


Ovariotomie et belles-lettres.
La chirurgie ne progresse pas en vain. Nous lui avons dû, au lendemain du procès Boisleux-La Jarrigue, deux romans : Châtrée, d'un anonyme, et les Mères stériles, de M. Henri de Fleurigny. Et voici que s'en annonce un troisième : les Demi-Sexes. Auteur, Mme Jane de La Vaudère.Le titre est bon.
Vient de paraîtreChez Ollendorff :
Les Demi-Sexes, le nouveau roman de Jane de La Vaudère. Il fallait le rare talent d'écrivain et de moraliste de l'auteur de tant de livres à succès pour aborder cette puissante étude de passions dont tout le monde parle.
Les Cygnes noirs.[...] Voici Jane de La Vaudère, couveuse des Sataniques et des Demi-Sexes. Tu as changé de teinture, gamine. Tu fis jadis des strophes très blanches, oh si blanches, en rayons d'étoiles, disais-tu ; en verre filé, je m'en souviens. Et la liste de tes livres m'apprend que tu restes honorée d'un accessit à l'école où les singes verts récompensent les vieux enfants. Un de tes recueils innocents fut « mentionné par l'Académie-française ».Aujourd'hui, le poète manqué s'imagine écrire en prose. Notre ange raté se déguise en démon et imite un titre de Barbey d'Aurevilly [I]. Puis il s'aperçoit que Marcel Prévost, qui singe les hommes par le costume et les femmes par l'écriture, est plus à sa portée. Le demi-penseur Dumas observa le demi-monde ; le demi-écrivain Prévost découvrit les demi-vierges ; Jane de la Vaudère, bête complète, nous apporte les Demi-Sexes.Ça et là, dans la platitude et l'insignifiance des Demi-Sexes, une phrase arrête, ridicule autrement que les autres, grotesque par son entourage, par son inoportunité, mais qui, isolée, aurait de la force ou de la grâce. Elle est copiée, tout simplement. Un des derniers romans de Guy de Maupassant par exemple, Notre coeur, a été vaillamment pillé. J'aime mieux juger Jane de la Vaudère sur les pauvretés plus à elle des Sataniques. Là, sauf erreur, elle a pondu et couvé. [...]

Charles-Henry HIRSCH : EVA TUMARCHE ET SES AMIS. Roman contemporain. Eugène Fasquelle, 1903, in-12, 336 pp., 1er plat de couverture illustré en couleurs par André HELLÉ.
"Moeurs de grue et moeurs contemporaines" dira Rachilde dans sa chronique du Mercure de France à propos de ce roman. Eva est de ses filles "obligées de se vendre et d'en faire profiter ou leurs parents ou un gentil baron d'Auge". "Toute cette boue est remuée, vaporisée en parfums, avec une ironie amusante de la meilleure teinte".
La belle couverture est de André Hellé (1871-1945) qui se spécialisera dans les illustrations de livre pour enfants (La Boîte à joujoux, L'Arche de Noé, Les Fables de La Fontaine...), on voit ce qu'en 1903 son inspiration doit encore à Toulouse-Lautrec ou Ibels.

