mercredi 15 juin 2011

mardi 7 juin 2011

Expo Jossot prolongée.


L'exposition Jossot, Caricatures, de la révolte à la fuite en Orient (1866-1951), qui se tient à la bibliothèque Forney depuis le 1er mars se prolonge jusqu'au 2 juillet 2011.

Une bonne occasion pour réviser son Credo. (Assiette au Beurre, n° 163, 14 mai 1904).










Cette exposition est la première consacrée à Jossot depuis la mort de l'artiste.

Retrouvez toutes les informations pratiques et une revue de presse sur Goutte à goutte, le site de Jossot




vendredi 3 juin 2011

Fernand Divoire : Le Grenier de Montjoie !



Monjoie ! ne fut pas seulement une revue publiée entre 1913 et 1914, avec pour directeur Ricciotto Canudo, dans ses locaux étaient exposés des tableaux, lors des réunions du lundi, on y lisaient des vers et jouaient de la musique. Durant la guerre furent organisé des festivals pour rendre hommages aux collaborateurs de la revue devenus combattants. C'est lors du premier de ces festivals que Fernand Divoire se souvient des lundis de Montjoie !


Le Grenier de Montjoie !

Conférence faite le 7 décembre 1917 au premier Festival de Guerre « Montjoie ! »

Brusquement, Canudo est venu me voir. Il faut, m'a-t-il dit, que vendredi vous parliez de Montjoie. J'ai un peu crié, parce que j'aime Montjoie et que j'aurais voulu en parler dignement, avec du temps devant moi pour polir une conférence toute ornée d'enthousiasme et de jolies phrases. Mais ce capitaine en chéchia, décoré de rouge par la France, et de bleu par l'Italie, disait ; « vous parlerez vendredi » comme il a dû dire à ses zouaves : « Enlevez cette hauteur » le jour où la carte de Macédoine s'est enrichie du « piton Canudo ». Ce qu'il demandait aujourd'hui était moins difficile d'ailleurs. J'obéis. Et, d'abord, je dis que pour ceux d'ici qui étaient de Montjoie, il y a un profond plaisir à se retrouver, ensemble, après si longtemps.
Mais il faut expliquer.
Montjoie, Mesdames, c'était à côté des Galeries Lafayette.
Et donc, ce n'était ni un atelier montmartrois, ni un studio de Montparnasse.
Le fait que Montjoie était à côté des Galeries Lafayette, dans la première maison de la Chaussée d'Antin, j'y vois comme le signe capital de la volonté qu'avait eue Canudo en le fondant.
Il n'avait pas voulu attendre que Paris allât aux artistes d'avant-garde. Il était allé avec eux à Paris au milieu de Paris, et y avait planté son drapeau.
On montait tout l'escalier. Un escalier essoufflant. Au dernier étage, on se perdait dans les couloirs. Le bruit des voix aidant, on trouvait la porte.
Montjoie habitait deux petites pièces, grandes à elles deux comme... le quart de ce salon. En entrant, on y trouvait une centaine de personnes – fumeurs et non fumeurs. Je crois que je n'exagère pas.
Et ces cent – ou ces cinquante personnes – étaient des artistes presque tous de vraie valeur, des gens du monde, des gens de théâtre, des étrangers passant par Paris. Je me rappelle y avoir vu Mme Georgette Leblanc, Mme Japy de Beaucourt, Valentine de Saint-Point, qui gardait dans une petite boîte de fourrure Mitzi, le charmant singe minuscule ; Valentine Gross, qui avait dessiné les ballets russes. J'y ai vu – c'était alors chose rare – un officier serbe qui nous semblait avoir un prestige particulier parce qu'il avait fait la guerre.
Et toute une foule grouillante de jeunes hommes d'art – de Segonzac à Luc-Albert Moreau, de Ravel à Strawinsky, de Gabriel Boissy à Apollinaire, - que nous nous ne imaginons plus maintenant que vêtus de bleu horizon : Boissy comme Apollinaire, Moreau comme Segonzac.
Sur une déjà vieille coupure de journal, je retrouve des noms de ceux qui allaient aux lundis de Montjoie ; je vois là : Bakst, Mme la comtesse de Larègle, Charles-Henry Hirsch, Mlle Trouhanova, Alexandre Mercereau, qui, il y a deux mois, était renversé par un obus ; un prince de Tour-et-Taxis, Mario Meunier, aujourd'hui prisonnier et que les Allemands ont envoyé défricher la forêt de Bielowiejsz ; des noms qu'on lit à la rubrique mondaine du Figaro : comtesse de Borchgrave, comtesse Mariotti, baronne Lippe, Mlle Prat. Et, en même temps, Erik Satie et Dufy, Reboul et Barzun, Kaplan, qui souffre pour nous en Macédoine de la fièvre paludéenne, Maxence Legrand, mort au champ d'honneur, Pierre Fons, mort, Gasquet, porte drapeau, Roger Allard, qui vient de se casser une jambe en tombant d'avion, Jean Giraudoux, qui a combattu aux Dardanelles, Gazanion, dont une balle a rendu le bras droit à jamais inutile, Variot, blessé au bois Le Prêtre, et trente autres : La Frenaye, Fernand Léger, René Chalupt, G. Le Cardonnel, Louis Richard-Mounet, Eugène Montfort, T'Serstevens, Lombard, Brunelleschi, Lhote, Morgan-Russel, Duchamp-Villon, et Jacques Villon et le chass'bi André Salmon....
Le veston d'atelier était voisin du manteau de zibeline, et le scaferlati se mêlait au vetiver et à la Roseraie.
Et ici se précise un peu plus l'idée de Canudo.
Pour lui, le « monde » n'étit pas formé d'un ramassis de Philistins, comme au bon vieux temps de Murger et de Gautier. Canudo devinait, au contraire, en lui, une force. « Il est, dit-il, le réalisateur d'art, comme nous sommes les créateurs d'art ».
Est-ce à prétendre que le monde s'agenouillerait tout de suite devant le cubisme, ou même que, s'étant agenouillé, il en saurait goûter toutes les aspérités, non. Peut-être pas. Mais il y avait à tenter une conquête qui n'était pas à dédaigner. Il y avait, si on ne trouvait pas en Snoboland beaucoup d'alliés, à y obtenir au moins, par une intelligente propagande, le silence et le respect.
Et, tout doucement, le Monde envoyait des éclaireurs à Montjoie. Ils y étaient attirés, comme nous-mêmes, par la riche atmosphère d'art qui flottait là. Dans les deux petites pièces, les murs étaient chargés de tableaux et de croquis ; les cheminées, de statuettes. Et, à côté des dessins de Rodin, qui demeuraient aux mêmes places, d'autres dessins et tableaux changeaient chaque semaine.
Chaque lundi était consacré à un art ou à un artiste. Une fois, on avait exposé des oeuvres d'un peintre indien ; une autre fois, des tableaux de Chagall ; une autre fois, des partitions de Ravel et de Strawinsky ; une autre fois, des décors de Cominetti.
