par des artistes tels que J.-K. Huysmans, Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès.
Nous avions recherché avec empressement cette sorte de patronage honorable et bienfaisant. Dès que la création de La Basoche eut été décidée, notre premier souci fut d'y intéresser celui que, avec raison, nous vénérions comme le maître (Eekhoud n'avait pas encore dit : le maréchal) des lettres belges, l'artiste incorruptible et hautain, l'exemple à suivre, Camille Lemonnier.
Je me souviens du matin d'automne clair et doux, où Charles-Henry de Tombeur accourant chez moi, me dit, l'air un peu effaré et si content : « Allons, vieux, nous allons à La Hulpe; Lemonnier nous attend ; je ne puis pas y aller seul. »
A quoi rêvions-nous, tandis que le train nous emportait à travers les fonds roux et les hautes futaies d'argent soyeux, aux frondaisons sombres, de la forêt de Soignes ? Nous suivîmes silencieux le chemin qui s'échappait, en tournant, d'entre les grands arbres, et longeait la rive d'un bel étang endormi. On nous fit attendre un peu dans un salon que je revois, d'un rouge éteint et songeur. Tout à coup Lemonnier parut; il ne nous connaissait ni l'un ni l'autre. Ses premières paroles nous mirent à l'aise, et, si je suis aujourd'hui, comme je l'ai sans doute toujours été, incapable de me rappeler de quoi il nous parla avec sa loquacité coutumière, enthousiaste, qu'entrecoupait à intervalles réguliers l'irruption de ses « hein? » rauques et tenaces, je me souviens du moins que nous éprouvâmes tout d'abord un soulagement bien heureux à notre inquiétude, à notre timidité, je me souviens qu'il nous parla avec ardeur de tout ce que nous aimions, et que les noms vénérés, fervents se succédaient, à notre grande extase, sur ses lèvres d'où ils s'exaltaient à nos yeux de splendeurs nouvelles, qu'il nous entretint spécialement de Zola, qu'il nous lut un chapitre de Happe Chair, encore inédit, nous promit sa collaboration, nous remit les pages d'une étude sur le peintre Joseph Stevens qui parut dans les deux premiers numéros, et nous garda chez lui, enchantés, jusqu'au soir.
L'inoubliable journée! Ah! en rentrant à Bruxelles, nous nous trouvions grandis, nous sentions la plénitude de notre jeunesse, nous nous émerveillions, au passage, des poudroiements lumineux qu'allumait le soleil couchant dans les profondeurs de la forêt, nous épanchions mutuellement nos impressions heureuses, et que nous fûmes fiers et joyeux en les communiquant à nos amis, qui nous attendaient !
Edmond Picard nous inonda de sonnets; Théo Hannon, Max Sulzberger, Jules Destrée, Georges Knoppff vinrent à nous. Des peintres aussi s'empressèrent. Henry De Groux nous avait dessiné une couverture ; nous eûmes des frontispices de Jan Toorop, de Léon Dardenne. Et de Tombeur menait tout cela, magnifiquement.
Il était pour nous l'espoir vivant, la conviction chaleureuse. Il écrivait des échos, il aiguisait des pointes, il administrait, il organisait la propagande, il lisait et jugeait les livres nouveaux de Zola, de Lemonnier, de Huysmans, de Péladan, de Nizet, il entreprenait une énorme correspondance qui nous amenait des collaborateurs désirés, et, cependant, il trouvait le temps encore d'achever quelques nouvelles : La Grâce-de-Dieu, Heures d'Amphithéâtre, Noël Livide, qui, par la fermeté de leur style et une réelle sûreté d'élocution, valaient mieux déjà que de simples promesses.
Mais il n'a pas persévéré, et, quand, si peu de temps après la fin de La Basoche, l'odieuse maladie à son tour l'emporta, il avait à peine ébauché l'oeuvre que son réel talent eût pu construire...