C'est ce désir du mondeà Mlle Lilie de Lanux
c'est ce désir du monde
qui m'hallucine !
La hantise de ce qui reste à créer
dans les contrées
neuves comme mon ardeur.
L'aube monte,
éclate aux vitres et joue un instant
avec les rainures du volet.
C'est avant l'aube qu'il faut partir..!
La douceur du jour vous rattache aux choses
qui ont bercé l'enfance.
Avec rudesse : il faut partir !
Ceindre ses reins de la ceinture d'acier
dont les clous mordent la chair
à la moindre défaillance.
Traverser le jardin, sans cueillir de fleurs,
ne pas s'attarder à la barrière qui grince !
Partir... avant l'heure.
C'est la rudesse qui dirige.
C'est la ligne droite et la route poudreuse,
dans l'aurore malléable,
qui attirent.
Et la poussière se fait légère et douce
aux talon nus
qui s'y enfoncent avec volupté !
Les horizons ne sont pas des mythes
Ils sont là pour être traversés ! vaincus ! Livrés !
Tous les secrets des montagnes,
toute la langueur des rivières,
toute la force mystique de l'océan indomptable
et le désert, qui noie, mieux que l'onde
sont pour nous.
Pour Toi : Voyageur désirable !
Que rien n'harasse et que rien ne déçoit :
avec ta besace grise sur ta hanche
ton dur bâton !
Sans arme ! Et sans fortune !
Livré au ciel, comme Jésus-Christ
Le fut aux hommes,
Livré avec le seul vêtement
de ta chair : à la source
qui coule en chantant
sur tes reins.
Les cimes ! Les cimes !
Nous appellent, se dressant
multiples et farouches
comme un désir qui s'amplifie.
Elle s'exhaussent
les unes sur les autres,
harcelant nos yeux
qui ne peuvent tout posséder !
O courses folles
dans la nuit,
avec les constellations jusqu'aux épaules
et la tentation de les prendre à pleine main.
Usure exquise de tout ce qui dort en nous
et s'éveille, au contact des ouragans
et des soleils,
absorptions entière de la Terre
par tous les pores de la peau
cuivrée, durcie !
Possession enfin palpable
de ce que Dieu donna à l'homme
pour l'aider à conquérir le ciel.
Possession unique !
Dure comme un arc bandé,
dont la flèche serait,
un désir insatiable
d'une portée illimitée.
Voici la nuit sur la ville.
En haut de la grande Tour,
un paon s'éploie
comme un drapeau d'azur.
Et c'est le signe !
Et c'est le flambeau !
Ah ! Partons sans détour,
pendant que la soif dure encore
et avant d'être résignés.
Pendant que sur ce mur, l'oiseau sonore
clame la détresse des prisonniers.
Dans mes libres membres bouillonne,
La folle promesse de l'univers
qui s'abandonne
à mon désir.Mireille Havet
La Presqu'ïlerevue d'union intellectuelle des combattantsLe Numéro coûte : 0fr50 - L'abonnement d'un an : 6 francs. Six mois : 3fr.Les lettres et manuscrits concernant La Presqu'île doivent être adressés à M. P. Beglarian, 73, Avenue de Breuteil, Paris.A partir du n° 4 de la 3e série : sous titre "Cahier d'Art et de Pensée du Front".Août 1918 : Philippe Reynier directeur.octobre-novembre 1918 : M. Philippe Reynier directeur de La Presqu'île, mort au champs d'honneur, rédacteurs : M. M. Payelle, Mouren, Rascle et Régent, au front.[Tirage sur papier acide, ordinaire]Troisième série, n° 2, avril 1918.Notre enquête. G. Moureu : Automne. R.R. : Georges Clemenceau. Jean Lynel : La voix de la volupté. Philippe Reynier : Conte à un homme profond. Frédéric Lefèvre : Vers la ligne de feu.Troisième série, n° 4, juillet 1918.Notre enquête. Raymond Payelle [1] : La Reine dort. R.R. : Vus par nous. Philippe Reynier : Autre conte à un homme profond. Henri Bride : ............ [poème sans titre]. Jean Griner : La Permission. R. Barbot : Rancoeur. Georges G. Joutel : Le vieillard et les jeunes filles. G. : Livres.Troisième série, n° 5, Aout 1918.Notre enquête. Emile Cagin : Lettre à Jules Joëts. Raymond Payelle : Histoire d'une grenouille verte et d'un orteil rose. G. Moureu : Le vaisseau d'Osiris. Jean Griner : La Permission. François-Marc Meillard : Nos Relations avec l'Espagne. Robert Boudry : Brouillard. Pierre Vervieux : L'Epreuve. R.R. : Vus par nous. Frédéric Lefèvre : Dolente Amie. R. Boggio : Les Exilés. P.R. : Max-François Poncet. G. : Livres et revues.Troisème série, n° 7, octobre-novembre 1918R.P. : Philippe Reynier (1898-1918). Notre Enquête. Raoul Boggio : La caravane. J. Azaïs : La Maison d'édition des Jeunes. F.-M. Meillard : Nos relations avec l'Espagne. G. Moureu : Nocturne. Gilbert Landes : Ecrit en songeant à. Fernand Demeure : Gabriel-Tristan Franconi. Sylvain Royé : Le Coin de l'absent. Frédéric Lefèvre : L'Archétype. Jacques Régent : Conte Antique. Henri Bride : La Forge. Raymond Raynouard : Lettre à un extracteur de quintessence. Jean Griner : La Permission. G. : Livres et Revues.