Une foi – je veux insister sur dette fois là, car je ne l'oublierai jamais – on avait exposé le poème du Transsibérien et de la petite Jeanne de France [I], de Blaise Cendrars.
On l'avait épinglé au mur. C'était une feuille multicolore de deux mètres. Quelque artiste connu devait le lire, mais il n'arrivait pas. Le soir était déjà tombé. Alors pour que la journée ne fût pas manquée, une femme s'offrit à déchiffrer le poème bizarre. On accepta. Elle prit alors une bougie et, montée sur une chaise, commença à lire d'une voix sourde. Jamais, Mesdames et Messieurs, je n'ai ressenti une aussi profonde émotion à la lecture d'un poème.
Ce jour-là, vraiment, nous avions découvert un Poète.
Dans ce tumulte de Montjoie, y avait-il une doctrine d'art ?
Il y avait, d'abord, ce tumulte ; puis un principe d'union des arts et de sélection des artistes. Montjoie n'était pas un groupe d'écrivains, mais d'écrivains, de peintres, de sculpteurs, de musiciens. C'était un cri qui avait groupé en une seule force les novateurs sérieux, ceux qui étaient convaincus à la fois de la nécessité de faire leur révolution et de celle de ne pousser la révolution qu'à bon escient, pour construire, et non pour l'amusement de démolir les potiches.
Au lieu de s'excommunier d'école à école, on s'estimait les uns les autres. On avait somme toute réalisé, dans le grenier de Canudo, ce que j'avais appelé la gauche libérale.
Cette sélection d'artistes devait élever son monument, cette « Galerie de Montjoie, livre d'or d'une génération » que devait éditer Pierre Corrard, mort depuis au champ d'honneur.
La Galerie devait comprendre une anthologie de poètes et de prosateurs, des reproductions d'oeuvres de peintres et de sculpteurs, un album de musique, des études sur tous nos arts, un dictionnaire biographique.
Il y avait à Montjoie une volonté de force, assez nouvelles pour ceux qui voyaient encore les artistes dans le clair de lune de 1830 et les étangs fleuris de nénuphars de 1880. Sur la couverture de la rtevue, on lisait : Montjoie ! Organe de l'impérialisme artistique français. Et cette épigraphe de la Chanson de Roland : « Ce n'est pas un bâton qu'il faut pour telle bataille. Mais le fer et l'acier doivent y être bons. De toutes parts, on entend crier : Montjoie ! »
En 1913, et pendant l'hiver de 1914, il n'était cependant pas encore question d'acier. A peine de bâton. On n'a bien vu le bâton et on n'a entendu les cris qu'à la première du Sacre du Printemps de Strawinsky. Canudo nous avait tous amenés. Nous nous sommes très bien conduits. Pour ma part, je ne sais plus de quel nom d'oiseau j'ai décoré des dames qui avaient, il est vrai, des aigrettes sur la tête, mais je me rappelle très bien la surprise d'un monsieur fort élégant qui sifflait dans une clef et que je m'étais cru autorisé à comparer, pour ce fait, à un valet d'écurie.
Voilà donc ce qu'était Montjoie ; un organisme vivant dont la revue n'était qu'un des moyens d'action. Cette gazette d'art restait l'image exacte de ses amis. Comme chaque lundi du groupe, chaque numéro de Montjoie était consacré à une manifestation de la vie moderne : il y eut des numéros consacrés à la Danse, aux Indépendants, aux Art plastiques, etc...
Canudo défendait le Cérébrisme, qui lui appartient en propre mis où il voyait se refléter l'art de ses amis.
Ce qu'est le Cérébrisme, il l'a expliqué dans un manifeste qu' publié le Figaro. Il y disait :
« L'Absurde est le Réel encore non né, ou encore incompris. Des phalanges d'artistes du monde entier vivent somptueusement de l'Absurde parisien.
« Depuis quelques dizaines d'années, la France est si impérieusement en tête de l'évolution artistique, que les nations les plus hostiles s'inclinent devant sa domination.
« Cette domination est absolument cérébrale. L'Art se cérébralise progressivement, intensément, depuis une trentaine d'années.
« Toute innovations artistique doit révolter l'oeil ou l'oreille, car l'oeil et l'oreille demandent un temps pour s'habituer aux nouvelles harmonisations des couleurs, des formes, des mots, des sons. Le caractère général de l'innovation contemporaine est dans la transposition de l'émotion artistique du plan sentimental dans le plan cérébral.
« Nous ne voulons plus qu'un tableau « représente » quoi que ce soit. Nous ne voulons plus d'une peinture qui ne soit que paroles en images.
« Dans notre époque d'individualisme à outrance, tout artiste doit se forger son monde intérieur et sa représentation extérieure.
« De cela est né l'art moderne, libéré, volontaire, rebelle à tout dogmatisme d'école. »
« Cet art marque la borne funéraire de tout l'art sentimental : banal, facile, intolérable parce qu'insuffisant. Le mélodrame où Margot a pleuré est sans doute un mélodrame stupide. Aucune exaltation pur l'individu aucune élévation pour l'esprit. Tandis que, contre tout sentimentalisme dans l'art et dans la vie, nous voulons un art plus noble et plus pur, qui ne touche pas le coeur, mais qui remue le cerveau, qui ne charme pas, mais qui fait penser. »
Et, à la fin de ce manifeste, Canudo disait : « La génération artiste nouvelle se veut héroïque ».
La guerre est venue. Canudo, né en Italie, n'a pas hésité. Il a choisi la France, il s'est battu pour elle. Après l'Argonne, les Dardanelles, la Serbie, l'Albanie, le voici avec la Légion d'honneur et trois galos. Et Blaise Cendrars, né en Suisse, le voici, après l'Artois et la Champagne, avec une médaille militaire et un bras de moins. Et les autres restent dispersés. Segonzac aux tranchées ; d'autres qui en sont revenus, d'autres qui y sont encore, d'autres qui n'y sont pas allés, d'autres qui n'en reviendront pas.
Mais Montjoie est resté une chose vivante, et la preuve en est que le voici ici, grâce à une précieuse hospitalité. Et que, pour aujourd'hui, il nous englobe tous, et nous emplit de souvenirs que nous n'aurions pas cru si chers, et d'espoirs.
Fernand Divoire

[I] Blaise Cendrars, couleurs simultanées de Mme Delaunay-Terk. La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Editions des Hommes Nouveaux, 1913.
Les 3 Festivals de Guerre de Montjoie !
Programme des trois Festivals de Guerre

Premier Festival
(Le 7 décembre 1917, dans les salons de Mme Japy de Beaucourt)
Pour fêter les Amis de Montjoie, venant des Armées

Ire partie consacrée au « Grenier de Montjoie ! » par Fernand Divoire.