Ce lui avait été un navrement, la fin de La Basoche. Avec fierté, avec orgueil il l'avait lancée dans le monde ; avec une généreuse confiance, aussi, il l'avait en ces termes caractérisée à la première page de la revue naissante :
AU LECTEUR
Mon Ecole ?
La Vie.
Mon Programme ?
N'en point avoir.
Ce que je suis ?
Rien encore.
Ce que je veux être ?
Quelque chose.
Y parviendrai-je ?
Pourquoi pas ?
La Basoche.
Cependant, il présenta à la mauvaise fortune bon visage, et la dernière page de la livraison d'avril 1886, parut, encadrée de noir, et portant cet avis :
POURQUOI PAS ?
POUR ÇA !
M
Les Clercs de la Basoche ont l'honneur de vous faire part de la perte qu'ils viennent d'éprouver en la personne de
DAME BASOCHE
leur fille et mère,
née à Bruxelles en Brabant, le XIII Novembre MDCCCLXXXIV, et y décédée en la deuxième année de son âge
..., elle était du monde où les plus belles
choses ont le pire destin,
Le service littéraire pour le repos de ses abonnés sera fait par la Société Nouvelle.
Gardez à sa mémoire
ni plus ni moins qu'à celle
de M. Ernest RENAN
un souvenir affectueux.
N'importe ! Il avait été l'éveilleur. Et plusieurs, j'imagine, comme moi-même, se souviennent avec reconnaissance, n'est-ce pas, mon cher Grégoire Le Roy, n'est-ce pas, mon cher Goffin, toi aussi que depuis si longtemps je n'ai plus rencontré, Luc Malper ! — qu'ils doivent à son initiative, à ses encouragements, à son activité communicative plus que l'occasion qui a déterminé, presque créé ce que chacun de nous peut avoir, dans la suite, montré de talent ! Et tous nous gardons vivace en nous le souvenir de ce visage et de cette fleur de vie, Charles Henry de Tombeur.
André Fontainas.
In. "le masque" revue mensuelle illustrée d'art et de littérature, Paris - Bruxelles,
Série 3, numéro 2, 1914 .
Editeur Rémy Havermans, Bruxelles.
La Basoche dans Les Petites Revues.
Stuart Merrill : Over the sea, La Basoche, avril 1886
André Fontainas dans Livrenblog : André Fontainas lettres à Fernand Mazade.
Bibliographies de revues dans Livrenblog :
Revue L'Image, bibliographie complète et illustrée.
Bibliographie de la revue Le Beffroi (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
Bibliographie illustrée et complète du journal Le Pierrot (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
La revue Palladienne de 1 à 10 .
Les Contemporains A. Le Petit F. Champsaur.
La Revue des Lettres et des Arts 1867-1868.
La revue Matines. 1897-1898.
Le Bambou, Bibliographie illustrée.
Le Carillon. 1893-1894
La Revue d'Art. 1896-1897.
Les Gerbes. Revue littéraire bimensuelle. 1905 - 1906.
Le Feu, Marseille, 1905-1906.
La Rose Rouge, 1919. Cendrars, Salmon, Carco.
La Revue Contemporaine, Lille. 1900 - 1902
Le Thyrse. 1897.
La Cité d'Art et L'Art et l'Action. 1898 - 1899.
L'Idée Moderne 1894-1895.
Le Nouvel Echo 1892-1894.
La Poésie Moderne, 1882.
L'Aube Méridionale 1898-1899.
L'Effort Libre, 14 numéros, 1911-1914.
Les Ecrits Nouveaux. 1917-1922.
mardi 5 juillet 2011
Manoël de Grandfort et Rose Pompon



A ma mèreTu aimes les longues histoire : voici celle d'une pauvre jeune femme que tu as connue, que tu as aimée, - que tu as pleuré. Je l'ai écrite cet été, sous tes yeux, tandis que les enfants poursuivaient les papillons à travers les prairies, et que grand'mère, assise près de toi, tricotait les bas d'hiver d'une main encore légère ; au milieu de ce calme et de cette bonne vie de famille, cette histoire pleine de troubles, m'est revenue à l'esprit : de même le marin arrivé au port se rappelle les tempêtes passées - avec un sentiment de joie d'avoir couru de tels dangers et d'y avoir miraculeusement échappé.Paris, le 25 février.
