mercredi 4 juillet 2007

Rock'n'Roll chez Cartier

Du 22 juin au 28 octobre La Fondation Cartier pour l'Art Contemporain organise l'exposition Rock'n'Roll 39-59.
C'est cette première date de 1939 qui me poussa à traîner mes vieilles doc-martens sur le Boulevard Raspail. Faire débuter l'histoire du rock à l'époque de la guerre en Europe, dans une Amérique de l'apartheid, où la société de consommation ne bat pas encore son plein, dans l'Amérique du Boogie-Woogie et du Swing, démontre que les organisateurs savent de quoi ils parlent.

L'expo commence par le visionnage du film de Patrick Montgomery et Pamela Page, Rock'n'Roll The Early days, au mur les guitares d'Elvis Presley, Buddy Holly et Carl Perkins, des affiches de concert (dont une magnifique, de la sublime Ruth Brown). La suite de la visite du rez-de-chaussé offre des photos rares d'Elvis Presley en 1956 par Alfred Wertheimer, nous avons là une vision intimiste d'un mythe en devenir, un félin racé qui s'ennuie dans les trains, drague et flirte dans un restaurant, achète des chemises à New-York... On croyait avoir tout vu de Presley mais Wertheimer dévoile la simplicité d'un jeune sudiste à la beauté du diable en route vers l'enfer. Plus loin des objets, postes de radio, juxe-box, micro, pick-up, et même une Cadillac. La reconstitution d'un studio d'enregistrement des années 50 est une vrai réussite, le gros amplis mono, l'énorme micro chromé, le magneto à bandes et la machine pour graver le disque... C'est grâce à ce genre de studios que se développera le Rythm'n Blues puis le rock'n'roll, prise live, pas de mixage et à la sortie vous ressortez avec le master.
Le sous-sol est consacré à l'histoire chronologique, un arbre généalogique permet d'écouter les différents genres musicaux à l'origine du rock. Des vitrines sont consacrés au Boogie-woogie, au Rythm and Blues, on y trouve des magazines, des affiches de concerts, des photos (Voir : le flamboyant et sauvage Wynonie Harris, l'affiche annonçant Ike Turner interprétant le mythique Rocket 88, les pochettes de disques du renversant Amos Milburn), sur les murs des photos datant de 1939 et prises dans les juke-joints où des couples noirs pratique une danse qui un peu plus de dix ans plus tard sera qualifié de Rock'n'roll, d'autres encore, prisent dans le sud rappellent que la ségrégation ne reculera que dans les années 60 et que le Zoo de Memphis était interdit aux noirs, excepté le jour "sans blancs" indiqué par un panneau à l'entrée, ce jour-là les noirs avaient droit à la visite. Des colonnes sont consacrés aux classiques pionniers : Buddy Holly, Gene Vincent, Carl Perkins, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Bo Diddley, Bill Haley, Little Richard, on peut y voir des photos, des pochettes de disques, des vidéos et quelques objets ... rien de bien renversant. Une fresque murale établit une chronologie des premières années du rock, mêlant événements historiques et dates marquantes de l'histoire musicale, malheureusement la lecture chronologique y est difficile, les années n'apparaissant pas clairement, et le parcours n'étant pas fléché. En résumé une exposition sympathique, conseillée aux néophytes qui voudraient découvrir les années 50, les amateurs de rock'n'roll resteront un peu sur leur faim mais les fanatiques s'y rendront pour voir les costumes d'Elvis, d'Eddie Cochran, les gilets des Everly Brothers, ou des lettres de Sam Philipps.

Aller plus loin :

Plutôt que le catalogue de l'exposition, album de photos, au texte un peu léger, lire le livre de Nick Tosches : Heros oubliés du Rock'n Roll. Les Années sauvages du rock avant Elvis. Editions Allia, 2000. Nick Tosches avec ce livre a fait redécouvrir une floppée de rockers tombés dans les oubliettes de l'histoire de la musique comme l'extraordinaire Wynonie Harris, un rockers noir, sauvage, chantant l'amour et l'alcool. Qu'il s'agissent de groupes vocaux comme les Clovers ou les Dominoes, d'un duo de rockers chinois improbable comme Ming et Ling, ou d'artistes plus connu comme Louis Prima, Louis Jordan, Amos Milburn, Big Joe Turner ou Wanda Jackson, Tosches fouille les discographies pour y dégotter des pépites qui toutes démontrent que le Rock'n'roll est né bien avant les premiers rockers historiques. Un bouquin formidable, même si, connaissant les qualités d'écrivain de Tosches j'aurais aimé qu'il fut moins documentaire et plus "écrit". Il n'en reste pas moins un bouquin important, comme les autres titres de cette collection (N. Tosches : Country, les racines tordues du Rock'n'roll. N. Cohn : Awopbopaloobop Alopbamboom, entres autres).

1 commentaire:

dorham a dit…

C'est vrai que Nick Tosches est un écrivain fabuleux, mais ces biographies sont presque toutes comme ça, moins écrites. Mais je crois que ce n'est qu'une apparence.

En fait, elles sont tellement érudites qu'elles passent pour moins littéraires. Mais quel puit de connaissance.