IIe partie consacrée à l'audition d'un poème de Fern. Divoire par Mlle Suzanne Méthivier.
De deux poèmes de Blaise Cendrars par M. Pierre Bertin.
De deux chevauchées de Canudo par M. Romuald Joubé.
De deux atmosphères de Canudo par Mlle Cahuzac.

IIIe partie consacrée à l'audition des musiques de Erik Satie et Louis Durey par Mlle Marcelle Meyer et M. Georges Auric.
Des musiques de Georges Auric par M. Pierre Bertin.
Des musiques de Maurice Ravel et Igor Strawinsky par Mlle Lucienne Coutura.

Deuxième Festival
(le jeudi 3 janvier 1918, dans l'atelier de Miss Mabel Harrisson)
pour honorer les Amis de Montjoie, aux Armées

Ire partie consacrée à l'audition d'un poème de Roger Allard et du poème Décembre de André Breton par Mlle Colliney.
Du poème Silence de Drieu-la-Rochelle par M. Pierre Bertin

IIe partie consacrée à l'audition de Pâques de Blaise Cendrars par M. Pierre Bertin.

IIIe partie consacrée à l'audition des deux « atmosphères » Pâleur et la Blessure de Canudo par Mlle Eve Francis.
Des deux nocturnes Neige et Chant de Marche nocturne le long du Vardar de Canudo par M. de Max.

IVe partie consacrée à l'audition de la Sonatine pour cordes, quatuor de Germaine Tailleferre par Mlle Hélène Jourdan-Morhange, F. Capelle, Lutz et Clément.
Des Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes) de Erik Satie
a) Choral hypocrite ;
b) Fugues à tâtons ;
c) Fantaisie musculaire.
Par Mlle Hélène Jourdan-Morhange et Erik Satie.

Troisième Festival
(dans l'atelier de Mlle Jeanne Ronsay)
pour honorer le poète helleniste Mario Meunier, prisonnier de guerre

L'Ame antique dans le lyrisme moderne.

Ire partie consacrée à l'audition de
a) Un poème de André Picquet, de l'armée d'Orient par Mme Lara
b) Le Dieu Pan, de Paul Fort par M. Bertin.
c) Fragments de Sappho, transcrits par Mario Meunier, et l'Ode à la solitude, de Mario Meunier par Mme Germaine Dermoz.
d) Fragments du Banquet de Platon, transcrits par Mario Meunier par M. Pierre Bertin
e) Deux « atmosphères », Promenade sentimentale devant l'Olympe et Nocturne en Vieille-Grèce, de Canudo, de l'armée d'Orient par M. de Max.

IIe partie consacrée à l'audition des Choeurs des Suppliantes d'Antigone, transcrits par Mario Meunier par les choreutes : Mlles Alevy, Dubois, Fargue, Le Quérée et Sevé, réglées et dirigées par Mme Lara.

IIIe partie consacrée à l'audition de
a) Gymnopédies, sarabande, gnossiennes, de Erik Satie par M. Ricardo Vinès
b) Chansons de Bilitis, de Claude Debussy par Mme Marie-France de Montaut et Mlle Germaine Tailleferre.
c) Epigraphes antiques, de Claude Debussy par Mme Marcelle Meyer et M. Ricardo Vinès.
d) Daphnis et Chloé (2e suite), de Maurice Ravel par Mmes Juliette Meerovitch et Yvonne Lefébure.
e) Chansons grecques, de Maurice Ravel par Mme Marie-France de Montaut et M. Maurice Ravel.
f) Fragment de Pénélope, de Gabriel Fauré, et Epigrammes, de Koeklin par Mme Marie-France de Montaut
g) Prélude de Salomé, de Florent Schmitt par Mlle Meerovitch et M. Florent Schmitt.
h) Trio (dit Dyonisien), de Maurice Ravel par Mmes Jourdhan-Morhange, Juliette Meerovitch et M. Félix Delgrange.


jeudi 2 juin 2011

Libraires : catalogues.


Ils sont au marché de la bibliophilie, place Saint-Sulpice, Paris (6e), du 01 au 06 juin 2011, mais vous pouvez demander leur dernier catalogue.


Surréalisme : Cartons d'invitations. Catalogues d'éditeur, d'exposition et de librairie. Critique. Editions originales. Revues. Le surréalisme révolutionnaire (1947-1948). Tiré à part (artisanal). Tracts et documents. De la bibliothèque de Lucien Biton.
Librairie Sylvain Goudemare
9, rue du Cardinal Lemoine
75005 Paris
Une sélection de 30 livres précieux et manuscrits, dont l'exemplaire de Natalie Barney du Pélerin du Silence (1 des 2 sur Chine) de Remy de Gourmont...
Librairie Nicolas Malais
9, rue de Ménilmontant
75020 Paris

lundi 30 mai 2011

Roger Gilbert-Lecomte et Léon Pierre-Quint : Correspondance 1927-1939.


Vient de paraître.


Roger Gilbert-Lecomte et Léon Pierre-Quint : Correspondance 1927-1939. Préface de Bernard Noël. Etablissement du texte et notes par Bérénice Stoll. Paris, ypsilon, éditeur, 2011, 15 x 22,5 cm, 560 pp., 3 dessins hors texte, fac-similés de lettres in texte, bibliographie, index des lettres et autres textes, index des noms propres.

Léon-Pierre Quint dans Livrenblog : Léon Pierre-Quint Lautréamont Gourmont Vallette. Une lettre.

vendredi 27 mai 2011

Ovariotomie et belles-lettres. Jane de la Vaudère. Les Demi-Sexes.



Jane de la Vaudère : Les Demi-Sexes. Paul Ollendorff, 1897. 304 pp.