Manoël de Grandfort : La Cousine d'André. Jules Levy, Libraire-éditeur, 1886, in-12, 318 pp.Ceci est une oeuvre de prime jeunesse. Je demande à mes lecteurs leur indulgence pour elle. J'aurais pu, aisément, en faire disparaître les mots qui ont vieilli, les tournures de phrases aujourd'hui démodées, - j'ai préféré la laisser ainsi, - empreinte du romantisme de l'époque où elle fut écrite, dans la sincérité de ses débuts et de sa sensibilité exagérée.Elle n'a d'autre mérite, en paraissant à une heure où le modernisme fleurit, que de rappeler les temps déjà lointains de la crinoline, où l'on pouvait créer une oeuvre honnêtement sentimentale, sans être pour cela taxé de ramollissement.Manoël de Grandfort
Manoël de Grandfort : Pour être riche. Roman Parisien. Dentu, 1888, in-12, 384 pp.
L'hiver dernier, chez une amie qui réunit autour d'elle, chaque semaine, un petit groupe d'intimes, très jaloux de ne laisser pénétrer aucune nouvelle figure, je fus étonné un soir de voir apparaître une inconnue. Je demandais son nom à la maîtresse de maison, qui sourit sans répondre à ma question... et, comme je la pressais...
- Je vous dirais plus tard, me dit-elle enfin. Causez, en attendant, avec elle !
- Est-ce une artiste ?
- Oui et non. Elle l'a été à sa manière... Quel effet vous fait-elle ?
- Ma foi ! Celui d'être une petite bourgeoise, bien calme, bien honnête... elle a le visage régulier, les yeux vifs, le teint encore très frais, les cheveux châtains sans artifices. Que voulez-vous que je vous dise ? Elle a une bonne figure, et je m'imagine que c'est une brave femme... Est-cela !...
- Certes ! C'est la meilleure créature du monde...
- Cependant, ajouta-je en regardant la nouvelle venue, il y a quelque chose qui m'étonne chez elle. Avec sa robe de cachemire noir, faite à la bonne franquette par une couturière sans renom, elle porte aux oreilles des diamants magnifiques... Et l'agrafe qui retient sa collerette plissée est tout simplement superbe... Cela me paraît bizarre...
-Non pas, quand vous saurez qu'elle se nommait autrefois Rose Pompon, me dit mon amie en riant...
- Rose Pompon !...
Le samedi, dans le jardin Mabille,
Vous vous livrez à de joyeux ébats ;
C'est là qu'on trouve une vertu facile,
Et des appas... qui ne se donnent pas. [II]Murmurai-je. Et tout aussitôt, le souvenir de Mogador, de Pomaré, de Maria, vint à mon esprit...
- Rose Pompon est depuis longtemps revenue à la vie tranquille, me dit la maîtresse de la maison. Je crois même qu'elle est mariée. Elle a une jolie fortune, et vit presque toute l'année à la campagne. Je vais, à dîner, vous placer à côté d'elle.
Nous causâmes de suite comme une paire de vieux amis, Rose Pompon et moi ; je fus séduit par sa gaîté, sa bonne humeur, l'absence absolue de toute pose qui la caractérise. Elle me parla de ses débuts à Paris, de ses voyages... de son existence d'autrefois, me citant des gens célèbres comme les ayant connus, se souvenant de leurs mots, de leurs physionomies. Très intéressante d'ailleurs, et riant franchement lorsqu'elle en arrivait à quelque anecdote où elle jouait un rôle un peu scabreux... Si bien que vers minuit, tandis que je me levai, pour prendre congé d'elle et de la maîtresse de maison, je lui dis qu'elle devrait écrire ses souvenirs...
- Bas-bleu ! Maintenant ! Me répondit-elle, en éclatant de rire.. Il ne me manquerait plus que cela.