Ovariotomie et belles-lettres.
La chirurgie ne progresse pas en vain. Nous lui avons dû, au lendemain du procès Boisleux-La Jarrigue, deux romans : Châtrée, d'un anonyme, et les Mères stériles, de M. Henri de Fleurigny. Et voici que s'en annonce un troisième : les Demi-Sexes. Auteur, Mme Jane de La Vaudère.
Le titre est bon.
Le Figaro, 29 juin 1897.
Vient de paraître
Chez Ollendorff :
Les Demi-Sexes, le nouveau roman de Jane de La Vaudère. Il fallait le rare talent d'écrivain et de moraliste de l'auteur de tant de livres à succès pour aborder cette puissante étude de passions dont tout le monde parle.
Le Figaro, 21 juillet 1897.
Les Cygnes noirs.
[...] Voici Jane de La Vaudère, couveuse des Sataniques et des Demi-Sexes. Tu as changé de teinture, gamine. Tu fis jadis des strophes très blanches, oh si blanches, en rayons d'étoiles, disais-tu ; en verre filé, je m'en souviens. Et la liste de tes livres m'apprend que tu restes honorée d'un accessit à l'école où les singes verts récompensent les vieux enfants. Un de tes recueils innocents fut « mentionné par l'Académie-française ».
Aujourd'hui, le poète manqué s'imagine écrire en prose. Notre ange raté se déguise en démon et imite un titre de Barbey d'Aurevilly [I]. Puis il s'aperçoit que Marcel Prévost, qui singe les hommes par le costume et les femmes par l'écriture, est plus à sa portée. Le demi-penseur Dumas observa le demi-monde ; le demi-écrivain Prévost découvrit les demi-vierges ; Jane de la Vaudère, bête complète, nous apporte les Demi-Sexes.
Ça et là, dans la platitude et l'insignifiance des Demi-Sexes, une phrase arrête, ridicule autrement que les autres, grotesque par son entourage, par son inoportunité, mais qui, isolée, aurait de la force ou de la grâce. Elle est copiée, tout simplement. Un des derniers romans de Guy de Maupassant par exemple, Notre coeur, a été vaillamment pillé. J'aime mieux juger Jane de la Vaudère sur les pauvretés plus à elle des Sataniques. Là, sauf erreur, elle a pondu et couvé. [...]
Han Ryner : Le Massacre des Amazones. Chamuel, s.d. (1899), publié en partie dans La Plume dès 1897. Extrait.

Dans La Province Nouvelle d'octobre 1897, furent relevés les emprunts de Jane de La Vaudère à Notre Coeur de Guy de Maupassant, on peut lire cet article sur Gallica. La Province Nouvelle, 1897, page 204.
Sur le plagiat de Maupassant par Jane de la Vaudère voir aussi : Patrick Chadoqueau : « Maupassant plagié », in Histoires littéraires, Du Lérot Editeur, Tusson, n° 16, oct.-nov.-déc. 2003, p. 69.

jeudi 26 mai 2011

Charles-Henry Hirsch. André Hellé.



Charles-Henry HIRSCH : EVA TUMARCHE ET SES AMIS. Roman contemporain. Eugène Fasquelle, 1903, in-12, 336 pp., 1er plat de couverture illustré en couleurs par André HELLÉ.

"Moeurs de grue et moeurs contemporaines" dira Rachilde dans sa chronique du Mercure de France à propos de ce roman. Eva est de ses filles "obligées de se vendre et d'en faire profiter ou leurs parents ou un gentil baron d'Auge". "Toute cette boue est remuée, vaporisée en parfums, avec une ironie amusante de la meilleure teinte".

La belle couverture est de André Hellé (1871-1945) qui se spécialisera dans les illustrations de livre pour enfants (La Boîte à joujoux, L'Arche de Noé, Les Fables de La Fontaine...), on voit ce qu'en 1903 son inspiration doit encore à Toulouse-Lautrec ou Ibels.

Les Amis d'André Hellé.




mardi 24 mai 2011

Mireille Havet. La Presqu'île 1916.



La Presqu'île, revue littéraire fondée par Jean Sylveire en 1916, a déjà suscitée deux billets [I] [II] dans ce blog. Ils nous ont permis de constater la jeunesse d'une grande partie des collaborateurs de cette revue, après René Chomette (René Clair), Joseph Kessel, Pierre de Régnier, Francis Ponge (Paul-Francis Nogères) et Raymond Payelle (Philippe Hériat), c'est aujourd'hui la présence parmi eux de Mireille Havet avec un poème publié dans le numéro 4, de la deuxième série, d'octobre 1916, que je voulais souligner. Mireille Havet est née, elle aussi, en 1898, la publication, par Claire Paulhan depuis 2003 (1), de son extraordinaire journal, ainsi que de son roman Carnaval, a permis de découvrir celle qu'Apollinaire appelait "la petite poyétesse".
C'est ce désir du monde
à Mlle Lilie de Lanux

c'est ce désir du monde
qui m'hallucine !
La hantise de ce qui reste à créer
dans les contrées
neuves comme mon ardeur.

L'aube monte,
éclate aux vitres et joue un instant
avec les rainures du volet.
C'est avant l'aube qu'il faut partir..!
La douceur du jour vous rattache aux choses
qui ont bercé l'enfance.
Avec rudesse : il faut partir !
Ceindre ses reins de la ceinture d'acier
dont les clous mordent la chair
à la moindre défaillance.
Traverser le jardin, sans cueillir de fleurs,
ne pas s'attarder à la barrière qui grince !
Partir... avant l'heure.
C'est la rudesse qui dirige.
C'est la ligne droite et la route poudreuse,
dans l'aurore malléable,
qui attirent.
Et la poussière se fait légère et douce
aux talon nus
qui s'y enfoncent avec volupté !
Les horizons ne sont pas des mythes
Ils sont là pour être traversés ! vaincus ! Livrés !
Tous les secrets des montagnes,
toute la langueur des rivières,
toute la force mystique de l'océan indomptable
et le désert, qui noie, mieux que l'onde
sont pour nous.

Pour Toi : Voyageur désirable !
Que rien n'harasse et que rien ne déçoit :
avec ta besace grise sur ta hanche
ton dur bâton !
Sans arme ! Et sans fortune !
Livré au ciel, comme Jésus-Christ
Le fut aux hommes,
Livré avec le seul vêtement
de ta chair : à la source
qui coule en chantant
sur tes reins.

Les cimes ! Les cimes !
Nous appellent, se dressant
multiples et farouches
comme un désir qui s'amplifie.
Elle s'exhaussent
les unes sur les autres,
harcelant nos yeux
qui ne peuvent tout posséder !

O courses folles
dans la nuit,
avec les constellations jusqu'aux épaules
et la tentation de les prendre à pleine main.
Usure exquise de tout ce qui dort en nous

et s'éveille, au contact des ouragans
et des soleils,
absorptions entière de la Terre
par tous les pores de la peau
cuivrée, durcie !

Possession enfin palpable
de ce que Dieu donna à l'homme
pour l'aider à conquérir le ciel.
Possession unique !
Dure comme un arc bandé,
dont la flèche serait,
un désir insatiable
d'une portée illimitée.

Voici la nuit sur la ville.
En haut de la grande Tour,
un paon s'éploie
comme un drapeau d'azur.
Et c'est le signe !
Et c'est le flambeau !
Ah ! Partons sans détour,
pendant que la soif dure encore
et avant d'être résignés.
Pendant que sur ce mur, l'oiseau sonore
clame la détresse des prisonniers.

Dans mes libres membres bouillonne,
La folle promesse de l'univers
qui s'abandonne
à mon désir.

Mireille Havet

(1) Mireille Havet :
Journal (1918-1919). Édition établie par Pierre Plateau. Introduction par Dominique Tiry. Notes par Dominique Tiry, avec l’aide de Pierre Plateau et de Claire Paulhan. Editions Claire Paulhan. 13 x 17 cm, 256 pages. Annexes. Index. Bibliographie. Édition originale : 26 janvier 2003. Collection « Tiré-à-part ». Isbn : 2-912222-18-3
Journal (1924-1927). Édition établie par Pierre Plateau, préfacée par Laure Murat et annotée par Dominique Tiry, avec la collaboration de Roland Aeschimann, Claire Paulhan et Pierre Plateau. Editions Claire Paulhan. 448 pages. Format : 21,5 x 13 cm. Hors-Texte n. & bl. (16 pages, env. 40 illustrations, photographies, fac-similés, cartes postales d’époque) + quelques illustrations in-texte. Isbn : 978-2-912222-28-2. Tirage : 2000 exemplaires
Journal (1919-1924). Édition établie par Pierre Plateau, annotée par Dominique Tiry, Pierre Plateau & Claire Paulhan. Préface par Béatrice Leca, auteur de l’émission « Le cœur ouvert de Mireille Havet : Journal d'une enfant prodige » (France Culture, 4 septembre 2003). Editions Claire Paulhan, 13 x 21,7 cm. 544 pages. 35 photos et fac-similés n. & b. Repères biographiques, Bibliographie, Index des noms cités. Edition originale parue le 1er avril 2005. Collection « Pour Mémoire ». Tirage à 3 000 exemplaires. Impression en caractères Plantin sur papier Minotaure ivoire 90 g., sous couverture à 2 rabats « Bleu de Sèvres », imprimée argent. Isbn : 2-912222-21-3
Carnaval. Édition établie & introduite par Claire Paulhan. Editions Claire Paulhan. 13 x 21,7 cm. 248 pages. Avec mention des principales variantes entre les 2 éditions de 1922 et 1923, + les principaux passages du Journal de Mireille Havet et 2 poèmes se rapportant à Carnaval, + 54 lettres échangées et 50 articles publiés sur Carnaval. 8 fac-similés n. & b. Édition originale parue le 1er avril 2005. Collection « Pour Mémoire ».Tirage à 1 500 exemplaires. Impression en caractères Plantin sur papier Minotaure ivoire 90 g., sous couverture à 2 rabats jaune, imprimée rouge. Isbn : 2-912222-22-0.



dimanche 22 mai 2011

Pohol. Marc Michel l'homme pressé du romantisme



Pohol


Pohol se croit damné, il craint dieu tout autant que le diable, mais dieu, malgré les tentatives de Pohol pour le servir, le rejette, reste le diable, reste la vie. Pohol se transforme en dandy, il va profiter du temps qui lui reste avant l'éternelle damnation, s'étourdir un « rire de rage » aux lèvres, pour oublier l'idée noire. L'amour, la découverte d'une femme-ange dans le cimetière du Père-Lachaise, la trahison d'une femme-démon, le suicide, le meurtre, et l'exécution de Pohol mettront fin à ce qui ressemble bien à un roman noir. Pohol parut en feuilleton, dans le journal le Sémaphore de Marseille, pourtant ici pas de situations complexes, de descriptions horrifiques, l'auteur non seulement ne tire pas à la ligne, mais élague. Les feuilletonistes de profession eurent, avec les données de Pohol, fabriqué un roman de trois cent pages, Marc Michel en tire une trentaine.
"L'Homme pressé du romantisme", le titre s'est imposé, à la lecture de ce court roman, devant cette écriture rapide, ces raccourcis, ces questions au lecteur, ces injonctions. Encore faudrait-il expliquer pourquoi ce style, pourquoi cette formule sans descriptions, pourquoi ces quelques traits rapidement jetés sur la feuille comme pour une caricature, un croquis ou une esquisse. Il ne s'agit pourtant pas de parodie, l'auteur se dit lui-même romantique et défend l'école contre les classiques, s'il ironise, il ne se moque pas. Pohol est un type, et son histoire une charpente où le lecteur, supposé habitué du feuilleton, doit remplir les vides marqués dans le texte par les trois petits points qui le troue si souvent, c'est dans ces espaces que le décor s'imagine, que les dialogues doivent s'entendre. L'auteur nous y invite : « Oh ! Je ne vous le dis point ; car cela ne peut se dire ! Comprenez donc, ou brûlez ceci. », mais l'auteur ne doute pas être compris, et le confirme lorsqu'il termine un chapitre ou une phrase par un sec « Vous savez. ». Parfois l'intrigue pourrait freiner la rapidité de narration, compliquer la situation, un personnage entraîner explications et dialogues, l'auteur alors s'en désintéresse : « Marie est là qui pleure... Pohol est à quelques pas d'elle ; il la regarde et rêve son beau rêve ! Je ne sais si l'autre femme... n'importe. La nuit venait » L'autre femme importe peu, nous savons qu'elle jalouse Marie, qu'elle surveille Pohol, qu'importe qu'elle soit là, qu'importe ce qu'elle pense, nous le devinons et l'action doit continuer, « La nuit venait ».
Armature de roman, histoire menait frénétiquement, Pohol serait-il pas un plaidoyer pour le romantisme contre le préjugé des classiques ? Ou une pochade toute d'ironie, mettant en scène les « Pohol du jour » qu'il faudrait envoyés à Bicêtre ? Les cinq apostilles publiées à la suite de la réédition de l'Histoire de 1829 ne confirment ni n'infirment les deux thèses. Marc Michel est subtil, il ne tranche pas et laisse le lecteur, une fois de plus, prendre position.
Pohol ne rempli pas seul ce volume, son histoire est suivi de textes de jeunesse, pour la plupart signés le Scribomane Job. Une élégie pour un amour perdu avec pour décor Notre-Dame de la Garde. Un savoureux texte sur la « misophilantropie » de Philarète, un ami paradoxal et insupportable. Un poème où se questionne une coquette. Dans Une Idée, le scribomane, se comparant aux auteurs contemporains, désespère de terminer ses oeuvres, de concrétiser ses projets d'écriture et lance un concours pour trouver dans les oeuvres publiées « une allusion politique, ou une immoralité assez sérieuses pour les faire défendre par ordre ». De la Revue de France, on trouve encore ici le poème d'une nuit de fièvre et un autre à la gloire d'A. De Vigny. Le volume se termine sur une courte pièce sur Les habitués de la cours d'Assise.
Après deux romans d'André Laurie, les actes du colloque du centenaire Paschal Grousset, la collection complète de l'Alambic, et un roman de Conan Doyle, Des Barbares... nous fait découvrir le marseillais Marc Michel (1812-1868), et la surprise est bonne, Pohol marqué du signe d'Ananké, et son auteur au style si particulier nous emballent. Le livre est présenté et annoté par Eric Dussert, connu dans la blogosphère pour être le Préfet maritime de son île de l'Alamblog.