- Et pourquoi pas ?
- Au fait, pourquoi pas ? Reprit Rose Pompon, avec sa charmante bonhomie. J'ai été bien élevée, j'ai beaucoup vu, beaucoup retenu, cela m'amusera de revivre ma vie passée... Mais où trouver un éditeur !
- Je me charge de cela... et, de plus, un des grands journaux de Paris, celui qui possède la rédaction la plus brillante et la plus littéraire, vous présentera, j'en suis certain, au public.
- Vous m'en direz tant !... Eh bien, ça va !... Demain je fais un plongeon dans mes lettres... et puis je commence. Venez me voir dans un lois, la première partie sera terminée.
Je n'eus garde de manquer à son invitation... A la Jonchère, dans le ravissant jardin d'une très jolie maison qui lui appartient, Rose m'apparut, un sécateur à la main, en train de soigner ses rosiers...
- C'est fait ! Cria-t-elle, en m'apercevant... et, quelques minutes après, elle me jetait un gros cahier sur les genoux.
Je lus, et ce récit au courant de la plume, sans recherche et sans pose, bien féminin d'allures, gais sans méchanceté, rempli de faits, d'anecdotes, de souvenirs, me parut charmant (un livre de belle humeur n'est pas déjà chose commune !)...
je l'emportai à Paris. Le Gil-Blas, comme je l'avais prévu, ouvrit ses colonnes à Rose Pompon, qui y obtint un très grand succès... L'éditeur vint tout naturellement ensuite. Et voilà comment, aujourd'hui, Rose Pompon, quoique retirée du monde, va encore occuper le public parisien et retrouver une autre célébrité...
Vous dansiez, j'en suis fort aise,
Ecrivez donc maintenant.Ryno.
[I] Dans Mascarades (Odes Funambulesques, 1846) de Théodore de Banville on peut lire :
Au son de la musette
Suivez Ange et Frisette,
Et ce joli poupon,
Rose Pompon !
Dans Le Monde Parisien chronique de la revue L'Artiste (15 juin 1847) Ferdinand Sartorius note que le grand monde mènent ses carrosses au jardin Mabille et sa « joyeuse allée des Veuves » et que « la charité viendra sanctifier le temple profane des Brididi, des Frisel et des Rose Pompon. »
Dans la même revue Charles Monselet écrit :
« Au bout de ce temps, nos belles Cydalises éreintées disparaissent de la scène du monde et de l'allée des Veuves. Rien de plus naturel. Ce qu'elles deviennent alors, peu importe. On sait la mort mélancolique de Rosita Pomaré sous les étoiles parfumées du ciel de Naples. Au détour d'une maladie de poitrine, la chanson est devenue élégie. Celle-là est la mieux morte de toutes. Les autres, comme Clara Fontaine et Céleste Mogador, en ont fini plus prosaïquement ; on les a vues dans les petits théâtre Parcs-aux-Cerfs du boulevard et jusque sur les scènes les plus infimes de la banlieue, où elles se sont fait sauter la cervelle d'un coup de vaudeville. Quant à Rose Pompon, maintenant retirée sur les hauteurs accessibles de la rue de Labruyère, on affirme que, semblable à la Lucrèce antique,Elle reste chez elle à filer de la laine. »
[II] Citation approximative d'un extrait du rondeau de Gustave Nadaud, Les Reines de Mabille ou la Fontaine Clara (reprise dans le recueil Chansons de Gustave Nadaud, Plon, 1867), qui commence ainsi :
Pomaré, Maria
Mogador et Clara,
À mes yeux enchantés
Apparaissez, belles divinités.
Le samedi, dans le jardin Mabille,
Vous vous livrez à vos joyeux ébats,
C’est là qu’on trouve une gaîté tranquille
Et des vertus qui ne se donnent pas.
Manoël de Grandfort dans Livrenblog : Manoël de Grandfort, deux volumes supplémentaires.
















