Marc Michel : Pohol et autres textes terribles (inédits). Préface d'Eric Dussert. Couverture illustrée de deux photographies de Christèle Jacob. — Paris, Des Barbares..., 1er juin 2011, 15 x 23 cm, 112 pages.
16 € (franco de port jusqu'au 1er juin 2011). Les chèques sont à libeller à l'ordre d'Eric Dussert 29, rue du Borrégo 75020 Paris.
Extraits ici.

samedi 21 mai 2011

La Presqu'île, 1918.


Le billet précédant se terminait sur l'espoir que la revue La Presqu'île ne nous avait pas livré tous ses secrets. Vincent Maisonobe, lecteur attentif et réactif, a bien voulu nous transmettre les sommaires de quelques numéros de la série suivante couvrant une partie de l'année 1918. On constatera que deux ans ont suffit pour transformer une revue de (très) jeunes, trop jeune pour partir au front, en une "revue d'union intellectuelle des combattants" et en "Cahier d'Art et de pensée du Front". Des collaborateurs de la première série reste Jean Lynel, pour la deuxième série reste Philippe Reynier, devenu un temps directeur de la revue, qui meurt au champ d'honneur le 10 octobre 1918, et Jean Griner.
Raymond Payelle, dit Philippe Hériat, vient rejoindre Joseph Kessel, Pierre de Régnier, René Clair et Mireille Havet, parmi les collaborateurs de la revue nés en 1898, Francis Ponge, autre collaborateur est né en 1899.
La Presqu'ïle

revue d'union intellectuelle des combattants

Le Numéro coûte : 0fr50 - L'abonnement d'un an : 6 francs. Six mois : 3fr.
Les lettres et manuscrits concernant La Presqu'île doivent être adressés à M. P. Beglarian, 73, Avenue de Breuteil, Paris.
A partir du n° 4 de la 3e série : sous titre "Cahier d'Art et de Pensée du Front".
Août 1918 : Philippe Reynier directeur.
octobre-novembre 1918 : M. Philippe Reynier directeur de La Presqu'île, mort au champs d'honneur, rédacteurs : M. M. Payelle, Mouren, Rascle et Régent, au front.
[Tirage sur papier acide, ordinaire]

Troisième série, n° 2, avril 1918.
Notre enquête. G. Moureu : Automne. R.R. : Georges Clemenceau. Jean Lynel : La voix de la volupté. Philippe Reynier : Conte à un homme profond. Frédéric Lefèvre : Vers la ligne de feu.

Troisième série, n° 4, juillet 1918.
Notre enquête. Raymond Payelle [1] : La Reine dort. R.R. : Vus par nous. Philippe Reynier : Autre conte à un homme profond. Henri Bride : ............ [poème sans titre]. Jean Griner : La Permission. R. Barbot : Rancoeur. Georges G. Joutel : Le vieillard et les jeunes filles. G. : Livres.

Troisième série, n° 5, Aout 1918.
Notre enquête. Emile Cagin : Lettre à Jules Joëts. Raymond Payelle : Histoire d'une grenouille verte et d'un orteil rose. G. Moureu : Le vaisseau d'Osiris. Jean Griner : La Permission. François-Marc Meillard : Nos Relations avec l'Espagne. Robert Boudry : Brouillard. Pierre Vervieux : L'Epreuve. R.R. : Vus par nous. Frédéric Lefèvre : Dolente Amie. R. Boggio : Les Exilés. P.R. : Max-François Poncet. G. : Livres et revues.

Troisème série, n° 7, octobre-novembre 1918
R.P. : Philippe Reynier (1898-1918). Notre Enquête. Raoul Boggio : La caravane. J. Azaïs : La Maison d'édition des Jeunes. F.-M. Meillard : Nos relations avec l'Espagne. G. Moureu : Nocturne. Gilbert Landes : Ecrit en songeant à. Fernand Demeure : Gabriel-Tristan Franconi. Sylvain Royé : Le Coin de l'absent. Frédéric Lefèvre : L'Archétype. Jacques Régent : Conte Antique. Henri Bride : La Forge. Raymond Raynouard : Lettre à un extracteur de quintessence. Jean Griner : La Permission. G. : Livres et Revues.
[1] Raymond Payelle, dit Philippe Hériat (1898-1971). Engagé à 18 ans, après la première guerre mondiale, il devint assistant metteur en scène, et acteur pour le cinéma puis le théâtre. Romancier à partir de 1931 et auteur dramatique à partir de 1947. Il recevra le prix Renaudot pour son premier roman L'Innocent, et le Goncourt pour Les Enfants gâtés en 1939.



vendredi 20 mai 2011

Pierre de Régnier, Joseph Kessel, René Clair dans La Presqu'île, 1916


Quels rapports entre l'écrivain aventurier Joseph Kessel, le poète des champs de course Pierre de Régnier, le réalisateur René Clair et la "petite poyétesse" Mireille Havet ? Tous les quatre naquirent en 1898, tous les quatre furent relativement précoces et tous les quatre collaborèrent à la petite revue littéraire la Presqu'île. Ils avaient alors 18 ans. Francis Ponge, qui signe Paul-Francis Nogères, a lui 17 ans, le sonnet qu'il donne à la Presqu'île est son premier poème publié.


La Presqu'île

Rédaction et administration : J. Sylveire, 52, rue Madame, Paris.
Le Numéro 0,75. Abonnement : Un an 9 fr. 6 mois, 4,50 3 mois 2,25
Puis :
La Rédaction et l'Administration : M. Mansi, 32, rue Vaugirard, Paris. M. Claude André dirige la rédaction.
Abonnement : 8 fr. pour un an, 4 fr 50 pour six mois. Le numéro 0 fr. 75.

[Tirage sur papier Ingres d'Arches]

[Publié de 1916 à 1918, portera comme sous titre « Cahier d'art et de pensée du Front »].

A nos lecteurs

« Que chacun fasse son devoir moléculaire. »
Ch. Péguy.

Ils en est qui partent au front ; ce sont des héros et des braves, qui défendent leur foyer, qui servent leur patrie et qui luttent pour l'Idéal commun. Tous nos voeux sont vers eux, qui vivent d'une vie rude et qui souffrent et qui luttent. Ils sont forts, ils sont grands ; et dans leur vie monotone, ils connaissent l'admirable fraternité que donnent au soldat les dangers quotidiens.
Mais il en est qui restent ; de ceux-ci, on ne parle pas. A leur foyer que d'autres défendent, ils versent des larmes inconnues. Trop âgés ou trop jeunes pour servir leur patrie les hommes vivent dans une opprimante inaction et les femmes languissent en silence d'une vie petite et douloureuse. Ils connaissent l'attente, les larmes sèches, l'angoisse des terribles nouvelles que donne aux parents et aux amis l'absence de leurs Bien-aimés. Dans la lourde et brisante quotidienneté des jours qui passent, soudain jaillit la vérité impossible d'un deuil... Et on dit : « Pourvu qu'ils tiennent ». - Ils tiendront ! - Et à ceux-là qui tiennet et qui restent depuis de si longs jours, nous venons apporter humblement l'hommage de notre admiration et l'offre d'un paisible refuge.
C'est le but de la Presqu'Ile : sans nous séparer du monde par une mer infranchissable, et tout en gardant toujours devant nos yeux le spectacle grandiose de nos frères qui luttent, nous voulons nous accorder quelques heures de pensée tranquille ; nous voulons nous accorder quelques heures de pensée tranquille ; nous voulons dans l'orage garder une retraite sûre où nous puissions songer et réfléchir. Et lorsque la Tempête sera apaisée, lorsque la Victoire aux ailes d'or reviendra avec les soldats criant : « Vive la France ! », que la France ne nous trouve pas brisés et chancelants, que la Victoire ne nous grise pas dès les premières gouttes de son vin enchanté. - Non ! Que ceux-là qui sont restés silencieux et obscurs, se lèvent dignes des héros, prêts à défendre leur foyer, à servir leur patrie et à lutter, eux aussi, pour l'Idéal commun !
C'est vers la Grande Tâche d'Après, que notre pensée recueillies et tranquille s'élancera de ses ailes fougueuses mais inhabiles. - Nous demandons aux lecteurs leur indulgence et nous espérons que notre effort ne restera pas infructueux.

La Rédaction.

Sommaires :

N° 1, Janvier 1916.
R. D. : Tu changeras. S. L. : La Vision de Prosper Jasnin. T. Monsi : L'Hérétique – L'Oiseau blessé [Poèmes]. J. Sylveire [1] : Chemin faisant. J. R. B. : [1 poème sans titre, daté de Juin 1915, Oh ! Rêver dans un coin d'ombre / avec toi...]. Olivier : Les Histoires d'Olivier. Charles Trebor : Espoir. [Non signé] : A la Classe 17.

N° 2, février 1916.
Pierre de Régnier [2]: Sonnet. J. Sylveire : Chemin Faisant. Jean Lynel : Luthide et Olympios. Henri Dutheil : De la Terrasse de Walbaum [poème]. Pierre de Lanux [3] : Images de Liszt.

Deuxième série, N° 1, Juillet 1916.
La Rédaction : Explications inutiles. Philippe Reynier : La Révolte [poème]. Jean Sylveire : Deux poèmes. Hélène Perdriat [4] : Pointe Sèche. J. Kessel : La Pensée dans la composition de Vigny (1). Raoul Desjardin : Djilali spahi de 1re classe. Charles Cousin : Chant funèbre [poème]. Marie-Antoinette de Bonnefon : Les Anges sur les toits. Pierre de Lanux : Quelques livres [Henri Géhon : Foi en la France].


Deuxième série, N° 2, Août 1916.
Maurice Rostand : Sonnet. Philippe Reynier : Sommeille, petite chose. Fernande Jeanin : La Mort de l'Arbre [poème]. Gille le Rire : Ballade du Chevalier de Ravelston [poème]. Suzanne Sourioux-Picard : Une postulante à son anneau. Jean Sylveire : Prose. Charles Guy Rosey : Sensations de province [poème]. René Dinart : La fête aux images. Jean Frois Wittmann : Un jour à Londres [poème]. Charles Cousin : Valse en rouge majeur [poème]. Charles Cousin : Frontispice au Devenir. Louis-Lucien Hubert : D'après Virgile [poème]. T. Monsi : Sisyphe [poème]. Pierre de Régnier : Le Cheval Cosaque [poème]. J. S. : Quelques livres [Charles Cousin : Les Taches de l'Orchidée].

(1) Cette page de critique est extraite du Mémoire pour le diplôme d'étude supérieure présenté en Sorbonne par M. J. Kessel, âgé de 18 ans, licencié es-lettres candidat à l'agrégation [p. 8]. [Joseph Kessel (1898-1979) fut licencié es-lettres en 1915, à dix-sept ans il est engagé au service de politique étrangère du Journal des Débats.]

Deuxième série, N° 3, Septembre 1916.
Charles Cousin : Paroles de la Montagne. Charles Guy Rosey : Kosmos [poème]. Gilles le Rire : Dans ses yeux, A Mlle Lucette D... [poème]. Gaston Depresle : Le Maudit [poème]. Tigre : La Page de dessin (1). Jean Sylveire : Désir [poème]. Alfred Canicas : Apaisement [poème]. Maurice Rostand : Chérubin [poème]. C. C. : Quelques livres [Colette : La Paix chez les bêtes]

(1) "M. Pierre de Régnier [1898-1943] fut parmi les premiers collaborateurs de la Presqu'île, où les lecteurs cherchent le rythme de ses élégants sonnets. Le petit-fils du magnifique Heredia, le fils tout jeune de Madame Gérard d'Houville et d'Henri de Régnier a trois sources pures et vives de poésie, mêlées au sang de ses veines.
Il a par surcroît son art personnel, sans glorieux encombrement d'atavisme : le délicat dessin, qui porte ici la douce signature de Tigre, est l'oeuvre de M. Pierre de Régnier. Il importe de le dire ; car c'est un secret" [p. 6].


Deuxième série, N° 4, octobre 1916
Jean Dégrais : La Biche [poème]. Max Bichon-Dacnet : Coins de France. Pierre de Régnier : Soir [poème]. René Chomette [5] : La Ronde des Saisons [poème]. Charles Cousin : Chant exitial [poème]. F. Amunategui : La Porte Close. Raoul Monmarson : J'ai regardé [poème]. Mireille Havet [6] : C'est ce désir du monde [poème]. Paul-Francis Nogères [7] : Sonnet. G. Houlnick : Conte Russe. C. C. : Quelques livres [Paul Lintier : Ma Pièce].

Deuxième série, N° 5, novembre 1916
René Chomette : Il pleut [poème]. Philippe Reynier : La Mort. Jean Sylveire : Sourire [poème]. Mad. Von Der Heyden : Idéale Union. Raphael Fumet : Liminaire sur la Composition Musicale. Charles Cousin : Coins de france. Joseph Emiliani : La Vallée [poème]. Willy Goudeket : Nocturne [poème]. René Schwob : Jeunesse [poème]. Max-François Poncet : Quelques livres [Francis Jammes : Le Rosaire au soleil].

Deuxième série, N° 6, décembre 1916
René Chomette : Adieu à Verhaeren. René Schwob : Aéroplane [poème]. Jean Sylveire : Coins de France. Jacques Madian : L'Abonné de l'Opéra se souvient [poème]. Jean-François Wittmann : Danse Ecossaise [poème]. Ch.-Joseph Reverdy : Les Fées [poème]. F. Amunategui : Dix-huit ans. Philippe Reynier : Paroles banales [poème]. Jean Le Roy : Tableaux mouvants des nuits de garde. Mad. Von der Heyden : Intimité. Paul Rehan : Soleil couchant [poème]. Jean Griner : Sonnet. René Chomette : Plus Haut [poème]. Max François-Poncet : Quelques livres [La Nouvelle Revue Française].


[1] Jean Sylveire, est-ce le même qui contera son voyage en URSS en 1932 dans la revue Esprit ?
[2] Pierre de Régnier (1898-1943). Ecrivain, poète et dessinateur. Petit-fils de Jose-Maria de Heredia, fils de Marie de Heredia, femme de lettre sous le nom de Gérard d'Houville, et de Henri de Régnier (en fait son père génétique est son parrain, Pierre Louÿs). Pierre de Régnier, dit Tigre, est l'auteur de recueils de poèmes comme Erreurs de jeunesse (Fayard, 1924), Stances, instances et inconstances (La Cité des Livres, 1926), d'une monographie sur Deauville (Emile-Paul frères, 1927), en 1928 dans la collection "L'homme à la page" de la Nouvelle Société d'édition, il donne une "étude de moeurs" sur ...La Femme, puis c'est un premier roman, Colombine ou la Grande semaine (Emile-Paul, 1929) suivi en 1930 chez Grasset d'Une Vie de Patachon, un roman autobiographique se déroulant dans le monde des jeunes noceurs, de boîtes de nuit en champs de course. Il illustrera un livre pour enfant écrit par sa mère, Les Rêves de Rikiki (Plon, 1930). Gringoire, Candide et La Vie Parisienne l'eurent pour collaborateur. Pierre de Régnier est l'une des figures des nuits parisiennes des années vingt.
[3] Pierre de Lanux (1887-1955) en 1916 Pierre de Lanux est déjà un critique reconnu, collaborateur de la N.R.F. Voir dans Livrenblog son article sur L'Art et le Geste par Jean d'Udine paru en janvier 1910.
[4] Hélène Perdriat (1894-1969). Peintre et poète, elle fut découverte par Henri-Pierre Roché.
[5] René Chomette (1898-1981), est le véritable nom de René Clair, futur réalisateur de Paris qui dort (1923), d'Entracte (1924), du Fantôme du Moulin-Rouge (1924) ou encore de A nous la liberté (1931).
[6] Mireille Havet (1898-1932).
[7] Paul-Francis Noguères pseudonyme de Francis Ponge (1899-1988). Ce Sonnet (Pâle, et sentant en moi vibrer des accords sombres) est son premier poème publié. Francis Ponge est alors au lycée Louis-le-Grand, en hypokhâgne. René Chomette (René Clair), Raymond Payelle (Philippe Hériat), Maxime-François Poncet, autres collaborateurs de la revue, passèrent eux aussi par Louis-le-Grand.



Mis à jour le 28 mai 2011.

C'est lors d'une promenade parisienne me menant à la librairie Epigrammes située à l'angle de la rue Gérando et de la rue de Dunkerque que j'ai découvert ses 8 numéros de la rare Presqu'île qui ne nous pas encore livré tout ses secrets, n'en doutons-pas. Merci à Monik.

Dans Livrenblog : extraits d'un article de Pierre de Régnier sur La Revue Nègre.

Bibliographies de revues dans Livrenblog :

Revue L'Image, bibliographie complète et illustrée.
Bibliographie de la revue Le Beffroi (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
Bibliographie illustrée et complète du journal Le Pierrot (1ère partie), (2e partie), (3e partie), (4e partie).
La revue Palladienne de 1 à 10
.
Les Contemporains A. Le Petit F. Champsaur.
La Revue des Lettres et des Arts 1867-1868.
La revue Matines. 1897-1898.
Le Bambou, Bibliographie illustrée.

Le Carillon.
1893-1894
La Revue d'Art. 1896-1897.
Les Gerbes. Revue littéraire bimensuelle. 1905 - 1906.
Le Feu, Marseille, 1905-1906.

La Rose Rouge, 1919. Cendrars, Salmon, Carco.
La Revue Contemporaine, Lille. 1900 - 1902
Le Thyrse. 1897.
La Cité d'Art et L'Art et l'Action. 1898 - 1899.
L'Idée Moderne 1894-1895.

Le Nouvel Echo 1892-1894.
La Poésie Moderne, 1882.

La Pléiade. 1886 et 1889.
La Basoche 1884-1886.
L'Aube Méridionale 1898-1899.
L'Élan littéraire 1885-1886.